Ombre & Plumes – 7 – Fleurs du passé


D’ombre et de plumes

7

Fleurs du passé


« Allez ! Dépêche-toi !, lui intima la jeune fille se laissant aller à son impatience et accélérant sa course, sautant gracieusement par-dessus le mur. C’est pas possible Thrista, tu es vraiment trop lent ! Un vrai escargot !
– Attends-moi Silena !, supplia le jeune Thrista essayant tant bien que mal de suivre la jeune princesse, mais celle-ci était beaucoup plus agile que lui et le devançait tellement qu’elle devait s’arrêter régulièrement pour l’attendre à sa plus grande exaspération.
– Plus vite ! Ils vont nous rattraper sinon !, lui répondit simplement la jeune fille. »

Elle était particulièrement excitée et nerveuse aujourd’hui car son père avait augmenté le nombre de gardes à patrouiller le château pour l’empêcher de sortir et ils s’étaient presque fait prendre en passant par-dessus le mur. Tout ça à cause de ce bon à rien de Thrista. Ils étaient censés se rendre en ville dans le parc du quartier est pour jouer avec les enfants du coin mais jamais ils n’y arriveraient avec une tortue comme lui. Elle détestait son côté pleurnichard, un vrai bébé pensait-elle souvent, et la peur bleue qu’il avait qu’elle le laisse tomber. Il savait pourtant utiliser les bases de la magie mais le simple fait qu’on lui crie dessus le paralysait. Pourtant il était l’une des rares personnes de son âge, bien qu’il ait tout de même trois ans de moins, avec qui elle puisse jouer, alors elle en profitait toujours un maximum. Quitte à se faire passer un savon ensuite. C’était la troisième fois qu’ils quittaient le palais tous les deux sans autorisation, enfin la deuxième puisque techniquement ses parents n’étaient pas au courant pour la toute première fois, et son père en était furieux. Non seulement parce qu’elle mettait sa vie en danger mais aussi celle de Thrista, dont le roi avait promis de s’occuper pendant que le père du jeune garçon s’acquittait d’une mission pour lui.
Ils arrivèrent à l’entrée familière du parc, surplombée par une arche métallique gravée du nom du parc elle n’empêchait pas d’y pénétrer puisque l’étendue de verdure n’était entourée par aucune barrière. Presque totalement recouverte par les branches des rosiers qui y poussaient elle n’était là que pour la symbolique de l’endroit, mais rare étaient ceux qui ne l’empruntaient pas pour entrer dans le parc car elle représentait également un hommage aux longues années de paix qu’avait pu vivre la citée depuis la dernière grande guerre. La jeune blonde passa sous l’arche et Thrista la rejoint peu après, ils marchèrent ensemble vers le centre du parc où ils devaient retrouver les autres jeunes du quartier. Des cris excités parvenaient d’ailleurs déjà à leurs oreilles. Des enfants se couraient après, criant et riant à plein poumons. Les deux nouveaux venus se joignirent rapidement à eux, courant et criant à leur tour avec ferveur. Ils jouèrent ainsi pendant presque deux heures à se courir après, se lancer des balles et admirer les acrobaties de la princesse alors qu’elle grimpait à un arbre et sautait sur le plus proche sans faire le moindre effort. Le soleil arrivait à maxima lorsqu’ils décidèrent enfin de se séparer, la plupart ayant peur des réprimandes à l’idée d’arriver en retard pour le repas, les autres partant à contre cœur, n’ayant plus de camarades pour jouer. Thrista et Silena décidèrent donc également de rentrer. Ils firent un long détour par le nord du palais pour tenter de passer inaperçus du roi et de ses garde mais ce fût sans succès car, alors qu’ils passaient par une fenêtre des cuisines, une voix grave les fit se figer sur place.
« Eh bien jeunes gens, vous êtes pile à l’heure pour manger !, rententi la voix d’Oscius, l’un des quatre capitaines de la garde royale. »

L’homme, quoique de taille moyenne et d’apparence relativement quelconque, émanait d’une aura de puissance qui intimidait beaucoup de gens dont Silena elle-même, ce qui était dire.

