Ombre & Plumes – 11 – Le grand hall

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D’ombre et de plumes

11

Le grand hall


Le soleil montait encore dans le ciel, il arriverait à son paroxysme dans une heure et demie, le jeune homme décida donc de marcher d’un pas relaxé, sachant qu’il lui faudrait à peine trois quarts d’heure pour atteindre le palais. Il passa par le cœur de la ville : la place de l’Architecte, ou se trouvait le plus grand rassemblement de commerçants d’Eneleïa. C’était en effet un carrefour gigantesque, point stratégique de la ville où les six grandes avenues de la cité portuaire se croisaient en un astérisque parfait d’une aire de plusieurs kilomètres carrés et où tout bon touriste se devait de passer. Ce jour là la place était encore plus vivante qu’à l’ordinaire, des milliers de personnes s’étaient regroupées pour la célébration du mariage de leur princesse qui allait se dérouler dans moins de vingt-quatre heures. Chaque personne avait participé à la fabrication d’un char qui défilerait lors de l’ouverture de la cérémonie et elles passaient ces derniers moment à les peaufiner pour être sur que tout serait prêt à temps. On pouvait également entendre des échos de musique, répétitions de fanfares ou petits groupes à part, tous ces sons se mélangeaient au bruit de la place pour créer une cacophonie presque mélodieuse. Ce lieu de rassemblement était surtout connu pour la statue des frères Archibald et Théodore Tectus, les deux pères fondateurs de la ville. Cette statue faisait plus de cinquante mètres de haut et était composée de granite entièrement recouvert d’argent, elle reposait sur un socle de marbre d’une hauteur de cinq mètre. Une plaque de bronze reposait sur ce piédestal et on pouvait y lire : En hommages aux pères fondateurs de la ville, enfants du grand Cestos. Cette place symbolisait non seulement le lieu de la création des premières fondations de la ville mais aussi, et d’où son nom, un hommage à celui qui avait imaginé et dessiné les plans des murs et des fortifications qui jadis furent bâtis pour la protéger. L’identité de cette personne restait depuis huit cent ans un mystère, seules deux initiales avaient été retrouvées sur les plans « N.V », deux lettres, seul témoignage du génie de son auteur. En plus d’être un haut lieu touristique cette place était également dédiée au commerce, de part son marché au centre, mais aussi grâce à ses commerces qui composaient sa périphérie. Cependant, et au contraire d’autres grandes villes comme Helios au sud ou Regeoie un peu plus à l’ouest, il n’y avait pas de cathédrale dédiée aux dieux, celle-ci se trouvait plus au sud de la ville près du palais. Ceci avait été arrangé afin de faciliter son accès depuis le palais et pour permettre aux criminels d’y faire pénitence après leur jugement devant le tribunal royal. Thrista dut se faufiler entre les différents passants, marchands et touristes pour parvenir de l’autre côté de la place tout en faisant attention aux voleurs. En effet, les touristes ou visiteurs non avertis pouvaient se faire dérober leurs possessions en quelques secondes sans se rendre compte de quoi que ce soit. Une simple bousculade pouvait signifier perdre votre bourse et vos bijoux, aussi l’adolescent faisait extrêmement attention de ne cogner dans aucune personne. Il parvint de l’autre côté de la place, après avoir dû se frayer un chemin pendant vingt bonnes minutes, arrivant enfin en vue du palais. Plus il se rapprochait de l’édifice blanc et plus il était difficile de se déplacer tant il y avait de monde.
Thrista arriva près du palais un peu plus de trois quart d’heures après être parti de l’auberge En Carménie. L’astre illuminant le ciel était presque parvenu à culmination lorsqu’il se retrouva devant les grilles du palais. La foule compacte de la grande place s’était peu à peu amincie pour ne plus être composée que de quelques centaines de personnes, de nombreux gardes en surveillaient l’entrée pour éloigner les curieux trop aventureux. Les habitants attendaient, prenant toute la largeur de la grande avenue et avec beaucoup d’impatience, la sortie de la famille royale qui, le lendemain, se rendrait sur la Place de l’Architecte où la cérémonie commencerait officiellement. Ensuite les futurs époux seraient amenés sur l’autel de la cathédrale, celle-ci se trouvant quasiment en face du palais d’Eneleïa. Enfin, une fois mariés ils en ressortiraient pour se présenter au peuple et annoncer le début des parades de chars auxquelles ils assisteraient depuis la terrasse avant du palais. Les immenses grilles métalliques fermant l’accès à la construction plusieurs fois centenaire rutilaient ce jour là ainsi que chaque autre parcelle de la maison royale, mettant parfaitement en valeur la beauté incommensurable de l’édifice. Thrista se fraya un chemin à travers la foule peu compacte et se dirigea sans hésitation vers la grande grille, il s’arrêta devant l’un des gardes qui étaient postés devant. Un homme vêtu de riches vêtements aux formes et aux couleurs exotiques avait obtenu l’autorisation de passer, il était suivi de quatre servants qui portaient une lourde malle de bois. Seuls les émissaires des autres pays ou royaumes, les membres de la famille royale et de rares privilégiés parvenaient à entrer dans le palais avant la cérémonie afin de présenter leurs hommages au roi et à la reine ainsi qu’à leur fille. Tous les autres devraient attendre le lendemain du mariage pour venir offrir un présent à l’héritière, mais heureusement Thrista avait de quoi convaincre le garde. Celui-ci le toisa un instant avant de suivre la coutume imposée par le roi et de lui demander ce qu’il désirait.
« Je viens faire honneur à la princesse Siléna Sol Estias d’un présent pour son mariage ainsi que présenter mes hommages à ses illustres parents, le roi et la reine du royaume de Tébor. »

