Ombre & Plumes – 16 – Au sud


D’ombre et de plumes

16

Au sud


Thrista se réveilla au bruit des pas dans le couloir, il laissa échapper un soupir et ouvrit lentement les yeux, profitant de la lumière tamisée qui filtrait à travers les rideaux. Le jeune homme resta un instant allongé à observer les gravures des murs et du plafond avant de s’asseoir sur son lit, il s’étira ensuite, laissant échapper un énorme bâillement. Cela faisait longtemps qu’il avait pu passer plusieurs nuits de suite dans un lit confortable, le fait de sûrement devoir bientôt y renoncer à nouveau lui brisait presque le cœur. Il se leva et après avoir ouvert les rideaux, laissant la lumière matinale inonder la pièce, puis il prit le pendentif et son collier sur la table de nuit avant de le mettre autour de son cou. Il eu un léger mouvement de recul lorsque le métal froid toucha sa peau mais celui-ci se réchauffa bien vite. Thrista enfila ensuite un haut blanc et un pantalon en tissus bleu marine avant de mettre ses bottes et de se diriger vers la salle d’eau au bout de l’étage. Après s’être lavé il descendit dans la salle commune pour y prendre un petit déjeuner. Une grande pendule située sur la droite de la pièce indiquait un peu plus du troisième septime de Secondaire. Le jeune homme s’installa à une table non loin de la pendule et prit un menu qui était posé au centre, il chercha des yeux les différents plats proposés et après avoir choisi des œufs brouillés, une salade de fruits et de la charcuterie grillée, il se dirigea vers le comptoir. La jeune employée blonde avec qui Thrista avait discuté quelques jours plus tôt était là, elle servait un jeune couple apparemment arrivé la veille. Elle s’approcha de lui dès qu’elle le vit et le salua avec énergie, salut auquel il répondit par un grand sourire.

« Bonjour Juliette, comment vas tu ?, demanda Thrista.

– Bonjour Thrista, répondit-elle avec un grand sourire. Je vais très bien, je suis encore fatiguée des festivités mais je récupère. Tu voulais quelque chose à manger ?

– Oui, confirma le jeune homme avant de détailler sa commande. »

La jeune femme acquiesça en notant le tout sur un papier, elle se dirigea vers la cuisine pour la communiquer au cuisinier, ou la cuisinière, dépendamment de si Carmen était là. Elle revint avec une miche de pain chaud qu’elle lui offrit avant qu’il ne retourne à sa table.

« De la part de Carmen, en attendant que ta commande soit prête, expliqua-t-elle en souriant.

– Merci, quel honneur ! »

Thrista lui fit un clin d’œil avant de se diriger vers sa table. Les deux derniers jours il avait discuté à plusieurs reprises avec la jeune femme de ses voyages et diverses aventures sur les deux continents, ses récits semblaient la passionner, et ils étaient devenu de bon camarades de discussion, échangeant leurs impressions sur leurs vies respectives. Juliette elle, disait rêver depuis toute petite de voyager, d’aller voir le monde et de pouvoir découvrir ses merveilles et ses mystères. Malheureusement, n’ayant ni les moyens ni le courage de faire seule un tel pas en avant dans sa vie elle était coincée chez Carmen pour le moment.

« Mais un jour, je partirais et je ne reviendrais qu’après avoir tout vu !, s’était elle exclamée avec un grand sourire. »

C’est pour cela qu’en attendant, et au grand dam de sa patronne, elle passait ses journées à questionner les clients sur les lieux d’où ils venaient et qu’ils avaient visité. Thrista eu un sourire en repensant à la scène de la veille où Carmen avait été obligée d’intervenir pour forcer la jeune femme à arrêter de poser des questions et laisser le jeune couple s’installer dans leur chambre. Il entama son pain, encore bien chaud et fumant, alors que son ventre lui rappelait qu’il était venu pour le remplir. Le jeune homme en arrachait des morceaux de petite taille avant de les savourer, la mie fondait presque sous sa langue lorsqu’il les mettait dans sa bouche. Il en était au trois quart lorsque Vladislav, un grand homme brun à la barbe épaisse qui travaillait avec Carmen depuis l’ouverture de l’auberge, vint lui apporter son repas sur un large plateau. Le jeune homme le remercia, ce à quoi l’homme répondit avec un simple hochement de tête avant de faire demi tour et de se diriger à nouveau vers les cuisines. Thrista n’en fut pas étonné ni offusqué, Carmen lui avait appris lors de sa première visite que le silencieux homme à la barbe avait fait il y a bien longtemps vœu de silence et qu’il le respecterait jusqu’à la mort. La raison, il ne la connaissait pas, mais de toute les fois ou il était venu il n’avait jamais entendu sa voix, un large sourire lors de son départ avait été la preuve d’affection la plus flagrante qu’il ai jamais reçu de sa part. Cette indisposition à la discussion posait parfois problème lorsqu’un client venait lui demander conseil, et l’on pouvait alors entendre Carmen s’en plaindre. Mais il restait la plupart du temps en retrait, remplaçant la patronne aux fourneaux ou nettoyant les nombreuses chambres de l’auberge, ce qui évitait que ce genre de soucis se produise trop souvent. L’adolescent commença donc à dévorer ses œufs sans retenue, il n’avait pas mangé depuis tôt la veille et mourrait de faim. Alors qu’il buvait une gorgée du jus de fruits pressé qu’on lui avait également servi il repensa à sa discussion avec Todd deux jours plus tôt, lorsque le blond lui avait proposé de voyager avec Hannah et lui après leurs départ de la cité portuaire. Il avait été surpris par cette soudaine offre de les rejoindre lors de leur périple, agréablement, mais surpris tout de même car, comme il l’avait fait remarquer au blond, sa coéquipière ne l’appréciait pas grandement.

« Mais non ! Elle n’est juste pas très sociable, donne lui un peu de temps et tu verra !, avait rétorqué Todd avec un grand sourire. Et puis je peux te certifier qu’elle fait un peu exprès d’être comme ça, elle dit que ça rend son boulot plus facile, même si je me tue à lui faire comprendre le contraire… »

Thrista avait réfléchit un instant, pesant le pour et le contre, mais il avait finalement assez vite accepté cette offre qu’il trouvait beaucoup plus attrayant que de voyager tout seul. Le blond lui avait donné une grande tape dans le dos avant de sourire à nouveau.

« Génial ! J’espérais vraiment que tu dirais oui, parce que tu n’imagine pas à quel point ça peut être pénible de voyager avec elle quand même quelques fois… S’était-il écrié avant d’ajouter. Je ne sais pas quand tu pensais partir mais nous prévoyions de quitter la cité dans deux ou trois jours.

– Je ne pensais pas rester beaucoup plus longtemps, cela me convient, avait-il répondu avec un léger sourire. Vous pensez partir dans quelle direction ?

– Vers le sud, j’ai un proche à aller voir dans les environs de la cité de Kionne pour lui déposer un paquet, on en profiterait pour aller voir l’archipel d’Eos ensuite, j’ai entendu dire beaucoup de choses à son sujet mais je n’y suis jamais allé.

– Moi non plus, mais c’est un endroit fascinant à ce que j’ai entendu dire…, acquiesça Thrista avec un sourire. »

Il se souvenait y être quasiment allé quelques mois plus tôt après avoir entendu parler de leur magie naturelle puissante, mais il avait finalement été convaincu de repartir vers le nord.

« Vers le sud donc, avait-il ajouté avec un sourire en serrant la main que Todd lui tendait. »

Alors qu’il finissait son plateau le jeune homme ne savait pas encore s’il avait fait lez bon choix. Partir vers le sud avec Todd et Hannah voulait dire retarder son retour à la maison, et la jeune femme allait-elle vraiment être d’accord pour qu’il les accompagne ? Mais d’un autre côté il allait ainsi pouvoir découvrir une partie d’Ore qu’il ne connaissait pas et il allait pouvoir s’entraîner avec deux empiristes qui semblaient autant sinon plus expérimentés que lui. Non, il avait fait le bon choix. La dernière fois je me suis posé les même questions… Pensa-t-il avec un sourire en coin. Et pourtant regarde ou ça m’a mené… Il sortit alors un morceau de papier de l’une de ses poches et un crayon avant de commencer à y inscrire une liste d’objets qu’il souhaitait acheter avant de partir. Il avait quasiment fini sa liste lorsqu’il se retrouva devant une assiette vide. Le jeune homme se leva alors et se dirigea vers le comptoir derrière lequel se trouvait la jeune femme blonde, le nombre de clients avait décru un peu depuis son arrivée et elle avait donc droit à un petit moment de répit dont elle profitait pour lire. Thrista aperçu brièvement le titre lorsqu’elle se leva à son arrivée, Carnets de voyage en terres lointaines par Seris Edel, et cela le fit sourire légèrement. Il avait lui aussi lu ce même ouvrage quelques années plus tôt et bien qu’il fut parsemé de descriptions biaisées des populations, il offrait de très belles et vivides descriptions des paysages du monde. Le fait que la jeune femme le lise n’étonnait aucunement Thrista, cela était tout à fait son style.

« Plutôt un bon choix de lecture, commenta-t-il en arrivant au niveau de Juliette. »

La jeune femme rougit légèrement avant de répondre.

