Visitation

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I know I must away for the sun has long set behind the hills,

However this night is one of those that nevermind my own

Keep shining beacons and blowing wind in my sails.

I feel above it all, up high into the heavens, light on my wings

Hovering at the top of a world of new and interesting,

Wherefore am I bound to today, I cannot say without a smile

Of merry curiosity even when in my heart of hearts,

In the waves of my soul, I know I must retire and rest

This weary body of mine. I bid you farewell my friend

Of today, enemy of tomorrow, I shall see you later

And perhaps we shall converse some more of the same

When I am better and whole again? Yes, whole again.

How else do you figure that I could soar so high up?

My wings are large but feeble, barelly enough to glide,

And they encumber me when walking among my own,

Yet would I give them up to run within the wind often?

Only the new shall say, the old is too hesitant to dare

He would regret too much those furtive, passing joys

Of wonderous colour and vivid tastes. Now, now, don’t fret,

This aged one shall go to bed, my dear, I’ll see you in the morn

I can promise you that – ah… the night may be getting older

But never so as me, and the day shall be young, and too I shall be free.

Sleep tight, dream well, and above all, come again to see me.

.


Ashley Eriksson – Island Song (Remix)

Masquarade

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Like a fateful cry in the unending night

Like tears upon smiling cheeks

Like hair of sand into the wind

Like the sweet smell of syrup first thing in the morning

Like loneliness in the silence of the world

Or the chatter of the heart among the tombs,

.

Like a strong word thrown against coarse stone

Like the running turtle and the walking hare

Like nothing ever before yet something ever since

Like a two faced mirror with no eyes

Like a bad metaphore or an ugly allegory

And the right to be the first to finish last,

.

Like finding something that was thought lost for so long

Like the second taste of it after the craving

Like “I mean, like like, not like like”

Like an angel wing sunk deep under the sea

Like those times one runs to them for comfort

But with the knowledge that everything ends,

.

Like Peace and War but teenage siblings

Like two plus two will always equal four

Like there is more to music than can be heard

Like a familiar presence in the empty spaces

Like what should be said and what shouldn’t

Yeah, like I even know what I’m talking about…

.


Like this or like that, but never quite like then.

An elf on the shelf is thinking to himself

.

One book, two books,

are standing on the shelf.

Three books, four books,

he’s thinking to himself.

Five books, six books,

all written in small text.

Seven, eight books,

what book shall he read next?

What about number nine?

What about number ten?

What beautiful story

should thou be making thine?

What about the captain

and the road to glory?

Or what about the boy

that flew down from the stars?

What of the old princess

and her lost golden toy?

Or the witch without scars

whose name you’d never guess?

So many lovely tales

to wrap around thy head,

so many small details

deserving to be said;

he knew it all so well

yet but as the sun set

he muttered to himself:

“It is not good to dwell

on what’s already set”,

and lightened the old shelf.

.


You’ve heard of elf on the shelf,

now prepare for twelve m in the poem.

Ombre et Plumes – 2


D’ombre et de plumes

2


Les quartiers est étaient principalement composés d’habitations et de résidences, ce qui avait pour effet d’attirer bien moins de touriste que le quartier centre ou les quartiers sud. L’agitation du débarquement laissée derrière lui, Thrista naviguait donc à présent dans des rues où seuls une poignée de passants se baladaient tranquillement. Il aperçut quelques locaux en train de décorer le bord des rues et les façades des bâtiments de draps et de fleurs multicolores. Ils profitaient de ce moment de répit et de calme pour se préparer à la tempête qui allait venir avec le début du festival deux jours plus tard. Lui même avait décidé de revenir quelques jours avant pour se donner le temps de flâner dans les rues alors que celles-ci étaient encore relativement peu en proie à l’agitation. Il pouvait cependant déjà sentir la tension qui montait à l’approche de la célébration du mariage princier, tous attendaient l’annonce du début des trois jours de célébration pour se laisser aller à la joie et à l’ivresse. Il passa par l’une des nombreuses rues secondaires, déjà peu fréquentées par les locaux et encore moins par les touristes, et se retrouva devant une petite bâtisse faite de bois et dont l’enseigne était usée par le temps mais toujours bien lisible : En Carménie.
Malgré sa taille peu imposante, encore réduite par les deux hautes résidences s’élevant de chaque côté, la réputation de l’établissement n’avait rien à envier aux autres auberges. Elle était réputée chez les connaisseurs comme l’une des meilleurs du coin, une des perles cachées d’Eneleïa grâce à la popularité de son plat spécial préparé par la patronne elle même. Un excellent minestrone de légumes de saison, de viandes hachées tendres, d’un peu de pâtes et d’épices fraîchement cueillies, dont la recette exacte était soumise au plus grand secret. Rien que d’y penser, Thrista en eut l’eau à la bouche. Cela faisait tellement longtemps qu’il n’avait pas goûté à la cuisine de Carmen. Il comptait y loger le temps de son séjour. Il connaissait bien la patronne, une petite bonne femme approchant de la cinquantaine et dont les cheveux couleur rouille commençaient tout juste à grisonner. C’était l’endroit où il avait séjourné à chaque passage dans la ville portuaire avec son père et il en gardait d’excellents souvenirs. C’était aussi là qu’il avait passé ses quelques jours avant de quitter le continent au début de son périple. Le jeune homme se dirigea donc droit vers l’enseigne au fougueux cheval noir, qui semblait avoir été repeinte depuis la dernière fois. Les rideaux étaient tirés aux fenêtres, signe que l’établissement ne rouvrirait qu’au prochain repas, mais il poussa tout de même la porte et entra. Il ne fut pas surpris de voir la pièce déserte, par une journée pareille et à ce moment de l’après midi il était tout à fait normal de n’y trouver personne : tout bon touriste s’était déjà éclipsé depuis un moment. Il salua tout de même dans le vide, plus pour signaler sa présence à quiconque serait dans l’arrière cuisine que pour se présenter réellement, mais fut surpris d’entendre une voix familière lui répondre du fond de la salle.
« Bienvenue. Entrez, entrez ! Je suis à vous tout de suite ! »
Thrista n’avait pas eu le temps de s’habituer à la pénombre mais dès qu’il entendit la voix il ne put s’empêcher de sourire. Nul besoin de voir pour savoir qui venait de lui répondre. Il s’avança et dut attendre d’être au milieu de la pièce avant que ses yeux ne se soient entièrement habitués à l’espèce de pénombre qui y régnait pour apercevoir la petite silhouette penchée au dessus d’une table.
« Bonjour ! s’exclama-t-il à nouveau, toujours en souriant. Je ne t’avais pas vu Carmen, cachée dans la pénombre comme tu l’es…

