Ombre & Plumes – 16 – Au sud


D’ombre et de plumes

16

Au sud


Thrista se réveilla au bruit des pas dans le couloir, il laissa échapper un soupir et ouvrit lentement les yeux, profitant de la lumière tamisée qui filtrait à travers les rideaux. Le jeune homme resta un instant allongé à observer les gravures des murs et du plafond avant de s’asseoir sur son lit, il s’étira ensuite, laissant échapper un énorme bâillement. Cela faisait longtemps qu’il avait pu passer plusieurs nuits de suite dans un lit confortable, le fait de sûrement devoir bientôt y renoncer à nouveau lui brisait presque le cœur. Il se leva et après avoir ouvert les rideaux, laissant la lumière matinale inonder la pièce, puis il prit le pendentif et son collier sur la table de nuit avant de le mettre autour de son cou. Il eu un léger mouvement de recul lorsque le métal froid toucha sa peau mais celui-ci se réchauffa bien vite. Thrista enfila ensuite un haut blanc et un pantalon en tissus bleu marine avant de mettre ses bottes et de se diriger vers la salle d’eau au bout de l’étage. Après s’être lavé il descendit dans la salle commune pour y prendre un petit déjeuner. Une grande pendule située sur la droite de la pièce indiquait un peu plus du troisième septime de Secondaire. Le jeune homme s’installa à une table non loin de la pendule et prit un menu qui était posé au centre, il chercha des yeux les différents plats proposés et après avoir choisi des œufs brouillés, une salade de fruits et de la charcuterie grillée, il se dirigea vers le comptoir. La jeune employée blonde avec qui Thrista avait discuté quelques jours plus tôt était là, elle servait un jeune couple apparemment arrivé la veille. Elle s’approcha de lui dès qu’elle le vit et le salua avec énergie, salut auquel il répondit par un grand sourire.

« Bonjour Juliette, comment vas tu ?, demanda Thrista.

– Bonjour Thrista, répondit-elle avec un grand sourire. Je vais très bien, je suis encore fatiguée des festivités mais je récupère. Tu voulais quelque chose à manger ?

– Oui, confirma le jeune homme avant de détailler sa commande. »

La jeune femme acquiesça en notant le tout sur un papier, elle se dirigea vers la cuisine pour la communiquer au cuisinier, ou la cuisinière, dépendamment de si Carmen était là. Elle revint avec une miche de pain chaud qu’elle lui offrit avant qu’il ne retourne à sa table.

« De la part de Carmen, en attendant que ta commande soit prête, expliqua-t-elle en souriant.

– Merci, quel honneur ! »

Thrista lui fit un clin d’œil avant de se diriger vers sa table. Les deux derniers jours il avait discuté à plusieurs reprises avec la jeune femme de ses voyages et diverses aventures sur les deux continents, ses récits semblaient la passionner, et ils étaient devenu de bon camarades de discussion, échangeant leurs impressions sur leurs vies respectives. Juliette elle, disait rêver depuis toute petite de voyager, d’aller voir le monde et de pouvoir découvrir ses merveilles et ses mystères. Malheureusement, n’ayant ni les moyens ni le courage de faire seule un tel pas en avant dans sa vie elle était coincée chez Carmen pour le moment.

« Mais un jour, je partirais et je ne reviendrais qu’après avoir tout vu !, s’était elle exclamée avec un grand sourire. »

