Noir

Sur le grand tableau blanc qui trônait au centre de la salle étaient épinglées toutes les photos qui avaient été recueillies au cours des premiers jours de l’enquête. Six portraits en A4 étaient alignés sous le bord supérieur. Six visages, trois hommes et trois femmes, et, juste au dessous, les photos de la victime. Encore plus bas, les photos de la scène du crime, sombre et sanglante.

Sur le premier portrait on pouvait voir le visage d’un homme sur lequel s’étaient imprimées les marques du temps passé. Sa crinière sauvage et sa moustache finement taillée, ornements argentés qu’il arborait fièrement, lui donnaient un air des plus dignes. On pouvait également apercevoir le haut du col d’un gilet couleur moutarde au bas de la photo.

À sa droite, celui d’une femme d’âge environ égal à l’air revêche. Elle fixait l’objectif d’un œil noir derrière les verres en demi-lune de lunettes perchées sur le bout de son nez, nez aussi pâle que l’astre nocturne lui même.

Le troisième portrait attirait immédiatement l’œil de part la beauté naturellement hypnotisante de la jeune femme qui y apparaissait. Sur son visage aux traits fins se dessinait le fantôme d’un sourire narquois et étonnamment confiant. Dans sa longue chevelure noir de jais on pouvait apercevoir une petite broche en forme de rose rouge.

Les deux suivants étaient des hommes.

L’un portait des lunettes, l’autre non. Le premier était vêtu d’un foulard couleur aubergine, l’autre d’une redingote vert foncé à col haut. Le premier semblait grand et mince tandis que le second plus courtaud. L’un arborait une chevelure épaisse et sauvage, presque rousse tandis que l’autre était brun, au crâne presque dégarni. Rien ne semblait rapprocher les deux hommes, l’un était homme de science, l’autre résolument d’église, et pourtant, pour l’observateur attentif, on pouvait déceler dans leur regards quelques similaires lueurs sombres.

Le sixième portrait était celui d’une femme d’une cinquantaine d’années, les cheveux coiffés d’un couvre chef blanc de domestique. Elle semblait mal à l’aise, étrangement apeurée. On pouvait presque entendre la voix chevrotante qui s’échappait péniblement de ses lèvres lorsqu’elle parlait.

Sur la grande table devant le tableau était étalé un plan détaillé du manoir où avait eu lieu le crime et, répartis autour de ce dernier dans des sacs plastiques, les différents objets qui avaient été récupérés et analysés par le département scientifique. Il y en avait six en tout, dont un couteau, une clé anglaise et un pistolet.

La salle, illuminée par la lumière blanchâtre des néons, était vide. Mais cela ne durerait pas car bientôt l’équipe d’enquêteurs entrerait et se mettrait à travailler d’arrache-pied afin de résoudre le mystère qui entourait la mort du vieux Docteur. Cela leur avait été explicité de façon on ne peut plus claire : il était primordial de retrouver le meurtrier du Docteur, c’était tout ce qui importait à présent.

Alea jacta est, les dés étaient jetés…


“Qu’est-ce ?”, vous entends-je demander. Eh bien ne paniquez pas, il y a quelques indices ici et là… ;)

Ps: C’est pas Harry Potter >.>

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Black

On the large white board which stood in the middle of the room were displayed all the pictures that had been taken during the preliminary phase of the investigation. Six large portraits had been printed and were aligned horizontally at the top of the board. Six faces, three men and three women, and, just under them, a seventh: the victim’s. Still below, pictures of the crime scene, dark and bloody.

The first face, on the top left corner, was one of a man on whom time had left its mark. His silver mane and impeccably well-trimmed moustache which he proudly displayed gave him an air of strength and dignity. One could also catch a glimpse of the mustard-colored collar of his jacket in the bottom of the frame.

On his right, the surly face of a woman of roughly the same age as him. She seemed to look straight at the camera, her eyes dark behind her glasses shaped in half-moons which were hanging on the very tip of her nose, nose which was as pale as the nightly orb itself.

The third portrait immediately caught the eye due to the mysterious beauty of the young woman who appeared on it. One could see the ghost of a surprisingly confident smirk on her face. Tangled in her long dark hair was a pin in the shape of a red rose.

The next two portraits were of two men.

One had glasses, the other had none. The first wore an eggplant-colored scarf , the second a dark green frock coat with a raised collar. The former seemed tall and skinny whereas the latter appeared short and sturdy. One had thick and wild light brown, almost red hair while the other had lost most of his dark hair to baldness. Everything seemed to draw them apart, one was a man of science while the other was unwaveringly religious, however, despite all this, to the eye of the careful observer, a similar glint of darkness could be seen in both their gazes.

The sixth picture was one of a woman in her fifties, white hair covered by her servant headwear. She seemed uneasy, almost scared. One could almost hear her quavering voice coming out of her mouth with great difficulty when she spoke.

A large and detailed plan of the manor where the crime had taken place was spread on the large table in front of the board and, around it, the different objects that had been taken from the scene and analyzed by the forensic department wrapped in plastic bags. There were six in all including a knife, a wrench and a gun.

The room, lit by the sick white glow of the neon lights, was empty of any life. But that would not last for much longer as, soon enough, the team of detectives would come in and begin working on this case without rest until the mystery that surrounded the death of the old Doctor was solved. It had been very explicitly clarified : finding the Doctor’s killer was of the utmost importance, it was all that mattered now.

Alea jacta est, the die had been cast…


“Now what is this exactly?”, I hear you ask. Well worry not, there is a clue in there, somewhere… ;)

Ombre & Plumes – 13 – Le mariage


D’ombre et de plumes

13

Le mariage


La procession avançait lentement au milieu de la foule nombreuse. Des gardes délimitaient un passage de chaque côté, maintenant le public à une certaine distance du convoi. La princesse était installée sur un carrosse en bois ouvert tiré par deux étalons noir et pouvait ainsi saluer le peuple de la cité en passant. Le roi et la reine eux se trouvaient un peu en avant et avançaient eux aussi à cheval. De nombreux nobles suivaient leur exemple entre eux et la princesse et derrière le carrosse de la jeune femme, soit à cheval soit à pied. Venaient ensuite à la fin du cortège les prêtres d’Eneleïa, chargés de transporter le coffre renfermant les joyaux de la couronne. En théorie ce devait être le cas, en pratique seuls deux diadèmes se trouvaient dans le coffre, un pour la princesse et l’autre pour son époux. Les deux diadèmes étaient quasiment identiques, forgés en ivoire blanc ils possédaient chacun une gemme en leur centre l’une une émeraude pour le prince et l’autre un saphir pour la princesse. Six prêtres étaient présent à l’arrière de la procession, chacun représentait l’un des six temples de la ville, ils formaient le conseil religieux d’Eneleïa, composé uniquement des hauts prêtres de chaque temple. Chacun était vêtu d’un habit cérémonial respectif à l’ordre auquel il appartenait. Quatre d’entre eux portaient le coffre en fer forgé, les deux autres menaient la marche avec un brûleur d’encens, qui expulsait une légère traînée de fumée derrière eux, et un rameau d’olivier sacré afin de bénir l’union des deux jeunes gens. Des pétales de fleurs tombaient de tous côtés, jetés par les passants en l’honneur de la princesse et de son mariage.
Thrista se trouvait derrière le carrosse de Siléna un peu en retrait, il marchait à côté du garde du corps blond. Todd, qui avait tout d’abord décidé de suivre Hannah et de rester le plus proche possible de la princesse, avait rapidement abandonné l’idée devant l’absence de réaction de sa partenaire lorsqu’il avait tenté d’entamer une conversation.
« Elle ne se rend pas compte à quel point elle est frustrante à vouloir trop bien faire…, se plaignait-il en soupirant à un Thrista amusé. Au moins le courant passe plutôt bien avec la princesse… Encore heureux… »

La veille ils avaient passé le reste de l’après midi en compagnie de la princesse alors que celle-ci parcourait le palais afin de veiller au bon déroulement des derniers préparatifs. Thristé ne s’était retiré que lorsque la nuit était tombée, après avoir salué le roi et la reine une nouvelle fois, et était rentré afin de se reposer pour la journée à venir. En effet, il devait se réveiller suffisamment tôt pour se rendre au palais sans être importuné par la foule de visiteurs qui se masserait devant afin de retrouver la princesse avant la procession. Il s’était revêtu de ses plus beaux habits pour l’occasion, à la surprise de Siléna visiblement puisque celle-ci ne sembla pas le reconnaître immédiatement. Il avait ensuite suivit celle-ci ainsi que Hannah et Todd jusqu’à l’entrée du palais d’où devait commencer le trajet jusqu’à la cathédrale.

Le convoi arriva par l’entrée sud de la grande place. Celle-ci était bondée, les citoyens de la ville comme les touristes s’étaient regroupés autour du centre de la place où se trouvait un piédestal de plusieurs dizaines de mètres carrés qui était surélevé d’un bon mètre cinquante par rapport à la place. C’est habituellement là que se plaçaient les commerçants les plus influant de la ville lors du marché, aujourd’hui cependant cet espace était totalement recouvert d’une foule compacte qui attendait patiemment l’arrivée du convoi. Au centre se trouvait une immense statue en bronze représentant les deux frères fondateurs de la ville. A son entrée la procession fut acclamée par des milliers de voix, la rumeur se propagea rapidement et bientôt toute la place retentit d’acclamations et de cris de joie à l’intention de la princesse qui était tout sourire en saluant la foule en retour. Le carrosse passa à côté du centre de la place et le contourna pour s’arrêter devant la grande arche à l’entrée du temple d’Esselia, la divinité du soleil. Toute la procession s’arrêta à son tour. Seuls les prêtres continuèrent d’avancer, passant parmi les nobles et les invités présents dans la procession qui s’étaient regroupés en deux rangs sur chacun des côtés, ils montèrent les marches du temple et disparurent à l’intérieur. Le roi et la reine descendirent de leurs montures et allèrent rejoindre leur fille, ils montèrent alors tous les marches du temple. Le roi Marco et sa fille disparurent à l’intérieur à la suite des prêtres tandis que la reine attendait dehors l’arrivée du prince en saluant la foule. Celui-ci arriva quelques secondes plus tard accompagné de son père, ils chevauchaient tous deux des chevaux blanc. Le prince était habillé de noir et de rouge et portait une longue cape sur le dos. Lorsqu’il passa devant Thrista et Todd, les deux jeunes hommes en profitèrent pour l’étudier de plus près. Il était de taille moyenne, brun, les cheveux mi-longs et bien coiffés, mais Thrista se doutait qu’il devait les avoir en bataille habituellement car il semblait faire extrêmement attention à ne pas les ébouriffer. Il avait une courte barbe, les sourcils légèrement plus foncés et en bataille ainsi que les yeux d’un vert sombre. Ses traits étaient à la fois déterminés et jovial, il souriait chaleureusement à la foule en la saluant mais semblait un peu stressé. Son père au contraire restait droit et fier en saluant la foule, il ne regardait rien d’autre que devant lui à mesure qu’il avançait.

