Ombre & Plumes – 1 – De retour

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D’ombre et de plumes

1

De retour


Une brise calme soufflait sur l’étendue bleue. La mer était, à l’instar du vent, calme et sereine. Les trois navires avançaient tranquillement vers leur destination sous le ciel parsemé quelques moutons blancs. Thrista aperçut une mouette plonger soudainement avant de ressortir de l’eau quelques secondes plus tard, avalant goulûment sa proie avant de s’éloigner en riant. Le vent était agréablement frais, il contrastait avec la chaleur qui avait régné depuis le début de la traversée pour le plus grand plaisir des passagers du Leikan et des deux autres vaisseaux de la Trinité. Cette sensation de fraicheur avait été partiellement oubliée durant la traversée du fait de l’intense chaleur et de l’humidité des mers centrales. Même Thrista, bien qu’ayant eu le temps de s’y adapter lors des derniers mois, en avait souffert. La tempête que les trois navires avaient dû traverser quelques jours plus tôt avait permis de refroidir quelque peu l’atmosphère mais la température avait à nouveau grimpé à mesure qu’ils s’étaient rapprochés des côtes de Tébor. Le jeune homme sourit en apercevant les hautes et familières falaises qui commençaient enfin à se dessiner au loin. La cité portuaire d’Eneleïa était encore à plus d’une bonne heure de distance mais la côte jaillissait déjà petit à petit des flots. Cela faisait bien trop longtemps, enfin il rentrait.

La foule déjà présente sur le pont du Leikan s’étoffa encore alors que chacun voulait entrevoir les falaises d’Eneleïa. Il en était de même pour les deux autres navires de la Trinité, tel que s’en doutait Thrista. La flotte tenait son nom du nombre de vaisseaux qui la composait, ils étaient au nombre de trois : le Leikan, l’Illilda et l’Archéniss ; elle était le joyau de la marine Galaedienne. La Trinité, bien que réduite en nombre, ne pouvait cependant être qualifiée de « petite flotte » car ses effectifs réduits étaient largement compensés par l’envergure des navires qui la composaient. Long de plus de trois cent mètres pour environ une centaine de haut, ils étaient construit dans du granite d’un blanc pur. Chaque navire arborait le pavillon bleu marine sur lequel un large oiseau de mer blanc était visible, ses ailes déployées sur toute leur envergure, ainsi que la lettre G peinte couleur gris clair en son centre. C’était le symbole du royaume de Galaeda, l’un des plus petit mais des plus influents états membres de l’Alliance d’Ore. La flotte devait faire halte à Eneleïa, capitale commerciale du royaume de Tébor, pour les prochains jours avant de reprendre son périple retour vers Port-Varenne, la capitale de Galaeda. Thrista avait saisi l’opportunité de ce voyage exceptionnel pour revenir en Ore. Après avoir quitté la côte de Simeriah, le continent au nord-est, et avoir navigué sur plus d’un quart des mers centrales pendant deux bonnes semaines, il arrivait enfin à destination. Sa décision de revenir n’avait été réellement prise qu’en arrivant à Mellona, située sur la côte sud de Simériah -maintenant de l’autre côté de l’océan-, lorsqu’il avait eu vent de l’annonce du mariage imminent de la princesse de Tébor. Cela l’avait décidé à revenir et le départ presque fortuit de la Trinité depuis Mellona l’avait convaincu.

La vue était époustouflante. Au loin les falaises d’Eneleïa semblaient couper l’océan en deux, d’un côté à l’autre, continuant bien au-delà de l’horizon. Alors que les navires s’approchaient de la cité, leurs détails se précisaient, cela donnait l’impression de les voir s’élever depuis les fonds marins comme une immense forêt de roc. Ces murs gigantesques de granite et de calcaire s’élevaient à plus de deux cent mètres et avaient, depuis toujours, servit de fortifications naturelles à Eneleïa. Aucune des nombreuses invasions ennemies n’avaient pu en venir à bout, ce qui avait donné la réputation de forteresse imprenable à la cité portuaire. Les immenses portes du port y étaient aussi pour quelque chose, presque aussi hautes que les falaises elles mêmes, elles avaient été construites un peu plus de huit cent ans auparavant, à peine un siècle et demi après la fondation de la cité elle même. L’esprit brillant qui avait imaginé et fait exécuter ce projet titanesque était resté un illustre inconnu mais la renommée des Portes d’Eneleïa, elle, rayonnait dans toute l’alliance. Sur chacune des trois parties du mur de pierre blanche on pouvait apercevoir un symbole différent, marquant les différents points d’accès au port. Celles-ci s’ouvraient et se fermaient plus ou moins selon l’intensité du trafic qui transitait par la cité des deux mondes, nom qui avait été donné à Eneleïa de part son statut de passerelle entre le continent d’Ore et les mers centrales.