– Ah ! Oui, je suis désolée pour l’obscurité. Je profite de l’absence momentanée de tout le monde pour faire un peu de ménage et je ne supporte pas de le faire avec le soleil qui me tape dessus. En plus il fait une de ses chaleurs aujourd’hui ! On est bien mieux à l’intérieur, répondit la femme tout en continuant de s’affairer sur la table qu’elle s’efforçait de faire reluire. Mais, nous connaissons nous ?, demanda-t-elle enfin en relevant la tête en souriant, l’air satisfait.
– Tu ne te souviens pas de moi ? Remarque cela fait un moment que l’on ne s’est pas vu, concéda le jeune homme. »
La dénommée Carmen rangea son chiffon et s’approcha alors de plus près pour l’observer, elle resta ainsi à le regarder, les sourcils froncés par dessus ses yeux gris, pendant quelques secondes. Le sourire du jeune homme s’agrandit lentement alors qu’il attendait que la patronne de l’auberge le reconnaisse enfin. Il avait changé depuis la dernière fois, plus grand d’au moins dix bon centimètres, les épaules plus larges, ses cheveux sombres avaient poussé, ils lui recouvraient à présent la nuque alors qu’il les avait toujours gardé très courts auparavant. Le duvet qui lui recouvrait la mâchoire s’était également épaissit, transformant légèrement la forme de son visage. Il n’était pas méconnaissable, mais il n’était plus non plus le même qu’un peu plus de deux années auparavant. La femme fronça soudain les sourcils.
« Tes yeux…, murmura-t-elle, Thrista ! Mes dieux, je ne t’avais pas reconnu ! Comme tu as changé… Combien de temps cela fait-il ? Deux ans, trois peut-être ? », demanda-t-elle alors que son sourire, disparut au profit d’un froncement de sourcil un moment auparavant, refaisait surface.
– C’est bien moi, acquiesça le jeune homme, toujours le sourire aux lèvres.
– Mes dieux, cela fait longtemps…  », murmura Carmen avant de franchir la distance les séparant en quelques pas et de le prendre dans ses bras.
Malgré sa petite taille la quinquagénaire possédait une force surprenante, cela, couplé à un caractère et une volonté de fer, créait un mélange détonant. Thrista eut un instant le souffle coupé mais lui rendit ensuite son embrassade avec joie, heureux de la retrouver après tout ce temps. Dès sa première visite à Eneleïa avec son père, ce dernier lui avait présenté l’aubergiste, une vieille connaissance à lui, et le jeune homme s’était attaché à cette bonne femme au caractère bien trempé mais à la gentillesse sans pareille. L’attachement avait visiblement eu lieu dans les deux sens car Thrista vit une larme rouler sur la joue parsemée de taches de rousseur de l’aubergiste alors que celle-ci le relâchait enfin. Elle lui fit un sourire avant de se retourner pour se moucher légèrement.