« Je comprends mieux à présent pourquoi elle n’a pas trop protesté…, glissa Thrista au blond avec un clin d’œil. »

Ce dernier répondit par un sourire.
« Plutôt charmant n’est-ce pas ?, acquiesça Todd avec un petit sourire en coin. »
L’ensemble de la procession repartit pour suivre le prince et son père à mesure qu’ils approchaient du temple. Ils descendirent de leurs montures et parcoururent les marches menant à l’entrée avant de s’arrêter au niveau de la reine et de s’incliner. Lena les salua à son tour puis ils firent un dernier signe au public avant de pénétrer dans l’imposant bâtiment de pierre taillée. Les membres de la procession firent alors de même et pénétrèrent dans le temple, ils furent suivis par de nombreux citoyens et visiteurs qui se trouvaient sur la place. Tous ne purent rentrer mais plusieurs centaines de personnes se trouvaient déjà dans le bâtiment lorsque Todd et Thrista aperçurent de nouveau Hannah. Ils s’étaient placés sur la droite, un peu en retrait, de l’autel en l’honneur de la déesse où la cérémonie allait réellement avoir lieu. Le prince se tenait debout à côté de la reine Lena et en face de son père. Les six prêtres étaient debout devant l’autel, l’un d’entre eux se tenait  en avant et semblait être celui en charge de la cérémonie. Thrista observait chacun d’entre eux tour à tour lorsque l’un d’eux se tourna discrètement vers lui. Le jeune homme reconnu Zani, le Maître Ancien du temple de Sha’ana. Celui-ci lui fit un clin d’œil rapide avant de se tourner de nouveau vers la salle. Thrista repensa aux mots du vieil homme la veille. Evidemment ! Il n’était pas juste l’un des trois Maîtres Anciens du temple mais le Haut Prêtre de Sha’ana…  Thrista sourit à cette pensée. Il ne s’en serait pas douté, le vieil homme ne se comportait pas du tout comme les autres prêtres qu’il avait pu croiser. Il regarda autour de lui et aperçut soudain la jeune femme brune qui s’approchait discrètement de l’autel du côté opposé. Elle l’aperçut mais ne lui fit aucun signe et se tourna simplement vers l’entrée.
« La cérémonie va bientôt commencer je crois, annonça alors Todd en faisant un signe de tête vers la jeune femme qu’il avait également aperçu.
– Oui, la princesse de devrait plus tarder maintenant, acquiesça Thrista. »

Le brouhaha qui s’était installé dans l’immense espace de la salle du temple se dissipa peu à peu pour laisser place au silence. Plus un bruit ne vint perturber ce silence pendant de longues secondes jusqu’à ce que les cloches de la ville sonnent annonçant maxima. Des trompettes se firent alors entendre, le prince se redressa. Tous se levèrent dans la salle et se tournèrent vers l’entrée du temple. Siléna se tenait debout au bras de son père, souriante. Les trompettes raisonnèrent de nouveau et cette fois des cœurs se firent entendre de chaque côtés de chaque côté des immenses colonnes qui bordaient la salle. La princesse et le roi avancèrent lentement le long des rangs, à mesure qu’ils se rapprochaient de l’autel les sujets présents dans la salle saluaient leurs souverains. Ils s’arrêtèrent uniquement une fois arrivé en face du jeune prince. Marco lâcha la main de sa fille avec un sourire et alla se placer à côté de Stanis Junon. Siléna et Thédric se tournèrent alors vers le haut prêtre qui se trouvait en face d’eux. Ce dernier les observa un instant, demandant silencieusement s’ils étaient prêts, ils hochèrent imperceptiblement la tête et il s’avança vers eux un grand livre à la main.
« Mes Seigneurs, mes Dames. Nous sommes aujourd’hui réunis dans la maison d’Esselia pour célébrer l’union de deux jeunes gens. Notre bien aimée héritière, la princesse Siléna Daastan va aujourd’hui épouser l’estimé Thédric Junon, dernier fils de la noble maison des Junons. C’est pour nous tous une grande fierté que de voir ces deux familles s’unir dans notre belle cité et c’est sous l’auspice favorable de la déesse que nous allons célébrer cette union. »

Il ouvrit alors l’imposant tome et commença à réciter une prière en ancien langage. C’était un long éloge à la déesse Esselia, divinité du soleil et bienfaitrice de cette cité qui jadis avait donné aux fondateurs de la cité la larme de lumière. Selon la légende cette larme avait coulé de la joue même de la déesse lorsqu’elle avait assisté impuissante à l’exécution de son fils. Cette larme avait été gardée par Esselia et donnée en signe de bénédiction à l’aube des temps. Perdue pendant un temps elle fut retrouvée par le père des fondateurs de la cité et serait soit disant gardée en lieu sûr depuis ce jour, attendant patiemment le moment de sa libération. Car la légende ajoute qu’elle ne sera libérée que par le cœur le plus bon et le plus courageux lorsque tout semblera perdu et que l’espoir aura quitté ce monde. A mesure que le prêtre récitait ces lignes, les autres les chantaient en cœur et elles étaient reprises en canon par les chœurs sur les côtés. Lorsqu’il arriva enfin à la fin et qu’il se tut seul la respiration des centaines de personnes présentes dans la salle pouvait être entendue. Il fit alors signe au prêtre qui se trouvait le plus à droite, ce dernier approcha avec le brûleur à encens. Le premier prêtre posa le livre sur l’autel et le second se plaça devant les futurs mariés. Il entama un chant tout en balançant lentement le brûleur de droite à gauche, il fit alors le tour du couple par la droite puis par la gauche et revint se placer devant eux. Le premier prêtre s’approcha de nouveau.
« Jurez vous de vous de rester fidèle à la promesse sacrée jusqu’à la fin, Thédric Junon fils de Stanis Junon ?, demanda-t-il alors en regardant le jeune homme dans les yeux.
– Oui, je le jure, répondit le jeune homme d’une voix assurée après un instant de silence. Thrista fut surpris par la voix grave du jeune homme lorsqu’il répondit. Le prêtre hocha simplement la tête et se tourna vers Siléna.
– Et vous, Siléna Daastan, fille de Marco Daastan et de Lena Daastan, jurez vous de rester fidèle à la promesse sacrée jusqu’à la fin ?
– Oui, je le jure, répondit la jeune femme quasi-immédiatement. »

Le premier prêtre hocha de nouveau la tête. Thrista aurait juré qu’à ce moment la pièce s’était éclaircie. Le prêtre au brûleur se retira et reprit sa place. Un troisième prêtre s’approcha alors avec un calice en bronze rempli d’un mélange d’eau et d’huile. Le premier fit signe au roi et à la reine ainsi qu’au seigneur Junon de s’approcher.
« Que la bénédiction de vos aînés et de leurs ancêtres scelle cette promesse, ajouta-t-il alors. »

Chacun leur tour le roi, la reine et Stanis Junon tempèrent leur pouce dans le calice et marquèrent la princesse et le futur prince. Puis, les prenant par la tête, ils les embrassèrent sur le front en signe de bénédiction. Le troisième prêtre se retira alors également, laissant cette fois-ci la place à Zani. Ce dernier s’avança avec une longue bande de tissus blanc. Il prit les mains des jeunes gens et tendit celle du prince en avant, paume vers le bas puis, posant celle de la princesse par-dessus, il les enroula délicatement dans le tissus. Il se recula ensuite légèrement avant de parler d’une voix forte pour que tous entendent.
« Cette étoffe symbolise le lien unique et sacré qui vous unit à présent devant les dieux. C’est un lien fragile et précieux, il sera de votre devoir de le préserver et de le renforcer pour le faire devenir indestructible et éternel. »

Zani s’inclina alors respectueusement devant les futurs mariés avant de reprendre sa place sa place. Ce fût enfin au tour des deux derniers prêtres de s’avancer, ils portaient tous deux le lourd coffre en bois d’ébène recouvert de feuilles d’or. Ils le posèrent devant le couple et se reculèrent à l’instar de Zani quelques secondes plus tôt. Le haut prêtre en charge de la cérémonie s’avança vers le coffre et l’ouvrit. Il en sortit une première couronne en ivoire qu’il déposa délicatement sur un coussin bleu marine que lui présentait l’un des deux prêtres porteurs du coffre. Il sortit ensuite une seconde couronne qu’il déposa sur un second coussin tenu par le second prêtre. Refermant le coffre il s’approcha du prince et de la princesse. Il se tourna vers la couronne au saphir et la prit entre quatre doigts, il la déposa délicatement sur la tête de la jeune femme blonde. Il fit de même avec la seconde couronne pour le jeune homme brun.
« Vous êtes les héritiers de la volonté d’Esselia. Vous devrez vivre par ses principes et faire en sorte que chaque âme de ce royaume puisse en faire de même, telle est votre mission en tant que souverains. Il marqua une courte pause pendant laquelle il observa l’audience. A présent, de part les pouvoirs qui me sont conférés par le conseil des six hauts prêtres, et selon la volonté des dieux : dans le sanctuaire sacré qu’est la maison d’Esselia, je vous proclame mari et femme !, acheva-t-il en plaçant sa main au dessus de celles des deux jeunes gens. »

Pendant plusieurs longues secondes il ne se passa rien. Puis une lumière aveuglante envahit le temple, illuminant chaque recoin, faisant entièrement disparaître l’ombre du monde l’espace d’un instant. Lorsqu’elle se dissipa le tissus avait disparu et aux doigts des héritiers on pouvait apercevoir deux bagues d’or, d’argent et de bronze forgés ensembles. Thrista observa ces dernières un moment. De là ou il se trouvait il ne pouvait pas voir tous les détails mais il devinait une excellente finition, une union parfaite de ces trois métaux en un seul anneau. Il aperçut brièvement Hannah en train de ranger sa dague et de se redresser lorsque le blond lui donna un coup de coude pour attirer son attention.
« Je ne sais pas ce qu’il s’est passé mais en tout cas Hannah était prête à agir…, soupira ce dernier en chuchotant. »

Le prêtre alors les mains des mariés dans les siennes et les leva de nouveau bien haut.
« La déesse à béni cette union sacrée. Vive les héritiers, vive les mariés !, s’exclama-t-il. »

Toute l’assistance reprit alors ces mots en cœur en se levant et en applaudissant joyeusement. Les nouveaux mariés et leurs parents se dirigèrent lentement vers l’extérieur du temple, suivis de près par Hannah, Thrista et Todd ainsi que les prêtres et toutes les personnes venues assister à la cérémonie. Lorsqu’ils furent enfin à l’extérieur Siléna et Thédric saluèrent le peuple de la cité qui attendait impatiemment la fin de la cérémonie. Celui-ci n’attendait que cela pour démarrer les festivités et c’est dans une explosion de cris, de sifflements de joie et de nuages de couleur que la célébration du mariage débuta.