C’est pour cela qu’en attendant, et au grand dam de sa patronne, elle passait ses journées à questionner les clients sur les lieux d’où ils venaient et qu’ils avaient visité. Thrista eu un sourire en repensant à la scène de la veille où Carmen avait été obligée d’intervenir pour forcer la jeune femme à arrêter de poser des questions et laisser le jeune couple s’installer dans leur chambre. Il entama son pain, encore bien chaud et fumant, alors que son ventre lui rappelait qu’il était venu pour le remplir. Le jeune homme en arrachait des morceaux de petite taille avant de les savourer, la mie fondait presque sous sa langue lorsqu’il les mettait dans sa bouche. Il en était au trois quart lorsque Vladislav, un grand homme brun à la barbe épaisse qui travaillait avec Carmen depuis l’ouverture de l’auberge, vint lui apporter son repas sur un large plateau. Le jeune homme le remercia, ce à quoi l’homme répondit avec un simple hochement de tête avant de faire demi tour et de se diriger à nouveau vers les cuisines. Thrista n’en fut pas étonné ni offusqué, Carmen lui avait appris lors de sa première visite que le silencieux homme à la barbe avait fait il y a bien longtemps vœu de silence et qu’il le respecterait jusqu’à la mort. La raison, il ne la connaissait pas, mais de toute les fois ou il était venu il n’avait jamais entendu sa voix, un large sourire lors de son départ avait été la preuve d’affection la plus flagrante qu’il ai jamais reçu de sa part. Cette indisposition à la discussion posait parfois problème lorsqu’un client venait lui demander conseil, et l’on pouvait alors entendre Carmen s’en plaindre. Mais il restait la plupart du temps en retrait, remplaçant la patronne aux fourneaux ou nettoyant les nombreuses chambres de l’auberge, ce qui évitait que ce genre de soucis se produise trop souvent. L’adolescent commença donc à dévorer ses œufs sans retenue, il n’avait pas mangé depuis tôt la veille et mourrait de faim. Alors qu’il buvait une gorgée du jus de fruits pressé qu’on lui avait également servi il repensa à sa discussion avec Todd deux jours plus tôt, lorsque le blond lui avait proposé de voyager avec Hannah et lui après leurs départ de la cité portuaire. Il avait été surpris par cette soudaine offre de les rejoindre lors de leur périple, agréablement, mais surpris tout de même car, comme il l’avait fait remarquer au blond, sa coéquipière ne l’appréciait pas grandement.

« Mais non ! Elle n’est juste pas très sociable, donne lui un peu de temps et tu verra !, avait rétorqué Todd avec un grand sourire. Et puis je peux te certifier qu’elle fait un peu exprès d’être comme ça, elle dit que ça rend son boulot plus facile, même si je me tue à lui faire comprendre le contraire… »

Thrista avait réfléchit un instant, pesant le pour et le contre, mais il avait finalement assez vite accepté cette offre qu’il trouvait beaucoup plus attrayant que de voyager tout seul. Le blond lui avait donné une grande tape dans le dos avant de sourire à nouveau.

« Génial ! J’espérais vraiment que tu dirais oui, parce que tu n’imagine pas à quel point ça peut être pénible de voyager avec elle quand même quelques fois… S’était-il écrié avant d’ajouter. Je ne sais pas quand tu pensais partir mais nous prévoyions de quitter la cité dans deux ou trois jours.

– Je ne pensais pas rester beaucoup plus longtemps, cela me convient, avait-il répondu avec un léger sourire. Vous pensez partir dans quelle direction ?

– Vers le sud, j’ai un proche à aller voir dans les environs de la cité de Kionne pour lui déposer un paquet, on en profiterait pour aller voir l’archipel d’Eos ensuite, j’ai entendu dire beaucoup de choses à son sujet mais je n’y suis jamais allé.

– Moi non plus, mais c’est un endroit fascinant à ce que j’ai entendu dire…, acquiesça Thrista avec un sourire. »

Il se souvenait y être quasiment allé quelques mois plus tôt après avoir entendu parler de leur magie naturelle puissante, mais il avait finalement été convaincu de repartir vers le nord.