Le jeune homme détestait au plus haut point toutes ces formalités et prenait donc un malin plaisir à en abuser et à en faire trop. Il avait dit cela en souriant poliment et en sortant un petit coffret d’argent pour le montrer au garde.
« Qui dois-je annoncer ?, demanda ce dernier.
– Je suis Thrista Daener, fils d’Ellias Daener. »

Le garde tiqua à la mention de ce nom et hésita un instant à prévenir le messager chargé d’accorder les audiences au nom du roi, une lueur de scepticisme dans les yeux. Il se ravisa finalement et lorsque le représentant royal lui fit signe que le jeune homme était bien qui il disait être il ordonna aux autres gardes d’ouvrir les portes. Thrista le remercia avec un grand sourire, toujours aussi étrangement satisfait de provoquer cette réaction chez les militaires lorsqu’il se présentait. Décidément, mon cher père à dû faire grande impression en son temps !, pensa le jeune homme en pénétrant dans l’enceinte du palais.
Le Grand Hall du palais, déjà paré de ses plus belles couleurs pour l’occasion, grouillait de servantes, de majordomes et de gardes. Ça et là, chacun vaquait frénétiquement à ses occupations afin de finir les préparatifs pour le bal du soir même. De grandes tentures bleu royal et argentées, aux couleurs de la famille royale de Tébor, pendaient le long des hautes fenêtres du Grand Hall. De longues nappes bleues claires avaient été dressées sur les tables, sur ces dernières reposaient des couverts d’argent et d’or, des verres en cristal. Plus tard dans la journée du lendemain tout ceci serait rempli des mets les plus fin du pays afin d’honorer les invités et les mariés, puis, lorsque le repas serait terminé, le grand bal pourrait commencer. La salle était immense et malgré toutes ces additions au mobilier habituel, elle semblait encore pouvoir contenir autant des tables. Toute en longueur, parsemée de fenêtres et de rangées de colonnes sur les côtés, elle était terminée par le socle royal ou reposaient les trônes des souverains. Au centre, celui du roi ou de la reine, à sa droite celui de son conjoint ou de sa conjointe et sur la gauche le ou les trônes des héritiers, selon leur nombre. Habituellement il n’y en avait qu’un seul, pour la princesse Siléna, mais depuis peu un second siège l’avait rejoint, prévu pour le futur mari de cette dernière. Le plus grand, et bien sûr le plus imposant des trois, était réservé au souverain. Fait entièrement de bois flotté, il avait été construit par l’un des fondateurs de la ville. C’était un siège de pêcheur qui était là pour rappeler au souverain qu’il était avant tout un citoyen du royaume et qu’il devait toujours agir pour le bien de celui-ci. Il symbolisait aussi les origines de la cité portuaire qui jadis n’était qu’un petit port de pêche d’à peine une centaine d’habitants. Thrista avança sur les grandes dalles de marbre blanc, quelques personnes faisaient la queue devant les trônes. A mesure qu’il approchait il distingua le visage souriant du roi et celui bienveillant de la reine qui étaient en grande conversation avec le ministre des arts et une grande femme aux cheveux bouclés et roux flamboyants. La princesse elle était occupée avec un homme svelte aux longs cheveux blancs et, chose rare qui fit sourire intérieurement Thrista, la jeune femme semblait réellement intéressée par la conversation qu’elle menait. Or la princesse était habituellement agacée de devoir se plier aux formalités de la couronne, elle n’appréciait guère les réceptions et les apparitions publiques qui impliquaient de faire bonne figure parmi les nobles.
Le jeune homme s’arrêta à quelques pas de l’estrade où reposaient les trônes, attendant patiemment qu’on l’invite à rejoindre les invités déjà présent. Alors qu’il profitait de ce moment pour regarder autour de lui un homme le salua d’une voix grave sur sa droite. Il tourna la tête avec un petit sursaut et reconnu tout de suite le chef de la garde royale.