« Votre père vous cherche partout jeune fille, dit-il simplement en s’écartant et en montrant le couloir derrière lui. »

Il souriait légèrement, amusé par leur détermination à vouloir sortir malgré l’interdiction, mais sa présence seule faisait passer toute envie de protestation. Ainsi les deux jeunes ne dirent mot et passèrent simplement devant lui en baissant la tête, Oscius les suivit leur indiquant le chemin à suivre par un simple geste et les conduisit jusque dans les quartiers privés du roi et de la reine. Il ouvrit la porte, les fit entrer puis les annonça. Il referma ensuite la porte et les laissa là, la mine déconfite à attendre les réprimandes du roi, mais à leur plus grand étonnement ce fut une femme brune, les cheveux mi-long, portant une robe légère et gracieuse qui entra dans la pièce et vient s’assoir sur le canapé en face d’eux. Siléna ouvrit de grands yeux, un sourire apparut sur ses lèvres et elle se précipita vers la femme.
« Maman !, s’écria-t-elle. »
Bien qu’il soit déjà venu plusieurs fois et qu’il ai passé presque trois semaines au château cette fois ci ; c’était la troisième fois seulement que Thrista voyait la reine de Tébor en personne. Tandis que son mari lui s’occupait des affaires internationales, celle-ci était souvent partie en voyage dans les différentes contrées du pays pour remédier aux problèmes internes au royaume. Elle était grande et svelte. De longs cheveux noirs lui tombaient dans le dos, ses yeux étaient d’un marron profond qui rappelait étrangement la couleur de sa peau. Silena avait hérité de la silhouette et du grain de peau très mat de sa mère alors que sa chevelure blonde et ses yeux bleus lui provenait de son père. Ceci lui donnait une apparence exotique et mystérieuse qui d’après le roi attirerait plus d’un jeune homme lorsqu’elle aurait grandi. Son caractère, lui, provenait sans aucun doute de sa mère. Car bien que d’apparence douce et inoffensive, la belle femme cachait une volonté et une détermination de fer qui faisait pâlir les autres dirigeants. Elle savait se montrer aussi douce que la brise ou aussi effrayante que l’ouragan lorsqu’il était nécessaire.
La première fois que le jeune garçon avait vu la reine il ne se serait jamais douté qu’elle fut la mère de la jeune princesse si l’un des gardes ne l’avait pas annoncé à son arrivée. C’était le troisième jour après être arrivé au château lors de sa première visite, le roi et son père discutaient avec les ministres sur la grande table dans la salle du trône. Non loin de là, sur une autre table plus petite, Thrista et Silena jouaient aux échecs sous les yeux bienveillants de la gouvernantes de la princesse. Le garçon s’était en effet révélé relativement doué à ce jeu remplaçant ainsi la femme plus âgée contre la princesse. Son père jouait souvent avec lui lorsqu’il était petit et bien qu’il se soit grandement amélioré depuis le début, il n’avait réussi à le battre en tout et pour tout que deux fois.
« Tu devrais mettre ton cavalier sur la case blanche en diagonale tu sais, avait-il dit à la princesse alors qu’il venait de s’asseoir à la grande table le jour de leur rencontre. »