« Je pensais que tu mettrais un peu plus de temps à me reconnaître, avoua-t-il alors, presque déçu. Il espérait pouvoir la faire marcher un peu plus longtemps..
– Je reconnaîtrais tes yeux entre mille, répondit-elle en se tournant à nouveau vers lui, tu as beau avoir grandi, tu as toujours le même regard que ton père quand il était jeune. Et encore plus maintenant. »
Thrista acquiesça avec un petit sourire. Elle n’était pas la première à noter sa ressemblance à son paternel.
« Tu sais, reprit Carmen avant qu’il n’ouvre la bouche, je pensais vraiment que tu courais à ta perte en voulant partir seul comme cela… Tu n’étais qu’un enfant, trop jeune pour ce genre de choses… Mais je suis heureuse de voir que je me trompais, puisque te voilà revenu en pleine forme ! »
Le jeune homme pu voir l’éclair d’inquiétude qui passa dans l’œil de la patronne de l’auberge et imagina aisément tout le souci qu’elle avait pu se faire pour lui, aussi lui fit-il un grand sourire. Ce périple n’avait en effet pas toujours été simple, au contraire, il avait fait face à des situations dangereuses plus d’une fois, mais il était revenu sain et sauf et, il l’espérait, plus fort. C’était tout ce qu’elle avait besoin de savoir.
« Oui. J’ai eu la chance de voyager en bonne compagnie, dit-il en posant sur l’épaule de l’aubergiste une main rassurante.
– Tant mieux alors. »
Carmen sursauta soudain, semblant se souvenir de quelque chose d’important.
« Que je suis bête ! Je ne t’ai toujours rien proposé ! Je reste là à discuter avec toi et je ne remplis même pas mon rôle d’hôtesse… s’exclama-t-elle en se donnant une légère tape sur la tête. Veux-tu t’asseoir ? Et quelque chose à manger ? Tu dois être affamé après ce long voyage…
– Ne t’inquiète pas, les repas étaient très bon à bord du Leikan ! répondit Thrista avec un petit sourire. Mais je t’avouerai que je ne suis pas contre une petite collation… Si tu as quelque chose de prêt ! ajouta-t-il immédiatement, ne voulant pas la faire se déplacer pour rien.
– Bien sur mon choux ! s’exclama Carmen en lui adressant un clin d’œil avant de se diriger vers la cuisine, j’ai toujours quelque chose pour toi. Assied toi où tu veux, j’en ai pour deux minutes. »
Thrista acquiesça et s’installa à une table non loin, posant sa besace et sa cape à ses pieds et profitant de l’absence de l’aubergiste pour jeter un regard à son établissement. L’auberge paraissait minuscule de l’extérieur mais une fois à l’intérieur elle dégageait, grâce à son aménagement intelligent et efficace, une impression d’immensité. Plusieurs chandeliers pendaient du plafond haut, loin au dessus de la tête, aucune cloison ne venait entraver la vue des clients, seules quelques énormes poutres en chêne massif soutenaient le tout de ci de là. On aurait dit l’intérieur d’une église faite de bois au lieu de pierre. Thrista entendit Carmen siffler depuis l’arrière cuisine et ne put empêcher un petit rire. Cela lui rappelait de nombreux et bons souvenirs. Peu avait changé depuis son dernier passage, la seule différence qu’il pouvait apercevoir était le nombre de tables qui avait légèrement augmenté et l’apparence de la salle, tout semblait comme neuf. L’adolescent savait cela dû à la grande attention que l’aubergiste prenait à astiquer, rénover et conserver son mobilier mais il ne pouvait s’empêcher d’être impressionné. Son ventre grommelait son insatisfaction lorsqu’il aperçut la petite femme revenir vers lui les bras chargés d’un large plat recouvert de nourriture.
« Ne t’inquiète pas, c’était sur le feu et le reste je l’ai pris dans les placards, rien de bien compliqué. Je comptais moi-même manger de toute façon, expliqua-t-elle avant que le jeune homme ne puisse protester. »
Thrista se contenta donc d’accepter silencieusement, préférant ne pas provoquer son hôte en protestant car il la savait extrêmement persuasive quand elle le voulait. Il se servit donc de la viande grillée dans une assiette. Il mangèrent un moment en silence, le jeune homme piquant dans tous les plats disposés devant lui, mangeant biscuits secs, légumes,viande, et fruits avec grand plaisir. Carmen elle dégustait une soupe à ce que Thrista pouvait dire et semblait grandement l’apprécier. Le jeune homme en déduisit que ce devait être le célèbre ragoût de poisson de Wlad, le cuisinier habituel de l’établissement.
« Comment se fait-il que tu sois déjà de retour ? Je croyais que tu n’avais prévu de revenir que pour le tournoi… s’enquit enfin la patronne avec un soupir de contentement en reposant son bol vide sur la table.
– A vrai dire j’ai changé d’avis, commença-t-il en prenant une dernière bouchée de son morceau de viande, au cours de mon voyage j’ai eu l’occasion de voir d’innombrables choses et de rencontrer de nombreuses personnes. J’ai appris énormément, seul mais aussi avec des compagnons de voyage que j’ai pu rencontrer. Mais je crois que lorsque j’ai appris pour le mariage j’ai réalisé qu’Ore me manquait et qu’il était temps de rentrer.
– Oh ! s’exclama Carmen avec un petit sourire en coin, ton retour n’est donc pas une simple coïncidence !
– Oui, répondit Thrista, se retenant pour ne pas sourire de trop. Je ne pouvais pas louper ça… »
Carmen le regarda un long moment avec attention, le fixant de ses prunelles vert-de-gris, avant de sourire en hochant la tête, comme si elle approuvait silencieusement ce qu’elle venait juste de penser.
« Eh bien en tout cas, tu as bien raison ! dit-elle en prenant une gorgée de son verre d’eau. Tu ne peux pas savoir à quel point ça me fait plaisir de te revoir ! Combien de temps comptes-tu rester cette fois ?, demanda-t-elle. Le temps du mariage j’imagine.
