Bien.

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A qui veut essayer l’art de la rhétorique

Sans autre pratique que celle du papier :

L’esprit de l’escalier t’attend sur le palier.

Car le mot juste et fort -poignard bien ascéré-

Se fait parfois retord et nous force à errer.

Comme le dit l’adage : la parole est d’argent mais le silence est d’or.

Plutôt que le partage de la verve, ces gens qui ne sont point cador,

Devraient donc s’abstenir sous peine de rougir.

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Sculpture

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De cet amas de pierre

Dans la roche taillée

Que l’artiste si fier

Admire émerveillé,

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Les formes et contours,

Les ombres et lumières

-Ces naturels atours

Dont elle est coutumière-,

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Exaltent un corps figé

De l’espace et du temps,

Éternel mouvement

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Dans l’immobile instant;

Reflet d’âme piégée

Dans un brillant moment.

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Cent vingt mots si rêveurs

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Sans cahots ni sans heurts,

Sans sabots ni sans cœur,

Un bourreau sans chaleur,

L’échafaud, monte en pleur

Car il faut sonner l’heure

Du héro, leur sauveur.

Cent cachots, tous en chœur,

Cent échos si harangueur,

De la haut, fi des peurs,

Sonnent faux, prient son heur.

Cent hérauts et jongleurs

Sans un mot et sans pleur,

En un sursaut rageur,

Brandissent, Ô poing vengeur.

En cette aube de malheur,

Par ces sots, vils penseurs,

Par ces faux fils de mœurs,

Au service de l’empereur,

Bien trop servile ferveur,

Sans accroc ni erreur.

Un terreau et des fleurs,

Ce héro gît sans peur,

Vivent ses mots et ne meurent,

Sans ego ni fureur.

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Leur soleil

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Sous la lumière rose

De l’astre coloré –

Inspirant non la prose

Mais de courts vers rimés –

Tous ces gueux, sans triomphe,

Privés de leur gaieté,

Sous les branches du romphe,

Ce haut ciel piqueté,

Pauvres spectres de peur,

Seuls, fantômes sceptiques,

Tentent de rebâtir

Leurs petits cœurs blessés,

Car nul ne veut partir

Et tout, derrière, laisser.

De changer l’existence

Privée de tout repère,

D’achever leur errance

En quête de leur père.

Dans ce maelström d’étoiles,

En secret vénéneux,

L’existence s’étiole

Par poison lumineux.

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Hiboux Blanc

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Depuis que je suis né du ventre de ma mère,

Jamais je n’ai pu faire ou vouloir autrement

Que de suivre les pas de mon illustre frère,

Sans même protester, toujours docilement.

Pourtant je ne rêve que d’avoir une marge,

D’avoir à ce crayon l’équivalente gomme,

De ne pas devenir de l’arbre simple pomme,

De ne plus être enfant prisonnier de ses langes.

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