Ombre & Plumes – 5 – Eclair blond


D’ombre et de plumes

5

Eclair blond


L’eau était tout juste tiède lorsque Thrista pénétra dans le bassin des thermes, un frisson lui parcouru le corps ce qui n’échappa pas à Zani.
« Peut-être la préfèrerais tu plus chaude ? Lui demanda le vieil homme avec son éternel sourire.
– Oui, ce ne serait pas de refus. Je suis assez frileux, avoua le jeune homme avec un petit sourire en se frottant énergiquement les bras pour se réchauffer un peu. »

Le vieil homme acquiesça et s’assit sur le banc près du rebord du bain géant et ferma simplement les yeux. Une vague de chaleur traversa alors la pièce et l’eau autour du Maître se mit à frémir, elle commença même à s’évaporer au contact de sa peau, la température du bassin s’éleva de quelques degrés jusqu’à être suffisamment agréable. Zani rouvrit alors les yeux se tournant vers le jeune homme, attendant silencieusement son approbation.
« Merci, c’est beaucoup mieux comme cela !, le remercia Thrista.
– Mais de rien. Tu vois, la magie du feu à quelques avantages dans la vie, ceci en est un… répondit Zani. »

Thrista sourit à son tour.
« Alors comme ça tu te prépares pour le Tournoi des Mages ? Questionna le Maître Ancien.
– Oui, depuis que je suis tout petit je rêve d’y participer, répondit Thrista.
– Eh bien je ne doute pas que tu en ais le potentiel, je ne remets en aucun cas tes capacités après ce que j’ai vu aujourd’hui, mais es-tu sûr d’être prêt ? Et je ne parle pas uniquement de tes capacités physiques, dit Zani en se tapotant légèrement le crâne. Beaucoup en son revenu changé à jamais et pas forcément pour le meilleur…»

Bien que son sourire fut toujours présent sur son visage une ombre s’était installée sur le visage du vieil homme.
« Non, à vrai dire je ne me sens pas encore prêt, répondit le jeune homme. Mais cela n’a aucune importance, je compte m’améliorer d’ici là et j’ai confiance en moi.

– La confiance est fondamentale, en effet, acquiesça Zani. Mais un excès peut mener à la perte. »

Il sembla au jeune homme que les derniers mots du Maître Ancien étaient chargé d’histoire, mais il n’osa pas en demander plus.

« De plus c’est peut-être la seule chance que j’ai de pouvoir y participer alors je ne l’abandonnerai pour rien au monde…, ajouta-t-il après un petit moment de silence.

– Ta seule chance ?, répéta Zani en haussant un sourcil.

– Oui. Thrista hésita un moment avant de poursuivre. Une promesse que j’ai faite il y a un moment et que je me dois de tenir. C’est pour ça que je me consacre tout entier à ma préparation. Je donnerai tout ce que j’ai pour parvenir à mon but. »

