Ombre & Plumes – 8 – Hannah


D’ombre et de plumes

8

Hannah


La jeune femme était sortit des buissons derrière lui au moment ou il allait passer l’arche. Un sourire qu’il ne pu voir se dessina sur le visage de celle-ci alors qu’elle lui pointait sa dague sous le cou. Il était venu, comme elle l’avait prévu, et cela avait un rapport avec le matin même. Etait-il un simple voleur ayant trouvé une victime à son goût en la personne de la princesse ? Non, impossible, il s’apprêtait à utiliser la magie ce matin, elle en était sûre. Alors venait-il assassiner la princesse pour le compte d’un sombre concurrent ? Quoi qu’il en soit ses intentions lui étaient inconnues, mais cela n’allait pas durer.
« Ne bouge pas si tu tient à la vie, lui dit-elle. »
Sa réaction fut celle de toute personne dans sa situation : il se figea. Bien se dit-elle, au moins il analyse la situation avant d’agir, ou mieux il a peur… Elle se rapprocha légèrement pour vérifier qu’il ne cachait aucune arme sous sa cape. Il fit un mouvement pour l’en empêcher mais elle appuya la dague plus fort contre son cou, le décourageant ainsi de poursuivre dans cette voie.
« Je t’ai dit de ne pas bouger ! Je n’hésiterai pas si tu résiste encore… annonça-t-elle d’une voix calme et posée. Elle espérait ne pas avoir à en arriver à cette extrémité, mais elle avait été chargée de protéger la princesse et ainsi donc de faire le nécessaire pour mener sa mission à bien. Le jeune homme tourna la tête vers elle et la regarda un instant avant de tendre les bras devant lui et de se laisser faire. Elle utilisa alors sa main libre pour relever sa cape et vérifier qu’il ne cachait aucune arme. Il possédait seulement une sacoche à son côté gauche, rien qui puisse passer pour un objet dangereux à première vue. Cependant elle ressentit une faible aura émanant de lui et remarqua le collier de cuir rouge autour de son cou. Elle tendit lentement la main pour s’en saisir, gardant sa lame placée de façon stratégique afin que l’intru ne résiste pas.

« N’y touche pas… dit-il alors, la surprenant légèrement. »