La cité portuaire avait depuis bien longtemps obtenu le statut du plus important centre de commerce du royaume de Tébor et se trouvait presque sans rival au niveau du continent lui même. Les Portes avaient grandement contribué à cimenter sa réputation de passage sûr le long de la côte et comme escale obligatoire pour qui voulait se rendre aux Iles Karnines ou en Simériah. L’édifice gigantesque permettait à tout type de navire et de flottes d’accoster et de reposer dans son port en sécurité, assurant le développement stable du commerce et des échanges. Tout cela était possible grâce au mécanisme qui permettait de contrôler les portes et ainsi de les abaisser ou de les relever automatiquement grâce à un habile mélange d’ingénierie mécanique et de magie. Cela permettait également de se prévenir contre tout assaut possible car, une fois les portes fermées, Eneleïa devenait virtuellement imprenable par voie maritime.

Le Leikan s’était arrêté en face de la porte centrale, les deux autres navires de la flottille Galaédienne s’étaient placés devant les deux autres entrées, un de chaque côté. Cette disposition imposante était nécessaire de part l’échelle des trois navires, chacun n’ayant que très peu à envier à la muraille elle-même. Tout marin ayant eu le privilège de mettre pied sur le pont d’un des navires de la Trinité ne pouvait que ressentir un intense sentiment de pouvoir et d’invincibilité. Chacun des trois vaisseaux était obligé de se mettre à quai séparément afin débarquer leur cargo et leurs passagers. Cette fois-ci la Trinité était tout particulièrement chargée du fait que de nombreux passagers se rendaient à Eneleïa pour célébrer le mariage royal qui allait y avoir lieu quelques jours plus tard. Nombreux étaient aussi les marchands qui avaient fait le voyage, préférant le tarif plus élevé mais une réelle assurance de sécurité pour eux et leur marchandise par rapport au risques de l’affrètement d’un navire personnel.

Un silence solennel se fit sur les ponts respectifs des trois navires de l’armada Galaedienne alors que la tension grandissait, chaque étaient audibles ici et là à mesure que les plus jeunes perdaient patience. Les moteurs étaient arrêtés pendant que chaque capitaine attendait l’autorisation finale d’entrer dans le port. Soudain, après ce qui sembla une éternité à Thrista, l’air se mit à vibrer et on put entendre retentir une corne de brume sur les hauteurs du mur. Puis une deuxième vint se joindre à la première et ce furent bientôt tous les remparts qui sonnèrent pour annoncer l’arrivée des trois gigantesques vaisseaux dans le port. Ce signal de bienvenue se prolongea pendant de longues secondes avant de s’éteindre petit à petit, s’effritant sur les flots et disparaissant au loin. Et alors que le silence était retombé, les cornes de brumes retentirent à nouveau, suivant le même schéma deux autres fois avant de s’éteindre pour de bon. Un autre moment s’écoula alors, semblant encore plus long que le premier à Thrista. Puis ce fut alors au tour du mur et des falaises de se mettre à vibrer. Le jeune homme aperçut d’abord les remous de l’eau avant de voir les portes bouger. Mais lorsque les deux immenses battants commencèrent enfin à se séparer il ne put que retenir son souffle, la vision gargantuesque qui s’offrait à lui le bouleversait autant que la première fois. On aurait dit que la terre s’ouvrait en deux pour révéler un passage vers un autre monde. En à peine quelques minutes la voie fut complètement ouverte pour les trois navires et la Trinité put s’engager d’un seul mouvement dans les ouvertures. Il était peu commun d’être témoin de l’ouverture de plus d’une seule des trois portes, qui plus est au complet, aussi chaque passager ne pouvait s’empêcher d’admirer ces trois bouches géantes prêtes à les dévorer. Tout se passa alors très vite : les moteurs se remirent à vibrer et l’Illilda, le Leikan et l’Archeniss s’ébranlèrent à nouveau, glissant ainsi sans problème à travers les ouvertures, se retrouvant bientôt à l’intérieur des remparts anciens.