« Oui, je trouve aussi, mais Carmen n’aime pas que je lise ce genre de livres. Elle dit que ce ne sont que des tissus de mensonges et que je ne devrais me fier qu’à moi même pour savoir de quoi le monde est fait, répondit-elle. »

Thrista acquiesça.

« Oui, elle n’a pas tort. Tout ce qui y est raconté n’est pas vrai, mais les descriptions de paysages sont tout à fait correctes et sans pareil à ma connaissance, je peux te le confirmer, répondit-il. sont sans pareil à ma connaissance. »

La jeune femme sourit et jeta un regard sur son livre avant de se souvenir que le brun était un client et de le poser sur le comptoir.

« Tu as fini de manger ?, demanda-t-elle.

– Oui, je suis venu régler ce que je dois à Carmen, je quitte l’auberge demain, mais je ne veux pas qu’elle sache que j’ai payé. Elle m’en voudrait jusqu’à la fin des temps si elle le savait, dit-il en riant légèrement. »

La jeune femme blonde eut un petit sourire en se penchant pour prendre l’énorme livre des registres qui reposait sur la table sur sa droite.

« Je ne pensait pas que tu partirais aussi tôt, commenta-t-elle, son sourire presque triste alors qu’elle feuilletait les énormes pages.  »

Thrista chercha quoi répondre mais avant qu’il ne puisse le faire elle s’exclama.

« Ah, ici ! Quatre nuits et quatre jours, c’est bien ça ?, demanda-t-elle.

– Oui, c’est cela.

– Eh bien cela te fera… six dîmes et trente décimes, dit-elle après avoir pris un instant pour compter. »

Thrista sortit la somme qu’il lui devait de sa poche et la tendit à la jeune femme.

« Je suis content de pouvoir la payer, ce n’est pas parce que je suis un ami de longue date que je devrait être invité à chaque fois, commenta le jeune homme alors qu’il rangeait sa bourse. Je compte sur toi pour ne rien dire Juliette, ajouta-t-il, ce à quoi elle répondit par un hochement de tête entendu.

– Tu pars vraiment demain ?, demanda-t-elle à nouveau en rangeant l’argent qu’il venait de lui donner.

– Mon sac est prêt mais je compte aller faire quelques achats avant mon départ, je ne partirais qu’en fin de matinée. Je vais te manquer ? »

Il avait posé la question avec le sourire mais lorsqu’il vit la mine déconfite de la jeune femme son sourire s’évanouit.

« Je dois avouer que oui…, répondit Juliette. Tu es l’une des rares personnes avec qui j’ai pu discuter autant depuis mon arrivée ici. »

Elle soupira légèrement avant de relever la tête. Le jeune homme se força à sourire de nouveau, ce qui la poussa à en faire autant et elle afficha un petit sourire, alors qu’il ouvrait la bouche.

« Je reviendrai tu sais, et je te raconterai ce que j’ai vu. Mais si tu cherches vraiment quelqu’un qui a voyagé pour parler je connais peut-être la bonne personne. »

Le visage de la jeune femme s’éclaira vraiment cette fois-ci.

« C’est vrai ?!, s’exclama-t-elle.

– Oui, répliqua Thrista. Je lui parlerai de toi dès que je le croiserai, je suis sur qu’il serait enchanté de discuter avec toi. »

La jeune femme afficha cette fois ci un sourire sincèrement joyeux.

« Oh merci ! Merci, merci ! Ce serait génial !, s’exclama-t-elle à nouveau. »

Thrista ne put empêcher un petit rire lorsqu’il vit la patronne arriver derrière la jeune femme et la regarder d’un air surpris alors qu’elle le remerciait. Carmen ne fit pas de commentaire mais en passant mais sa seule présence calma la blonde, qui du se retenir de parler fort.

« Merci, c’est vraiment gentil de ta part !, chuchota-t-elle ensuite, lorsque Carmen se fut suffisamment éloignée.

– De rien, répondit le brun. Bon, ce n’est pas tout mais j’ai des achats à faire, bonne journée Juliette, ajouta-t-il avant de faire demi-tour et de se diriger vers la sortie.

– A la prochaine !, répondit la jeune femme avant de s’asseoir à nouveau et de se replonger dans son livre. »

Lorsque Thrista franchit le seuil et arriva dans la rue il fut ébloui un instant. Le soleil, qui brillait dans le ciel depuis plusieurs jours déjà ne semblait pas vouloir faiblir, n’était pas encore à au paroxysme de sa course mais il répandait déjà une écrasante chaleur sur la ville. Le jeune homme enfila une cape légère avec une capuche qu’il avait dans sa besace et se dirigea vers les quartiers nord de la ville, sachant que c’est là qu’il trouverait les prix les moins chers pour les provisions et les divers objets qu’il souhaitait acheter.

La lumière du jour commençait à décliner alors que Thrista retourna enfin en direction de l’auberge, il avait réussi à obtenir la majorité de ce qu’il recherchait. Des provisions, une gourde plus grande que celle qu’il possédait déjà pour de l’eau, des tranches de viande séchées, des biscuits et des galettes de farine à longue conservation, des herbes et du sel pour cuire la viande, quelques légumes et fruits ne s’abîmant pas trop facilement et des graines séchées et grillées au soleil pour manger sur la route. Ce dernier élément n’était pas indispensable mais le jeune homme appréciait en avoir sur lui pour de petits creux qui n’imposaient pas de s’arrêter. Il avait également trouvé de nouveaux habits pour remplacer les anciens lorsqu’ils seraient trop abîmés, de nouveaux gants, une dague (qu’il gardait pour le moment dans sa besace par précaution) et une ceinture pour la fixer, du papier et quelques crayons au cas où et un petit coffre fort en forme de tube qui lui permettrait de garder son argent en limitant les risques. Il devrait encore placer quelques sorts de protection sur ces sacs et ses vêtements pour limiter leur détérioration trop rapide, mais une fois cela fait il serait fin prêt. La seule chose qu’il n’avait pu trouver était une aiguille de plomb suffisamment fine pour pouvoir réparer sa boussole cassée quelques semaines plus tôt. Jusqu’à présent tous les orfèvres qu’il était allé rencontrer lui avaient répondu la même chose : il n’était pas possible pour eux de reproduire un tel ouvrage de précision, il lui faudrait chercher ailleurs. Une seule personne avait réussi à la réparer mais leurs chemins avaient divergé peu avant qu’il ne la brise à nouveau. Il faudra que je lui en reparle la prochaine fois, ou que je retourne à la maison bientôt, pensa-t-il. Thrista se souvenait du jour où son père la lui avait offert, elle semblait tout droit sortie d’un rêve, les quatre aiguilles bougeaient avec grâce et aisance sur le cadran ovale.

« Elle te permettra de connaître sa position peu importe où tu te trouvera, lui avait dit Ellias avec un sourire en voyant le jeune garçon s’émerveiller devant l’outil. Mais fais y bien attention, si une seule de ses aiguilles se brise, elle ne fonctionnera plus correctement et tu ne trouveras que très peu de travailleurs du métal qui sachent les réparer, crois moi ! »

Le jeune Thrista avait alors acquiescé avec un grand sourire et avait serré son père dans ses bras avant de partir en courant dans le jardin pour l’essayer. Thrista sourit alors que le souvenir lui revenait. La ferme lui manquait, son père aussi, mais il ne pouvait pas revenir pour le moment, il n’était pas encore au bout de sa route.

Le jeune homme arriva devant l’auberge à la nuit quasiment tombée, il commanda une bonne ration du potage qu’avait préparé Carmen pour ce soir là et après s’être rassasié et avoir discuté longuement avec Juliette de ses potentielles futurs endroits à visiter, il se retira et se coucha, sombrant quasiment immédiatement dans un sommeil profond.

Lorsqu’il se réveilla le lendemain, Thrista réalisa qu’il avait oublié d’enlever son collier, le pendentif en forme de papillon pendait toujours autours de son cou. Il se leva quasiment immédiatement, sentant monter l’adrénaline et l’excitation à l’idée de repartir. Il enfila une chemise de tissus légère et un pantalon un peu plus large que d’habitude et comportant plusieurs poches qu’il trouvait pratique pour y ranger des petit objets qu’il souhaitait garder près de lui. Le jeune homme prépara ensuite son sac, rangeant soigneusement ses affaires en plusieurs tas dans sa besace. Il allait sortir pour se débarbouiller lorsqu’on toqua à la porte.

« Entrez !, s’exclama-t-il en enfilant ses chaussures.

Ce fut Carmen qui ouvrit la porte, une petite pile de vêtements à la main.

« Bonjour Thrista, je t’apporte les vêtements que tu m’avais demandé de laver, expliqua la patronne de l’auberge en lui tendant la pile de tissus.

– Ah oui !, répliqua le jeune homme avec un sourire. Merci beaucoup Carmen !, s’exclama-t-il en les posant sur son lit pour les ranger ensuite.

– Alors comme ça tu repars aujourd’hui ?, demanda-t-elle.

– Oui, je dois retrouver des amis près du palais en fin de matinée et nous partons ensuite vers le sud, répondit l’adolescent. »

Carmen acquiesça.