—–

Des musiciens, des danseurs, des jongleurs, des cracheurs de feu, des funambules et une myriade d’autres artistes paradaient dans les rues aux côtés des chars que les habitants avaient passé les semaines précédentes à construire, produisant ainsi un festival de son, de couleurs et d’odeurs. Chacun chantait ou dansait, courrait ou riait en voyant passer le défilé en l’honneur des mariés. De gigantesques chevaux, oiseaux, lions et dragons avançaient lentement le long de rues de la ville en crachant des flammes ou battant des ailes. Tous se rejoignaient ensuite sur la grande place et en faisaient le tour en passant devant le jeune couple royal avant de disparaître à nouveau dans les rues de la ville. Du ciel la ville ressemblait à présent à une fourmilière géante qui se serait réveillée de son hibernation. La cérémonie du mariage en elle-même n’avait pas duré plus d’une heure et demi mais à présent venait la grande parade. C’était un rituel et une tradition pour tout mariage royal dans la cité portuaire, la ville organisait un immense défilé de chars et les souverains se devaient d’y participer. Le roi Marco et la reine Lena, accompagnés du seigneur Junon avaient déjà embarqué sur le leur, c’était un char en forme de grand étalon noir. Mais tout le monde attendait impatiemment que le jeune couple donne le départ de la parade en embarquant sur leur char. Lorsqu’un hippogriffe de bois géant coloré de rouge et d’or apparu sur la place la jeune femme blonde se leva et avec l’aide du prince elle embarqua dessus suivie de près par sa garde du corps et de Thrista et Todd. Le couple s’installa sur les deux trônes sur la tête de l’animal, saluant le peuple d’Eneleïa alors que le char démarrait, tandis que Thrista et les deux gardes du corps se tenaient debout un peu en retrait. L’hippogriffe fut accueilli par de nombreux cris de joie lorsqu’il arriva à l’entrée est de la place, Siléna et Thédric se levèrent et saluèrent la foule à mesure qu’ils s’enfonçaient sur la grande avenue. L’étalon noir venait ensuite avec à son bord les deux souverains souriant, puis venait un lion, un gigantesque goéland, un éléphant, un renard et un dragon. Sur chacun d’entre eux se trouvaient des gens, que ce soient des nobles de la cour, de riche marchands ou de simple citoyens de la ville, tous participaient à ce défilé et suivaient les deux chars royaux. En se retournant Thrista pu apercevoir deux des capitaines des vaisseaux Galaediens sur le goéland, il cru aussi reconnaître la femme rousse en grande discussion avec le propriétaire de l’immense renard qui n’était autre que le ministre Horace Vilnius.
Le défilé s’étendait sur plusieurs kilomètres, des dizaines de chars s’étaient à présent joints à celui de la princesse et de son époux à mesure qu’ils parcouraient les rues de la ville. Certains étaient tirés par des bêtes, d’autres poussés par des gens, certains mêmes avançaient grâce à de la magie. Thrista pouvait ressentir la puissance qui émanait du bois et qui l’animait en se concentrant un peu. La file immense parcourait ainsi toutes les grandes avenues de la ville pour annoncer au peuple la bonne nouvelle et marquer le début officiel des festivités qui allaient durer quasiment trois jours. Les chars passèrent successivement par les quartiers est, là où étaient regroupés de nombreux marchands, par les quartiers nord, où se trouvaient les casernes militaires et deux des trois hôpitaux de la ville. Puis enfin par le quartier ouest, quartier d’habitations, où Thrista pu apercevoir l’auberge de Carmen, avant de rejoindre les quartiers en passant par les immenses docks du port alors que le soleil commençait à disparaître à l’horizon. Lorsque l’hippogriffe géant revint enfin à son point de départ le soleil avait déjà à moitié disparu et le ciel s’était assombri, l’après midi était terminé. Le couple descendit et partit en direction du palais après avoir salué la foule une dernière fois, accompagné du roi et de la reine, pour finir les préparations du repas et du bal organisés le soir même. Le seigneur Junon lui repartit de son côté pour régler une affaire urgente d’après ce que Thrista pu comprendre en le voyant s’excuser auprès du couple royal. Il descendit du char avec Todd et Hannah à la suite de Siléna et du prince Thédric et les suivit jusqu’au palais avant de s’excuser à son tour. Le jeune homme ne souhaitais pas attendre au palais l’ouverture du banquet et préféra plutôt aller se promener sur les quais du port en attendant la tombée de la nuit. Il fut rejoint par le jeune homme blond qui avait laissé le soin de protéger la princesse à sa partenaire.
« Je n’en peux plus d’être confiné à devoir suivre la princesse en permanence, non pas que je ne l’apprécie pas, elle est très sympathique, mais le métier de garde du corps n’est pas fait pour moi…, expliqua-t-il à Thrista lorsque celui-ci s’étonna de voir le blond le suivre. Il est temps que ça soit fini, deux semaines c’est bien suffisant à mon goût… »

Todd soupira ce qui fit rire Thrista.
« Je te comprends, je ne pourrais pas faire ça je pense, je tiens trop à ma liberté…, commenta le jeune homme brun alors qu’ils marchaient le long de l’un des docks de chargement des marchandises en partance pour les autres continents.
– J’ai été fou d’accepter ça…, ajouta Todd. »

Les deux jeunes hommes saluèrent alors des marins qui passaient dans le sens opposé au leur.

« Mais bon, il faut bien se nourrir…
– Dis-toi que c’est bientôt fini, le taquina Thrista avec un sourire moqueur. »

Le blond eut un petit soupir amusé mais ne répondit pas à la provocation. Ils passèrent non loin des vaisseaux de la Trinité qui étaient stationnés dans une partie réservée et inaccessible au public du port et remontèrent en direction du palais par une route parallèle à la grande avenue sud. Les étoiles étaient déjà bien visibles dans le ciel, la constellation d’Ystos était étonnamment claire pour une journée de printemps remarqua le jeune homme brun. Elle n’apparaissait en général que lors des plus douces nuits d’été.
« Que comptes-tu faire ensuite ?, demanda soudain Todd alors qu’ils passaient devant le dernier entrepôt marquant la fin de la zone portuaire et le début du vrai quartier sud de la ville.
– Après ce soir ?, demanda Thrista. »

Le blond hocha la tête en signe d’approbation.

« Eh bien je ne sais pas trop encore, je ne compte pas rester très longtemps, deux ou trois jours tout au plus, le temps des festivités, ensuite je pense repartir, voyager vers l’ouest ou le sud, c’est à voir. J’ai encore beaucoup d’endroits à découvrir et de mages à rencontrer pour m’entraîner avant le tournoi, répondit-il. »

Todd hocha de nouveau la tête, l’air pensif.
« Cela fait longtemps que tu voyages ?, demanda-t-il. »

Thrista regarda le ciel un instant avant de répondre.
« Oui, pratiquement deux ans maintenant, répondit-il sans quitter le ciel des yeux. »

Il n’avait plus pensé à Asselia et à la ferme depuis un long moment. Soudain l’image de son père le jour où il était parti lui revint, il l’avait laissé partir sans même un regard derrière lui. Ces souvenirs en rappelaient d’autres plus ancien encore et plus douloureux aussi, des souvenirs qu’il aurait préféré oublier mais qu’il ne pouvait se résoudre à laisser tomber dans l’oubli. Le jeune homme ne put se départir d’une certaine mélancolie durant tout le trajet depuis le port jusqu’au palais, et si le blond remarqua quoi que ce soit il ne posa pas de question, au grand soulagement de Thrista. Il appréciait Todd mais ne se sentait pas du tout apte à répondre à des questions trop personnelles. Ils marchèrent ainsi, discutant de leurs projets, des grandes nouvelles qui circulaient dans le royaume et qui venaient de toute l’alliance. Lorsqu’ils atteignirent enfin le palais ils comparaient les caractères similaires de la princesse et de Hannah à coups de petites moqueries et d’anecdotes dont-ils gardaient tous deux de mauvais souvenirs. Ils montèrent les marches du palais et à mesure qu’ils se rapprochaient de la grande salle ils pouvaient entendre la clameur et le son de la musique qui émanaient de l’intérieur.


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Ombre & Plumes – 12 – Essayage royal

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D’ombre et de plumes

12

Essayage royal


Alors qu’il arrivait près de la jeune femme blonde et de l’homme aux cheveux blanc Thrista salua discrètement Todd et Hannah de la tête. Cette dernière lui lança un bref regard mais Thrista décela la noirceur qui s’y cachait encore. Il ne l’aurait pas avoué si on lui avait posé la question mais il réalisait qu’il prenait un certain plaisir à énerver la jeune femme brune. Il n’y avait aucune raison particulière à cela sinon qu’il trouvait cela étrangement satisfaisant de tester les limites de sa patience. Il s’arrêta à quelques pas de la princesse, sur la gauche de l’homme et attendit qu’elle le salue avant de la saluer à son tour. Siléna et son interlocuteur se retournèrent tous deux vers Thrista presque immédiatement.

« Ah Thrista ! Je suis contente de te voir !, s’exclama la princesse, gratifiant le jeune homme d’un léger hochement de tête auquel ce dernier répondit en s’inclinant.

– Moi de même chère princesse, répondit le jeune homme.

– Je ne crois pas que tu connaisse messire De Guidre, il est capitaine de l’un des trois vaisseaux de l’armada Galadéenne. »

L’homme aux cheveux blanc s’inclina alors à son tour et tendit une main que Thrista serra.