Placé à l’avant de Leikan, Thrista avait une vue imprenable sur ce qui se déroulait devant lui. Le mur était au moins deux fois plus haut que les trois navires, ces derniers s’étaient donc retrouvés caché dans son ombre le temps que les portes s’ouvrent, mais une fois que ce fut le cas ils baignèrent à nouveau dans l’intense luminosité. La vie, qui s’était momentanément interrompue, reprit alors son cours. Les passagers furent assaillis par l’intense brouhaha et les cris de joie des habitants d’Eneleïa attendant l’arrivée de la flotte un peu plus loin sur les quais. Seuls quelques centaines de mètres séparaient à présent la Trinité de sa destination mais, à mesure qu’elle avançait, Thrista eut l’impression qu’il vivait la partie la plus longue du voyage, il bouillait d’envie de débarquer enfin ! Le jeune homme dut prendre son mal en patience cependant car la flotte devait encore rejoindre les débarcadères prévus à son effet et s’y amarrer avant de pouvoir commencer à laisser descendre les passagers et débarquer son cargo. Il entendit les cris de la foule s’amplifier à mesure que le Leikan s’approchait des quai et put observer plus distinctement ce qui produisait ce bruit : une foule immense était massée sur toute la longueur de ceux ci et saluait chaleureusement les trois vaisseaux. La clameur s’amplifia encore lorsqu’elle obtint une réponse de la part de la Trinité, les navires firent tous trois simultanément sonner leurs cornes de brumes pour signaler leur arrivée.

Depuis le pont Thrista pouvait observer le port entier. Ce dernier était immense, à la mesure de ses portes, et ne palissait pas devant le Leikan, l’Illilda et l’Archéniss réunit. De nombreux autres navires, des plus grands aux plus petits, étaient amarrés ça et là, et une myriade de personnes fourmillaient, affairés à charger ou décharger les marchandises. Le reste de la surface de pierre blanche était couvert par la foule accueillant la flotte Galaedienne.

Un observateur suffisamment averti pouvait également déjà apercevoir des traces de décorations, des draps colorés et des ensembles floraux qui avaient commencé à apparaître en préparation du mariage princier. Cela rendait la ville encore plus vivante aux yeux de Thrista, lui rappelant sa première visite dans la cité des deux mondes dix ans plus tôt. Il avait six ans à l’époque et la cité célébrait alors le dixième anniversaire de la princesse. Il y était venu avec son père, qui voulait lui montrer Eneleïa sous son plus beau jour.

«Ne t’éloigne pas trop !, lui avait intimé son père alors qu’ils entraient dans l’enceinte de la cité, tu pourrais aisément te perdre.

– Où allons nous ?, avait demandé le jeune garçon, les yeux ébahi devant les merveilles qui dansaient devant lui.

– Tu verras très bientôt !, lui avait répondu l’homme plus âgé avec un clin d’œil. Mais peut-être aurons nous la chance d’apercevoir la princesse de près… »

A l’époque, il n’avait pas été capable de dire si son père plaisantait ou non mais il n’avait pu retenir l’excitation qui montait en lui à l’idée de visiter la citée Téboréenne. Le souvenir se dissipa lorsque Thrista sentit les secousses familières indiquant que le navire s’était enfin arrêté. La foule en contrebas acclamait toujours chaleureusement la Trinité et ses passagers répondaient avec de larges sourires et des saluts énergiques. Thrista jeta un regard autour de lui, les passagers commençaient déjà à se diriger vers les passerelles de débarquement ou bien vers leurs cabines pour récupérer leurs affaires. Il hésita un instant avant de se diriger d’un pas lent vers l’avant du bateau, s’arrêtant tout au bout de la proue, et observa les va-et-vient plus bas sur les quais. Le jeune homme préférait attendre avant de débarquer lui même afin d’éviter la foule impatiente de passagers désirant mettre pied à terre ainsi que celle qui attendait une fois en bas.