« Vers le sud donc, avait-il ajouté avec un sourire en serrant la main que Todd lui tendait. »

Alors qu’il finissait son plateau le jeune homme ne savait pas encore s’il avait fait lez bon choix. Partir vers le sud avec Todd et Hannah voulait dire retarder son retour à la maison, et la jeune femme allait-elle vraiment être d’accord pour qu’il les accompagne ? Mais d’un autre côté il allait ainsi pouvoir découvrir une partie d’Ore qu’il ne connaissait pas et il allait pouvoir s’entraîner avec deux empiristes qui semblaient autant sinon plus expérimentés que lui. Non, il avait fait le bon choix. La dernière fois je me suis posé les même questions… Pensa-t-il avec un sourire en coin. Et pourtant regarde ou ça m’a mené… Il sortit alors un morceau de papier de l’une de ses poches et un crayon avant de commencer à y inscrire une liste d’objets qu’il souhaitait acheter avant de partir. Il avait quasiment fini sa liste lorsqu’il se retrouva devant une assiette vide. Le jeune homme se leva alors et se dirigea vers le comptoir derrière lequel se trouvait la jeune femme blonde, le nombre de clients avait décru un peu depuis son arrivée et elle avait donc droit à un petit moment de répit dont elle profitait pour lire. Thrista aperçu brièvement le titre lorsqu’elle se leva à son arrivée, Carnets de voyage en terres lointaines par Seris Edel, et cela le fit sourire légèrement. Il avait lui aussi lu ce même ouvrage quelques années plus tôt et bien qu’il fut parsemé de descriptions biaisées des populations, il offrait de très belles et vivides descriptions des paysages du monde. Le fait que la jeune femme le lise n’étonnait aucunement Thrista, cela était tout à fait son style.

« Plutôt un bon choix de lecture, commenta-t-il en arrivant au niveau de Juliette. »

La jeune femme rougit légèrement avant de répondre.

« Oui, je trouve aussi, mais Carmen n’aime pas que je lise ce genre de livres. Elle dit que ce ne sont que des tissus de mensonges et que je ne devrais me fier qu’à moi même pour savoir de quoi le monde est fait, répondit-elle. »

Thrista acquiesça.

« Oui, elle n’a pas tort. Tout ce qui y est raconté n’est pas vrai, mais les descriptions de paysages sont tout à fait correctes et sans pareil à ma connaissance, je peux te le confirmer, répondit-il. sont sans pareil à ma connaissance. »

La jeune femme sourit et jeta un regard sur son livre avant de se souvenir que le brun était un client et de le poser sur le comptoir.

« Tu as fini de manger ?, demanda-t-elle.

– Oui, je suis venu régler ce que je dois à Carmen, je quitte l’auberge demain, mais je ne veux pas qu’elle sache que j’ai payé. Elle m’en voudrait jusqu’à la fin des temps si elle le savait, dit-il en riant légèrement. »

La jeune femme blonde eut un petit sourire en se penchant pour prendre l’énorme livre des registres qui reposait sur la table sur sa droite.

« Je ne pensait pas que tu partirais aussi tôt, commenta-t-elle, son sourire presque triste alors qu’elle feuilletait les énormes pages.  »

Thrista chercha quoi répondre mais avant qu’il ne puisse le faire elle s’exclama.

« Ah, ici ! Quatre nuits et quatre jours, c’est bien ça ?, demanda-t-elle.

– Oui, c’est cela.

– Eh bien cela te fera… six dîmes et trente décimes, dit-elle après avoir pris un instant pour compter. »

Thrista sortit la somme qu’il lui devait de sa poche et la tendit à la jeune femme.

« Je suis content de pouvoir la payer, ce n’est pas parce que je suis un ami de longue date que je devrait être invité à chaque fois, commenta le jeune homme alors qu’il rangeait sa bourse. Je compte sur toi pour ne rien dire Juliette, ajouta-t-il, ce à quoi elle répondit par un hochement de tête entendu.

– Tu pars vraiment demain ?, demanda-t-elle à nouveau en rangeant l’argent qu’il venait de lui donner.

– Mon sac est prêt mais je compte aller faire quelques achats avant mon départ, je ne partirais qu’en fin de matinée. Je vais te manquer ? »

Il avait posé la question avec le sourire mais lorsqu’il vit la mine déconfite de la jeune femme son sourire s’évanouit.

« Je dois avouer que oui…, répondit Juliette. Tu es l’une des rares personnes avec qui j’ai pu discuter autant depuis mon arrivée ici. »

Elle soupira légèrement avant de relever la tête. Le jeune homme se força à sourire de nouveau, ce qui la poussa à en faire autant et elle afficha un petit sourire, alors qu’il ouvrait la bouche.