« Bonjour Thrista Daener, lui dit ce dernier en le saluant de la tête avec sur le visage un petit sourire en coin.
– Bonjour Oscius, répondit Thrista en souriant à son tout.
– Je suis toujours aussi doué pour te prendre par surprise à ce que je vois, je n’ai pas trop perdu la main.
– Toujours, répondit le jeune homme en rigolant. »

Oscius lui passa une main dans les cheveux pour le décoiffer avant de rire à son tour.
« Ca faisait longtemps jeune homme ! Tu as grandi depuis, j’ai bien failli ne pas te reconnaitre !, s’exclama le garde.
– Je n’ai pas fait que grandir tu sais, j’ai aussi beaucoup appris en matière d’empirisme et je peux dire que je n’ai plus peur du Chef de la garde royale maintenant ! »

Oscius soupira lentement avant de se tourner vers Thrista avec un sourire mesquin avant de s’approcher et de le regarder droit dans les yeux.
« Alors comme ça on n’a plus peur de moi ? Ne suis-je donc plus aussi imposant qu’avant ? »

Malgré le fait qu’il s’y était préparé et qu’il en avait à présent l’habitude, après toutes ces fois où lui et la princesse avaient tenté de se mesurer à lui, Thrista eu un léger mouvement de recul. Les yeux gris du quarantenaire rappelaient la volonté d’acier qui l’animait et qui pouvait faire plier même le plus solide des soldats.
« A vrai dire, rectifia l’adolescent.  Je ne suis plus trop sur…
– C’est bien ce que je pensais !, rétorqua le garde avec un clin d’oeil avant de se retourner vers les trônes royaux. Tient, je crois que le roi te fais signe mon garçon, dépêche toi on ne fait pas attendre sa majesté !, s’exclama-t-il en voyant le roi faire signe à Thrista de s’approcher. Bien que je ne pense pas qu’il en ai grand-chose à faire du protocole officiel…, ajouta-t-il en chuchotant avant de pousser Thrista vers la famille royale de Tébor.
« A la prochaine !, s’exclama le jeune homme en s’éloignant.

– Tu devrais m’apercevoir dans la journée, je ne serais jamais bien loin !, répondit le garde avant de se diriger vers l’une des entrées latérales pour faire un contrôle de routine auprès des soldats. »
Le jeune homme s’approcha du grand socle de marbres blanc et noir fusionnés créé plusieurs centaines d’années plus tôt par l’un des plus grand alchimistes du royaume comme cadeau de mariage de la reine Caroline. Alors que Thrista marchait vers le roi et la reine il vit la grande femme rousse prendre le bras du ministre, qui faisait quasiment une tête de moins qu’elle, et se diriger vers lui. Lorsqu’ils se croisèrent le ministre salua le jeune homme d’un simple hochement de tête tandis que la femme l’observa de ses yeux bleu pénétrants, Thrista eu l’impression qu’elle pénétrait jusque dans son âme. Elle lui sourit simplement avant de continuer sa route toujours accompagnée par le petit homme à la carrure forte.
« Bonjour Sire, Madame, salua le jeune homme en s’inclinant lorsqu’il arriva devant le couple souverain.
– Mon cher Thrista quel plaisir de te revoir à nouveau !, le salua la femme blonde avec un grand sourire. Eh bien Marco, ne salue tu pas notre invité ? » Demanda-t-elle à son époux alors que celui-ci observait le jeune homme en silence, un vague sourire sur le visage. Ce dernier sembla sortir de sa rêverie et pris Thrista par le épaules.
« Oui, bien sur Léna. Quel mauvais hôte je fais…, répondit-il à sa femme en gloussant légèrement. Excuse moi Thrista, j’étais en train de me dire que tu ressemble vraiment à ton père. C’est troublant, j’ai vraiment l’impression de me retrouver devant une version plus jeune d’Ellias.
– Ce n’est pas le meilleur compliment qu’on puisse faire à un jeune homme :  ‘Tu ressemble à tes parents’. Si jamais Silena t’entendait dire quelque chose de la sorte…, lui répondit sa femme. »
Le roi gloussa de nouveau à la mention d’un tel évènement.
« Je ne préfère pas imaginer ! Bref, cela fait longtemps Thrista. Combien déjà ? Quatre ans depuis la dernière fois que je t’ai vu ?
– Oui, j’étais venu avec mon père pour le seizième anniversaire de la princesse Siléna.
– Ha, pas besoin d’être aussi formel !, s’exclama le roi en donnant une tape dans le dos du jeune homme. Ton père est un de mes grands amis et puis je ne me rappelle pas t’avoir vu agir ainsi quand tu étais plus jeune ! »