« Messire De Guidre, j’ai l’honneur de vous présenter Thrista Daener. C’est l’un de mes plus ancien et fidèle ami. Il est aussi le fils d’Ellias Daener, l’un des plus illustres gardiens du royaume. »

Thrista sourit légèrement, il était reconnaissant envers la princesse de le présenter ainsi. Il n’aimait pas se vanter de ses origines mais dès qu’il donnait son nom on voulait savoir s’il avait un lien de parenté avec « le grand » Ellias Daener. Cela avait eu pour effet de le décourager de se présenter complètement, il préférait en général ne donner que son nom, surtout aux militaires car ceux-ci ressortaient alors des tréfonds de leur mémoire tous les détails qu’ils connaissaient de la vie de son père. La princesse avait su comment s’y prendre, le présenter comme son ami avant d’annoncer sa parenté avec Ellias Daener permettait d’atténuer grandement le nombre de questions, recentrant la conversation sur l’amitié du jeune homme et de Siléna plutôt que sur son lien de parenté avec son père. Au grand soulagement de Thrista le vieil homme sourit simplement à la mention de son père et ne posa pas de question.

« Ah oui ! Je le connaissais peu mais, bien que cela ne fasse pas toujours plaisir à entendre, je vois la ressemblance. Vous avez une présence très similaire, remarqua De Guidre ce qui fit sourire les deux jeunes gens.

– Oui, je m’entends souvent dire que je lui ressemble. Cela ne me déplait pas mais il est vrai que ce n’est pas toujours réjouissant. Et vous maître De Guidre êtes donc l’un des capitaines de la flotte de Galaeda ?

– Tout à fait, je suis le capitaine de l’Archéniss, le meilleur des trois vaisseaux de l’armada !, répondit l’homme aux cheveux blanc en rigolant.

– Je ne crois pas que le capitaine du Leïkan soit du même avis, rétorqua Thrista un sourire aux lèvres. »

Le vieil homme eut un petit sourire à cette remarque.

« Non, en effet, acquiesça-t-il. Vous avez donc pu rencontrer Irina ?

– Non, je n’ai pas eu l’honneur de la rencontrer directement, mais j’ai eu la chance de croiser son second lors de la traversée et d’après ce qu’il m’a dit j’en ai déduis qu’elle est très fière de son vaisseau.

– Ah, ce cher Jacob, il à la vie dure le pauvre ! Oui, Irina Evinsky est la première femme à être devenue capitaine de l’un des trois bateaux de la flotte, elle en est très fière. Mais elle a aussi de quoi, c’est une très bonne capitaine et navigatrice !, expliqua le capitaine de l’Archéniss souriant toujours.

– La première seulement ?, s’étonna Siléna. Aucune autre femme n’y était parvenue avant elle ? »

De Guidre se tourna vers la princesse.

– Non, malheureusement aucune avant elle n’avait réussi à obtenir ce poste. Mais le capitaine Evinsky a du caractère et elle a passé toutes les épreuves qui se dressaient devant elle avec brio. Elle fait une très bonne addition à notre flotte.

– Evidemment, une femme apporte toujours du positif !, avança Siléna avec ferveur. »

Le vieil homme rit de bon cœur et approuva la jeune princesse.

« Tout fait chère princesse, ou du moins sa présence nous empêche de dire le contraire, répondit-il avec un clin d’œil. »

Ce fut au tour de Thrista et de la princesse de sourire à cette remarque.

« Attention à ce que vous dites messire De Guidre, l’une d’entre elles pourrait vous entendre…, le mit en garde Siléna. »

Le capitaine rit à nouveau avant de s’excuser.

« Veuillez m’excuser à présent mais, malgré tout le plaisir que j’ai a discuter avec vous chère princesse, le devoir m’appelle et je me dois de retourner à mon navire pour surveiller l’avancement des préparatifs. Je vous souhaite tout le bonheur du monde, à votre famille et au peuple de cette magnifique cité. A une prochaine fois peut-être. »

Il s’inclina devant la princesse puis devant Thrista.

« Et vous jeune homme bonne chance, même si le chemin n’est pas de tout repos il faut continuer à aller de l’avant. Passez le bonjour à votre père de ma part lorsque vous le verrez. »

La princesse le salua de la tête et le jeune homme s’inclina légèrement à son tour avant que le vieux capitaine ne fasse demi tour et se retire.

« Au revoir messire De Guidre, au plaisir de vous revoir !, s’exclama Siléna alors que l’homme s’éloignait. Elle se tourna ensuite vers Thrista. Tu n’imagine même pas le nombre de personnes ennuyeuses que j’ai dû saluer et auxquelles j’ai dû sourire et faire des courbettes ce matin…, soupira-t-elle.

– Tu n’avais pas l’air de t’ennuyer avec le capitaine De Guidre pourtant, la taquina Thrista. Mais heureusement que j’arrive alors, ajouta-t-il avec un sourire narquois.

– Ne te crois pas aussi intéressant que cela cher ami, tu vas prendre la grosse tête ! Mais je dois dire que ça fait du bien, la salle du trône était pleine à craquer au lever du jour. Je vais enfin pouvoir prendre une pause, la première de toute la matinée, et me reposer. Viens avec moi, marchons un peu, ajouta-t-elle avant d’entraîner Thrista à l’écart dans l’un des couloirs secondaires. »

Elle fit signe à ses deux gardes du corps avant de disparaître.

« Je leur indique qu’on sort, Père a menacé de me m’interdire toute sortie du château pour les dix prochaines années si je sortais encore sans être accompagnée avant le mariage…, expliqua la jeune femme devant le regard interrogateur de son ami. »

Ce dernier sourit à cette remarque en imaginant très bien le roi essayant de raisonner sa fille et devant en venir à des menaces pour se faire écouter.

« Je vois, dit-il simplement. Et où allons nous alors ?

– Me préparer pour mon mariage évidemment !, s’exclama la jeune femme. Mon futur époux est sûrement déjà en train de se préparer, il est temps que moi aussi je m’y mette. J’ai quelques derniers essayages à faire pour ma tenue.

-Très bien, je te suis alors, acquiesça Thrista. Mais, d’ailleurs, pourquoi n’était-il pas là ce matin, ton cher futur mari ?

– Mon cher Thrista, après tout ce temps passé à courir dans les couloirs du palais n’as-tu rien appris des traditions de Tébor ? Aujourd’hui est un hommage à l’héritière du royaume en honneur de son mariage, c’est-à-dire à moi. C’est seulement demain soir, après la cérémonie, que les hommages en l’honneur des mariés auront lieux. Et je vais encore devoir faire des courbettes à de nombreux hypocrites… Siléna soupira. Au moins je serais avec Thédric, ça devrait faciliter ces longues heures. Peut-être que je m’amuserais même un peu, qui sait ?, ajouta-t-elle avec ironie.

– C’est ton mariage Siléna, essaye d’en profiter, ça n’arrive qu’une seule fois. Enfin ça dépend pour qui…, dit Thrista. Et si ton prince est aussi charmant que cela il saura quoi faire. Sinon, je suis désolé de te le dire, mais c’est un imbécile…

– Eh !, s’exclama la princesse en donnant un coup de coude au jeune homme qui se mit à rire.

– Excusez-moi princesse…, répondit Thrista en s’inclinant jusqu’au niveau du sol. Cette réflexion était tout à fait inappropriée de ma part et j’en suis désolé. Mais c’est tellement drôle de te voir défendre ton âme sœur avec autant de passion !, ajouta-t-il avant de s’écarter précipitamment en riant lorsque que la jeune femme tenta de lui asséner un second coup.

– C’est ça ! Cours parce que si je t’attrape… !, alors que le jeune homme s’éloignait en parcourant le couloir à grandes enjambées.

– Si je puis me permettre, ce n’est pas digne d’une princesse de se comporter ainsi en public !, s’écria le brun alors qu’il disparaissait dans la cours intérieure du palais. »

Celle-ci était construite sur le modèle d’un cloître mais de taille bien plus grande et était ornées d’arbres, de statues et d’une fontaine en son centre, sur le même principe que les jardins. Le jeune homme avait juste eu le temps de voir le regard amusé de Todd, qui les suivait en retrait accompagné de son binôme, avant de se retrouver à l’extérieur. Lorsqu’il vit enfin arriver la princesse et ses deux gardes du corps il était assis sur le rebord de la fontaine et admirait la statue d’un des premiers rois de Tébor accompagné d’un oiseau de proie. La jeune femme blonde était rouge et lui lança un regard meurtrier qui signifiait sûrement « Tu ne paie rien pour attendre ! », mais qu’il préféra interpréter comme « On ne s’assoit pas sur le rebord de la fontaine ! ». Il se leva donc et alla rejoindre Siléna qui se dirigeait déjà vers l’autre côté de la cours.

« J’ai comme l’impression que j’ai provoqué le courroux de sa majesté…, chuchota Thrista au blond avec un sourire complice alors que celui-ci arrivait à son niveau. Pourtant je ne vois pas ce que j’ai bien pu faire… »

Celui-ci lui répondit par un haussement d’épaules et un petit sourire amusé avant de lui emboîter le pas à la suite de la princesse. Thrista croisa brièvement le regard plus sombre et désapprobateur d’Hannah à l’intention du blond et de lui-même et ne put s’empêcher de sourire, ce à quoi cette dernière soupira et détourna le regard. Le jeune homme rattrapa la princesse et marcha en silence à ses côté pendant un moment le long des immenses couloirs du palais avant de reprendre la conversation.

« Où allons-nous alors ?, demanda-t-il enfin en évitant de nouveau un coup de coude de la jeune femme. Mais je n’ai rien dit cette fois !, s’exclama-t-il.

– Mesures préventives, répondit simplement la blonde avec un sourire sarcastique. »

Elle s’arrêta devant une grande double porte pour répondre au jeune homme avant de les ouvrir d’un mouvement sec.

« Et pour ton information, nous allons dans les ateliers du palais, je dois aller me changer. Je te rappelle, au cas où tu l’aurais déjà oublié, cher ami, qu’aujourd’hui est le dernier jour de préparatifs avant mon mariage… »

Ils entrèrent dans une large salle où une dizaine de femmes s’affairaient autour de nombreux tissus et étoffes. Des coffrets de bijoux occupaient chaque centimètre carré restant des trois tables disposées dans la pièce. Seule une ou deux d’entre elles se retournèrent à l’entrée de la princesse et la saluèrent avant de se focaliser sur les étoffes à nouveau, ce qui ne sembla pas déranger cette dernière et ce qui n’étonna pas Thrista. Depuis le temps qu’elles la côtoyaient, les couturières avaient dû s’habituer à ses exigences familières en matière d’interactions, de gré ou de force.