– Oui, le temps de la célébration, acquiesça Thrista.
– Eh bien mon humble auberge t’est ouverte autant de temps que tu le souhaites, tu es le bienvenu ! s’exclama-t-elle en désignant l’établissement de la main. »
Elle se leva ensuite et, une fois assurée que le jeune homme n’avait plus faim, ramena le plateau en cuisine avant de revenir presque immédiatement. Thrista s’était levé et regardait à nouveau autour de lui lorsqu’elle reparut à ses côtés.
« Viens, je vais te donner une chambre. Je dois en avoir une ou deux de libre au deuxième qui sont très calmes et très confortables si cela te convient.
– Tout ce que tu auras à me proposer, tu sais que je ne suis pas difficile. Et puis je me sens toujours bien ici. »
Il aperçut les joues de la femme rosir légèrement à son compliment alors qu’elle passait devant lui pour le guider jusqu’à ses quartiers le temps de son séjour. Elle attrapa au passage une clé sur un large tableau de bois fixé au mur. Ce dernier était presque vide, ce qui indiquait que l’établissement était quasiment complet, pourtant tout était silencieux et le jeune homme n’avait vu personne depuis son arrivée. Il en déduisit que les clients devaient soit être en train de faire la sieste soit en train de flâner dans les rues d’Eneleïa. De plus l’heure du repas n’étant pas encore arrivée, tout était et resterait calme un moment. Lorsqu’il eut fait le tour de la pièce et déposé ses affaires à côté de son lit le jeune homme redescendit dans la grande salle, fermant la porte à clé derrière lui. Il retrouva la patronne en train de nettoyer fenêtres au fond de la salle.
« Tu as eu le temps de t’installer ?, demanda-t-elle en lui adressant un sourire sans s’interrompre dans sa tâche.
– Oui, merci, répondit Thrista en hochant la tête. D’ailleurs, combien te dois-je pour la chambre ? »
Le jeune homme n’eut même pas le temps d’insister tant le refus de l’aubergiste fut immédiat et catégorique. Elle refusait de faire payer un ami de longue date qui logeait dans son établissement et il n’allait pas l’en dissuader. Thrista ne put que se résoudre à accepter la décision de la patronne avec un léger soupir, il savait qu’insister était peine perdue. Aussi préféra-t-il proposer son aide pour les tâches ménagères, ce que Carmen accepta avec plaisir après un court débat. Le jeune homme se mit donc immédiatement au travail, assistant la petite femme dans le nettoyage de la grande salle. Ils discutèrent ainsi pendant les quelques heures qui suivirent, astiquant les surfaces boisées, récurant le sol et disposant les couverts sur les tables pour le repas du soir. Le jeune homme en profita pour prendre des nouvelles d’Ore, et raconter à son hôte les découvertes et rencontres qu’il avait pu faire au cours de son périple, notamment sur Simériah, terre que Carmen n’avait jamais visitée jusqu’à présent.
Lorsqu’ils s’arrêtèrent enfin la nuit tombait déjà et, à travers les fenêtres dégagées pour laisser entrer la lumière affaiblie du soleil, on pouvait apercevoir les rues commençant s’illuminer et à se remplir de curieux. Les chars, en préparations pour le défilé depuis de longues semaines déjà, étaient sur le point d’être achevés et prenaient enfin véritablement forme. De nombreux badauds venaient en observer l’apparence. Quelques clients commencèrent à affluer et Thrista aperçu Wlad qui rentrait visiblement de sa pause de l’après-midi alors qu’il montait en direction de sa chambre. Le jeune homme se résolut à aller le saluer plus tard et prit sa cape avant de se diriger vers la porte. Une fois dehors il se dirigea vers le nord de la ville, il aurait tout le temps de visiter les quartiers sud et ouest ainsi que ceux du palais lors des prochains jours. Le jeune homme préféra la tranquillité du nord de la ville au vacarme croissant dont il savait faire preuve le sud dernièrement. Cela lui permit de réfléchir à ce qu’il allait bien pouvoir faire à partir de maintenant, par où il allait commencer son voyage et quels allaient être ses objectifs à présent. Il marcha ainsi, perdu dans ses pensées, se laissant guider par ses pas, jusqu’à ce que la nuit tombe définitivement, rencontrant ici et là bateaux, guerriers géants et autres dragons faits tout de bois qui attendaient patiemment leur heure de gloire lors du défilé débutant quelques jours plus tards. Lorsque les dernières lueurs du soleil s’éteignirent derrière l’horizon il se décida à rentrer à l’auberge, la journée avait été longue et il n’aspirait à rien d’autre qu’un bon repos avant d’entamer les prochains jours.
Le jeune homme observait les étoiles en marchant et remarqua que le Joyaux de la Rosace, la plus large et la plus complexe de constellations parsemant le ciel semblait briller plus intensément qu’à l’ordinaire. Elle sembla même, pendant un instant, prendre un éclat orangé. Il ne se souvenait pas d’avoir observé un tel phénomène lors des nombreuses soirées passées à admirer la voûte céleste avec son père lorsqu’il était plus jeune. Cette pensée fit remonter une foule de souvenirs en lui, les soirée à la belle étoile, sa découverte de l’éther, son désir ardent d’en savoir plus, la réaction de son père… Elle lui rappela aussi ce pourquoi il avait entamé ce voyage, et ce pourquoi il était revenu : bientôt le Tournoi allait commencer, et il devait être prêt. Le chemin à parcourir était encore long, mais il s’était juré de faire le meilleur usage de ce temps restant.