Il lui adressa un clin d’œil, ce à quoi Thrista répondit par un sourire.
« En tout cas je suis ravi que tu sois revenu à temps pour le mariage de Siléna, cela va lui faire très plaisir !, annonça la reine en regardant sa fille qui discutait toujours avec l’homme aux cheveux blancs. Tu devrais aller lui souhaiter le bonjour, je suis sûre qu’elle sera ravie de te revoir.
– Bien sur !, répondit Thrista avec un sourire, évitant soigneusement de signaler le fait qu’il avait déjà vu la princesse la veille au cours d’une de ses escapades. Je n’ai pu m’empêcher d’apercevoir une femme aux cheveux roux avec qui vous discutiez tout à l’heure. Qui était-ce ? Si je puis me permettre de demander…
– Ah ! S’exclama Léna. Cette femme au bras du ministre Vilnius ? C’est une émissaire des îles Mandrake, Dame Vaïna. Elle représente les arts et la culture de son pays dans les autres contrées en voyageant et bien sur en tant qu’artiste elle est invitée dans sa demeure le temps de son séjour ici. »
Le roi rit à cette remarque.
« En tant qu’artiste, répéta-t-il hilare. Certes, Léna, certes. »

Il dû arrêter de rire devant le regard courroucé que lui lança sa femme mais garda tout de même un léger sourire aux lèvres.
« Dame Vaïna donc. J’ai eu une étrange impression en la voyant tout à l’heure, à la façon dont elle me regardait mais elle est tellement… Thrista chercha ses mots pendant quelques secondes. Elle parait tellement extraordinaire.
– J’ai eu la même impression que toi en la voyant pour la première fois, acquiesça le roi. Non pas que je commente son physique, ajouta-t-il devant l’air interrogateur de la reine. Mais elle dégage une étrange impression dans sa façon d’être et de parler.
– Je dois avouer moi-même qu’elle est très atypique. Mais je ne peux juger son caractère pour le moment, nous nous sommes parlé que trop peu de temps, commenta Léna.

– Va lui parler par toi-même ce soir, tu verras, c’est une expérience intéressante Thrista !, conseilla le roi Marco.
– Je le ferais si jamais j’en ai l’occasion, répondit le jeune homme. »

Il lança un regard en direction du vieil homme en compagnie de la princesse et croisa le regard de cette dernière.
« Je vous laisse maintenant vos altesses, je me dois aller saluer la princesse, annonça-t-il alors. Sinon j’ai bien peur qu’elle ne me le pardonne jamais !, ajouta-t-il avec un petit sourire.
– Allez donc jeune homme !, lui répondit le roi d’un ton exagérément pompeux. Si tel est votre destin ! Aie !, s’exclama-t-il après avoir reçu un discret coup de coude bien placé de la part de sa femme.
–  Vas-y, ajouta-t-elle. Nous avons encore beaucoup d’invités à saluer, nous te reverrons sûrement plus tard ou bien demain au banquet. »
Le jeune homme s’inclina à nouveau devant chacun des deux souverains et se dirigea vers l’endroit où se trouvaient la princesse et son mystérieux interlocuteur. Alors qu’il approchait il eut un mauvais pressentiment, une vague de sueur froide dans la nuque, comme si quelqu’un l’observait. Il regarda autour de lui, recherchant toute source de problèmes mais après avoir fait le tour du grand hall la seule chose suspecte qu’il eut remarquée était le regard meurtrier que lui avait lancé la jeune femme brune, qui servait de garde du corps à la princesse, depuis son poste d’observation contre le mur. Todd qui se tenait debout à côté d’elle lui souriait au contraire, apparemment content de revoir le jeune homme.


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