« En parlant de mariage…, le jeune homme fouilla dans sa sacoche et en sortit une boite en bois rectangulaire, j’ai oublié de te donner ça tout à l’heure. »

La jeune femme le regarda un instant, la curiosité pouvant se lire dans son regard, puis pris la boite et la posa sur une petite table basse qui était dépourvue de tout objet.

« Merci, dit-elle avec un sourire avant de se diriger vers l’une des femmes se trouvant dans le fond de la pièce. Je le mets ton cadeau de côté, je l’ouvrirai plus tard si cela ne te dérange pas. On dit qu’il n’est pas bon de trop vouloir se précipiter dans ce genre d’événements. »

Elle lui tira la langue puis se tourna vers une femme âgée habillée d’une tunique pourpre.

« Madame Angelis, on m’a dit que vous aviez besoin de ma présence. Dites moi où vous en êtes. »

La femme se retourna et salua la princesse avant de la conduire vers l’une des trois tables se trouvant derrière elles.

« Mes hommages princesse. Votre robe est prête, il ne vous reste plus qu’à la porter pour que nous puissions faires les derniers ajustements nécessaires. »

Elle désigna une large pièce d’étoffe blanche et bleu marine reposant au centre de la table.

« Bien, allons-y alors, je préfèrerais que cela soit terminé au plus vite… Je n’aime pas les essayages…, répondit la princesse avant de se diriger vers un grand rideau beige dressé au centre de la pièce.

« Ma dame, ne voulez vous pas faire sortir ces jeunes gens d’abord ?, demanda la femme en désignant Thrista, Todd et Hannah.

– Non, ce sont mes gardes du corps personnels et un ami d’enfance, ils peuvent rester s’il ils le désirent. Je leur fais confiance pour qu’ils se tiennent correctement.

– Bien Ma Dame, elle s’inclina puis se tourna vers les autres femmes. Bien, nous avons peu de temps alors mettons nous au travail !, s’exclama-t-elle en frappant dans ses mains. »

Chacune des femmes présente connaissait son rôle parfaitement, pas une n’hésita avant de se mettre au travail, choisissant les étoffes et les bijoux nécessaires avant de disparaître derrière le rideau. Hannah alla se poster près de la porte d’entrée, s’appuyant contre le mur. Todd lui alla s’asseoir sur l’un des bancs en bordure de la pièce et Thrista vint le rejoindre. On pouvait entendre les courtières s’affairer derrière le rideau, la voix de la femme âgée donnant des ordres, prodiguant des conseils et s’informant des préférences de la jeune femme pour sa tenue.

« On dirait qu’elle me fait la tête, elle n’a même pas regardé mon cadeau plus de quelques secondes avant de le mettre de côté, dit-il après s’être assis sur la gauche du jeune homme blond. »

Celui-ci sourit à nouveau à cette réflexion.

« C’est le moins que l’on puisse dire. Mais cela ne devrait pas durer, elle à bien d’autre choses à penser en ce moment qu’une simple querelle avec un ami… Et puis, si je peux me permetre, au vu de son attitude depuis hier, je ne pense pas qu’elle t’en veuille beaucoup, elle te fais marcher.

– Je n’en suis pas si sûr, soupira Thrista. Même dans les pires situations elle sait se rappeler des choses les plus insignifiantes. Elle saura me le faire payer en temps voulu.

– Espérons que le futur prince saura la raisonner et tempérer son caractère…

– Il est vrai qu’elle a beaucoup changé depuis la dernière fois que je l’ai vue mais ça m’étonnerait… Enfin bon, je survivrai. Il faut juste que je trouve un moyen de me faire pardonner. »

Thrista lança un regard en direction du rideau, se rappelant les quatre cent coups que lui et la princesse avaient fait plusieurs années plus tôt, avant de reprendre la parole.

« D’après ce que j’ai cru comprendre ce Thédric Junon à l’air d’avoir un caractère plus calme et réfléchi que la princesse. Je n’ai pas grand espoir que cela la fasse changer radicalement mais qui sait… Peut-être qu’elle en oubliera mon affront de ce matin…, dit-il avec un petit rire amusé. En tout cas, Siléna à l’air de beaucoup l’apprécier. C’est plutôt bon signe.

– Vous vous connaissez depuis combien de temps ? Si je puis me permettre, demanda Todd.

– Je l’ai rencontrée pour la première fois alors que j’avais à peine sept ans. Mon père a été chargé de plusieurs missions pour le roi au cours des années et, lorsqu’il était parti en voyage, je séjournais ici, au palais. Ça a pris quelques temps mais nous sommes devenu de bons amis Siléna et moi. C’était elle la plus casse cou de nous deux, toujours à vouloir aller plus loin et elle refusait d’écouter qui que ce soit excepté elle-même. Cela fit sourire Todd. Elle est restée très indépendante très longtemps, toujours à s’éclipser du château et à mener la vie dure à ce pauvre Oscius. Même depuis tout à l’heure, depuis que je l’ai vue discuter avec Messire De Guidre, je ne peux m’empêcher de le remarquer. C’est subtil mais le changement est bien là. Bien sûr elle ne se laissera jamais dompter, la preuve avec son escapade d’hier qui, vu votre réaction, ne devait pas être tout à fait prévue ni organisée, mais j’ai l’impression qu’elle mesure plus le poids de ses actions. Je me demande si ça à un lien avec sa rencontre avec le futur prince…, ajouta Thrista, pensif.

– C’est possible, acquiesça Todd.Heureusement que j’ai l’habitude de faire avec les personnes têtues, chuchota-t-il en faisant un signe imperceptible de la tête vers sa coéquipière.

Le brun se contenta, pour toute réponse, d’afficher un sourire amusé hochant la tête. Todd et lui se mirent à rire silencieusement. Ils attirèrent les regards noirs de la Dame Angelis, par derrière le rideau, et d’Hannah, dont ils sentirent le froid dans leur dos.

« Et vous, comment en êtes vous arrivé à être gardes du corps de Siléna ?, demanda alors Thrista.

– Hannah et moi voyageons ensemble depuis un certain temps déjà. Pour découvrir le monde et nous entraîner à l’art de l’empirium. »

Thrista acquiesça.

« Oui, c’est bien ce que je pensais. J’ai senti son énergie magique quand Hannah m’a surpris dans les jardins du palais, dit-il.

– Oui. Excuse là pour ça, elle à tendance à prendre ses missions trop au sérieux…, répondit le blond en souriant l’air gêné.

– Aucun problème, elle ne faisait que ce qui lui était demandé. Thrista écarta l’incident d’un geste de la main. Et vous voyagez dans toute l’alliance ?, demanda-t-il.

«  Oui, nous parcourons l’Alliance à la recherche d’autres mages pour s’entraîner et de temps en temps nous offrons nos services en échange d’argent ou de nourriture.  Nous sommes arrivés en ville il y a trois semaines et nous avons appris que le roi cherchait des gardes du corps pour la princesse. Il a été convaincu lorsqu’on lui à montré ce qu’on pouvait faire.

– Il pensait sûrement qu’avec vous et vos capacités la princesse serait plus en sécurité.

– Sûrement oui. Nous sommes censé la protéger jusqu’à la fin de la semaine, après le mariage. Ensuite, eh bien, nous partirons sûrement vers le sud. Il y a quelqu’un à qui je dois aller rendre visite là bas.

– Et vous allez participer au prochain Tournoi ? Thrista vit Todd froncer imperceptiblement les sourcils à la mention du Tournoi des Sages mais ne releva pas.

– Je ne sais pas encore, commença le jeune homme blond. Hannah aimerait bien y aller, moi aussi, mais de là à y participer rien n’est décidé. Et puis, avec toi comme adversaire, ce ne sera pas simple…, ajouta-t-il alors que son sourire revint. »

Le brun sourit également à cette remarque.

« Oh je n’en suis pas encore là !, s’exclama-t-il. J’ai encore beaucoup de choses à apprendre. Mais j’espère vous y croiser tous les deux si j’y arrive moi-même. »

Todd hocha la tête.

« Alors je vais y réfléchir, répondit-il. »

Les deux jeunes hommes discutèrent pendant l’heure qui suivit, partageant leurs expériences de voyages et leurs impressions de la princesse. Thrista remarqua que la jeune femme blonde et la dénommée Hannah se ressemblaient sur plusieurs points. D’ailleurs, elle n’avait pas bougé depuis tout ce temps, remarqua-t-il en jetant un coup d’œil vers la jeune femme brune. Elle était toujours adossée au mur dans la même position, les yeux fermés. Quelqu’un de non initié à la magie aurait pu penser qu’elle se reposait ou même dormait mais Thrista remarqua qu’elle méditait, son esprit était replié sur lui-même et elle semblait ne pas être dérangée par les bruits provenant de la préparation de la princesse. Ni le bruit des outils de couture, ni les réflexions des femmes ou les jurons de la princesse ne semblaient la déconcentrer. Au bout de trois quarts d’heure de discussion vieille femme émergea enfin de derrière le rideau. Elle se dirigea vers Thrista et Todd et ces derniers relevèrent la tête.

« Je suis désolée messires, mais cette fois je vais devoir vous demander de bien vouloir sortir. La princesse doit essayer sa nouvelle robe et, comme le veut la tradition, personne autre que nous ne doit la voir avant la cérémonie. »

Todd se leva et se dirigea vers sa coéquipière mais Thrista s’adressa à la princesse.

« Es-tu sûre ?

– Certaine !, lui répondit la voix de la princesse depuis l’autre côté du rideau. »

Il sourit, sachant pertinemment que la princesse ne les congédiait que pour en finir avec les préparatifs, il s’inclina alors vers femme âgée.

« Dans ce cas Dame Angelis je me retire. Merci de nous avoir autorisés à rester. » Ce à quoi la femme le salua de la tête avant de se retourner et de se diriger vers le rideau. Il s’adressa ensuite de nouveau à la princesse avant de se diriger vers la sortie.

« A tout de suite votre altesse. »

Thrista rejoint Todd et Hannah au niveau de la porte et fit signe au jeune homme de le suivre.