Mais qui se croyait-il être lui pour lui donner des ordres ? Elle n’allait tout de même pas se laisser dicter sa conduite par une personne qu’elle tenait en garde et qui s’était rendu sans résistance ! La jeune femme raffermit son emprise sur lui et tendit la main pour saisir le collier afin de l’examiner de plus près. Elle dût cependant reculer brusquement pour éviter de justesse un coup de coude venant de sa gauche. Comment avait-il réussi à l’attaquer sans qu’elle ne le remarque ? A peine s’était-elle posé cette question qu’elle s’était remise sur pieds et répliquait en sortant sa seconde dague. Cependant elle fut contrainte de reculer de nouveau car il lui envoya un coup de pieds haut, droit vers son visage. Il se replia ensuite de quelques pas, mettant suffisamment de distance pour voir venir une éventuelle autre attaque. Comment avait-il fait pour la bloquer deux fois de suite ? N’était-il pas qu’un simple voleur ? Elle décida de reculer d’un pas mais son pied buta contre un mur. Zut ! Encore ? Mais qui était-il à la fin ? Elle décida d’en finir une fois pour toute avec ce petit jeu et se prépara à bondir. Elle plaça ses deux dagues près de ses côtes pour faciliter ses mouvements. Cette diversion devrait lui permettre de se préparer suffisamment pour lancer un sort et l’immobiliser définitivement. Tout se passa en un éclair. Elle sauta soudainement, ne laissant pas le temps de réagir à son adversaire, retomba derrière lui et recula en tendant la main, un léger halo violet visible uniquement a ses yeux s’en échappant. Elle leva les yeux et croisa le regard de cet inconnu qui lui donnait tant de fil à retordre. Son regard était sérieux mais pas froid, pas tel qu’elle avait l’habitude de les voir chez un voleur ou un assassin.  Un regard juste, profond et sans envie meurtrière. Peut-être se trompait-elle, peut-être n’était-il pas hostile ? Non ! Elle ne devrait pas se laisser aller au regard innocent d’un inconnu ! Un maître savait cacher son jeu avec efficacité. Elle se reprit juste à temps pour discerner les yeux écarquillés en face d’elle. Il recula, elle lui sourit d’un sourire froid. Et alors que ses yeux prirent des reflets violet elle laissa aller la puissance qu’elle retenait jusqu’à présent dans sa main.
Thrista s’immobilisa en sentant la froideur du métal sous la peau de sa gorge. Il essaya de comprendre ce qui lui arrivait. La personne derrière lui devait être cachée derrière le mur sur sa droite. Elle lui ordonna de ne pas bouger, mieux vallait obéir. Une seconde… Elle ?! Il reconnut la voix de la fille du marché… Elle avait donc bien un lien avec Siléna, comme il le pensait. Ce n’était pas une simple coïncidence. Mais alors l’attendait-elle depuis tout ce temps où se trouvait-elle dans les jardins du palais par hasard ? Sa réflexion fut interrompue par celle qui le tenait en respect, elle essayait de le fouiller. Il tenta de l’en empêcher mais elle remarqua son mouvement et réitéra sa menace. Il attendit donc patiemment qu’elle s’intéresse à son pendentif, qu’elle ne manquerait pas de remarquer si elle était une menace digne de ce nom, et la découragea d’y toucher lorsqu’elle tenta de l’en défaire. Bien sûr elle ne l’écouta pas, au contraire. Mais tant mieux cela lui permit de la surprendre en lui envoyant un coup de coude au niveau du visage. Sa cape cacha son mouvement jusqu’au dernier moment ce qui lui donna l’avantage. Il remarqua le bref éclair de surprise sur le visage de la jeune femme. Parfait. Il envoya ensuite un coup de pied au même endroit pour la faire reculer, ce qui fonctionna. Elle sortit une seconde dague mais n’eut pas le temps de l’utiliser et dut se rabattre de nouveau vers le mur. Thrista se prépara alors à se battre sérieusement. Après tout elle était armée et pas lui, de plus elle donnait l’impression de savoir se servir de ses lames. Il vit qu’elle se sentait prise au piège par le mur. Tant mieux, cela me donne l’avantage, se dit-il. Il fut cependant surpris lorsqu’elle sauta soudain haut dans les airs, retombant juste derrière lui. Elle recula d’un pas et tendit la main, pointant une de ses lames vers lui. Il n’eut le temps que de se retourner, incertain de ce que réservait la suite. Leurs regards se croisèrent, il lu dans les profonds yeux verts de son adversaire de l’incompréhension et une légère lueur de doute, puis ils se vidèrent de toute émotion. Et alors que, la main pointée vers lui, elle se préparait à laisser aller l’énergie qu’elle retenait, Thrista eut l’impression que les yeux de la jeune femme viraient au violet l’espace d’un instant. Un sourire apparut alors sur le visage de cette dernière, un sourire sans chaleur et sans émotion.
Il comprit un temps trop tard ce qu’elle avait l’intention de faire et ne pu qu’esquiver la décharge d’énergie au prix d’un effort surhumain, y laissant la moitié de sa cape. Cette décharge alla exploser sur la haie derrière lui, déclenchant une série d’éclairs miniature qui parcoururent la haie de long en large pendant quelques dixièmes de secondes avant de disparaître. Une odeur de feuilles brûlées se répandant à leur suite. Il se releva tant bien que mal et se remit en garde face à la jeune femme déjà en position, ses deux dagues pointées vers lui. Si elle était surprise de sa réaction elle ne le montrait pas, seule une détermination de marbre se lisait sur ses traits fins. Ils tournèrent autour l’un de l’autre, essayant d’analyser leur adversaire, Thrista recula en direction de la fontaine et alors qu’il l’atteignait et que la jeune femme se prépara à lui bondir dessus une voix s’éleva de leur droite.