Le jeune homme dirigea alors le regard vers le palais royal, le bâtiment imposant et d’un blanc pur trônait au dessus des nombreuses autres constructions alentour et était clairement visible malgré la distance. Il laissa échapper un léger soupir avant de laisser son regard se balader sur le reste de la ville, elle ne lui semblait pas avoir changé tant que ça depuis son départ et pourtant elle lui semblait différente, plus grande peut-être ? L’architecture élégante qui lui était propre était composée de myriades de couleurs et de la blancheur pur des murs des bâtiments, mêlant élégamment bois et pierre, petit et grand, droiture et arrondis. La cité était un mélange de nombreux styles et de diverses cultures, sa diversité se voyait notamment au niveau de sa population mais aussi de son architecture et de son économie et c’était précisément ce qui la rendait si attractive auprès des ses habitants comme des étrangers qui venaient y séjourner.

Quand il ne resta plus qu’une poignée de passagers sur le pont Thrista se décida enfin à débarquer. Il se dirigea vers sa cabine, une petite chambre avec un lit simple et une fenêtre, pour y récupérer ses affaires. Il enfila une cape légère et remonta la capuche de celle-ci eu dessus de sa tête pour se protéger du soleil avant de passer son sac par dessus son épaule. Il vérifia une dernière fois que rien ne restait dans la cabine avant de sortir. Alors qu’il allait vers l’un des ponts de débarquement, recouvert d’une toile bleue pour le garder à l’ombre, il remarqua le capitaine du Leikan et son second qui se tenaient sur le pont supérieur. Le premier était une jeune femme brune de taille moyenne au regard azuré assuré tandis que son second était un homme d’une trentaine d’années, fin et à la tignasse rougeoyante. L’homme sembla remarquer Thrista et tourna la tête dans sa direction, lui adressant un discret salut de la tête accompagné d’un léger sourire avant de recentrer son attention sur le débarquement des marchandises plus bas sur les quais. Le jeune homme les avait vu en action tous les deux ; à première vue aucun ne semblait taillé pour la fonction qu’ils occupaient et pourtant Thrista avait vu les marins obéir immédiatement à leurs ordres et cela sans répliquer. Le capitaine, bien que de plus petite taille que la majorité de son équipage et une femme, et son second, pâle et presque maigre, ne faisaient pas forte impression. Tous deux semblaient se métamorphoser cependant lorsqu’ils étaient à leur poste et savaient maintenir leur autorité tout en gardant le complet dévouement de leur équipage sans jamais être questionné ou désobéi.

Thrista cligna des yeux à plusieurs reprises alors qu’il mit enfin pied à terre sur le quai d’Eneleïa. Le contraste soudain entre l’ombre agréable de la passerelle et la luminosité du ciel était presque douloureux. Lorsqu’il se fut réhabitué à la luminosité ambiante, le jeune homme put réellement mesurer l’agitation qui avait lieu sur les quais et dans le port entier : des marins couraient, criaient et transportaient des marchandises de part et d’autre, les passagers se bousculaient et les habitants et touristes venus pour assister à l’arrivée de la Trinité étaient toujours aussi nombreux et bruyant. Il attendit quelques instants que le flot de personnes diminue légèrement pour pouvoir quitter le quai mais se rendit vite compte que cela n’arriverait pas de si tôt. Les membres de l’équipage du Leikan qui aidaient au débarquement des passagers lui souhaitèrent un bon séjour lorsqu’il se décida enfin à braver la cohue. Il n’eut le temps de répondre qu’un simple merci avant de se faire happer par le mouvement de la foule. Lentement, à force de patience et d’obstination, Thrista finit par se frayer un chemin vers l’extérieur du port et à pénétrer dans le district est. Le passage obligatoire par la douane pour quitter le port prit beaucoup moins de temps qu’il ne l’avait imaginé, le fait que ce ne soit pas sa première visite devait aider, et il se retrouva bientôt dans Eneleïa même. Les rues des quartiers est étaient quasiment aussi peuplées que le port mais petit à petit il parvint à naviguer à travers cet océan vivant et à traverser les vagues de passants qui allaient et venaient dans toutes les directions.