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Gliphane

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Des monts et des vaux attendent à mes pieds

Que l’immonde de mes mots se pare ou soit purgé,

Mais que voit l’oeil qui regarde depuis le trône ?

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Nulle réponse n’est vaine mais aucune ne me sied

Car alors que le monde répond à son démiurge,

Il rit et ne regarde même pas l’aumône.

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Echoué sur le parvis d’une église dorée,

Profane que je suis j’observe sans faire un bruit,

Puis-je entrer ou ne dois-je appeler?

On ne saurait déranger l’entité qui y vit.

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Que faire alors de ces flammes qui persistent à brûler

De leurs pâles reflets dans les bassins d’eau-de-vie ?

C’est dans cette étrange forêt dont s’efface l’orée

Que repose le scient, la tête sous le fruit.

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13/8/12

Ombre et Plumes – 1


D’ombre et de plumes

1

De retour


Le contraste fut ce qui le frappa le plus. Thrista sentit un frisson lui parcourir le corps lorsque l’ombre du gigantesque mur les avala tout entier. Ce n’était pas la première fois qu’il avait l’occasion d’admirer les portes du port d’Eneleïa et pourtant, malgré la taille imposante des trois navires de la flotte Galaedienne, l’immense mur de pierre blanche qui en gardait l’entrée n’avait d’égal. Cela faisait un peu plus de deux heures déjà qu’ils pouvaient apercevoir les côtes de Tébor et celles-ci n’avaient cessé de s’élever toujours plus loin au dessus des flots jusqu’à ce qu’ils en arrivent au pied. Le soleil de plomb qui régnait maître presque incontesté depuis le début de la traversée s’était alors momentanément éclipsé pour laisser place à une fraîcheur digne d’une nuit de printemps. Un silence profond s’était installé à l’avant du Leikan – celui des trois navires sur lequel avait embarqué Thrista – et le jeune homme était sûr qu’il devait en être de même à bord des deux autres : l’Illilda et l’Archéniss. Les passagers attendaient avec impatience le moment où les portes s’ouvriraient et laisseraient enfin la flotte pénétrer dans le port. La Cité des Deux Mondes, tel qu’aimaient à l’appeler les allochtones en raison de son statut de passerelle entre le continent d’Ore et les mers centrales, les attendait.

La Trinité avait fait route depuis le continent de Simériah, plus à l’est, afin de rallier Ore et Eneleïa à temps et après presque trois semaines en mer elle arrivait enfin à destination. Ou plutôt, elle se préparait à faire son antépénultième escale avant son retour à Port-Varenne, ville centrale du continent et capitale de l’archipel de Galaeda. Elle tenait son nom du nombre de navires qui la composaient, au nombre de trois, mais ne pouvait cependant être qualifiée de « petite flotte » car ses effectifs réduits étaient largement compensés par l’envergure de ceux-ci. Longs de presque trois cent mètres, pour plus d’une centaine de haut, ils étaient les joyaux du petit archipel. Leurs coques, du même blanc éclatant que la muraille, produisait l’effet totalement inverse à un contraste, semblant se fondre l’un dans l’autre pour ne plus faire qu’un. Enfin, chacun des trois navire arborait le pavillon Galaedien bleu marine sur lequel se superposaient trois oiseaux de mer respectivement de couleur noire, grise, et blanche.

La foule déjà présente sur le pont s’étoffa encore lorsque que le Leïkan vint s’arrêter complètement à une vingtaine de mètres seulement des portes de la cité. Thrista se doutait qu’il devait en être de même sur les ponts des deux autres navires, aucun des passagers de la Trinité ne voudrait louper ce spectacle. Après avoir navigué à travers les mers centrales pendant plus de trois semaines, ils arrivaient enfin à destination. Ce simple fait justifiait déjà un telle attente, mais assister à l’entrée de la Trinité dans le port d’Eneleïa depuis le pont de l’un de ses navires était une motivation suffisamment rare pour pousser la quasi totalité des passagers à y monter. Le jeune homme avait pris la décision de rentrer presque en hâte, lors de son séjour à Mellona – maintenant de l’autre côté de l’océan -, lorsqu’il avait eu vent de l’annonce du mariage imminent de la princesse de Tébor. Le départ presque fortuit de la Trinité au même moment avait achevé de le convaincre.

La vue était époustouflante. Les murs de granite gigantesques s’élevaient à plus de deux cent mètres au dessus des flots et avaient depuis toujours servi de fortifications naturelles à Eneleïa. Aucun des nombreux assauts au fil des siècles n’avait pu en venir à bout, ce qui avait donné la réputation de forteresse imprenable à la cité portuaire. Les immenses portes du port y étaient aussi pour quelque chose, presque aussi hautes que les falaises elles mêmes, elles avaient été construites un peu plus de huit cent ans auparavant, à peine un siècle et demi après la fondation de la cité elle même. L’esprit brillant qui avait imaginé et fait exécuter ce projet titanesque était resté inconnu mais la renommée des Portes d’Eneleïa, elle, rayonnait dans toute l’alliance. Elles trônaient au centre des falaises, un immense mur de pierre blanche qui dépassait ces dernières d’une douzaine de mètres en son point le plus haut. Sur chacune des trois parties était gravé un symbole différent, marquant chaque point d’accès au port. Les Portes s’ouvraient et se fermaient plus ou moins selon l’intensité du trafic qui y transitait.

La cité portuaire avait depuis bien longtemps obtenu le statut du plus important centre de commerce du royaume de Tébor, et se trouvait presque sans rival au niveau du continent lui-même. Les Portes avaient grandement contribué à cimenter sa réputation de passage sûr le long de la côte et comme point d’escale obligatoire pour qui voulait se rendre aux Îles Karnines ou en Simériah. Le gigantesque édifice permettait à tout type de navire et de flottes d’accoster et de reposer en toute sécurité dans son port, assurant le développement stable du commerce. Tout cela était possible grâce au mécanisme qui permettait de contrôler les portes, les relevant ou les abaissant ainsi au besoin grâce à un habile mélange d’ingénierie mécanique et d’éther. Cela permettait également de se prévenir contre tout assaut par la mer car, une fois les portes fermées, Eneleïa devenait virtuellement imprenable par voie maritime.