« Je vois. Eh bien dans ce cas je te souhaite bon voyage jeune homme, car je dois partir dans quelques minutes pour les quartiers portuaires et je ne reviendrai pas avant ce soir, dit-elle en s’approchant de Thrista. »

Le jeune homme se tourna vers elle et l’invita dans une embrassade chaleureuse.

« Merci Carmen, très bonne saison à toi alors, répondit-il, car je ne pense pas que je serai de retour de si tôt à Eneleïa.

– Je m’en doute bien, trop de lieux à voir et de mages contre qui se mesurer. Elle sourit en le lâchant enfin. Je suis heureuse d’avoir pu te revoir, donne de mes nouvelles à Ellias quand tu le verras !, dit la bonne femme en se retournant et en se dirigeant vers la porte. Lui non plus je ne l’ai pas vu depuis bien longtemps. Bonne route Thrista, et que les dieux te gardent, ajouta-t-elle avant de la saluer une dernière fois et de refermer la porte.

– Merci Carmen, que Cina te voie, répondit le jeune homme avec un sourire alors qu’elle disparaissait dans l’embrasure de la porte. »

Il resta là un instant, à fixer la porte fermée, avant de se rappeler ce qu’il était en train de faire. Il prit la pile de vêtements que Carmen venait de lui déposer et allait les ranger dans son sac quand quelque chose en glissa et tomba sur le sol. Il plaça la pile dans sa sacoche avant de se baisser pour regarder ce qui était tombé. C’était une petite figurine de soldat en bois sculpté. Dès qu’il aperçut le petit piquier avec sa longue lance Thrista ne put s’empêcher de sourire. Le souvenir du moment, plusieurs années plus tôt, où Vladislas la lui avait offerte pour son anniversaire lui revint. Il l’avait surnommée Vlad, en son honneur, et l’avait emmené partout avec lui jusqu’au moment ou il l’avait malencontreusement perdue quelques jours avant son départ. Il avait beau eu chercher partout dans l’auberge, au palais, il n’avait jamais réussi à remettre la main dessus. Thrista ne savait pas comment Carmen l’avait retrouvé, si même c’était bien le Vlad d’il y a plusieurs années, mais il lui en était reconnaissant, il lui rappelait de nombreux souvenirs. Le jeune homme rangea avec précaution la figurine quelque peu grossière dans son sac avant de se diriger vers la salle de bain pour se laver. Il en ressortit une dizaine de minutes plus tard, se sentant rafraîchi, et descendit ensuite prendre son dernier petit déjeuner dans la ville d’Eneleïa. Il discuta un peu avec Juliette et croisa même Vladislav, en profitant pour lui dire au revoir, ce à quoi l’homme de grande taille avait répondu par un hochement de tête silencieux, avant de remonter dans sa chambre et d’y récupérer ses affaires. Il était à peine la demi passé du quatrième septime de Secondaire lorsqu’il salua pour la dernière fois la jeune femme, lui promettant de revenir la voir, avant de se diriger enfin vers le palais pour y rejoindre Hannah et Todd.

– – –

« Alors, prêt à partir ?, demanda le blond en saluant Thrista alors que celui-ci venait d’arriver dans la cours arrière du palais. »

Le blond portait une tunique blanche ainsi qu’un long manteau bleu clair et d’un pantalon noir, il avait un large sac de toile et de cuir sur les épaules mais semblait ne même pas en sentir le poids.

« Fin prêt !, s’exclama le jeune homme avant de regarder autour de lui, n’apercevant Hannah nulle part. Hannah n’est pas encore là ?

– Non, répondit Todd. Elle faisait ses au revoir à la princesse et au roi, elle ne devrait plus tarder maintenant. »

Et en effet, à peine avait-il prononcé ces mots que l’une des doubles portes menant vers la grande cours s’ouvrirent et Hannah en sortit, vêtue d’une d’un haut marron léger mais à manches longues et un pantalon en cuir foncé, le tout recouvert d’une longue cape légère marron avec une capuche pouvant être rabattue en cas de besoin. Elle suivie de prêt par la princesse et son mari. Thrista eut un petit sourire, la présence de la princesse pour leur départ ne l’étonnait pas le moins du monde, Siléna détestait après tout les au revoir trop formels.

« Bonjour Hannah, salua le jeune homme brun, ce à quoi la brune répondit par un bref hochement de tête. Vos majestés, ajouta-t-il en saluant de la tête Siléna et Thédric à leur tour.

– Bonjour Thrista, Todd, répondit la blonde avec un sourire. Je voulais vous voir avant que vous ne partiez. Malheureusement mon père et ma mère ne peuvent vous souhaiter bon voyage en personne, bien qu’ils m’aient demandé de vous le fairede leur part. Je tenais à vous remercier profondément tous les deux, dit-elle en s’adressant à Todd et Hannah. Pour le travail efficace que vous avez effectué et pour m’avoir sauvé la vie. Je ne tenais pas à ce que votre départ se fasse sans que je puisse vous exprimer ma gratitude personnellement. »

Elle s’approcha alors de la brune qui se tenait debout à sa droite et la prit dans ses bras. Thrista pu voir Hannah se raidir à ce contact inattendu, mais la princesse, si elle s’en était rendu compte, n’en dit rien. Elle se tourna ensuite vers Todd et en fit de même. Le prince, lui, leur tendit simplement sa main en les remerciant, ce qui parut plaire à la jeune femme brune davantage.

« Merci encore une fois, et veuillez m’excuser pour mon attitude peu facile à supporter ces derniers jours. Je vous souhaite bon voyage et j’espère que les dieux veilleront sur vous aussi bien que vous l’avez fait sur moi, déclara-t-elle avec un sourire. »

Elle resta silencieuse un instant avant de se tourner vers Thrista.

« Alors comme ça tu comptais partir sans me dire au revoir ?, demanda-t-elle, le regard noir. »

Thrista ne put s’empêcher de se gratter le crâne nerveusement.

« Disons que je me doutais que tu serai ici…, répondit-il.

– Mouais…, commenta la princesse d’un air non convaincu, laissant tomber tout semblant de tenue. Je laisse passer pour cette fois car tu as contribué à me sauver la vie, mais sache que je n’apprécie pas du tout Thrista, ajouta-t-elle en secouant la tête, l’air désapprobateur, se retenant difficilement de sourire.

– Le jour ou tu respecteras le statut de noble qui te revient, je tiendrais compte des conventions…, répliqua le jeune homme avec un sourire avant de répondre à l’embrassade de la princesse. »

Lorsqu’elle le lâcha enfin elle avait un air mélancolique.

« Tu as vraiment grandi Thrista, ça m’a fait vraiment plaisir de te voir. J’espère qu’on en aura à nouveau l’occasion bientôt.

– Cela m’a fait grand plaisir à moi aussi Siléna, je tâcherai de revenir dès que possible. En attendant fais attention à toi, il se passe des choses étranges en ce moment, dit-il. »

La princesse eut un rire avant de répondre à son tour.

« Oui, mais maintenant j’ai un garde du corps à vie à présent alors ne t’inquiète pas. »

Elle faisait signe de la tête vers Thédric qui ne put s’empêcher de sourire. Ce dernier s’approcha alors pour saluer l’adolescent.

« Malgré mon assurance qu’elle est très bien capable de se défendre toute seule je veillerai sur elle, ne t’inquiète pas, commenta-t-il avec un sourire. Je vous souhaite bon voyage à tous les trois et que les dieux veillent sur vous, leur dit-il en serrant la main de Thrista. »

Todd et Hannah s’inclinèrent alors, bientôt suivi de Thrista, puis ils saluèrent les héritiers du royaume avant de se tourner vers les grandes portes en bois. Todd ouvrit la bouche pour signifier le départ mais il fut interrompu par la princesse qui poussa soudain une exclamation.

« Oh ! Thrista ! J’allais presque oublier !, s’écria-t-elle en s’approchant du brun. Zani m’a demandé de te donner ceci, dit-elle simplement en lui tendant un objet enroulé dans une petite poche en cuir. »

Thrista leva la tête, curieux.

« Qu’est-ce ?, demanda-t-il.

– Il ne m’a pas dit, juste qu’il n’en avait plus besoin mais que toi tu y trouverais peut-être une utilité, expliqua Siléna. Il a aussi dit qu’il fallait se concentrer un peu pour le faire fonctionner mais que tu ne devrais pas avoir trop de mal à y arriver. »

Thrista regarda le paquet un instant avant de l’ouvrir. Il contenait une petite sphère métallique de couleur argenté recouverte de fines gravures. Il l’observa un instant sans pouvoir déterminer à quoi elle pouvait bien servir, avant de la ranger dans sa poche et de mettre le tout dans sa besace.

« Je n’ai aucune idée de ce que ça peut être mais dis lui merci de ma part quand même.

– Je lui passerai le message, répliqua la princesse avec un sourire. Bonne route, ajouta-t-elle avant de retourner au côté de Thédric.

– Tout le monde est paré cette fois ?, demanda Todd pour éviter de se faire interrompre à nouveau. »

Ce à quoi les deux autres répondirent par un hochement de tête affirmatif. Le blond sourit avant de saluer le jeune couple qui les regardait une dernière fois et de se tourner vers les grands battants de la porte arrière qui étaient ouverts.