« Je reviendrai tu sais, et je te raconterai ce que j’ai vu. Mais si tu cherches vraiment quelqu’un qui a voyagé pour parler je connais peut-être la bonne personne. »

Le visage de la jeune femme s’éclaira vraiment cette fois-ci.

« C’est vrai ?!, s’exclama-t-elle.

– Oui, répliqua Thrista. Je lui parlerai de toi dès que je le croiserai, je suis sur qu’il serait enchanté de discuter avec toi. »

La jeune femme afficha cette fois ci un sourire sincèrement joyeux.

« Oh merci ! Merci, merci ! Ce serait génial !, s’exclama-t-elle à nouveau. »

Thrista ne put empêcher un petit rire lorsqu’il vit la patronne arriver derrière la jeune femme et la regarder d’un air surpris alors qu’elle le remerciait. Carmen ne fit pas de commentaire mais en passant mais sa seule présence calma la blonde, qui du se retenir de parler fort.

« Merci, c’est vraiment gentil de ta part !, chuchota-t-elle ensuite, lorsque Carmen se fut suffisamment éloignée.

– De rien, répondit le brun. Bon, ce n’est pas tout mais j’ai des achats à faire, bonne journée Juliette, ajouta-t-il avant de faire demi-tour et de se diriger vers la sortie.

– A la prochaine !, répondit la jeune femme avant de s’asseoir à nouveau et de se replonger dans son livre. »

Lorsque Thrista franchit le seuil et arriva dans la rue il fut ébloui un instant. Le soleil, qui brillait dans le ciel depuis plusieurs jours déjà ne semblait pas vouloir faiblir, n’était pas encore à au paroxysme de sa course mais il répandait déjà une écrasante chaleur sur la ville. Le jeune homme enfila une cape légère avec une capuche qu’il avait dans sa besace et se dirigea vers les quartiers nord de la ville, sachant que c’est là qu’il trouverait les prix les moins chers pour les provisions et les divers objets qu’il souhaitait acheter.

La lumière du jour commençait à décliner alors que Thrista retourna enfin en direction de l’auberge, il avait réussi à obtenir la majorité de ce qu’il recherchait. Des provisions, une gourde plus grande que celle qu’il possédait déjà pour de l’eau, des tranches de viande séchées, des biscuits et des galettes de farine à longue conservation, des herbes et du sel pour cuire la viande, quelques légumes et fruits ne s’abîmant pas trop facilement et des graines séchées et grillées au soleil pour manger sur la route. Ce dernier élément n’était pas indispensable mais le jeune homme appréciait en avoir sur lui pour de petits creux qui n’imposaient pas de s’arrêter. Il avait également trouvé de nouveaux habits pour remplacer les anciens lorsqu’ils seraient trop abîmés, de nouveaux gants, une dague (qu’il gardait pour le moment dans sa besace par précaution) et une ceinture pour la fixer, du papier et quelques crayons au cas où et un petit coffre fort en forme de tube qui lui permettrait de garder son argent en limitant les risques. Il devrait encore placer quelques sorts de protection sur ces sacs et ses vêtements pour limiter leur détérioration trop rapide, mais une fois cela fait il serait fin prêt. La seule chose qu’il n’avait pu trouver était une aiguille de plomb suffisamment fine pour pouvoir réparer sa boussole cassée quelques semaines plus tôt. Jusqu’à présent tous les orfèvres qu’il était allé rencontrer lui avaient répondu la même chose : il n’était pas possible pour eux de reproduire un tel ouvrage de précision, il lui faudrait chercher ailleurs. Une seule personne avait réussi à la réparer mais leurs chemins avaient divergé peu avant qu’il ne la brise à nouveau. Il faudra que je lui en reparle la prochaine fois, ou que je retourne à la maison bientôt, pensa-t-il. Thrista se souvenait du jour où son père la lui avait offert, elle semblait tout droit sortie d’un rêve, les quatre aiguilles bougeaient avec grâce et aisance sur le cadran ovale.