« Stop ! Arrêtez-vous !, lança celle-ci. »
Thrista se tourna vers l’endroit d’où l’ordre avait été intimé, toujours en position de garde et ne quittant pas son agresseur du coin de l’oeil. Une jeune femme blonde à la peau mate se tenait debout derrière la fontaine à côté d’un jeune homme, blond lui aussi mais à la peau très claire, et les observait attentivement. A sa vue il se détendit immédiatement, sans toutefois quitter sa position de combat, et un grand sourire s’étira sur ses lèvres. Il avait reconnu la princesse héritière du royaume de Tébor. Il voulut la saluer mais elle le devança et parla à nouveau avant qu’il puisse même ouvrir la bouche.
« Rends toi, sinon elle ne voudra jamais baisser ses armes… annonça la blonde en faisant un signe en direction de la jeune femme brune. »

Thrista remarqua alors qu’elle n’avait en effet toujours pas baissé sa garde, elle s’était même préparé à agir dès que nécessaire. Cela lui ôta momentanément son sourire. Il la regarda à nouveau dans les yeux quelques instants, cherchant à la sonder, puis comprenant qu’elle ne céderait pas, il suivit l’ordre de la princesse.
« Moi aussi je suis content de te voir Siléna, dit-il simplement, d’une voix enjouée en ôtant sa cape. »

La jeune femme brune se tendit imperceptiblement suite à son mouvement, prête à bondir. Ou était-ce parce qu’il adressait la parole à la princesse aussi directement ? Le jeune homme blond lui ne semblait pas du tout étonné. Il plia donc sa cape sans plus prêter attention à la brune et déposa sa sacoche nouvellement acquise au sol avant de sortir son pendentif de dessous son haut afin que la jeune femme brune puisse l’observer.

« Il est enchanté pour… détourner les éventuelles mains baladeuses qui voudraient me le voler… Expliqua-t-il à son égard avant de se tourner vers la princesse. Je ne t’avais pas reconnue du tout ce matin, ce n’est que lorsque j’ai trouvé la pièce dans ma poche que j’ai tiqué. Je vois que ton père est toujours autant à cheval sur ta sécurité, ajouta-t-il, un grand sourire s’étirant sur son visage. »
« Merci Thrista, répondit Siléna. Es tu satisfaite maintenant Hannah ? Tu vois, il ne me veut absolument aucun mal, dit-elle en se tournant vers la jeune femme brune. »
Elle s’appelait donc Hannah… Intéressant. Pensa le jeune homme donc le sourire était revenu en grande partie à cause de l’étonnement qui avait pu se lire sur le visage de la brune pendant un court instant. Alors que la dénommée Hannah rangeait lentement sa dague son regard alla de la princesse à Thrista et inversement. L’incompréhension se lisait dans son léger froncement de sourcil, ce dernier semblait également trahir une pointe d’agacement.

« Vous vous connaissez ?, demanda-t-elle simplement, d’une voix qu’elle tentait de garder aussi neutre que possible.
– Pourquoi crois-tu qu’ils discuteraient ainsi si ce n’était pas le cas ? »