« Alors allons-y, en route pour le sud !, s’exclama-t-il avant de traverser le seuil de plusieurs mètres de haut. »


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Ombre & Plumes – 15 – Le vent se lève – II

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D’ombre et de plumes

15

Le vent se lève – II


« Non ! »

Cette fois le cri de la jeune garde du corps lui parvint et il la vit se précipiter vers le bord, il n’eut que le temps de lui attraper le poignet pour la retenir de sauter après la femme rousse.
« Arrête ! Ça ne sert à rien, tu ne pourras pas la rattraper !, s’écria-t-il alors que la silhouette disparaissait dans les profondeurs de la nuit. »

Hannah se tourna vers lui l’air furieux et Thrista cru qu’elle allait l’attaquer, mais elle n’en fit rien et se détourna en lançant un juron rageur. Le jeune homme regarda vers le bas un fois qu’il fut sûr que la brune ne tenterai pas de sauter mais ne parvint pas à distinguer quoi que ce soit, même les vagues n’étaient pas discernables de cette hauteur. Le vent soufflait toujours fort, aussi préféra-t-il se reculer. Il rejoint Hannah près du muret de l’autre côté du mur, elle s’était appuyée contre celui-ci, les bras croisés, et regardait l’endroit ou la femme se tenait quelques instants plus tôt, le regard noir.
« Il n’y a aucune trace d’elle…, dit Thrista alors qu’il s’appuyait également contre le mur non loin. »

Il n’obtint aucune réponse et préféra donc ne rien ajouter. Ils restèrent ainsi en silence quelques secondes avant qu’un bruit de pas ne lui fasse lever les yeux. Il aperçu Todd qui se dirigeait vers eux à vive allure. Il était suivi d’une dizaine de gardes.
« Que se passe-t-il ?!, demanda le blond en reprenant son souffle. Vous l’avez eu ?, ajouta-t-il en regardant Thrista. »

Le brun secoua lentement la tête et se tourna vers l’immensité noire en face. Le vent soufflait toujours et on pouvait entendre les vagues se fracasser contre les énormes blocs de pierre blanche qui formaient ce rempart infranchissable. Il y eut soudain un léger bruit sur sa droite et Thrista vit Hannah tomber à genoux au sol, Todd et lui se précipitèrent vers elle.

« Hannah ?!, s’écria le blond. Tout va bien ? »

Il la rattrapa au moment ou elle allait s’effondrer de tout son long, ses yeux roulèrent dans ses orbites et elle perdit connaissance. Thrista prit le poignet de la garde du corps et sentit le pouls saccadé et précipité de la jeune femme, elle suait à grosse gouttes.
« Quelques chose ne va pas !, s’exclama-t-il en regardant Todd. Elle est brûlante…
– Que lui arrive-t-il ?, demanda le blond, l’air inquiet.
– Je ne sais pas…, répondit Thrista en examinant la jeune femme de plus prêt. »

Il avait déjà vu plusieurs des fièvres foudroyantes mais jamais spontanées comme celle-là. Il remarqua alors que le côté gauche de la robe de la jeune femme était déchirée et en s’approchant aperçu une longue entaille sur son flanc. Du sang en coulait à petit filet mais ce sont quelques gouttes d’un liquide noirâtre qui attirèrent son attention. Du poison, reconnu-t-il soudain. Mais quand ? Il allait la montrer à Todd lorsque des voix retentirent derrière eux.
« Laissez nous passer !, il reconnu la voix autoritaire d’Oscius et lorsqu’il se tourna il vit le chef de la garde royale s’approcher d’eux à grand pas, suivi de près par la souveraine.
– Que ce passe-t-il ?, demanda cette dernière en arrivant près du petit groupe.  »

Elle semblait prête à ajouter quelque chose lorsqu’elle fut interrompue par une autre voix derrière elle. Un vieil homme, que Thrista reconnu comme étant Zani, le prêtre de Sha’ana, se faufila entre elle et Oscius avant de se pencher vers Hannah.
« Veuillez m’excuser dame Léna pour mon manque de respect mais je pense que les questions devront attendre, cette jeune femme est très mal en point. »

Il commença à examiner Hannah avant même que la reine ne puisse protester, mais elle n’en fit rien et mit fin au murmure désapprobateur des gardes.
« Regardez ici. »

Thrista pointa l’endroit ou la robe avait été déchirée.

« Je crois qu’elle à été empoisonnée. »

Puis, après une seconde de silence.

« Lorsqu’elle s’est interposée entre la dague et la princesse ! »

Il venait de comprendre. La dague devait être empoisonnée et avait dû la blesser ! Zani déchira légèrement la robe à l’endroit de l’entaille et passa un doigt sur la blessure avant de sentir le sang qui en coulait légèrement. Il hocha la tête.
« Oui, cela me semble être de la sève de sureau noir. Ce poison est extrêmement mortel, nous n’avons pas beaucoup de temps !, s’exclama-t-il en sortant une petite poche en cuir de sa poche. Je vais tenter d’en ralentir les effets un maximum mais il va falloir l’emmener au temple pour que nous puissions faire quoi que ce soit pour l’aider… »

Il sortit une petite fiole contenant un liquide violet et le tendit à Todd.
« Fais lui boire ça, c’est un élixir de Clélie, cela devrait la calmer suffisamment longtemps. »

Todd prit la petite fiole et la regarda un instant, semblant hésiter pendant que le vieil homme s’affairait déjà autour de la plaie, élargissant l’ouverture de la robe pour y avoir un meilleur accès. La peau autour de l’entaille commençait déjà à prendre une couleur grise et Thrista sut qu’il n’y avait pas beaucoup de temps. Il allait intimer à Todd de faire boire à Hannah le contenu de la fiole lorsque la reine s’agenouilla à ses côtés.
« Todd !, s’exclama-t-elle, le sortant de sa torpeur. Hannah est en danger, ce n’est pas le moment d’hésiter ! Tu peux avoir foi en Zani, je lui ferais confiance jusqu’aux portes de cendre s’il le fallait. »

Cela sembla réveiller le jeune homme blond et il déboucha la bouteille pendant que la reine ouvrait légèrement la bouche de la garde du corps, il y versa ensuite le peu de liquide que contenait la fiole. Hannah sembla immédiatement se calmer au soulagement visible du blond. Pendant ce temps Thrista observait Zani. Le vieil homme plaça la paume de ses deux mains au dessus de la blessure et ferma les yeux, après quelques secondes de concentration une faible lueur orangée en émana et un fin filament recouvrit la blessure. Il formula ensuite quelques mots et le filament explosa en une gerbe d’étincelles, laissant une odeur âcre dans l’air. La jeune femme brune, toujours inconsciente, eut un soubresaut de douleur puis se calma de nouveau.
« Je viens de cautériser la blessure et de brûler ce qu’il restait du poison autour, maintenant il faut évacuer ce qui s’est infiltré dans son sang. Il faut l’emmener au temple le plus rapidement possible !, ajouta-t-il en se relevant, l’air soucieux.
– Ce ne sera pas nécessaire, j’ai envoyé un méssager prévenir le temple, il reviendra au château avec de l’aide. Le palais est beaucoup plus près, intervint la reine en se relevant à son tour. »

Zani se tourna vers elle et s’inclina légèrement.
« Merci ma Dame, cela est bien pensé. Nous devons nous dépêcher à présent, chaque minute compte. »

Todd hissa la jeune femme sur son dos avec l’aide de Thrista puis il partit avec Zani en direction du château. Le jeune homme brun les regarda s’éloigner puis se tourna vers la reine.
« Ne t’inquiète pas, elle est entre de bonnes mains, déclara-t-elle en croisant son regard.
– Oui, je leur fais confiance, répondit-il en hochant la tête avant de se rappeler pourquoi ils étaient là. Siléna va-t-elle bien ?
– Oui, ne t’inquiète pas, elle était surtout choquée mais elle n’est pas blessée. Marco et Thédric s’occupent d’elle, dit Léna en acquiesçant. »

Thrista lâcha un petit soupir de soulagement..

« Maintenant, explique moi ce qu’il s’est passé… »

C’était un ordre plus qu’une demande mais Thrista ne s’en offusqua pas, la reine venait d’assister à une tentative d’assassinat envers sa fille et sa première réaction avait été d’aider la garde du corps, elle était donc dans son droit en demandant à savoir ce qu’il s’était passé. Le jeune homme inspira une gorgée d’air frais avant d’expliquer à la souveraine ce qu’il avait vu, repoussant l’image de la garde du corps inconsciente dans un coin de son esprit. La grande femme brune l’écouta tout au long de son récit sans trahir aucune émotion, pas même lorsqu’il lui annonça l’avoir reconnue comme l’émissaire des Iles Karnines. Uniquement lorsqu’il arriva au moment ou la femme rousse s’était jetée du haut du mur se pencha-t-elle pour observer l’étendue noire en dessous d’eux. Oscius en fit de même, intimant silencieusement à ses gardes d’enquêter sur cette affaire et d’envoyer une patrouille au pied du mur pour rechercher un éventuel corps. La reine resta un moment silencieuse à contempler les flots noirs avant de finalement donner l’ordre à Oscius de s’occuper de tout cela. Ce dernier hocha simplement la tête et se dirigea vers la tour de garde des remparts d’où sortait une patrouille. La reine et Thrista, accompagné d’une dizaine de gardes, repartirent ensuite en direction du palais. Alors qu’il marchait derrière la souveraine, Thrista ne put s’empêcher d’être impressionné et de se demander comment réagissaient les envoyés des autres pays lorsqu’ils se retrouvaient en face d’elle. Il ne parvenait pas non plus à se départir du sentiment que quelque chose d’étrange se tramait, pourquoi un émissaire des Karnines tenterait-il d’assassiner l’héritière du royaume de Tébor ? Il tourna et retourna cette question tout au long du trajet vers le palais, sans parvenir à y trouver de réponse.