Le Leikan s’était arrêté en face de la porte centrale, et les deux autres navires de la flotte en face des deux autres entrées, un de chaque côté de ce dernier. Cette disposition exceptionnelle était nécessaire de part leur échelle. Les trois vaisseaux ne pouvait faire autrement que de se mettre à quai séparément afin de débarquer leur cargo et leurs passagers. Cette fois-ci la Trinité était tout particulièrement chargée du fait du nombre important de passagers qui se rendaient à Eneleïa pour célébrer le mariage princier. Nombreux aussi étaient les marchands qui avaient fait le voyage, préférant le tarif plus élevé de la flotte Galaedienne mais une réelle assurance de rapidité et de sécurité, pour eux et leur marchandise, par rapport au risques de l’affrètement d’un navire personnel.

Un silence solennel tomba sur chaque pont à mesure que la tension grandissait. Les moteurs avaient été mis en sommeil le temps que la Trinité reçoive l’autorisation finale d’entrer dans le port, ils reprendraient ensuite vie. Au bout de ce qui sembla durer une éternité à Thrista, l’air se mit à vibrer au son d’une puissante corne de brume située sur les hauteurs du mur. Puis une deuxième vint se joindre à la première et ce furent bientôt tous les remparts qui sonnèrent pour annoncer l’arrivée des trois gigantesques vaisseaux dans le port. Ce signal de bienvenue se prolongea pendant de longues secondes avant de s’éteindre petit à petit, s’effritant sur les flots et disparaissant au loin. Et alors que le silence fut complètement retombé, les cornes de brumes reprirent leur chant, suivant le même schéma deux autres fois avant de s’éteindre pour de bon. Un autre moment s’écoula alors, moment qui sembla encore plus long que le premier. Le jeune homme aperçut d’abord les remous de l’eau avant de voir les portes bouger. Il savait déjà ce qui allait se passer, mais lorsque les deux immenses battants commencèrent enfin à se séparer Thrista ne put que retenir son souffle; la vision gargantuesque qui s’offrait à lui le bouleversait autant que la première fois. On aurait dit que les falaises elles-mêmes s’ouvraient en deux pour révéler un passage vers un autre monde. En l’espace d’à peine un trentaine de battements, la voie fut complètement ouverte pour les trois navires et la Trinité put s’engager d’un seul mouvement dans les ouvertures. Il était peu commun d’être témoin de l’ouverture de plus d’une seule des trois portes à la fois – qui plus est au complet -, aussi chaque passager ne pouvait s’empêcher d’admirer ces trois béances prêtes à les dévorer. Tout se passa alors très vite : les moteurs se remirent à vrombir et l’Illilda, le Leikan et l’Archeniss s’ébranlèrent, glissant sans problème à travers les ouvertures, et se retrouvant bientôt à l’intérieur des remparts anciens.

D’où il était placé, Thrista avait une vue imprenable sur ce qui se déroulait devant lui. Le mur était au moins deux fois plus haut que les trois navires, ces derniers s’étaient donc retrouvés caché dans son ombre le temps que les portes s’ouvrent, mais une fois que ce fut le cas ils baignèrent à nouveau dans l’intense luminosité. La vie, qui semblait s’être momentanément interrompue, reprit son cours. Les passagers furent assaillis par l’intense brouhaha provenant d’un peu plus loin sur les quais. Seuls quelques centaines de mètres séparaient à présent la Trinité de sa destination mais, à mesure qu’elle avançait, Thrista eut l’impression qu’il vivait la partie la plus longue du voyage; il brûlait d’envie de débarquer enfin ! Le jeune homme dut cependant prendre son mal en patience car la flotte devait encore rejoindre les débarcadères prévus à son effet et s’y amarrer avant de pouvoir commencer à laisser descendre les passagers et faire débarquer son cargo. Il entendit les cris s’amplifier à mesure que le Leikan s’approchait des quais et put observer plus distinctement ce qui produisait ce bruit : une foule immense et compacte était massée sur toute la longueur de ceux ci et saluait chaleureusement les trois vaisseaux. La clameur s’amplifia encore lorsqu’elle obtint une réponse de la part de la Trinité : les navires firent tous trois simultanément sonner leurs cornes de brumes pour signaler leur arrivée.

Depuis le pont Thrista pouvait observer le port entier. Ce dernier était immense, à la mesure de ses portes, et ne pâlissait pas devant le Leikan, l’Illilda et l’Archéniss réunit. De nombreux autres navires, des plus grands aux plus petits, étaient amarrés ça et là, et une myriade de personnes fourmillaient, affairées à charger ou décharger les marchandises vers ou depuis de longs hangars. Le reste de la surface de pierre claire était couvert par la foule accueillant la flotte Galaedienne.

Un observateur suffisamment averti pouvait également déjà apercevoir des traces de décorations, des draps colorés et des ensembles floraux qui avaient commencé à apparaître en préparation du mariage. Cela rendait la ville encore plus vivante aux yeux de Thrista, lui rappelant sa première visite, plus d’une dizaine d’années plus tôt. Il avait six ans à l’époque et la cité célébrait alors le dixième anniversaire de la princesse. Il y était venu avec son père, qui voulait lui montrer Eneleïa sous son plus beau jour.

« Ne t’éloigne pas trop !, lui avait-il dit alors qu’ils entraient dans l’enceinte de la cité.

Où allons nous ?, avait demandé le jeune garçon, les yeux ébahis.