Ce fut au tour de Zani de percevoir la profondeur cachée dans les mots du jeune homme. Il retourna la faveur que celui-ci venait de lui faire en ne le pressant pas non plus.
« Tu m’a l’air bien résolu, je vois que rien ne pourra te faire changer d’avis. Tant mieux, cela veut dire que tu as le bon état d’esprit pour y parvenir. J’ai confiance en toi ! Annonça finalement le Maître après un court moment de silence en souriant à nouveau. »
Le sujet de conversation dévia légèrement et ils continuèrent de discuter tout en se lavant et se rinçant. Thrista expliqua au vieil homme qu’il revenait d’un long voyage de l’autre côté de l’Océan sur le continent d’Arie et qu’il comptait à présent voyager dans les pays de l’Alliance. Peut-être même voyager avec des compagnons. Zani lui raconta comment il était arrivé dans le temple dédié à Sha’ana lorsqu’il avait une vingtaine d’années et qu’il s’était depuis voué à son culte et avait appris, et plus tard enseigné, les techniques d’arts martiaux dérivées de la nature. Il avait dans sa jeunesse lui-même participé au grand tournoi et avait assisté au match le plus sanglant de son histoire, Grennwick contre Almeinaster, durant lequel une centaine de personnes du public ainsi que Grennwick lui-même avaient perdu la vie. Ce tragique incident l’avait poussé à se retirer de tout tournoi officiel, percevant alors sa magie comme un outil de mort. Il lui avait fallu plusieurs années pour accepter de nouveau de l’utiliser. Depuis il avait tout fait pour prévenir les plus jeunes des dangers que pose la mauvaise utilisation du Mana en leur enseignant les voies passives des arts martiaux. Il avait tout de même continué de s’entraîner, ne pouvant se résoudre à abandonner la magie et la sorcellerie, mais uniquement dans le but de défendre et non d’attaquer.
« Je suis vraiment impressionné que vous ayez toujours un niveau aussi puissant, sans vouloir vous vexer, dit Thrista tout en se levant pour sortir du bain et se sécher.
– Je suis peut-être vieux mais pas totalement rouillé !, répondit Zani en riant de la remarque du jeune homme. Et j’espère le rester encore un moment… ajouta-t-il, une lueur mélancolique dans les yeux, en prenant à son tour une serviette. »
L’adolescent profita du moment où le vieil homme sortit du bain pour observer son dos. Celui-ci, malgré l’âge avancé et les rides paraissait toujours aussi vigoureux. Il fut interrompu dans son observation par le Maître qui lui parlait de nouveau.
« Alors que compte tu faire maintenant ?, demandait-il en commençant à se rhabiller. Vas-tu visiter la ville ? »
Thrista commença à enfiler son haut avant de répondre.
« Je pense aller au marché dans les quartiers nords pour acheter de quoi manger et quelques équipements pour la suite de mon voyage. J’ai besoin d’un nouveau sac surtout.
– Et tu compte rester pour le mariage c’est bien ça ? »

Thrista hocha la tête en signe d’approbation.
« Eh bien dans ce cas, continua Zani, peut-être nous verrons nous lors du grand défilé. Les autres prêtres de Sha’ana et moi, ainsi que quelques fidèles, faisons nous aussi partie de la procession.
– J’apprécierais beaucoup de vous revoir avant de partir, je serais au rendez vous dans ce cas !, s’exclama le jeune homme en finissant de mettre sa cape sur ses épaule et en prenant son vieux sac en bandoulière. »

Ils prirent tous les deux le chemin du parc lorsqu’ils quittèrent les thermes et s’éloignèrent des grands bâtiments en bois de chêne et aux colonnes de marbre noires et blanches. Ils continuèrent de discuter tout en s’approchant des portes qui fermaient l’enceinte des jardins du temple la nuit venue. Une fois arrivé à la grille et au moment de se séparer le vieil homme prit subitement l’adolescent dans ses bras l’entrainant dans une embrassade solide.
« J’espère que l’on se reverra bientôt si ce n’est le cas au défilé et je prierai Sha’ana pour toi mon garçon. Merci encore pour ce magnifique combat, cela faisait si longtemps…, dit le Grand Ancien, les yeux humides. Tu as ravivé chez moi un feu qui depuis trop longtemps était dormant. Pour cela je te remercie du fond du cœur Thrista.
– Ce fut un plaisir pour moi aussi. Répondit le jeune homme en souriant, légèrement surpris de cet effusion soudaine. Et un immense honneur d’avoir fait votre connaissance Maître Zani. J’espère aussi que nos routes se recroiseront un jour.
– Il en sera ainsi, j’en suis sûr, répondit le prêtre un sourire malicieux sur le visage. En attendant notre prochain match, ajouta-t-il en glissant une sphère en verre dans la main du jeune homme.
– Qu’est-ce ?, demanda le jeune homme avec surprise.
– Un cadeau de ma part, répondit Zani avec un clin d’oeil. Si jamais tu as besoin de mon aide ou que tu souhaite me contacter, pense simplement à moi. »

Thrista observa la sphère translucide qui reposait dans sa paume un instant, ne sachant trop comment réagir. Cette dernière reflétait les lueurs du soleil avec brillance alors que ce dernier entamait à présent la deuxième moitié de sa course dans le ciel. Une orbe de communication. Il n’en avait vu d’aussi pure que très rarement. Elle devait être très puissante et précieuse. Il lança un regard à Zani qui acquiesça silencieusement, toujours un petit sourire au lèvres.