« Elle te permettra de connaître sa position peu importe où tu te trouvera, lui avait dit Ellias avec un sourire en voyant le jeune garçon s’émerveiller devant l’outil. Mais fais y bien attention, si une seule de ses aiguilles se brise, elle ne fonctionnera plus correctement et tu ne trouveras que très peu de travailleurs du métal qui sachent les réparer, crois moi ! »

Le jeune Thrista avait alors acquiescé avec un grand sourire et avait serré son père dans ses bras avant de partir en courant dans le jardin pour l’essayer. Thrista sourit alors que le souvenir lui revenait. La ferme lui manquait, son père aussi, mais il ne pouvait pas revenir pour le moment, il n’était pas encore au bout de sa route.

Le jeune homme arriva devant l’auberge à la nuit quasiment tombée, il commanda une bonne ration du potage qu’avait préparé Carmen pour ce soir là et après s’être rassasié et avoir discuté longuement avec Juliette de ses potentielles futurs endroits à visiter, il se retira et se coucha, sombrant quasiment immédiatement dans un sommeil profond.

Lorsqu’il se réveilla le lendemain, Thrista réalisa qu’il avait oublié d’enlever son collier, le pendentif en forme de papillon pendait toujours autours de son cou. Il se leva quasiment immédiatement, sentant monter l’adrénaline et l’excitation à l’idée de repartir. Il enfila une chemise de tissus légère et un pantalon un peu plus large que d’habitude et comportant plusieurs poches qu’il trouvait pratique pour y ranger des petit objets qu’il souhaitait garder près de lui. Le jeune homme prépara ensuite son sac, rangeant soigneusement ses affaires en plusieurs tas dans sa besace. Il allait sortir pour se débarbouiller lorsqu’on toqua à la porte.

« Entrez !, s’exclama-t-il en enfilant ses chaussures.

Ce fut Carmen qui ouvrit la porte, une petite pile de vêtements à la main.

« Bonjour Thrista, je t’apporte les vêtements que tu m’avais demandé de laver, expliqua la patronne de l’auberge en lui tendant la pile de tissus.

– Ah oui !, répliqua le jeune homme avec un sourire. Merci beaucoup Carmen !, s’exclama-t-il en les posant sur son lit pour les ranger ensuite.

– Alors comme ça tu repars aujourd’hui ?, demanda-t-elle.

– Oui, je dois retrouver des amis près du palais en fin de matinée et nous partons ensuite vers le sud, répondit l’adolescent. »

Carmen acquiesça.

« Je vois. Eh bien dans ce cas je te souhaite bon voyage jeune homme, car je dois partir dans quelques minutes pour les quartiers portuaires et je ne reviendrai pas avant ce soir, dit-elle en s’approchant de Thrista. »

Le jeune homme se tourna vers elle et l’invita dans une embrassade chaleureuse.

« Merci Carmen, très bonne saison à toi alors, répondit-il, car je ne pense pas que je serai de retour de si tôt à Eneleïa.

– Je m’en doute bien, trop de lieux à voir et de mages contre qui se mesurer. Elle sourit en le lâchant enfin. Je suis heureuse d’avoir pu te revoir, donne de mes nouvelles à Ellias quand tu le verras !, dit la bonne femme en se retournant et en se dirigeant vers la porte. Lui non plus je ne l’ai pas vu depuis bien longtemps. Bonne route Thrista, et que les dieux te gardent, ajouta-t-elle avant de la saluer une dernière fois et de refermer la porte.