L’astre solaire, qui était déjà presque à maxima, répandait une chaude et agréable lumière sur la ville, Thrista était content d’avoir choisi l’une des places à l’ombre, il pouvait ainsi profiter du beau temps sans pour autant souffrir des rayons cuisant du soleil à cette heure. Il n’avait d’ailleurs jamais compris comment la princesse, qui se trouvait à quelques mètres en face de lui, baignée de lumière, pouvait supporter la chaleur intense qui prenait possession de la peau lorsque l’on s’exposait trop longtemps et encore moins comment elle pouvait l’apprécier. La jeune femme était en grande discussion avec la fille du seigneur Junon, dont Thrista apprit un peu plus tôt qu’elle s’appelait Melodie. A sa droite se trouvaient le roi et la reine, accompagnés d’Oscius, de Todd, du seigneur Junon et de Zani, ce dernier se trouvait juste sur la droite de Thrista. Le groupe discutait à présent des événements de la veille, tentant de comprendre pourquoi un assassin des Iles Karnines avait été envoyé pour tenter de tuer la princesse. Thrista avait dû relater ces deux derniers jours, et à plusieurs reprises, l’enchaînement rapide qui avait mené jusqu’en haut des murailles du port étant donné qu’Hannah, la seule autre témoin de l’entièreté des faits, n’avait pas encore totalement récupéré. Zani avait, grâce à l’aide de deux autres prêtres du temple de Sha’ana, qui avaient apporté une étrange malle remplie de fioles, d’ingrédients et d’outils étranges, réussi à stabiliser l’état de la jeune femme brune. Il était parvenu à extraire la majeure partie du poison, permettant à son organisme de mieux se défendre contre ce qu’il en restait.
« Cela devrait suffire. Je ne peux en faire plus, son sort est maintenant entre ses propres mains. Mais elle est forte, je suis étonné qu’elle ait résisté aussi longtemps aux premiers effets de la sève avant de perdre connaissance. Elle devrait s’en sortir, il lui faut du repos à présent, avait-il au bout d’un peu plus de trois heures de soins intensifs. »

Thrista avait vu le soulagement sur le visage de Todd qui était resté fermé depuis qu’ils étaient de retour au palais. Le vieil homme était resté au chevet de la jeune femme toute la nuit pour veiller sur elle, permettant aux deux adolescents de se reposer, mais le blond avait insisté pour rester avec elle. Thrista était donc retourné seul dans la salle du bal après avoir dit au garde du corps qu’il pouvait avoir confiance en Zani. A sa surprise lorsqu’il arriva dans la grande salle rien de l’agitation à laquelle il s’attendait ne transpirait. Seuls quelques gardes supplémentaires révélaient la tension sous-jacente qui régnait dans le palais. La reine et les autres chefs de la garde avaient fait un impressionant travail pour que la panique ne s’installe pas. Ce fût la princesse qui le rejoint la première.
« Thrista ! Mes dieux, tu vas bien !, s’écria-t-elle en s’approchant rapidement. »

Le jeune avait sourit.
« C’est plutôt à moi de te dire ça Siléna, ce n’est pas moi qu’on a essayé d’assassiner…, répondit-il mi-joueur mi-sérieux. »

La princesse se renfrogna légèrement mais reprit rapidement la parole.
« Oh ! Et Hannah ! Comment va-t-elle ? Ma mère m’a dit qu’elle avait été blessée et me protégeant !, questionna-t-elle au moment ou Thédric les rejoignaient. »

Il parut soulagé de trouver Siléna et salua Thrista d’un signe de tête.
« Elle ne va pas bien, elle a été gravement blessée par le poison sur la dague. Mais le prêtre Zani et Todd s’occupent d’elle, je leur fait confiance. Zani à réussi à empêcher le poison de prendre complètement effet et il en a extrait autant que possible de son corps. Elle n’a pas encore repris connaissance mais d’après lui, elle devrait s’en sortir. »

Cela parut rassurer la jeune femme qui s’autorisa enfin à sourire légèrement.
« Ouf, tant mieux… »

Puis vint la question que Thrista attendait.

« Et l’assassin, vous l’avez retrouvé ? »

Le jeune homme hésita un instant mais su que quoi qu’il arrive, la princesse aurait les réponses à ses questions d’une façon ou d’une autre.
« Non, nous ne l’avons pas eu. L’émissaire des Iles Karnines à réussi à nous échapper en se jetant dans la mer depuis le haut du mur.
– Cette grande femme rousse ?, s’exclama la princesse un peu trop fort, ce fit se retourner plusieurs personnes.
– Oui, acquiesça Thrista. Je ne sais pas pourquoi elle voulait ta mort, mais je l’ai reconnue de ce matin. »

La princesse allait lui poser d’autres questions lorsque la reine arriva et les interrompit sous l’expression agacée de Siléna, mais la jeune femme se détendit rapidement.
« Je suis désolé de vous interrompre mais ce n’est pas le moment de poser des questions Siléna, pour le moment nous ne connaissons pas tous les faits et nous ne pouvons que conjecturer. Mais, continua la reine alors que la princesse allait protester, tu pourras poser toutes les questions que tu voudras une fois que je saurais ce qu’il s’est réellement passé de la bouche de Thrista et des gardes présent. Pour le moment Marco a réussi à faire taire tout bruit sur l’incident et à faire continuer la soirée dans le calme, profitez en, nous en discuterons à nouveau demain. Et pas de mais jeune femme !, ajouta-t-elle en direction de sa fille. »

Elle se tourna ensuite vers Thrista.

« Lorsqu’Oscius sera de retour nous aurons à te poser à nouveau des questions mais, pour le moment tu peux rester aux côtés de Siléna, dit la reine avant de s’éloigner et de rejoindre son mari. »

Thrista acquiesça silencieusement. Cela ne le surprenait pas, malgré la confiance que les royaux avaient en lui, ils voudraient vérifier l’exactitude de son témoignage et la concordance avec ceux de Hannah et des autres garde pour obtenir le plus de faits possibles. Il comprit également le discret message de la rein lui demandant de veiller sur sa fille pour le moment.
« Je te raconterai tout ce que je sais, promis, dit Thrista à l’attention de la blonde. Mais pour le moment, ne spolions pas le travail de ton père et profitons de la soirée. Elle est en votre honneur, raison de plus !, s’exclama-t-il avec un sourire légèrement forcé. »

Il était encore fatigué de sa course pour rattraper la femme rousse et fut donc soulagé de voir la princesse accepter son conseil sans protester.
« Une dernière danse ?, proposa le prince à sa femme, ce que Siléna accepta volontiers.
– Je te tiens à ta parole Thrista, ajouta-t-elle alors qu’ils s’éloignaient vers la piste de danse. »

L’adolescent passa le reste de la soirée à flâner autour du buffet, picorant ici et là des fruit exotiques, des pâtisseries et des boissons rafraîchissantes. A un certain point Todd le rejoint, lui expliquant que l’état de santé d’Hannah était stable et qu’elle dormait à présent. Ils discutèrent ensuite de tout et de rien, faisant des petit commentaires sur les invités, certains vêtus de tenues excentriques, d’autres ne possédant plus une seule once de sobriété. Thrista ne parvint pas à se détendre complètement, toujours tendu à l’idée qu’une nouvelle tentative sur la vie de la princesse puisse avoir lieu, mais il parvint tout de même à profiter du moment qu’il passait en compagnie du blond. Il fut rassuré lorsque les premiers invités commencèrent à partir et étonné qu’autant de temps se soit écoulé sans qu’il ne le remarque. Le septième septime de Primaire débutait déjà lorsqu’il se retira enfin, acceptant volontiers l’offre du roi de passer le reste de la nuit dans l’une des chambres du palais qui servaient à accueillir les invités. Il ne se changea même pas, déposant simplement son pendentif sur la table de chevet, avant de se laisser tomber comme une pierre sur le lit et de sombrer.
« Je n’arrive toujours pas à croire que quelqu’un ait tenté d’assassiner la princesse…, commenta discrètement le garde du corps blond à l’attention de Thrista qui était assis à sa droite. Quel intérêt les îles Karnines auraient-elles à faire une chose pareil ? Tébor est le pays avec lequel elles font le plus de commerce… » Thrista secoua discrètement la tête.
« Je n’en sais pas plus que toi. La femme rousse n’a rien dit avant de sauter… » Répondit-il la mine sombre.
« Personne ne comprends son geste, intervint Zani en se penchant légèrement vers eux, les deux jeunes hommes se tournèrent vers lui. Le fait qu’on ait attenté à la vie de la princesse est grave mais ne pas en connaître les raisons l’est encore plus. Cela ne présage rien de bon… »