Le jeune homme blond venait de parler pour la première fois. Bien qu’ouvertement moqueuse sa voix n’était ni blessante ni agressive, au contraire elle était calme et apaisante. Thrista s’intéressa de près à celui qui se permettait de se moquer de sa collègue aussi ouvertement, peu importe que ce soit devant elle et devant la princesse. Quand bien même Siléna ne portait aucune valeur aux conventions entre nobles et sujets, il devait être relativement bien vu d’elle pour se permettre ce genre de commentaire. Cela l’intriga, mais il fut coupé court dans sa réflexion par la réaction vive de la dénommée Hannah.
« Tu savais ?!, lui demanda celle-ci vivement.
– Bien sur, la princesse m’avait prévenu. Mais elle m’a demandé de ne rien te dire parce qu’elle savait que de toute façon tu n’en ferai qu’à ta tête. Nous t’avons donc laissé le suivre et tenter de l’arrêter dans les jardins tout en restant à proximité au cas où les choses s’envenimeraient. »
La brune, tout en regardant les deux blonds en face d’elle, ouvrit la bouche comme pour parler puis la referma et annonça, après les avoir foudroyés du regard (surtout le jeune homme blond remarqua Thrista), à la princesse qu’elle allait se poster près de l’arche végétale de l’autre côté de la fontaine. Elle tourna les talons et marcha rageusement vers l’arche, en faisant le tour la fontaine, où elle se posta pour surveiller les alentours. Elle ne se retourna que pour jeter un nouveau regard encore plus noir que le précédent, si cela était possible, à son camarade qui lui riait de bon cœur en la voyant réagir ainsi.
« Veuillez l’excuser, dit-t-il après s’être calmé en s’adressant à la fois à la princesse et à Thrista. Elle a un tempérament assez explosif et elle n’aime pas du tout se faire duper.
– Ne t’inquiète pas Todd, je suis sur que Thrista n’en sera pas vexé, répondit la princesse. Maintenant, permettez-moi de vous présenter. Thrista, voici Todd Arnesson et Hannah Lordanien, les gardes du corps que mon père a engagé pour veiller sur moi lors de mon mariage. Todd, Hannah, voici Thrista Daener, un très vieil ami à moi, annonça la princesse en montrant tour à tour le jeune homme blond, la jeune femme brune et Thrista.
– Enchanté de faire votre connaissance, salua Thrista.
– De même, répondit simplement Todd en s’inclinant légèrement.
– Venez, nous serons beaucoup plus confortable sur la terrasse je pense, ajouta la princesse en partant dans la direction d’où ils étaient arrivés. »

Le jeune homme blond la suivit après avoir sifflé dans la direction de sa collègue et avoir pointé la direction ou ils partaient. Celle-ci lui répondit par un regard toujours aussi noir puis se retourna à nouveau, dos à eux. Le blond haussa les épaules et regarda Thrista.
« Jamais deux sans trois… , constata-t-il simplement avant de suivre Siléna en riant de bon cœur de nouveau. »

Quelle drôle de duo ces deux là, pensa le brun avec un petit sourire amusé avant de se mettre en route à la suite du garde du corps blond.

*

Il faisait noir et on ne voyait que quelques étoiles brillant dans le lointain. La nuit était tombée rapidement après qu’il soit sortit ce qui l’arrangeait car il serait beaucoup moins repérable dans ces conditions. Cela faisait plus d’un mois qu’il faisait le tour du port afin d’en faire un repérage complet pour être fin prêt le moment venu. Et ce moment était venu. Lorsque les trois navires de la marine Galadienne étaient arrivés au port l’avant-veille, il était déjà prêt depuis plus d’une semaine. Il s’était abstenu de venir y faire un tour entre temps pour ne pas éveiller les soupçons des soldats qui préparaient le débarquement. Mais ce soir tout était enfin prêt et il pouvait passer à l’action. S’il trouvait ce qu’il était venu chercher sans encombre alors il pourrait enfin retourner auprès du général, sinon il lui faudrait encore chercher. Et si jamais il venait à se faire prendre, mieux ne valait pas y penser… L’homme s’avança dans la ruelle sombre et grimpa agilement sur le toit d’une des bâtisses donnant sur le port, il se déplacerait beaucoup plus facilement et discrètement en hauteur. En effet quiconque aurait regardé dans sa direction n’aurait vu que le ciel éclairé par des étoiles aux couleurs si nombreuses qu’on ne pouvait les compter, peut être au mieux un léger scintillement au niveau de la lisière du toit. Seule une personne sachant comment déjouer des illusions de haut niveau aurait pu apercevoir, au milieu de ce scintillement, une silhouette fine toute enrobée de bleu marine se déplaçant sur le toit à une vitesse impressionnante.