Le jeune homme trouvait cependant sa progression trop lente, il aurait préféré pouvoir atteindre les rues moins bondées plus vite. Son allure réduite, néanmoins, lui permit de profiter de la belle architecture de la ville. Les couleurs dansaient tout autour de lui, autant sur les murs des bâtiments que sur les habitants et les touristes qui formaient la foule compacte. Sur une place un peu plus loin il put entendre quelques notes jouées par un groupe de musiciens dont l’auditoire était un flux ininterrompu de passants. De petits étals étaient visibles ici et là, les marchants hélant la foule pour essayer de vendre leurs biens. Il aperçut également des constructions en bois placées sur le bord des rues. Ces chariots encore en construction allaient bientôt se mettre en branle et parader dans la ville pour célébrer le mariage de la princesse. La ville était un mélange de myriades de couleurs, de sons et d’odeurs, animée par la musique ambiante et ses habitants. Thrista ne put réprimer un sourire en repensant à sa première venue à Eneleïa.

L’agitation s’était presque complètement dissipée lorsqu’il arriva dans la partie nord des quartiers est, les rues s’étaient petit à petit vidées de la foule et seuls quelques passants croisaient à présent le chemin du jeune homme. Thrista laissa échapper un soupir de soulagement, toute cette agitation l’avait exténué plus qu’il ne s’y était attendu. Ce n’était pas la première fois qu’il venait à Eneleïa ou qu’il se frayait un chemin dans une ville bondée, contrairement à de nombreux touristes. Garder l’œil ouvert et l’esprit alerte était absolument crucial, un seul moment de distraction et on pouvait se retrouver dépossédé de ses biens. Il s’arrêta un instant pour regarder les indications autour de lui, s’assurant qu’il était dans la bonne direction, avant de poursuivre son chemin. Le palais était toujours sur sa gauche, blanc et imposant malgré la distance. Mais la destination du jeune homme était tout autre : une petite taverne un peu plus au nord.

Thrista marchait le long de la grande rue, jetant des coups d’œil aux alentours à mesure qu’il reconnaissait les bâtiments. Le soleil avait bien entamé sa descente dans le ciel lorsqu’il aperçu enfin sa destination. Il ressentit une vague de joie à l’idée d’être enfin de retour dans la cité portuaire dont il gardait tant de souvenirs. Eneleïa était à la fois telle qu’il se la rappelait dans ses souvenirs les plus lointains et bien différente, elle était vivante et joyeuse mais, après si longtemps, lui semblait aussi avoir recouvré son air légèrement mystérieux qui l’avait séduit la première fois. Oui, il était décidément temps qu’il revienne. Le jeune homme passa une main dans ses cheveux sombres et ne put que laisser son sourire s’élargir tant l’excitation le gagnait. C’était ici qu’avait commencé son long périple et c’était ici qu’à nouveau il faisait escale avant de repartir à l’aventure.

Il était enfin de retour.

*

Sur un quai non loin du point d’attache destiné à la Trinité, attendait une patrouille de la marine Galaedienne. Les hommes étaient debout en rangs serrés, leurs armes au pied. Ils chuchotaient discrètement pendant qu’un homme aux cheveux grisonnants faisait les cents pas devant eux. Soudain l’homme s’arrêta et fixa l’eau eu centre du grand bassin circulaire

«Soldats, présentez armes !, annonça soudain l’homme aux cheveux grisonnants. ils ne vont pas tarder à arriver alors je veux que vous soyez le plus discipliné possible. Pas une bavure, c’est bien compris ?! »

– Oui caporal ! répondirent-ils tous simultanément.