Il allait ajouter quelque chose lorsqu’un groupe de gardes s’approchèrent de l’assemblée et s’arrêtèrent devant les souverains et Oscius en les saluant. L’un d’eux s’avança, tenant un parchemin scellé entre les mains, et prit la parole.
« Mes salutations mon Roi, ma Reine, dit-il en s’inclinant.
– Des nouvelles ?, demanda alors le roi.
– Non messire, répondit le garde en secouant la tête. Nous avons fouillé les eaux tout autour du mur, les falaises et les rochers mais il n’y a aucune trace de corps. Nous poursuivons les recherches mais il y a peu d’espoir de le retrouver un jour, il a sûrement été emmené au large. »

Le roi hocha la tête l’air grave en se tournant vers sa femme.
« Très bien, continuez ainsi et prévenez nous s’il y a quelconque nouvelle, dit-elle alors, le soldat hocha la tête.
– Bien ma Dame, répondit-il, mais il ne fit aucun mouvement pour partir.
– Autre chose ?, demanda la souveraine.
– Oui ma Dame. Une missive des forces galadéennes, expliqua-t-il en tendant le parchemin scellé qu’il tenait en main. »

Le roi Marco le récupéra et l’ouvrit, sa femme se penchant par dessus son épaule pour le lire. Lorsqu’il eut fini il avait l’air légèrement surpris, il le tendit à Oscius qui le lu à son tour.
« Puis-je me permettre de vous demande ce que c’est ?, intervint Zani d’un air curieux.
– Un message du commandant De Guidre qui nous informe qu’il a assisté à l’incident lors du bal et qu’il a ordonné des recherches de son côté. Malheureusement il nous informe que lui non plus n’a rien trouvé pour le moment, expliqua le roi. Je dois avouer que cela me surprend un peu. Je ne m’attendais pas à ce que l’armada galadéenne se soucie de cela. L’intention est cependant bienvenue.
– Je me chargerai de le remercier pour son aide, annonça la reine. Merci, vous pouvez disposer si cela est tou. Passez vous rassasier en cuisine si vous avez faim, ajouta-t-elle à l’attention des gardes qui saluèrent à nouveau le groupe et repartirent du côté d’où ils étaient venu.
– Nous devons la vie de notre fille et celle du prince à votre courage, annonça le roi en se tournant vers Todd et Thrista. Votre amie également, elle n’a pas hésité à mettre sa vie en jeu pour protéger Siléna, et pour cela nous vous seront éternellement reconnaissant.
– En effet, confirma la reine. Sans Hannah, notre princesse ne serait peut être plus là aujourd’hui. Nous ne savons comment vous remercier, si vous désirez quoi que ce soit vous n’avez qu’à demander et ce sera vôtre. »

La surprise s’afficha sur le visage de Todd et il regarda les souverains avec de grand yeux un instant avant de répondre.
« Je suis honoré par votre générosité, mais Hannah et moi n’avons fait que ce pour quoi vous nous aviez engagé. A vrai dire je n’étais même pas apte à réagir à ce moment. Vous avez sauvé la vie de ma partenaire et vous nous avez déjà payé, nous ne pouvons rien demander de plus.
– Balivernes !, s’exclama le seigneur Junon, faisant sourire Marco. Ne soyez pas si modeste jeune homme ! Votre amie est sauve et vous avez empêché un meurtre certes, mais ne gâchez pas cette oportunité, vous n’en aurez pas beaucoup d’autres comme celles-là, croyez moi !
– Merci seigneur Junon. » Répondit Todd, légèrement mal à l’aise. Mais nous ne le méritons pas. J’en parlerais avec Hannah mais pour ma part il n’y à rien que je désire, ajouta-t-il. »

Le père du prince allait répliquer à nouveau mais le roi le coupa dans son élan.
« Allons Stanis, si Todd ne souhaite rien nous ne pouvons l’obliger. »

Stanis Junon soupira avant de lever les mains en signe de reddition.
« Je ne vous force à rien bien sur. Comprenez juste la valeur de la faveur que vous souhaitez refuser, répliqua-t-il, un léger sourire amical au visage. »

La reine proposa alors des rafraîchissements et une collation, on fit venir des boissons et des plats légers des cuisines et les souverains reprirent les discussions à propos de l’incident de la veille et des préparations futures pour le jeune couple. Zani quant à lui préféra discuter avec Thrista et Todd, ce dernier le remercia longuement d’avoir sauvé Hannah d’abord, puis ils discutèrent des connaissances de Zani en matière de poisons et ce dernier leur expliqua en quelles occasions il avait acquis son savoir, leur donnant à plusieurs reprises des conseils pour reconnaître tel ou tel substance. L’après midi avança à grand pas et alors que le soleil déclinait déjà depuis un moment dans le ciel Zani prit congé du groupe pour aller vérifier l’état de la garde du corps brune. Todd en fit autant et suivit le vieil homme jusqu’à la chambre ou la jeune femme se reposait. Thrista lui resta quelques temps pour profiter des rayons faiblissant du soleil avant de rentrer, se promettant de passer voir la jeune femme plus tard. Le prince vint s’asseoir à côté de lui, prenant place là où se trouvait le blond un peu plus tôt et ils discutèrent pendant le reste du temps, parlant principalement de la princesse et du mariage. Le ciel était sombre et la nuit tombait lorsque le jeune homme brun rentra enfin au château, prenant congé du couple royal, du seigneur Junon et d’Oscius, seuls personnes restantes sur la terrasse après que la princesse, son maris et sa sœur aient décidé d’aller se promener dans les jardins.

Il marchait à présent dans le dédale de couloirs en direction de la chambre où se trouvait la garde du corps, profitant de l’agréable lumière qui filtrait à travers les fenêtres. Lorsqu’il entra dans la pièce il aperçut la jeune femme assise sur un large lit près de la fenêtre, elle était étonnement pâle mais en dehors de cela semblait s’être remise et fixait le ciel bleu à travers les immenses fenêtres. Todd, lui, était debout sur une petite terrasse qui donnait sur la ville et admirait silencieusement le paysage illuminé par le soleil couchant. Hannah se tourna vers lui lorsqu’il referma la porte et le fixa un instant sans rien dire ce qui rendit le jeune homme un peu mal à l’aise.
« Bonjour, dit-il un avec un petit sourire nerveux. Je venais voir comment tu allais.
– Je vais mieux, répondit la jeune femme brune en détournant le regard. Je ne suis pas encore en pleine forme mais le prêtre qui m’a soigné à dit que je devrais être sur pieds dès demain. Pas de quoi s’inquiéter, j’ai vu pire, ajouta-t-elle l’air blasé.
– Pas beaucoup pire, je dois dire, intervint le blond en rentrant dans la pièce, il salua Thrista d’un signe de tête.
– Qu’est-ce qui te dis que tu sais tout de moi ?, rétorqua la jeune femme. »

Son ton était resté neutre mais le regard qu’elle lança au blond indiqua à Thrista qu’il avait dû se passer quelque chose avant qu’il n’arrive. Il ne voulait pas interférer dans leurs affaires et préféra tenter de changer de sujet pour calmer l’atmosphère.
« Je suis désolé que nous n’ayons pas pu l’attraper, tu t’es mise en danger plus que nécessaire pour ce résultat…, s’excusa-t-il. »

Cela sembla marcher car la jeune femme le fixa à nouveau un instant, ses traits se détendirent très légèrement et un semi sourire s’invita sur son visage avant de disparaître aussitôt.
« Je sais, Todd m’a expliqué. Ce n’est pas grave, je ne faisais que ce pourquoi nous sommes payés, répondit-elle.
– Tu aurais quand même être plus prudente et me laisser y aller, commenta le blond, l’air morose alors qu’il vint s’asseoir sur l’un des fauteuils en face du lit. »

Hannah le fixa un instant mais ne répondit pas et préféra se tourner de nouveau vers le paysage.
« Hannah, tu ne peux pas continuer comme ça !, s’exclama Todd en se levant à nouveau. Ce n’est pas la première fois que tu agis comme ça, tu te mets en danger sans raisons. Un jour cela va- »

Il n’eut pas le temps de finir sa phrase, la brune se tourna vers lui d’un coup, le regard noir et les jointures de ses poings serrés presque aussi blanche que les pierres du palais.
« Laisse moi tranquille, répondit-elle seulement d’une voix basse mais emplie de colère. »

Thrista cru voir une lueur violette dans son regard mais cela s’était passé si vite qu’il pensa avoir rêvé. Todd se leva lentement et soupira.
« Je vais faire un tour, annonça-t-il avant de se diriger vers la porte. Je suis juste inquiet pour toi, ajouta-t-il avant de la refermer derrière lui et de disparaître dans le couloir. »

Le jeune homme brun resta là un instant sans rien dire, observant la jeune femme qui fixait le mur du regard, le poings toujours serrés.
« En tout cas je suis content que tu ailles bien, dit-il au bout de quelques longues secondes de silence avant de se retourner lentement vers la porte lorsqu’il comprit qu’elle ne répondrait pas. »

Il s’arrêta un main sur la poignée, hésitant à donner voix à ses pensées mais renonça finalement.