L’homme qui se dirigeait vers le port avait une mission bien précise et si elle lui avait été confiée c’était parce qu’il avait acquis et développé des capacités sans pareil pour la dissimulation. Il parvenait à se dissimuler non seulement des yeux mais des quatre autres sens aussi facilement qu’il respirait, seul un faible scintillement doré était à peine visible par les yeux les plus aguerris. Il savait qu’il ne pouvait pas échouer car cela voulait dire mettre un grain de sable dans l’engrenage si bien huilé d’Ascendi. Jamais il ne se pardonnerait d’avoir fait échouer les plans du prince. Alors qu’il arrivait à proximité de l’entrepôt où se trouvait la cargaison de la Trinité, il se concentra sur ce qu’il devait faire et s’arrêta un moment pour observer autour de lui. Il était sur le bord du toit d’un grand hangar à cent cinquante pas de son but environ et des gardes circulaient tout autour du bâtiment au sol. Sa seule issue était le toit comme il l’avait prévu, mais elle ne marcherait qu’une seule fois, il devait réussir à tout prix car il n’y aurait pas de seconde chance. Il attendit que la ronde de soldats soit passée pour se remettre en mouvement. Courant silencieusement sur la surface en pente, il ne s’arrêta pas une fois arrivé au bord du toit mais sauta simplement de l’autre côté, parcourant plus de quinze mètre en l’air, avant de retomber sans bruit de l’autre côté de la rue sur le toit du hangar. Il se coucha un instant, se dissimulant totalement dans les ombres de la nuit pour éviter les deux miradors postés dans les deux coins opposés à sa position actuelle. Lorsque ceux-ci se tournèrent il en profita pour parcourir la distance qui le séparait de l’autre bout du toit et se laissa tomber.


Il atterrit dans une minuscule allée, à peine plus d’un pas et demi de large, pile ce qu’il lui fallait. Il se faufila le long de l’allée et laissa passer la patrouille habituelle sans se faire voir. Ne pas se faire voir, quoi qu’il arrive. C’était le seul ordre que lui avait donné le prince : « Fais comme tu sais si bien le faire, arrange toi pour que personne ne remarque ta présence, que ce soit quand tu y seras ou quand tu seras reparti. » Se faire voir ne poserait pas beaucoup de problèmes supplémentaires, il pourrait toujours s’enfuir sans problème, mais alors ils sauraient que quelqu’un les espionnait. Et c’est cela qui poserait le plus gros problème : qu’ils sachent maintenant. Il était encore trop tôt. Il parcourut donc plusieurs allées semblables, laissant derrière une infime poussière dorée flotter dans l’air quelques secondes, avant de finalement entrer dans un bâtiment. Ce n’était pas son but final et cela lui rallongeait un peu le chemin, mais il donnait directement sur le hangar et lui permettait de rester à couvert. Il passa donc devant un gardien assoupi, manquant de le réveiller et s’en tira de justesse en rattrapant la tasse que l’homme allait laisser tomber au vol et la reposant délicatement sur la table. Il continua ensuite vers la grande porte devant lui, la franchit sans bruit et se dirigea avec hâte vers un coin sombre pour avoir le temps d’observer ses alentours avant de passer à l’action. Il se concentra pour tenter de détecter d’éventuels pièges mis en place par l’armée Galaedienne mais rien ne lui apparut comme suspect. Il laissa donc intérieurement échapper un soupir de soulagement, pas de contrainte supplémentaire pour le moment.