« Ne vous inquiétez pas, tout va bien. Il ne faut pas contredire les ordres de la princesse.

– La tradition veut qu’aucun homme ne voie la princesse avant le début de la cérémonie. Je ne suis pas un homme, je reste au cas où, déclara la jeune femme brune.

– Hannah !, commença Todd, mais Thrista intervint avant qu’il ne puisse contredire sa coéquipière.

– Non, c’est bon. Elle peut rester si elle le souhaite. Après tout il est vrai que la tradition n’impose pas aux femmes se retirer. »

Todd regarda Hannah pendant un cours instant, le regard de cette dernière ne vacilla pas, puis levant les mains en signe de défaite il soupira.

« Bien, alors allons y. »

Ils se dirigèrent donc tous deux de nouveau vers la cours intérieure après avoir refermé les doubles portes derrière eux.

« Je n’y crois pas !, s’exclama le blond une fois qu’ils furent arrivés au niveau de la fontaine. Elle n’en fait qu’à sa tête…  C’est vrai que notre mission est de protéger la princesse mais quand même, elle prend tout trop au sérieux je trouve… »

Thrista sourit à ces mots.

« Ne t’inquiète pas, tant qu’elle ne ralentit pas la bonne marche de l’essayage en organisant une fouille de dernière minute, ce qui lui vaudrait les foudres de la princesse, tout devrait bien se passer.

– Elle en est bien capable malheureusement…, s’esclaffa le blond. »

Ils marchèrent alors dans les allées du petit jardin intérieur, profitant de la fraîcheur de l’ombre que projetaient les arbres et discutant de leurs différents projets pour la suite. Ils aperçurent parfois quelques servants et gardes qui s’affairaient aux préparatifs mais dans l’ensemble cette partie du palais était calme. Tout le personnel devait déjà être à son poste en train de veiller à ce que tout se passe bien bien lendemain. Une autre heure s’était écoulée lorsqu’ils virent enfin la princesse, suivie de près par Hannah, ressortir de l’atelier en soupirant bruyamment.

« Je sature ! Il est vraiment temps que la cérémonie commence ! Plus vite ce sera passé, mieux ce sera…, s’exclama-t la blonde en les rejoignant. »

Thrista ne put s’empêcher de pouffer légèrement de rire, ce qui eut pour effet de lui valoir un autre regard noir de la part de celle-ci.


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Le Masbaha rouge

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Le Masbaha rouge

Un brouhaha quelque peu étouffé régnait dans le grand salon au boiseries finement vernies. Une foule d’une quarantaine de personnes attendait, patiemment assise sur des fauteuils installés spécialement pour l’occasion, que le propriétaire des lieux, également maître de cérémonie ce soir là, arrive et leur fasse part de son annonce tant attendue. Ils étaient venus de tout Paris, et même de province pour certains, afin d’assister à la révélation qui depuis deux ou trois semaines faisait frémir leurs coeurs passionnés d’exotique et d’étrange.

Cela faisait à présent presque une heure qu’ils attendaient pour les plus ponctuels, et une bonne demi heure pour les retardataires. La tension et l’impatience commençaient à se faire sentir dans les murmures agacés qui se propageaient sur le bois. Pour ceux qui connaissaient déjà la pièce dans laquelle ils se trouvaient, il n’y avait pas de doute : l’immense drap rouge, tendu devant le mur en face d’eux dissimulait quelque secret dont Louis Braguelonne, l’aventurier de légende, découvreur d’objets rares et uniques, allait leur faire la présentation sous peu. Les plus téméraires avaient bien sûr pensé à jeter subrepticement un regard derrière cette dernière mais deux hommes de taille et d’uniforme imposants les en avaient dissuadés d’un simple regard. Ils s’étaient donc contentés d’observer en silence la surprenante beauté des lieux dans lesquels ils se trouvaient ainsi que la qualité des gravures dans le bois des murs ou bien de faire survivre leur conversation avec la femme au cheveux gris qui ne pouvait s’empêcher de leur faire part de son excitation à l’idée de revoir le grand Louis Braguelonne.

Cette dernière était assise au côté de l’un de ces téméraires. Celui-ci avait les cheveux plutôt courts, blonds et bouclés, et observait la pièce de son regard brun, doux mais perçant, tout en l’écoutant d’une oreille distraite se vanter d’avoir pu rencontrer le Lord Braguelonne personnellement à plusieurs reprises et d’étaler son émerveillement pour la personne qu’il était. Il tendit cependant une oreille plus attentive lorsque la femme dont la voix chaude et presque sensuelle ne semblait pas avoir vieillit à la même vitesse qu’elle, commença à débattre de la présence du joli drapé d’un rouge foncé fort appréciable à l’oeil.

– Voyez-vous, je ne peux m’empêcher de me demander ce que cette tenture – car je crois, au vu des motifs répétitifs qui y semblent brodés, que l’on peut appeler cela une tenture – je me demande donc, disais-je à l’instant, plus que ce que cette tenture peut bien dissimuler, d’où elle peut bien provenir elle-même ? Car plus je l’observe et plus il me semble qu’elle est de grande qualité. Il me faudra demander à Braguelonne sa provenance lorsqu’il nous aura dévoilé son mystérieux “Masbaha” car j’en souhaite bien une pareil pour mon salon…, ajouta-t-elle avec un petit soupir en rabaissant ses lunettes de vue.

Le jeune homme ne répondit pas mais jeta un oeil rapide au drapé qui tombait depuis le plafond jusqu’au sol et prenait toute la largeur de la pièce, empêchant l’oeil de se glisser derrière lui. Il lui sembla, en effet, que le tissus de ce dernier n’était pas tout à fait aussi désuet et inintéressant qu’il avait pu le penser au premier abord. Il parvenait, en se concentrant suffisamment, à apercevoir d’élégantes formes et des motifs détaillés brodés en relief à sa surface. Ne s’y connaissant pas suffisamment pour évaluer le matériau simplement du regard, il ne savait dire quel genre de tissus avait été utilisé mais pariait sur du velour ou un tissus raffiné de ce genre. La couleur presque pourpre de ce dernier semblait également ressortir plus vivement maintenant qu’il y prêtait attention. A son arrivée son regard avait bien évidemment été attiré par ce grand drap rouge mais son coeur et son esprit s’étaient immédiatement transportés dans l’espace qu’il imaginait derrière celui-ci et vers le mystérieux objet, le fameux Masbaha rouge, cet objet mystérieux dont on ne savait presque rien sinon que Braguelonne le disait extraordinairement exotique et étrange et qu’il l’avait apparemment ramené de son dernier périple en Afrique.

Alors que son attention se détournait encore vers le sujet de cette soirée organisée par l’explorateur, un homme se leva du rang derrière lui et s’éclaircit la gorge bruyamment, attirant les regards vers lui. Attendant à peine que le silence fut tombé et que tous les spectateurs se soient concentrés sur sa personne, il retira le haut de forme qu’il portait, la veste en tweed et, à la surprise générale, son épaisse moustache et la barbe qui l’accompagnait, non moins épaisse. La femme à côté du jeune homme, qui s’était retournée avec quelque réticence poussa un petit cri et devint toute rouge, elle détourna le regard et cacha avec précipitation sa bouche ouverte en un grand O de sa main. Ce petit cri fut suivit d’un murmure de surprise dans l’assemblée et l’on put reconnaître les syllabes du nom de leur hôte prononcées dans un ordre décousu de-ci de-là. L’homme qui affichait un grand sourire prit alors la parole.

– Mesdames et messieurs, merci d’être venu ici ce soir. Pour ceux qui me connaissent, nul besoin de m’introduire mais pour ceux qui ne me connaîtraient pas encore, mon nom est Louis Braguelonne, pour vous servir. Il fit une petite révérence, laissant le temps à son auditoire de digérer l’information, avant de reprendre la parole. Veuillez m’excuser pour ce petit tour que je viens de vous jouer en me dissimulant auprès de vous sous une autre identité mais tout cela fait partie de la façon dont je souhaitais organiser la présentation. Il me fallait obtenir les réponses à certaines questions et il ne m’était pas d’autre moyen que de le faire ainsi, je vous l’assure.

Il s’inclina à nouveau, en signe d’excuse cette fois, puis se dirigea d’un pas assuré vers l’avant des sièges et s’arrêta lorsqu’il arriva devant le rideau pourpre, se tournant alors vers le public, toujours en souriant. Il étendit les bras de chaque côté et passa son regard sur ses spectateurs.

– Bienvenue, donc, à cette soirée où j’ai promis de vous faire part de l’une des plus étonnantes découvertes que j’ai pu faire au cours de mon voyage. Je vous ai promis quelque chose d’étonnant et de mystérieux, et bien me voici donc en train de tenir promesse. Il fit une pause. Vous avez tous, je l’imagine, entendu prononcer le nom de Masbaha avant ce soir, c’est même ce qui vous a poussé à venir si je puis me permettre de deviner, n’est-ce pas ? Eh bien, mesdames et messieurs, laissez moi donc vous présenter ce qu’est que ce Masbaha rouge dont vous entendez tant parler !

Il claqua des doigts et on apporta un tableau avec une carte de l’Afrique aux couleurs variées et étincelantes que l’on plaça derrière Braguelonne. Ce furent les deux hommes qui se tenaient de chaque côté de la tenture qui s’en chargèrent, à la surprise de presque toute l’assemblée qui ne les avait pas vu bouger d’un pouce de toute la soirée.

– Cette carte, mes chers amis, commença Louis Braguelonne en se décalant légèrement sur le côté pour que l’on puisse voir ladite carte, est l’une de celles que j’ai faites faire chez Marionnaud, un collègue à moi qui s’est depuis plusieurs années déjà reconverti dans la fabrication de cartes, et cela avec brio ! Selon mes indications précises, donc, il a fait confectionner cet ouvrage qui détaille les côtes mais aussi l’intérieur de ce grand et mystérieux pays qu’est l’Afrique. Voyez donc maintenant, avec mon assistance, le trajet que j’ai effectué au cours de ma dernière expédition. Ne vous inquiétez pas, votre patience ne sera pas requise bien longtemps encore et en sera fort récompensée, je vous l’assure !