« Je te laisse tranquille, à plus tard, ajouta-t-il en jetant un dernier regard vers la jeune femme avant de sortir de la pièce. »

Il aurait juré qu’elle réprimait ses larmes mais, à nouveau, ne put en être sûr. Il marcha un certain temps, laissant ses pas le guider le long des colonnes de marbre blanc pendant que ses pensées volaient librement d’une idée à l’autre, et se retrouva dans la cours intérieure du palais. Il n’arrivait toujours pas à comprendre pourquoi la femme rousse avait tenté d’assassiner la princesse. Pourquoi le Îles Karnines auraient-elles intérêt à faire une chose pareille ? Plus frustrant encore, il avait l’étrange impression que les derniers mots de la femme rousse n’étaient pas destinés à Hannah mais annonçaient quelque chose d’autre, quelque chose de plus grave encore… Il soupira, sa rencontre avec Hannah et Todd quelques minutes plus tôt ne cessait de lui revenir en tête et il ne comprenait pas ce qui avait bien pu se passer pour les mettre en de si mauvais termes. Il n’eut pas le temps d’y songer davantage car, alors qu’il arrivait devant la large fontaine au centre de la cours, il aperçut le jeune homme blond et celui-ci l’aperçut également.
« Thrista !, s’exclama Todd en lui faisant signe de venir s’asseoir à ses côtés. »

Thrista se dirigea vers lui et s’installa sur sa gauche.
« Je suis désolé pour tout à l’heure, annonça le blond. Hannah et moi venions d’avoir une discussion qui l’horripile au plus haut point mais que je trouve nécessaire. Excuse nous si nous t’avons manqué de respect, c’est juste que…
– Tu es inquiet pour elle ?, finit le brun en hochant la tête.
– Oui, elle est toujours trop impulsive et prends trop de risques… J’ai peur qu’un jour cela finisse par finir mal. »

Le blond arborait un air sombre en disant cela.

« Et elle ne veut pas me l’entendre dire… Enfin, bref !, s’exclama-t-il en se forçant à sourire. Changeons de sujet veux-tu… Dis-moi, que compte tu faire maintenant ? »

Le brun lui lança un regard interrogateur.
« Je veux dire, maintenant que le mariage est passé. Tu disais que tu ne restais que le temps du mariage et qu’ensuite tu reprendrais la route.
– Ah oui !, acquiesça le brun. »

Il réfléchit un instant avant de répondre.

« Eh bien à vrai dire, je ne sais pas encore, je pensais repartir vers l’ouest, mais rien n’est fixé. Cela dépendra de mon humeur au moment de partir je pense. Et puis je vais peut-être rester quelques jours de plus, avec ce qu’il s’est passé…, répondit-il en portant son regard vers l’horizon. Il n’est pas encore temps de rentrer, je veux voyager, découvrir de nouvelles choses et apprendre encore plus. Pour être honnête je ne sais pas… »

Todd acquiesça et le regarda un instant, semblant réfléchir à ce qu’il allait dire, avant de sourire à nouveau, cette fois-ci sincère.
« Dans ce cas, que dirais-tu de voyager avec nous ? »


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Ombre & Plumes – 15 – Le vent se lève – I


D’ombre et de plumes

15

Le vent se lève – I


La jeune femme brune eu quelques ratés au début, les pieds de Thrista en souffrirent, mais le jeune homme fut impressionné de la rapidité avec laquelle la garde du corps parvint à suivre ses mouvements. Après seulement quelques minutes de danse elle pouvait suivre ses pas sans problèmes. Ils tournoyaient entre les autres couples de danseurs, allant et venant au rythme lent des cordes de l’orchestre, la pièce était à présent emplie de la mélodie gracieuse et seules quelques rares bribes des conversations parvenaient aux danseurs depuis les côtés de la salle. La valse continua ainsi encore pendant quelques temps, le jeune homme ne parvenant pas à savoir si sa partenaire appréciait ou non cette performance, elle ne laissait presque rien paraître. Lorsque les dernières notes retentirent enfin, résonnant plus longtemps que les autres à mesure qu’elles s’effaçaient pour laisser place au silence, la garde du corps tenta de retourner au bord de la piste afin de surveiller de nouveau la princesse mais Thrista lui attrapa le poignet alors qu’elle tentait de se dégager. Elle eut un mouvement de recul mais il ne la laissa pas se dégager le bras ce qui la força à se retourner.
« La musique est finie, mais pas la danse.»

Avant qu’elle ne puisse protester le jeune homme l’attira de nouveau vers lui, se remettant en position une main sur son épaule, l’autre sur sa hanche et fit un léger signe de la tête vers sa droite.

« Et apparemment Siléna n’est pas prête à te laisser t’en sortir comme ça, dit-il avec un sourire, mi-jovial mi-désolé. »

Hannah jeta un rapide regard dans la direction que lui indiquait Thrista et remarqua la princesse qui les fixait avec attention, un sourire satisfait au visage. Elle soupira en se retournant vers le jeune homme, se détendant lentement alors qu’une autre musique commençait sur un rythme plus rapide et cette fois-ci accompagnée d’un canteur.
« Dans ce cas finissons cette danse le plus vite possible…, répondit-elle, exaspérée.

– Nous ne pouvons pas aller plus vite que la musique, répliqua l’adolescent avec un sourire joueur alors qu’ils se mettaient de nouveau à tourbillonner. »

Ils commencèrent à tournoyer lentement, suivant le même rythme que pour la valse précédente, sans se préoccuper du décalage avec le morceau que l’orchestre jouait à présent. Au fur et à mesure que la musique progressait Thrista remarqua que la jeune femme brune accélérait, petit à petit elle augmentait la cadence de ses pas, sans même s’en rendre compte. Lorsqu’il s’en rendit compte il leva les yeux et la fixa un instant, tentant de déceler des bribes d’émotions qui lui passaient par la tête. La garde du corps regardait autour d’elle d’un air distrait et le jeune homme ne parvint pas à décoder l’expression qu’elle avait au visage mais il remarqua le subtil éclat que possédaient à présent ses yeux et cela le fit  sourire légèrement. Bien sur il détourna le regard dès qu’elle regarda de nouveau dans sa direction et fit de son mieux pour cacher le subtil mouvement de ses lèvres mais la voir montrer autre chose que du désintérêt pour la première fois de la soirée rendit Thrista un peu plus enthousiaste. Ils se mirent ainsi à tournoyer de plus en plus vite, allant même jusqu’à effectuer quelques mouvements un peu plus complexes, et alors que la musique changeait de nouveau, se retrouvant alors au stade ou le nouveau morceau se mélangeait avec l’ancien, les traits de la jeune femme s’étaient détendus. Cela eut pour effet d’agrandir le sourire de Thrista et alors que le rythme de la musique s’accéléra encore il profita d’un pas sur le côté pour s’incliner vers sa partenaire.
« Eh bien je dois dire que tu progresse vite !, s’exclama-t-il avec un sourire. »

Ils s’éloignèrent l’un de l’autre en faisant tous deux un pas en arrière, restant joint uniquement au niveau des mains, avant de se rapprocher de nouveau. Hannah ne répondit pas, aussi Thrista reprit.
« Cette valse commençait à m’ennuyer un peu, que dirais-tu d’accélérer un peu les choses ? »

Avant que la jeune femme n’ait le temps de protester il l’entraîna à sa suite dans une ronde rapide ou ils tournoyaient en un large cercle. Ils enchaînèrent ensuite des mouvements d’une danse en couple des régions du sud, le jeune homme brun guidait Hannah en la faisant alterner pas en avant, en arrière, de côté, un tour sur elle-même puis un autre. Tous deux effectuèrent ainsi une chorégraphie de plus en plus complexe et fluide, Thrista s’amusant à tester les limites de la jeune femme et Hannah faisant de son mieux pour suivre. A la constante surprise du jeune homme cette dernière parvenait à reproduire les mouvements qu’il lui montrait, mouvements qu’il avait mis des mois à apprendre et plusieurs années à perfectionner. A présent Thrista arborait un large sourire, cela faisait longtemps qu’il ne s’était autant défoulé et amusé en dansant, et le fait que la garde du corps de la princesse affiche aussi un sourire, bien que timide, rendait ce moment appréciable, presque agréable. Ils continuèrent à danser, exécutant de nouveaux mouvements à chaque note, chaque fois un peu plus complexe et plus travaillé, ne se préoccupant plus de ce qui les entouraient que la musique. Ce ne fut que lorsque la musique s’arrêta enfin et qu’ils achevèrent leur chorégraphie par un dernier tourbillon, qu’ils remarquèrent l’espace qui s’était ouvert autour d’eux. Haletant et sentant son sang battre dans chacune de ses veines, Thrista détourna les yeux de ceux aux reflets verts de sa partenaire pour regarder autour de lui et remarqua le silence qui régnait dans la grande salle de bal. Hannah elle aussi avait le souffle court, mais ce ne fut que lorsque le jeune homme brun se tourna et observa les alentours qu’elle remarqua l’atmosphère étrange qui planait autour d’eux. Ils étaient seuls au milieu de la piste de danse, tous les invités formaient à présent un cercle autour d’un espace d’une dizaine de mètres carrés à l’intérieur desquels il n’y avait plus qu’eux. Tous les autres couples de danseurs s’étaient arrêtés et rangés sur le côté pour les admirer, sans s’en rendre compte ils étaient devenus le centre de toute l’attention, captivant l’ensemble de la salle par la qualité de leur danse. Thrista jeta un regard rapide en direction d’Hannah après l’avoir passé sur le public qui les observait, la jeune femme venait tout juste de remarquer l’audience qu’ils avaient captivée et il vit son sourire vaciller. Il sentit sa main trembler légèrement dans la sienne, il se rendit alors compte qu’ils se tenaient toujours la main, mais avant qu’il ne puisse lui demander ce qui n’allait pas un tonnerre d’applaudissements retentit dans la salle. Nombre des invités souriaient et les félicitaient pour leur magnifique performance. Le jeune homme aperçut alors la princesse qui les regardait, le prince à ses côtés. Elle affichait un air plus que surpris mais celui-ci céda rapidement la place à un large sourire lorsqu’elle croisa son regard et elle applaudit également. Il sentit la garde du corps se raidir alors qu’on les félicitait et su qu’elle aurait préféré être n’importe où plutôt qu’à cet endroit en ce moment. Il lui serra discrètement la main pour attirer son attention.
« Fais comme moi, murmura-t-il avant de s’incliner pour saluer la foule. »