Tu verras très bientôt ! Mais peut-être aurons nous la chance d’apercevoir la princesse de près…, avait répondu son père avec un clin d’oeil »

A l’époque, il n’avait pas été capable de dire si son père plaisantait ou non mais il n’avait pu retenir l’excitation qui montait en lui à l’idée de visiter la citée Téboréenne. Le souvenir se dissipa lorsque Thrista sentit les secousses familières indiquant que le navire s’arrêtait enfin. La foule en contrebas acclamait toujours chaleureusement la Trinité et ses passagers répondaient avec de larges sourires et des saluts énergiques. Thrista jeta un regard autour de lui, tous commençaient déjà à se diriger vers les passerelles de débarquement ou bien vers leurs cabines pour récupérer leurs affaires. Il hésita un instant avant de se diriger d’un pas lent vers le point le plus avant du bateau, ne s’arrêtant que lorsqu’il fut tout au bout de la proue. Il observa alors le va-et-vient plus bas sur les quais. Le jeune homme préférait attendre avant de débarquer lui même afin d’éviter la foule impatiente de passagers désirant mettre pied à terre ainsi que celle qui attendait une fois en bas.

Le jeune homme dirigea alors le regard au loin vers le palais royal, le bâtiment imposant et d’un blanc pur trônait au dessus des nombreuses autres constructions alentour et était clairement visible malgré la distance. Il laissa échapper un léger soupir avant de laisser son regard se balader sur le reste de la ville, elle ne lui semblait pas avoir changé tant que ça depuis son départ et pourtant elle lui semblait différente. Plus grande peut-être ? L’architecture élégante qui lui était propre était composée de myriades de couleurs contrastant avec la blancheur pure des murs des bâtiments, mêlant élégamment bois et pierre, petitesse et grandeur, droiture et arrondis. La cité était un savant mélange de cultures diverses et de styles nombreux, autant au niveau de sa population et de son histoire, que de son architecture ou de son économie. C’était précisément cela qui la rendait si attractive auprès des ses habitants comme auprès des étrangers qui venaient y séjourner.

Lorsqu’il ne resta plus qu’une poignée de passagers sur le pont Thrista se décida enfin à débarquer. Il se dirigea vers sa cabine – une petite chambre avec un lit simple et une fenêtre – pour y récupérer ses affaires. Il enfila une cape légère et remonta la capuche de celle-ci au dessus de sa tête pour se protéger du soleil avant de passer son sac par dessus son épaule. Il vérifia une dernière fois que rien ne restait avant de sortir. Alors qu’il se dirigeait vers l’un des ponts de débarquement, recouvert d’une toile bleue pour le garder à l’ombre, il remarqua le capitaine du Leikan et son second qui se tenaient sur la terrasse du pont supérieur. Le premier était une jeune femme brune de taille moyenne au regard azuré assuré tandis que son second était un homme d’âge équivalent, fin et à la tignasse rougeoyante. L’homme sembla remarquer Thrista et tourna la tête dans sa direction, lui adressant un discret salut de la tête accompagné d’un léger sourire avant de recentrer son attention sur le débarquement des marchandises plus bas sur les quais. Le jeune homme les avait vu en action tous les deux ; à première vue aucun ne semblait taillé pour la fonction qu’il occupait et pourtant Thrista avait vu les marins obéir immédiatement à leurs ordres et ce sans répliquer. Le capitaine, bien que de plus petite taille que la majorité de son équipage et une femme, et son second, pâle et presque maigre, ne faisaient pas forte impression au premier abord. Tous deux semblaient néanmoins se métamorphoser lorsqu’ils étaient à leur poste et savaient maintenir leur autorité tout en gardant le complet dévouement de leur équipage sans jamais être questionné ou désobéi.

Thrista cligna des yeux à plusieurs reprises alors qu’il mit enfin pied à terre sur le quai d’Eneleïa. Le contraste soudain entre l’ombre agréable de la passerelle et la clarté du ciel était presque douloureux. Lorsqu’il se fut réhabitué à la luminosité ambiante, le jeune homme put réellement mesurer l’agitation qui prenait place sur les quais et dans le port entier : des marins couraient, criaient et transportaient des marchandises de part et d’autre, les passagers se bousculaient et les habitants et touristes venus pour assister à l’arrivée de la Trinité étaient toujours aussi nombreux et bruyants. Il attendit quelques instants que le flot de personnes diminue légèrement pour pouvoir quitter le quai mais se rendit vite compte que cela n’arriverait pas de si tôt. Les membres de l’équipage du Leikan qui aidaient au débarquement des passagers lui souhaitèrent un bon séjour lorsqu’il se décida enfin à braver la cohue. Il n’eut le temps de répondre qu’un simple merci avant de se faire happer par le mouvement de la foule. Lentement, à force de patience et d’obstination, Thrista finit par se frayer un chemin vers l’extérieur du port et à pénétrer dans le district est. Le passage obligatoire par la douane pour quitter le port prit beaucoup moins de temps qu’il ne l’avait imaginé, le fait que ce ne soit pas sa première visite aida grandement, et il se retrouva bientôt dans Eneleïa même. Les rues des quartiers est étaient quasiment aussi peuplées que le port mais petit à petit il parvint à naviguer à travers cet océan vivant et à traverser les vagues de passants qui allaient et venaient dans toutes les directions.