« Merci, finit-il par répondre en la rangeant dans sa besace, ne sachant pas quoi ajouter d’autre. »
Il salua le vieil homme avant de se diriger vers l’extérieur du temple. Il avait dû faire une sacré impression sur le vieil homme pour que ce dernier lui fasse un tel cadeau pensa-t-il en passant les portes en bois de l’enceinte du temple. Il se retourna vers le vieil homme une dernière fois et le vit replier pouce et son auriculaire sur sa main droite et la leva, paume en avant, vers l’extérieur à la hauteur de sa tête avant de prononcer quelques mots simples en ancien langage.

« Sha’ana o naiga ! Que Sha’ana soit avec toi ! »

Zani se tourna ensuite à son tour et parti en marchant d’un pas lent vers la cours centrale du temple. Thrista resta un moment à fixer la silhouette du vieil homme qui rétrécissait à mesure qu’il avançait dans les jardins. Il tourna ensuite les talons et, se dirigeant vers les quartiers du marché, commença à marcher en observant la cohue de gens s’affairant aux préparatifs de fête autour de lui.

Thrista marcha pendant une demi-heure en direction du nord de la ville, il s’arrêta à un stand de galettes accompagnées de boulettes viande et en prit une ration pour se restaurer. Il se rendit alors compte qu’il avait une faim de loup et que cela faisait déjà presque quatre heures qu’il avait déjeuné. Le combat et la marche lui avaient creusé l’appétit. Il mangea donc avec voracité et vint rapidement à bout du délicieux met.
Il finissait sa dernière boulette lorsqu’il arriva dans une rue relativement bondée, il sut par le grand nombre de personnes et la cacophonie ambiante qu’il était arrivé à destination. Il ralentit alors le pas et commença à flâner entre les étalages de nourriture, de vêtements, d’animaux et d’objets divers qui étaient exposés dans la rue.
Les gens passaient, certains pressés par quelque affaire urgente, d’autres prenaient le temps d’observer chaque étalage et achetaient quelques fois une ou deux babioles, mais tous prêtaient plus ou moins attention aux petites mains qui se glissaient subrepticement dans les bourses et dérobaient quelques pièces avant de partir sans demander leur reste. On entendait quelques fois des exclamations effarées à la découverte d’un vol, des cris puis des bruits de course poursuites.
La présence de gardes patrouillant les rues de la ville avait grandement réduit le nombre de vols, mais les petits malins dont c’était le gagne pain surveillaient les rondes et attaquaient au moment propice. Thrista connaissait les stratagèmes mis en place mais il surveillait tout de même les alentours en ouvrant son esprit et en projetant légèrement son mana autour de lui. Il repéra un marchand qui semblait vendre des sacs à bandoulière de bonne qualité, il décida donc de s’y arrêter.
« Bonjour mon bon jeun’homme ! Que puis-je faire pour vous ?, le salua le marchand avec un sourire. »

C’était un homme brun, d’âge moyen, de grande taille et fin, presque maigre, avec une petite barbichette qui lui poussait sur le menton. L’adolescent lui rendit son sourir et le renseigna sur le genre de sac qu’il cherchait.
« Eh bien mon brave vous avez de la chance ! J’ai justement deux sacs dans le même genre que celui que vous avez sur vous ! Regardez, les voila !, annonça l’homme en fouillant dans son étalage et en retirant deux grand sacs ressemblant fortement à celui de Thrista. »

L’un était fait du même cuir mais plus foncé et l’autre avait une sacoche par-dessus la fermeture. Le second plu à Thrista qui le signala au marchand.
« Le plus clair, c’est bien ça ? Mmh… C’est un bon choix, je pense qu’il vous ira très bien, commenta le marchand. »
Le jeune homme prit alors son sac et en sortit une bourse contenant quelques pièces.
« Combien le vendez-vous ?, demanda-t-il.
– Cent vingt pièces d’argent mon bon monsieur ! »
Thrista s’y attendait, le marchand vendait ses sacs au prix fort. Il devait reconnaître que c’était de la qualité mais cent vingt pièces pour un sac c’était beaucoup plus qu’il ne voulait y mettre. Il était sur le point de tenter de négocier, mais le marchand le coupa dans son élan.
« Mais je vous le fais moitié prix en échange de votre ancien sac !, se justifia-t-il devant l’air interrogateur de son client. Vous savez, même si il est abimé je peux sûrement le rapiécer et en tirer un prix correct, alors si ça vous dit… »
– Je le prends dans ce cas !, répondit l’adolescent, intrigué par l’offre du commerçant et soupçonnant quelque chose de louche mais bien content tout de même d’avoir un rabais aussi conséquent aussi facilement. »