– Merci Carmen, que Cina te voie, répondit le jeune homme avec un sourire alors qu’elle disparaissait dans l’embrasure de la porte. »

Il resta là un instant, à fixer la porte fermée, avant de se rappeler ce qu’il était en train de faire. Il prit la pile de vêtements que Carmen venait de lui déposer et allait les ranger dans son sac quand quelque chose en glissa et tomba sur le sol. Il plaça la pile dans sa sacoche avant de se baisser pour regarder ce qui était tombé. C’était une petite figurine de soldat en bois sculpté. Dès qu’il aperçut le petit piquier avec sa longue lance Thrista ne put s’empêcher de sourire. Le souvenir du moment, plusieurs années plus tôt, où Vladislas la lui avait offerte pour son anniversaire lui revint. Il l’avait surnommée Vlad, en son honneur, et l’avait emmené partout avec lui jusqu’au moment ou il l’avait malencontreusement perdue quelques jours avant son départ. Il avait beau eu chercher partout dans l’auberge, au palais, il n’avait jamais réussi à remettre la main dessus. Thrista ne savait pas comment Carmen l’avait retrouvé, si même c’était bien le Vlad d’il y a plusieurs années, mais il lui en était reconnaissant, il lui rappelait de nombreux souvenirs. Le jeune homme rangea avec précaution la figurine quelque peu grossière dans son sac avant de se diriger vers la salle de bain pour se laver. Il en ressortit une dizaine de minutes plus tard, se sentant rafraîchi, et descendit ensuite prendre son dernier petit déjeuner dans la ville d’Eneleïa. Il discuta un peu avec Juliette et croisa même Vladislav, en profitant pour lui dire au revoir, ce à quoi l’homme de grande taille avait répondu par un hochement de tête silencieux, avant de remonter dans sa chambre et d’y récupérer ses affaires. Il était à peine la demi passé du quatrième septime de Secondaire lorsqu’il salua pour la dernière fois la jeune femme, lui promettant de revenir la voir, avant de se diriger enfin vers le palais pour y rejoindre Hannah et Todd.

– – –

« Alors, prêt à partir ?, demanda le blond en saluant Thrista alors que celui-ci venait d’arriver dans la cours arrière du palais. »

Le blond portait une tunique blanche ainsi qu’un long manteau bleu clair et d’un pantalon noir, il avait un large sac de toile et de cuir sur les épaules mais semblait ne même pas en sentir le poids.

« Fin prêt !, s’exclama le jeune homme avant de regarder autour de lui, n’apercevant Hannah nulle part. Hannah n’est pas encore là ?

– Non, répondit Todd. Elle faisait ses au revoir à la princesse et au roi, elle ne devrait plus tarder maintenant. »

Et en effet, à peine avait-il prononcé ces mots que l’une des doubles portes menant vers la grande cours s’ouvrirent et Hannah en sortit, vêtue d’une d’un haut marron léger mais à manches longues et un pantalon en cuir foncé, le tout recouvert d’une longue cape légère marron avec une capuche pouvant être rabattue en cas de besoin. Elle suivie de prêt par la princesse et son mari. Thrista eut un petit sourire, la présence de la princesse pour leur départ ne l’étonnait pas le moins du monde, Siléna détestait après tout les au revoir trop formels.

« Bonjour Hannah, salua le jeune homme brun, ce à quoi la brune répondit par un bref hochement de tête. Vos majestés, ajouta-t-il en saluant de la tête Siléna et Thédric à leur tour.

– Bonjour Thrista, Todd, répondit la blonde avec un sourire. Je voulais vous voir avant que vous ne partiez. Malheureusement mon père et ma mère ne peuvent vous souhaiter bon voyage en personne, bien qu’ils m’aient demandé de vous le fairede leur part. Je tenais à vous remercier profondément tous les deux, dit-elle en s’adressant à Todd et Hannah. Pour le travail efficace que vous avez effectué et pour m’avoir sauvé la vie. Je ne tenais pas à ce que votre départ se fasse sans que je puisse vous exprimer ma gratitude personnellement. »

Elle s’approcha alors de la brune qui se tenait debout à sa droite et la prit dans ses bras. Thrista pu voir Hannah se raidir à ce contact inattendu, mais la princesse, si elle s’en était rendu compte, n’en dit rien. Elle se tourna ensuite vers Todd et en fit de même. Le prince, lui, leur tendit simplement sa main en les remerciant, ce qui parut plaire à la jeune femme brune davantage.