Il entreprit alors, à l’aide d’un bâton qu’on était allé lui chercher, de décrire son trajet depuis Alger jusqu’à Khartoum, depuis Khartoum jusqu’à Kinshasa, depuis Kinshasa jusqu’à Maputo et depuis Maputo jusqu’au Cap, le tout par voie terrestre, à pieds ou à dos d’éléphant ou de chameau, et marine en suivant les rivières, à travers déserts, savanes et forêts vierges et, le plus souvent au péril de sa vie. Lorsqu’il parvint au terme de son trajet en Afrique du Sud, Braguelonne avait entièrement captivé les coeurs de son auditoire. Il continua son récit.

– Au terme de ce voyage, je rentrais ici, à Paris, comme vous le savez tous. Mais ce n’est pas de cela que vous voulez entendre parler il me semble, alors laissez moi plutôt vous conter mon escale à Kinshasa, ou plutôt sur l’île de M’Bamou, car c’est là, mesdames et messieurs que je rencontrai l’homme qui me fit cadeau de ce fameux objet que l’on appelle le Masbaha rouge et que je vais vous dévoiler ce soir. Il fit une pause pour s’assurer de l’effet de sa déclaration sur son auditoire avant d’enchaîner, visiblement satisfait. Dès mon arrivée à Kinshaha j’entendis prononcer la première fois, auprès de mon hôte, un marchand de pierres précieuses, le nom de Masbaha rouge. Je dis prononcer pour la première fois car j’avais, quelques mois auparavant, lu ce même nom dans l’un des livres de Sir Pierce, l’un des grands explorateurs du continent Africain de notre histoire, qui étaient passé par là bien avant moi. C’est d’ailleurs précisément ce qui m’avait amené à décider de passer par Kinshasa à mon départ : en apprendre plus sur ce mystérieux nom que Pierce décrivait comme le plus grand mystère de son séjour à Kinshasa. Qu’était-ce que ce Masbaha rouge ? Un bijoux ? Une épice ? Un animal ? Pourquoi autant de mystère autour d’une telle chose ? Je n’en savais rien mais j’étais bien déterminé à éclaircir ce mystère…. Il me fallut trois semaines et de nombreuses connexions pour trouver la trace de ce mystérieux nom. Les habitants eux-mêmes ne semblaient pas en savoir plus que moi à ce sujet. ce n’est peut-être que par chance que je croisais un jour la route d’un vieux chaman qui avait, de son maître, entendu parler de cet objet. Il croyait se rappeler en savoir la localisation, dans un petit village sur l’île de M’Bamou, située au nord de la ville sur le fleuve Congo. Je lui demandais des précisions mais il ne sut m’en dire plus quant à la nature de ce mystérieux objet. Car c’était un objet, comme j’avais pu le déduire lors de ces trois semaines. Le Masbaha rouge n’était pas, ou en tout cas n’était plus, un être vivant. Je me rendis donc sur l’île de M’Bamou et demandait aux habitants ce qu’ils savaient de l’objet de ma quête mais les versions divergeaient à chaque fois. Pierce lui, voyait d’abord une épice avant, comme moi, de réaliser que son existence ne pouvait qu’être extrêmement rare ou unique puisque l’on en connaissait l’existence sans pour autant en voir un grand nombre. Certains indigènes y voyaient un joyaux précieux, d’autres un sort recelant le pouvoirs de leurs ancêtres, d’autres encore une relique des temps passés, mais toutes ces réponses se révélaient soit incertaines soit complètement aléatoires. Une seule me marqua par la précision des détails et la certitude dans sa formulation, ce fut celle d’une jeune femme, fille du défunt médecin du village. Marqué par ce court échange je lui demandais des détails et elle m’avoua, après lui avoir assuré de la bienveillance de mes intentions, qu’elle pourrait me montrer ce fameux Masbaha rouge si j’acceptais de l’en débarrasser. Elle m’emmena alors chez elle, une grande habitation plusieurs fois centenaire, construite dans du bois précieux et qu’elle gardait malgré sa taille bien trop grande pour elle en l’honneur de son père. Elle m’introduit dans le grand salon où j’aperçus cette tenture qui se trouve derrière moi et qui cachait une partie de la pièce. Elle me fit alors l’histoire de la descendance de ses ancêtres et de la passation de ce mystérieux objet – que je vous passe pour le moment mais dont je vous ferait part plus tard si vous le souhaitez – avant de me faire la révélation de la vraie nature du Masbaha rouge. J’en fus frappé et ne pus la croire d’abord, mais une fois l’assurance de la véracité de ses paroles obtenue et un regard plus approfondi sur l’objet de ma quête je fus entièrement convaincu… Je vais à présent moi aussi vous révéler la vraie nature du Masbaha rouge mais, juste avant cela – ne vous inquiétez pas ce ne sera pas long -, laissez moi vous poser une simple question, la même qu’elle me posa alors…

Braguelonne fit une nouvelle pause et passa son regard sur chacun des membres de l’audience, celle-ci était pendue à ses lèvres et n’attendait qu’une chose : la libération de la révélation. Il prit une inspiration avant de continuer.

– Mes chers amis, que pensez-vous de cette tenture d’un magnifique rouge pourpre qui se trouve derrière moi ?, demanda-t-il avec un petit sourire aux lèvres.


Une nouvelle écrite dans le cadre d’un cours d’écriture créative.

Je n’en suis pas totalement satisfait, elle mériterait d’être quelque peu étoffée.

À retravailler.

EoP – Part 122


Echoes of Power

Part 122


“So you mean to tell me that you spent the week-end exercising and meditating?”, Bryan asked in disbelief.

“Yeah, just as I said. I went running both Saturday and Sunday morning, around the hills to the south near the park.”, Alexandre said with a proud smirk.

“Nah, even after asking you a third time I don’t believe you… I mean, meditating, why not… But you, running and exercising on a resting day? No way!”

Alexandre almost laughed. If only his best friend knew all of it, he would probably freak out. Or perhaps not, considering… But he couldn’t very well tell him any of it, or ask him directly about his… condition, could he? No, that would be crazy. He would seem crazy. What if he had been hallucinating it all? Then he would really seem crazy, even to himself. And if he hadn’t well he’d still surely seem stupid, and that was inconceivable! Plus Damian had told him to keep his mouth shut about their arrangement. He’d had problems telling what was real and what wasn’t recently, which was completely understandable considering the strange ‘powers’ he had discovered, the monsters that had attacked him and the deep wounds that had just vanished under the shower…

“I swear to you my friend. I even got someone to give me a few pointers.”, Alexandre added, explaining his encounter with Damian but leaving out the important details.

No, if he was crazy he didn’t want to know it. Not yet anyways, he was finally living something interesting. Wait… Talking about vanishing wounds… He looked at his best friend’s face and noticed the thin pink line under his eye which was still there. That seemed to be the only trace left of his injuries after his violent practice session of the other day. His face was not bruised at all and his arm was not in a cast anymore. When had it disappeared by the way? Alexandre couldn’t tell, he had been so focused on other things that he hadn’t paid attention… Perhaps he was really a werewolf after all, and perhaps all of this was indeed real… Oh god, I’m going crazy!

“Hmm?”, he asked as he noticed Bryan had gone silent.

“Damn it, you weren’t paying attention again, were you? I was telling you I started training again this week-end. Softly, not to get hurt again, but I’m back in there!”, Bryan said as if reading his best friend’s mind.

“Oh! Nice! I was just thinking about the fact I hadn’t seen your cast the last few days! So, not too rusty I hope?”, he taunted Bryan with a smirk.

They had been sitting on a bench near the library since the morning classes had ended. It had been almost four days since they had been able to spend time together, the week-end had been really full for both of them and then the last few days had seemed to pass in the same way. Somehow their classes had been packed so tightly together and full of content that they hadn’t had a minute to breathe and each of them had things to do during pauses or after school, rendering their talking time almost nonexistent until that afternoon which, strangely, was almost completely void of any class.

Bryan had asked the question that he burned to know the answer to first: what about the date? To which Alexandre had happily provided details for almost a full hour, recounting how the evening had gone well and how he found Chloe amazing, which was very true, she was fun to be around and incredibly cute! Then, after ‘fangirling’ over that as he called it, they had moved on to other subjects, mainly filling the other in on what they had done up until that point. Alexandre noticed the rest of their group of friends heading in their direction and was about reply to their loud greetings when he spotted an unfamiliar redhead in the distance.


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EoP – Part 121


Echoes of Power

Part 121


Back. And forth. One way and then the other, slowly and gracefully. The blade of grass danced in rhythm with the beats of his heart, slowly swaying from left to right and the from right to left. He could see it as clear as day. His eyes were closed, the sounds around him had all faded into the distance and he could barely feel the soft breeze or the warm sunrays on his face. His concentration was solely directed at his inner self, his thoughts and his feelings were focused on a single image: a lone blade of grass. It was a strange sensation that Alexandre had never quite experienced before. He knew he hadn’t moved from his spot on the grass but it felt like he was somehow floating around, he could still feel his whole body but it felt weightless.

In any other circumstance it would have felt completely to him to say this but at that precise moment it was as if he was one with the grass: floating around lightly and without a care in the world. It wasn’t as easy as he had thought to keep focusing his mind on a single object but somehow he managed to drive away any distraction that came his way for a period of time that felt like hours. He couldn’t say how long it had been however, perhaps even just a few minutes, and therefore he did not dare break his focus in fear of being reprimanded by Damian. The teenager suddenly noticed something peculiar however: as the blade of grass kept undulating it seemed to begin to glow slightly. It was almost unnoticeable, a sort of thin halo running along the border of the plant, however Alexandre couldn’t tell if it was the way he imagined the light around it or if it came from the blade of grass itself.

Just as he was beginning to focus on that strange vision, it disappeared. The teenager felt like he was suddenly pulled backwards, he was falling! He gasped and opened his eyes with a start. He had tried to yell but it had come out as a sharp gasp. His heart was beating loudly as he looked around and he felt beads of sweat roll on his face and arms. The sky was still as blue and as clear as before, the wind blew lightly on the hillside. The only thing that was different was the sun which had risen higher in the sky. Alexandre somehow deduced he had remained in his state of meditation (or whatever that had been) for a bit more than two full hours! As he calmed down his heart, his eyes darted all around, looking for the silhouette of the older man but, after a few seconds and having looked everywhere, the teenager realised that his teacher was gone. He must’ve left while I was deep in the meditation exercise.

“Without even a goodbye or anything…”, he groaned as he stood up.