– Bien. Ajouta simplement celui-ci avant de retourner à son observation de l’eau. »

Ce quai, en forme de cercle au trois quart fermé, s’étendait sur huit fois la largeur des quais ou s’étaient arrêté les vaisseaux de la Trinité, il avait été spécialement aménagé pour les vaisseaux de la marine Galaedienne et accueillerait aujourd’hui les trois géants. Le Leikan, l’Illilda et l’Archeniss devaient venir accoster ici après le débarquement civil pour débarquer le reste de la cargaison.

Le premier des trois vaisseaux apparut alors à l’entrée de la baie et longea le quai par la gauche avant d’aller lentement se ranger sur le côté droit. Il fut rapidement suivit des deux autres navires qui firent de même sur la gauche et au centre. Ils cachaient ainsi la vue à toute personne ayant par hasard ou non l’envie de regarder ce qu’il s’y passait. Alors que les capitaines et leurs différents équipages commençaient à descendre des trois navires, le caporal s’avança vers eux d’un pas ferme pour les rejoindre à mi-chemin. Il leur souhaita la bienvenue, s’enquérant immédiatement de l’organisation du débarquement de la cargaison. Les capitaines étaient au nombre de trois, une jeune femme brune, capitaine du Leikan, un grand homme aux longs cheveux blancs, capitaine de l’Illilda, et un petit homme d’une quarantaine d’années aux cheveux blonds coupés court, capitaine de l’Archéniss. Ce fut la jeune femme brune qui répondit.

« Ne vous inquiétez pas, tout est déjà prévu. Vous n’aurez qu’à veiller à ce que personne ne pénètre dans ce périmètre pendant les prochains jours et tout devrait bien se passer. Nous n’attendons plus que les retardataires, comme d’habitude, annonça-t-elle en souriant, ce qui étonna le caporal.

– Les retardataires ? N’êtes vous pas que trois navires ?, demanda alors celui-ci.

– Disons que oui et non, dit la femme en souriant toujours.

– Mais… »

Alors que le caporal rouvrait la bouche pour parler des bulles, puis des remous se formèrent à la surface de l’eau au centre de la baie. L’eau se mit à vibrer. Quelques instants après un morceau blanc sortit de l’eau avant d’être rapidement rejoint par le reste d’un navire à l’apparence étrange : sans hublots et aux formes complètement arrondies devant et derrière. Il se stabilisa à la surface et une trappe s’ouvrit sur son toit. Avant même que l’étrange navire ait touché le quai, un homme aux cheveux châtains et à la moustache fine ainsi qu’une femme blonde en sortirent, se laissant prestement retomber sur la coque qui dépassait à peine de l’eau. L’homme se tourna vers eux avec un grand sourire et leur fit un signe de la main.

« Eh bien alors, on ne nous attend pas pour faire la fête ?, s’exclama-t-il joyeusement.

– Dépêchez vous Stone, nous n’avons pas toute la journée, lui répondit le capitaine aux cheveux blonds, qui avait l’air d’être amusé par la conduite de son collègue.

– La cargaison est avec l’Odenon, annonça alors le plus vieux du quatuor. Il est tout à fait normal que vous soyez surpris, très peu de personnes savent que la Trinité est en fait composée de quatre vaisseaux, trois vaisseaux cargo et un submersible, expliqua-t-il devant l’air surpris du caporal.

– Cette flotte de trois navires peut se transformer à tout moment en armada de guerre, comme vous le savez déjà, mais lorsque sa mission se limite à transporter des marchandises ou des passagers, elle n’est pas totalement fonctionnelle et est donc vulnérable. Un quatrième vaisseau submersible et indétectable à donc été ajouté pour assurer une protection complète, compléta la femme brune.

– Vous comprendrez bien sur qu’en raison de sa dangerosité et de sa valeur, cette cargaison est, et doit rester, un secret total pour le moment, elle doit être remise uniquement au général. Ce que nous transportons est de grande importance pour la préparation du Tournoi, annonça enfin l’homme qui venait de sortir du submersible.

– Bien sur !, affirma le caporal, essayant de se remettre de sa surprise. Vous pouvez la décharger dès à présent, l’entrepôt de stockage provisoire est prêt.

– Parfait , acquiesça la femme brune. »

Elle se retourna alors vers ses hommes pour leur donner les ordres de débarquement.

« Soldats ! Vous pouvez débarquer le système Ortheus ! »


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