« Merci encore une fois, et veuillez m’excuser pour mon attitude peu facile à supporter ces derniers jours. Je vous souhaite bon voyage et j’espère que les dieux veilleront sur vous aussi bien que vous l’avez fait sur moi, déclara-t-elle avec un sourire. »

Elle resta silencieuse un instant avant de se tourner vers Thrista.

« Alors comme ça tu comptais partir sans me dire au revoir ?, demanda-t-elle, le regard noir. »

Thrista ne put s’empêcher de se gratter le crâne nerveusement.

« Disons que je me doutais que tu serai ici…, répondit-il.

– Mouais…, commenta la princesse d’un air non convaincu, laissant tomber tout semblant de tenue. Je laisse passer pour cette fois car tu as contribué à me sauver la vie, mais sache que je n’apprécie pas du tout Thrista, ajouta-t-elle en secouant la tête, l’air désapprobateur, se retenant difficilement de sourire.

– Le jour ou tu respecteras le statut de noble qui te revient, je tiendrais compte des conventions…, répliqua le jeune homme avec un sourire avant de répondre à l’embrassade de la princesse. »

Lorsqu’elle le lâcha enfin elle avait un air mélancolique.

« Tu as vraiment grandi Thrista, ça m’a fait vraiment plaisir de te voir. J’espère qu’on en aura à nouveau l’occasion bientôt.

– Cela m’a fait grand plaisir à moi aussi Siléna, je tâcherai de revenir dès que possible. En attendant fais attention à toi, il se passe des choses étranges en ce moment, dit-il. »

La princesse eut un rire avant de répondre à son tour.

« Oui, mais maintenant j’ai un garde du corps à vie à présent alors ne t’inquiète pas. »

Elle faisait signe de la tête vers Thédric qui ne put s’empêcher de sourire. Ce dernier s’approcha alors pour saluer l’adolescent.

« Malgré mon assurance qu’elle est très bien capable de se défendre toute seule je veillerai sur elle, ne t’inquiète pas, commenta-t-il avec un sourire. Je vous souhaite bon voyage à tous les trois et que les dieux veillent sur vous, leur dit-il en serrant la main de Thrista. »

Todd et Hannah s’inclinèrent alors, bientôt suivi de Thrista, puis ils saluèrent les héritiers du royaume avant de se tourner vers les grandes portes en bois. Todd ouvrit la bouche pour signifier le départ mais il fut interrompu par la princesse qui poussa soudain une exclamation.

« Oh ! Thrista ! J’allais presque oublier !, s’écria-t-elle en s’approchant du brun. Zani m’a demandé de te donner ceci, dit-elle simplement en lui tendant un objet enroulé dans une petite poche en cuir. »

Thrista leva la tête, curieux.

« Qu’est-ce ?, demanda-t-il.

– Il ne m’a pas dit, juste qu’il n’en avait plus besoin mais que toi tu y trouverais peut-être une utilité, expliqua Siléna. Il a aussi dit qu’il fallait se concentrer un peu pour le faire fonctionner mais que tu ne devrais pas avoir trop de mal à y arriver. »

Thrista regarda le paquet un instant avant de l’ouvrir. Il contenait une petite sphère métallique de couleur argenté recouverte de fines gravures. Il l’observa un instant sans pouvoir déterminer à quoi elle pouvait bien servir, avant de la ranger dans sa poche et de mettre le tout dans sa besace.

« Je n’ai aucune idée de ce que ça peut être mais dis lui merci de ma part quand même.

– Je lui passerai le message, répliqua la princesse avec un sourire. Bonne route, ajouta-t-elle avant de retourner au côté de Thédric.

– Tout le monde est paré cette fois ?, demanda Todd pour éviter de se faire interrompre à nouveau. »

Ce à quoi les deux autres répondirent par un hochement de tête affirmatif. Le blond sourit avant de saluer le jeune couple qui les regardait une dernière fois et de se tourner vers les grands battants de la porte arrière qui étaient ouverts.

« Alors allons-y, en route pour le sud !, s’exclama-t-il avant de traverser le seuil de plusieurs mètres de haut. »


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