Alexandre started stretching, taking that time to think about what he should be doing. If he left, does that mean it’s over for today or should I wait for him to come back? The young man was pondering the best option, carefully weighing the possible consequences to the next decision he would make, when he felt his phone vibrate in his pocket. ‘Next week, same place, same time.’ That was all the message said, short and to the point. Even the number was hidden, but Alexandre didn’t doubt for a second that it was coming from Damian.

“Well then…”, he sighed after a few minutes of stretching his stiff limbs.

He ran off towards the city at a slow pace, preferring to warm back up a little before picking up the pace.


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The Phone

a short story by Sullivan P. Oopy.

*

handonphone

She jumped with a start as the phone rang again. The piercing beeps echoed in the empty house. A second time, a third time. It kept on ringing, and yet she wasn’t making a move to get up and pick it up. Instead she was rooted to the spot. Fear? Apprehension? Anger? Frustration? All of these feelings boiled inside her. She wanted to scream at the top of her lungs, to let her tears flow freely, to get up and run far away from that place. But she couldn’t. If she did it would only mean surrendering to her most primal feelings, it would also mean surrendering to him. No. That was not acceptable, it was not an option. She had to remain calm and strong. This was nothing. It would soon be over. She closed her eyes and tried her best to drown the sound of the phone out of her mind. One deep breath. Two deep breaths. As she exhaled for the third time she slowly opened her eyes. The ringing had stopped, the room was silent again.

She could feel her heart slowing down slightly, her breathing becoming less ragged. Oh, she wasn’t relaxing yet! No, not yet. This wasn’t over. It never was. Each time it kept ringing again and again for as long as she refused to pick up. It drove her mad. But this time, this time maybe… Maybe she would be stronger. Maybe she would stand up to him and not cower by answering. That was the kind of woman Hope Wien was, strong and independent, reliable and friendly, someone her friends could definitely count on. That came from her mother, Camellia, from the Wien side of the family, the strong side. Of course it was strong, her mother had somehow managed to convince her father to take her name when they had married, a feat that Hope had not seen repeated anywhere else. Wien was a strong name. Originally coming from the european city itself, and pronounced the same way, it had changed to a softer ‘ween’ when she had arrived to America all those years ago. Reluctant to accept this at first, she had slowly got accustomed to it, even getting her brother, who had remained in Austria, to say it that way when he talked to or about her.

Her brother. Thinking about him brought her immediately back to reality and made her shiver. He was the one responsible for all of this. Slowly and methodically torturing her with those calls. Each year, on the same day at exactly 6pm the phone would ring. Wherever she was, whatever she was doing, whether she was at home or only had her cell phone. It would ring without fail. How he got ahold of her, she would never understand, the point was he did. Every time. He would let it ring for as long as it would: once, twice, three times, as many times as it was necessary for her to pick up. Sometimes it lasted a few minutes, sometimes hours. Once she had just thrown her phone into the river out of frustration. However he somehow had managed to call the friend she had been spending the evening with. He never stopped, he was relentless. As if this call and the feelings it brought down on her was the sole purpose of his life on that precise day.

“You psycho!”, she wanted to pick up and yell at him. “Why won’t you leave me alone already?! What have I ever done to you to deserve this?!”

But she couldn’t manage to do it. Never. Because somewhere, deep down, she knew she deserved it. Once upon a time it had been her who had the role of the torturer and him the role of the victim. Oh how she regretted it! How much she wanted to go back and change it, make it up to him. But time only went forward and karma had caught up to her. She was too far away for him to actually come over but the psychological torture he imposed on her each time seemed to be enough to content him. She sighed once more and looked outside, anxiously waiting for the phone to ring again. Rain started pouring heavily over the city, night was dark and cold. She was prepared this time and yet, as the phone rung again, she couldn’t help jumping one more time. She closed her eyes, repressing her emotions deep inside her and inhaled one last time. Two rings. Then, slowly, she got up and walked to the phone. Three rings. She extended a trembling arm towards it. Four rings. Five rings. She quickly grabbed it and picked up.

“Y- yes?”, she said.

Damn it! She cursed inwardly at her trembling voice.

“Who is it?”, she added in a more confident tone, for the form, despite knowing perfectly well who it was and what he wanted.

Her heart had stopped beating as she now waited for the dreadful reply. At first there was silence, no, not silence, she could hear him breathe! But he said nothing. Then there was a slight change in his rhythm. The bastard is smiling, he’s enjoying this! She couldn’t see him but she knew it. Rain started pouring more heavily and the sound it created against the large windows was harrowing. Come on! Come on! Say it! She silently prayed, wanting this to be over. A flash of bright light momentarily lit up the sky. Tears welled up at the corner of her eyes and she was about to say something when, finally, he spoke.

“Hallo… Wien!”, her brother said as thunder roared outside.

*

EoP – Part 120


Echoes of Power

Part 120


Repetition?

Alexandre tried to understand what his master meant with that. Of course he knew the saying that said practice made perfect but how could this apply here? He was barely beginning training this way, how could he use his experience in something he hadn’t even seriously practiced once? Or… Perhaps Damian meant something slightly different? Bits and pieces of old memories flashed in his mind, his mother’s words, things he remembered having heard on television…

“Try counting in your mind,” his mother had once told him, “from zero to a hundred. My trainer gave me this advice when I started yoga. You just count and try to picture the numbers in your mind and you focus on it, you think of nothing but the numbers. Once you’ve reached one hundred you start again. Go on, try.”

She had smiled at him, inviting him to sit back down besides her and to try this exercise. It had been years since Alexandre had thought about these few days in the months where she would be home and try to do some activities with him. He had always been bored by her definition of fun -almost always doing boring things grown ups liked to do, at least that was how he saw it back then- but he still tried to participate to make the most of the time he could spend with her and to please her. He could also remember a few TV shows that she watched at the same time, giving pointers as to how one could relax and try to meditate. It was always the same thing: focus on a point of your body and just try to picture it in your mind.

So, something like a single thought. And then work from there?, he thought, trying to understand what Damian had tried to explain. Counting it is then? No, I always get distracted. His mind worked at full speed, trying to come up with a solution to his master’s request as fast as he could so as not to get reprimanded once more. Then what? What should I focus on? I’m never going to succeed am I…? He was starting to feel desperate, relaxation techniques had never really been his thing, especially when they were close to meditation. Come on, think! I just have to find something to focus on, it shouldn’t be that difficult! He took a deep breath and tried to relax.

The warm wind rustled in the grass. He could hear the birds singing around him and the distant shouts of children playing in the nearby school. Somehow a piece of an answer came to Alexandre. He listed in his mind all of the things that were in his surroundings, trying to form an image of something he could focus on. A tree. The sky. The sun. The birds. The sounds he could hear. But strangely the thing that left the most striking imprint on him was the grass. A single blade of grass. It wasn’t as if he could see it per say but if felt like he could somehow imagine a single blade of grass as it slowly danced in the wind.

He suppressed a proud smile, unwilling to unnerve his teacher, and tried to focus his thoughts on that image, replaying that moment like a short video. He saw it, small and green, dancing back and forth, to one side and then to the other. Flexible yet strong and tough. Somehow, and he couldn’t quite understand why, the blade of grass had taken over his thoughts without much difficulty. This is actually working!, he thought. Which he regretted immediately as he found himself distracted by his surroundings once more. Damn it… he swore before trying to focus back on the grass, hoping Damian had somehow not noticed any of this. The teenager slowly took in a deep breath before trying the exercise his master had imposed.


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EoP – Part 119


Echoes of Power

Part 119


“No.”

Alexandre shivered and corrected his body position for the third time in less than a minute as Damian tried to make him get in an uncomfortable sitting stance. The older man’s voice contained chilling accents and the teenager couldn’t help being affected by them.

“To begin training in the art of Empirium you must first learn the basics and to learn the basics you must first learn how to feel the flow of mana around you. Only when you manage to achieve the minimum requirements I impose on you, will you be able to begin trying to sense the energy circulating all around us. As I said, this training will not be easy.”, Damian said in a flat voice as he circled around the teenager.

The older man was slowly making Alexander correct his posture as he did so.

“Yes master.”, Alexandre replied.

“Quiet. You are not to talk anymore, not until I give you permission to do so again. Listen, learn and apply. That is all I require from you at the moment.”, Damian cut him off almost immediately.

“Now straighten your back, a little bit more… Good. This is the position you will learn to maintain while I teach you this exercise. Is that clear?”, he added as he kept circling his pupil.

“Yes master.”, replied Alexandre after an uncertain silence.

Damian did not speak, simply nodding (which Alexandre managed to guess, even with his eyes closed) and continuing to slowly walk around him. A few minutes passed like this in complete silence. The teenager could feel the warmth of the rays of light hitting his face and the soft wind rustling his hair. He tried his best not to move but he realized this was much harder than he had anticipated, it hadn’t even been ten full minutes (in his estimation) and he already wanted to get up, move his body, stretch his limbs and run around. He had also been able to feel the gaze of the older man fixated on him the whole time despite his lack of words. Finally, as he was feeling his legs getting numb, his teacher spoke.

“Good. Notice how your breathing has become slower and more even, this is proof that you are holding the right position,” Damian said, sounding satisfied, “what I want you to do know is to relax as much as you can, try to empty your mind as much as possible at the same time.”

Alexandre hesitated on whether to react to his master’s words or not, but decided to remain silent and simply do as he said. Moving or talking would mean breaking his position and he was almost sure it wouldn’t be well perceived. He tried relax, though it wasn’t really easy with him natural flexibility (or lack of, to be more accurate), so he quickly focused on emptying his mind. He had already tried a to do a bit of meditation in the past, mostly at the request of his mother and had heard quite a bit about it from her. Sadly he had never managed to completely focus on the task and always ended up distracted. This time was not exception. Each time he tried to focus on nothing in particular, a number of wild thoughts barged to the front of his consciousness. For a few minutes he struggled with it and it must have shown on his face because once more he head his teacher’s voice from his side.

“Stop. I can see you’re not doing this right, you’re going nowhere with this. You mustn’t force yourself to focus on nothing, don’t try to think about a void in your mind, you’ll only drive yourself crazy. That is the worst way to calm down and to clear your thoughts.”, Damian paused and Alexandre heard him walk in a circle around him a few times before continuing. “Exceptionally, and since this is only the beginning, I will give you a chance. Here is a piece of advice, the only one you’ll be receiving from me about this: don’t focus on nothing or on everything, start small. Try focusing on a single thought and work from there. Repetition is the greatest training.”


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