Rien ne bougeait dans l’immense espace rempli de caisses. L’homme monta donc sur l’une d’entre elles et commença à lire les étiquettes de chacune, passant dès qu’il était sûr de ne pas y trouver son objectif. Il était presque arrivé au milieu du hangar lorsqu’il entendit un bruit. Il n’était plus seul, quelqu’un venait. Il se dissimula donc de nouveau et tenta de repérer la source du bruit. Il remarqua presque immédiatement un garde à l’autre bout du hangar. C’était celui qui était assoupi quelques minutes plus tôt, apparemment il ne s’était rendu compte de rien, ce dernier bailla un grand coup. Il tenait quelque chose à la main, un carnet de note, et y griffonna rapidement quelques symboles avant de repartir vers son bureau, sûrement pour se rendormir. L’homme en bleu souffla silencieusement et reprit ses recherches. Ce fut au trois quart des boîtes qu’il repéra ce qu’il cherchait. Une caisse sans étiquettes et d’une taille assez conséquente mais, par dessus tout, en métal. Il s’en approcha et vérifia à nouveau la présence d’éventuels pièges. Il découvrit la barrière de Schalk protégeant l’énorme boîte métallique d’éventuelles intrusions magiques et sentit l’énergie pulser intensément sous sa main. Cela ne le surprit aucunement, il s’attendait à rencontrer un sort de cette envergure, tout cela était selon les indications données par le Prince, rien d’inhabituel. Parfait se dit-il en souriant. Il resta tout de même sur ses gardes, cela pouvait être un piège, trop de facilité était toujours suspect. Il jeta un autre regard autour de lui, s’assurant qu’il était seul et que personne ne l’observait, avant avant de sortir un étrange objet de sa poche : un carré de ce qui semblait être du papier. Il le déplia trois fois pour que celui-ci atteigne une taille d’environ trente centimètres de côté et le teint droit. Il se rapprocha de la paroi de bois de la caisse et y plaqua la feuille. Celle-ci ce mit alors à grésiller et émit une légère lumière avant de se coller complètement contre le bois comme si la elle s’y mêlait. Il observa le sort faire effet et au bout d’environ cinq secondes se dessina une ouverture dans le bois à la place de la feuille. Celle-ci avait disparue laissant place à un passage qui donnait sur l’intérieur de la caisse.


L’homme se glissa facilement à l’intérieur et se mit dès lors à chercher, fouillant partout il dénicha bien vite une petite mallette remplie de dossiers : des schémas annotés et des instructions à propos d’un système mécanique relativement complexe. Il sourit, exactement ce qu’il cherchait. Il sortit une petite pierre transparente de sa poche et prit chaque feuille de la mallette une à une. Il passa la petite pierre au dessus de chaque feuille, prenant bien soin de couvrir toute sa surface avant de la remettre soigneusement en pile dans le même ordre qu’au départ. Lorsqu’il eut fini il remit tout en place avec la plus grande attention, rien ne devait éveiller les soupçons. Il ressortit par la petite ouverture sans prêter aucune attention à la forme géante et étrange qui était dissimulée sous un drap aux couleurs blanc, bleu clair et or et qui occupait la quasi-totalité de l’espace de la caisse. Il referma le passage en prononçant un mot la main tendue vers l’ouverture, celle-ci redevint petit à petit aussi blanche et opaque que la feuille de départ et tomba à terre, se désintégrant en un minuscule tas de cendre. Il ne prit que le temps de l’étaler pour dissimuler ses traces et repartit immédiatement en prenant la même route qu’au départ. Sans encombre il revint à la pièce du garde, qui s’était effectivement assoupi et dont la tasse manquait encore une fois de tomber, puis à l’allée étroite puis enfin sur le toit immense du hangar. Ce fut à ce moment qu’il fut le plus attentif car être trop sûr de soi entraînait inévitablement des erreurs et il ne pouvait se permettre d’en commettre ne serait-ce qu’une seule. Il attendit donc patiemment, allongé une nouvelle fois contre le toit, que les miradors fassent leur tour pour bouger à nouveau. Mais tout se passa sans encombre et il retomba dans la rue en toute discrétion, ce ne fut qu’au moment où il quittait le quartier portuaire qu’il s’autorisa à souffler. Il avait réussi. Une réussite totale. Le général et le prince en seraient grandement satisfaits. Il devait maintenant rentrer au plus vite car se faire attendre plus longtemps était hors de question. Il sauta sur le toit le plus proche et se mit à courir le plus vite possible tout en restant dissimulé par ce scintillement étonnant qui ne le quittait pas. Dans la nuit illuminée par la clarté des étoiles il partit vers l’ouest, le plus vite possible.


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2 thoughts on “Ombre & Plumes – 8 – Hannah

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