La jeune fille n’avait rien dit sur le moment mais l’avait regardé avec de grands yeux puis avait tourné la tête avec dédain. Il n’avait alors plus rien osé dire et Silena avait continué à jouer les coups suivant sans changer de stratégie. Cependant au bout du quatrième coup infructueux, elle tenta le coup que lui proposait Thrista et mis le roi mat en deux coups. Elle le regarda alors simplement. Elle le fixait avec attention depuis quelques secondes, le jeune homme commençait d’ailleurs à se sentir mal à l’aise, lorsqu’elle lui fit signe de s’asseoir en face. Il se leva lentement et alla prendre place du côté des pièces noires, hésitant au début mais reprenant quelque peu confiance grâce au sourire chaleureux que lui fit la gouvernante aux cheveux grisonnants.
« Tu as l’air de te débrouiller on dirait. Voyons voir ce que tu vaux !, annonça simplement Silena en souriant avant de bouger son pion. »

Au grand dam de celle-ci il aurait gagné la partie, ce qu’elle ne voulut jamais avouer par la suite, si la reine n’était pas arrivée à ce moment. La jeune fille se leva si brusquement à cette annonce qu’elle renversa le plateau par terre, dispersant ainsi toutes les pièces dans son mouvement. Thrista la soupçonna plus tard d’avoir d’ailleurs fait exprès.
Une grande femme brune entra donc dans la pièce. Faisant taire d’un geste le ministre qui parlait à ce moment, le roi se dirigea vers celle-ci ouvrant les bras pour l’embrasser. Sa fille fut cependant la plus rapide, sautant dans les bras de sa mère elle s’accrocha à son cou et enfonça sa tête dans les longs cheveux bruns qui lui tombait sur les épaules.
« Mère !, s’écria-t-elle.
– Ma chérie !, répondit la femme en posant un baiser sur les lèvres de sa fille, un large sourire sur le visage. Comme tu as grandi !
– Maman !, se renfrogna Silena.Tu me dis ça à chaque fois !
– Et alors, cela veut-il dire que ce n’est pas vrai ?, rétorqua sa mère.
– Non. Mais tu sais je ne suis plus une petite fille maman, je suis grande maintenant !
– C’est vrai, tu es presque une adulte maintenant, concéda la plus âgée avec le sourire. Permettez-moi dans ce cas, chère jeune fille, de simplement vous complimenter sur votre beauté toujours grandissante dans ce cas. »
Les joues de la princesse rosirent légèrement et elle prit un air boudeur mais laissa tout de même sa mère l’embrasser sur la joue. Cette dernière se releva enfin et se tourna vers son mari. Le roi, qui observait jusqu’alors avec bienveillance la scène qui se déroulait sous ses yeux, alla alors baiser la main de sa femme en lui souhaitant la bienvenue. Ils restèrent quelques instants ainsi, se fixant l’un l’autre, les yeux pétillants, sans dire un mot. Puis le roi, se reprenant le premier lui demanda comment s’était passé son voyage.
« Relativement calmement, je dois bien l’avouer Marco. Tout s’est déroulé sans encombre, mais je te raconterai tout en détail plus tard car je vois que nous avons des invités, dit-elle en se tournant vers la grande table. »

Les ministres et le père de Thrista se levèrent alors pour la saluer.
« Bonjour mon cher Alix, tout est calme en se moment ?, salua la reine à l’attention de l’homme le plus à droite. »

Il était de taille moyenne, fin et d’apparence calme. Mais il ne fallait pas s’y tromper, sous ses airs chétifs Alix Embrelame, qui occupait le poste de ministre des armées, cachait un très fin stratège et un puissant guerrier. Cet homme aux cheveux châtain grisonnant et aux yeux gris pâle en impressionnait malgré tout plus d’un de part sa présence seule. Il s’était plus particulièrement illustré en sauvant la vie du roi d’une tentative d’assassinat une douzaine d’années plus tôt. Il avait réussi cela sans qu’il n’y ait aucune victime, c’est ce qui lui avait valu d’être nommé ministre presque du jour au lendemain.
« Bonjour ma dame. Oui, tout vas pour le mieux pour le moment, il n’y a rien à signaler, répondit-il en se baissant.
– Parfait. Et de votre côté Lucas, Fenrir ?, demanda ensuite la reine aux deux autres ministres présent. »