Le sac n’était après tout que secondaire, ce qui l’intéressait vraiment était tout près et il avait hâte d’en finir. Il donna donc les pièces au marchand, transféra le contenu du sac dans le nouveau puis reprit sa route. C’est alors qu’on lui rentra dedans. Il manqua de tomber par terre et ne parvint à se retenir que de justesse, mettant quelques instants à comprendre ce qui lui était arrivé.
En face de lui une jeune femme blonde au teint mat vêtue d’une simple tunique dont la capuche était relevée se rétablissait rapidement et déjà reprenait sa course. Durant un court instant il crut apercevoir son regard bleu azur sous la capuche, Thrista eut le vague sentiment de l’avoir déjà vu quelque part mais tout s’enchaina trop rapidement pourqu’il ait le temps de rappeler les circonstances précises. Il entendit alors les pas de course et les cris, sûrement dirigés vers la jeune femme, lui intimant de s’arrêter sur le champ. Un jeune homme blond passa alors devant lui, lui aussi comme une flèche. L’adolescent pensa à lancer un sort pour arrêter la jeune fille mais, au moment où il s’apprêtait à prononcer une incantation, une main se posa sur son bras et le mana qu’il y concentrait se dissipa instantanément.
« N’y pense même pas ! »

Une jeune femme aux cheveux noirs de jais se tenait à sa gauche et le regardait droit dans les yeux. Il baissa le bras et elle hocha imperceptiblement la tête pour toute explication avant de reprendre elle aussi sa course sans plus le regarder.

Il avait été surpris deux fois dans la même journée, qui plus est en moins de quelques minutes, il n’était pas assez concentré… Dans un duel il aurait déjà perdu mille fois. Il fallait qu’il se reprenne ! Lorsque l’étrange trio se fut enfin éloigné, Thrista reprit son chemin, ignorant les regards interrogateurs des passants. C’est alors qu’il remarqua qu’il tenait un objet dans la main droite, un objet qu’il ne se rappelait pas avoir pris dans son sac et qui ne lui appartenait pas. Il l’approcha pour mieux l’observer, c’était une pièce taillée dans du bronze portant la marque d’une orque sautant hors de l’eau, surplombé par une couronne de laurier. Il la retourna, sur l’autre face se trouvait un portrait. Le portrait d’une jeune femme. Un portrait qui ressemblait étrangement à… C’est alors qu’il comprit. La jeune fille sur la pièce et la jeune femme qui lui étaient rentré dedans… Il se souvint d’une image qu’il avait gravée dans sa mémoire étant tout petit. Une robe bleue, des mains fines, une chevelure blonde descendant jusqu’au hanches et un fin diadème serti de petits cristaux bleus sur la tête. Il revit l’homme à la barbe déjà grisonnante alors, assis sur le majestueux trône de bois flottant, le hall était immense, la jeune fille croisa son regard. L’image d’une jeune femme plus âgée succéda à cette première vision, les même yeux. Comment avait-il pu ne pas la reconnaître ? Décidément, ce n’était pas bon, il fallait qu’il se reprenne !

Un mot vint alors à son esprit, un nom auquel il n’avait pas pensé depuis longtemps : Silena.


Chapitre précédent *-* Sommaire *-* Chapitre Suivant

Advertisements

2 thoughts on “Ombre & Plumes – 5 – Eclair blond

  1. Pingback: Ombre & Plumes – 4 – Un feu qui brûle à jamais | Tales of Ore

  2. Pingback: Ombre & Plumes – 6 – Le palais blanc | Tales of Ore

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s