Le jeune homme trouvait cependant sa progression trop lente, il aurait préféré pouvoir atteindre les rues moins bondées plus vite. Son allure réduite, toutefois, lui permit de profiter de la belle architecture de la ville. Les couleurs dansaient tout autour de lui, autant sur les murs des bâtiments et les colonnes que sur les habitants et les touristes qui formaient la foule compacte. Le brouhaha ambiant se mélangeait au centaines de bruits de pas, aux cliquetis des sabots et aux quelques notes de musiques jouées un peu plus loins par un groupe de musiciens ambulants l’accompagnant dans leur valse folle. De petits étals étaient visibles ici et là – les marchands hélant la foule pour essayer de vendre leurs biens – et même les odeurs semblaient s’amuser à se jouer de lui puis à le prendre par surprise. Du romarin, de l’aigre-doux, du pimenté, une rose entêtante et une touche de sel flottaient ici et là. Il aperçut également des constructions en bois placées sur le bord des rues. Ces chariots encore en construction allaient bientôt se mettre en branle et parader dans la ville pour célébrer le mariage de la princesse. La ville était un mélange de myriades de couleurs, de sons et d’odeurs, animée par la musique ambiante et ses habitants. Thrista ne put réprimer un sourire nostalgique. Nombre de souvenirs semblaient vouloir à présent remonter en lui, mais il prit sur lui pour les réprimer et rester vigilant.

L’agitation s’était presque complètement dissipée lorsqu’il arriva dans la partie nord des quartiers est, les rues s’étaient petit à petit vidées de la foule. Seuls quelques passants croisaient à présent le chemin du jeune homme. Thrista laissa échapper un soupir de soulagement, toute cette agitation l’avait exténué plus qu’il ne s’y était attendu. Ce n’était pas la première fois qu’il venait à Eneleïa ou qu’il se frayait un chemin dans une ville bondée, contrairement à de nombreux touristes. Garder l’œil ouvert et l’esprit alerte était absolument crucial, un seul moment de distraction et on pouvait se retrouver dépossédé de tous ses biens. Il s’arrêta un instant pour regarder les indications autour de lui, s’assurant qu’il était dans la bonne direction, avant de poursuivre son chemin. Le palais était toujours sur sa gauche, blanc et imposant malgré la distance. Mais la destination du jeune homme était tout autre : une petite taverne un peu plus au nord.

Thrista marchait le long de la grande rue, jetant des coups d’œil aux alentours à mesure qu’il reconnaissait les bâtiments. Le soleil avait bien entamé sa descente dans le ciel lorsqu’il aperçut enfin sa destination. Il ressentit une vague de joie à l’idée d’être enfin de retour dans la cité portuaire dont il gardait tant de souvenirs. Eneleïa était à la fois telle qu’il se la rappelait dans ses souvenirs les plus lointains, et bien différente : elle était vivante et joyeuse mais, après si longtemps, lui semblait aussi avoir recouvré son air légèrement mystérieux qui l’avait séduit la première fois. Oui, il était décidément temps qu’il revienne. Le jeune homme passa une main dans sa tignasse sombre et ne put que laisser son sourire s’élargir tant l’excitation le gagnait. C’était ici qu’avait commencé son périple et c’était ici qu’à nouveau il faisait escale avant de repartir à l’aventure.

Il était enfin de retour.


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Essay

.

I believe nothing is more complex than the simplicity of life:

What reason is there to our steps other than one without?

What purpose has our soul in the burning of our beings

Other than shining out a beacon to all those lost

And to refuse to be found if not to be given a name?

When the prickles of this icy wind roll through our veins

And crystalise the roaring flame of what it means to be of breath,

Has come the time to understand the source of what may be to feel

Or has it taken to the sky once more, yet to become but desire?

In a slow walk along the beach whereupon the ocean leaves for good

Only the words remain of it, ashes of a fire gone cold

Blown from the hearth of dreams into the bleak beating of the heart;

What shall remain after I sleep? And shall I step without a skip

Through the threshold of floating wood into the hall of many songs?

Once awoken there is not time and yet the stars are eternal,

Such is life before it drifts into the cold wind of morning…

.


If I am found then am I lost?

 

Ma vie

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Ma vie est un joli poème et je ne peux l’apprécier

Car je ne suis que le même et nous sommes liés,

“Mais…” me dit la dame Chance au sourire émacié

Sous le bel air dansant des feuilles peu pliées.

Et si à défaut d’en être l’écrivain

Je serais bien lecteur de ce morceau batard,

Voyez tous mes sursauts et mes cris vains;

Me voilà défecteur car je le lis trop tard.

.


D’opale, reflet amer.

Blish

.

Un ange de papier, de musique et de nuit,

Aux ailes d’argent recouvertes de suie

Ne peut voler bien longtemps

Car la rouille du monde le rattrape à grand pas;

Il a beau chanter et se jouer de l’onde

Mais le sel toujours finit par piquer les yeux

Et ramener à la mer les secrets qu’elle contient.

Saoûle et terne, elle regarde; et si eux

Ne peuvent réparer le monde

Des orgues oeilleux à qui il appartient,

C’est au céleste enfant d’entamer le repas

Et de briser le pain de l’Homme nilpotent.

.


Voguer entre deux eaux cause débat.

Dos au miroir

.

Dos au miroir, je ne vois mon visage.

Que sais-je de ses formes

De ses recoins, ses replis,

A présent que les années

Ont lissé mon portrait ?

Face au mirage, vois-je que ne veut croire ?

Il est temps que je dorme

Car avec soin le temps délie

Et ce qu’il avait condamné

Se dessine trait par trait.

Est-ce à mes yeux destiné ce reflet?

Ou est-ce destinée reflet de mes aïeux?

Ne sachant quel chemin

Emprunter pour survivre

Le gardien se défile,

Il remet à demain,

Se résignant à suivre

L’avenir qui s’effile

Par l’interstice étroit d’une haute tour d’argent

Qui ci se fait l’agent du vieil oeil maladroit.

.


De cette âme un peu perdue

Le miroir se fait la plaie

Que le long temps a mordu

Car y lisse le reflet.