Fenrir Mornac et Lucas Pandé, respectivement le trésorier royal et le ministre des affaires internes, se levèrent également pour saluer la souveraine. Le premier, grand et roux, possédait une barbe coupée court et des yeux marron pétillants qui lui donnaient un air très amical et facile d’accès. Le second paraissait quand à lui plus renfrogné. Plus petit que son collègue, les cheveux bruns légèrement en bataille et des sourcils broussailleux, il paraissant plus irascible et sournois. Ce qui d’ailleurs n’était pas démenti par ses actions mais qui lui donnait un avantage sur ses interlocuteurs lors de réunions ou de débats avec les différents dirigeant de régions du pays.
« Tout vas bien de mon côté ma Dame, les préparatifs sont presque prêts pour la fête du printemps, répondit le roux.
– Idem pour moi ma Dame, je pars dans deux jours pour le nord afin de s’accorder sur la signature du traité commercial avec la baronnie de Silve, ajouta Lucas Pandé.
– Parfait alors, conclut la reine. Mais je manque à mes devoirs d’hôte en ne vous saluant pas plus tôt mon cher Ellias, j’espère que vous ne m’en tiendrez pas rigueur, ajouta la reine en se tournant vers le père de Thrista qui se tenait non loin.
– Non, pas du tout ma chère Léna, répondit Ellias. Cela me fait grand plaisir de vous revoir.
– Merci Ellias, cela me fait grand plaisir aussi, il y avait trop longtemps que l’on ne s’était pas revu. Et maintenant, qui est ce jeune homme qui te ressemble tant ? Serait-ce ton fils ?, le remercia Léna en se tournant vers le jeune Thrista.
– Oui, c’est mon fils, répondit-il en faisant signe à Thrista de se présenter. »
Le garçon qui était complètement captivé par l’apparition de cette femme à la peau mat et aux cheveux noirs, si gracieuse et si joyeuse qu’il n’avait rien suivi d’autre pendant tout ce temps. C’est un coup bien placé sur le pied de la part de la princesse qui le ramena à la réalité au moment ou la reine Léna se tournait vers lui.
« Bonjour votre majesté, je suis honoré de faire votre rencontre, commença-t-il la voix légèrement tremblante et le teint légèrement rosi.  Mon nom est Thrista Daener, je suis le fils d’Ellias Daener et je suis venu ici avec lui. »

Ce fut tout ce qu’il pu articuler avant que sa voix ne meure dans sa gorge.
« J’en suis pareillement honorée mon cher Thrista, ton père est un très vieil ami et c’est un grand plaisir pour moi de rencontrer son fils, répondit-elle avec un grand sourire. »

Thrista ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois avant de pouvoir enfin articuler un faible merci en baissant vivement la tête, son visage à présent rouge écarlate. Ceci était dû non seulement au fait qu’il était fasciné par cette femme, perdant ainsi tout son moyen, mais aussi parce qu’il voyait du coin de l’œil le large sourire qui s’étalait sur le sourire de son père. Et il savait pertinemment qu’il n’était pas étranger au fait que son paternel soit hilare à ce point… Au grand plaisir de la princesse il perdit les deux parties d’échec qu’ils firent ensuite, sous les yeux attentifs de la reine, qui après avoir salué le reste des personnes présentes dans la grande salle avait insisté pour les surveiller, congédiant ainsi la gouvernante de Siléna pour le reste de la journée. Et bien que cette dernière ne cessa ensuite de lui répéter qu’il avait simplement eu de la chance la première fois, lui savait que l’explication était tout autre…
« Aller, ce n’est pas grave, c’est comme ça c’est tout !, lui dit la princesse, en arborant tout de même un sourire triomphant. »

Mais devant son air déçu elle soupira avant de lui prendre le poignet et de l’entraîner en dehors de la grande pièce.

« Viens, je vais te montrer un endroit magique ! ».


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