La jeune femme hésita un instant avant d’en faire de même, ils se relevèrent et s’inclinèrent de nouveau en faisant face à un côté différent avant de se relever une dernière fois et de se diriger vers l’un des buffets sur les côtés de la salle. L’orchestre, qui était resté silencieux jusqu’à présent, reprit sur une valse et les invités reprirent leurs conversations et leurs danses là où ils les avaient interrompues. Thrista entraîna la garde du corps près du buffet et ce ne fut que lorsqu’ils y parvinrent, après être passé en s’excusant entres de nombreux admirateurs qui souhaitaient les féliciter personnellement, qu’il lâcha enfin la main de celle-ci. Thrista regarda de nouveau Hannah et vit que son sourire forcé, qui avait prit la place du sourire naturel qu’elle avait arboré pendant qu’ils dansaient, avait également disparu au profit d’une expression fermée.
« Je suis désolé, je ne pensais pas qu’on attirerait autant l’attention… Je voulais juste…, commença-t-il mais il n’eut pas le temps de finir car un instant après la princesse arrivait, accompagnée du prince et de Todd.
– Eh bien je dois dire que je suis impressionné par vos talents de danseurs à tous les deux !, s’exclama Siléna avec un grand sourire satisfait.
– Je suis d’accord avec Siléna, cette danse était superbe !, ajouta le prince avec un signe de tête. »

Thrista lança de nouveau un regard vers la jeune femme brune avant de répondre et vit qu’elle le regardait également, dès que leurs regards se croisèrent elle détourna les yeux et s’éloigna sans dire un mot. Thrista hésita à la suivre mais finalement ne bougea pas et se retourna vers le couple royal.
« Eh bien disons que je cache bien mon jeu , s’exclama-t-il avec un sourire moqueur. Mais apparemment ton petit jeu n’a pas eu l’air de beaucoup plaire à ta garde du corps…, ajouta-t-il en faisant un signe de tête vers la brune qui s’éloignait.
– Je suis sûre qu’elle n’a pas tant détesté cette petite expérience que ça…, répondit la princesse en faisant la moue. »

Lorsqu’elle cligna des yeux Thrista aurait juré qu’elle lui avait adressé un imperceptible clin d’œil, il se raidit et sentit son visage rosir légèrement, mais elle ne fit rien pour confirmer cette impression et il tenta de ne plus y prêter attention. Le prince se tourna vers sa femme et, avec un sourire que Thrista trouva un peu trop enjoué, lui proposa une nouvelle danse. Cette dernière accepta avec plaisir et après avoir salué Thrista et Todd, ils se dirigèrent vers la piste de danse. Le brun aperçu la garde du corps de l’autre côté de la salle, surveillant discrètement la princesse, la mine renfrognée.
« Eh bien il à l’air d’apprécier la danse plus qu’on ne le pensait…, dit Todd, observant toujours le jeune couple royal qui se mettait en position pour la seconde fois. »

Thrista eu un léger gloussement, ce qui attira l’attention du blond.
« Non, je crois qu’il veut prendre sa revanche pour tout à l’heure, son sourire était un peu trop enjoué à mon goût si tu veux savoir…, répondit-il. »

Le garde du corps le regarda un instant avant de se tourner de nouveau vers  le couple, il remarqua le large sourire du prince et la soudaine hésitation de la princesse alors qu’ils se mettaient à danser. Un sourire apparut  alors également sur son visage.
« Effectivement, maintenant que tu le dis…, constata-t-il avec un petit rire. »

Un court silence s’installa ensuite entre eux pendant qu’ils observaient les danseurs effectuant des mouvements gracieux sur la piste avant que Todd ne reprenne la parole.
« Ne t’inquiète pas, elle n’aime pas être le centre de l’attention c’est tout. Je suis sur qu’elle a apprécié votre danse. Dit soudain Todd sans détourner le regard du couple royal. Elle souriait n’est-ce pas ? Malheureusement elle est trop fière pour l’avouer. »

Thrista posa de nouveau son regard sur la garde du corps brune, elle regardait dans sa direction mais il ne pouvait dire si c’était lui ou le couple royal qu’elle observait.
« Si tu le dis, répondit-il en soupirant légèrement.
– Crois moi, je la connais bien, répliqua le blond avec un sourire narquois. Tiens ! Je crois que la reine vient vers nous !, s’exclama-t-il ensuite en désignant la souveraine qui s’approchait d’un petit coup de tête.
– Bonsoir jeunes gens, déclara la femme brune au teint mat en arrivant devant Todd et Thrista. Je suis contente de vous revoir Thrista, Todd, ajouta-t-elle en s’inclinant tout à tour devant l’un puis l’autre.
– Dame Léna. C’est un plaisir, répondirent les deux adolescents d’une même voix. » La souveraine leur sourit chaleureusement en retour avant de reprendre.
« Cette soirée est un grand bonheur pour nous tous et j’espère que vous prenez plaisir à y participer. Mais je ne suis pas venu pour vous surveiller, je voulais savoir si tu me ferais l’honneur d’une danse mon cher Thrista, expliqua-t-elle, toujours avec le même sourire chaleureux au visage. Je suis désolé de vous interrompre dans votre discussion. Mais cela fait si longtemps que nous n’avons pas eu l’occasion de discuter et il me tarde d’en savoir plus sur ces fameux voyages, s’excusa-t-elle auprès du garde du corps qui ne put cacher sa surprise. »

Thrista fut surpris un instant, ne s’attendant pas à ce que la reine elle-même vienne lui proposer une danse, mais il accepta sans hésiter après un court instant.
« Bien sur Dame Léna, cela serait un grand plaisir !, s’exclama-t-il en posant un verre qu’il avait fini de boire avant de lui tendre son bras. Je te dis à plus tard dans ce cas Todd, ajouta-t-il à l’attention du garde du corps qui le regardait toujours avec surprise.
– Euh… Oui, oui, à tout à l’heure, répondit le blond après un instant de latence en le regardant les yeux ronds. »

Alors qu’ils se dirigeaient vers la piste de danse la reine s’arrêta un instant auprès de la fille du seigneur Junon qui discutait avec deux jeunes femmes qui semblaient fascinées par sa présence. Elle glissa quelques mots à l’attention de la jeune femme, à la surprise et la grande joie des deux autres qui ne purent s’empêcher de lui faire des compliments, puis elle et Thrista se mirent en position sur la piste de danse et commencèrent à tournoyer. Todd regardait Thrista et la souveraine et ne remarqua pas la jeune femme aux cheveux châtains clairs, descendant en longues boucles le long de son dos, qui s’avançait vers lui d’un pas nonchalant.
« Bonsoir messire, m’accorderiez vous cette danse ?, demanda-t-elle avec un sourire timide. »

Le blond se tourna vers elle et fut surprit de se retrouver devant la fille du seigneur Junon, pendant un moment il ne sut que répondre et cela la fit rigoler légèrement. Son rire léger le sortit de son indécision et Todd sourit à son tour avant de s’incliner devant-elle.
« Bien sûr, ce serait un honneur de danser avec vous ma demoiselle, répondit-il. Mais, si je puis me permettre, les titres sont inutiles avec moi, je ne suis ni un noble ni un chevalier. Je ne suis qu’un humble garde du corps, appelez moi Todd, ajouta-t-il avant de se relever. »

Lorsqu’il croisa de nouveau le regard de la jeune femme celle-ci arborait un large sourire et eu à nouveau un rire, plus franc et plus joyeux.
« Ai-je dis quelque chose de drôle damoiselle Junon ?, demanda-t-il, incertain. »

Celle-ci se renfrogna un instant mais reprit quasiment immédiatement son air jovial et prit à nouveau la parole avant que le garde du corps ne puisse le faire.
« Non, non, bien au contraire. Je raffole un peu plus des conventions que mon cher frère, mais cela ne signifie pas que je les apprécie toutes. Il est beaucoup plus agréable de faire sans, hélas dans ce monde ce n’est pas si facile… Mais je ne suis pas ici pour débattre, s’exclama la jeune femme en attrapant le blond par le poignet avant de l’entraîner sur la piste de danse sans qu’il puisse protester. Oh, et ‘ma demoiselle’ ça ne le fera pas le moins du monde, mon nom est Melodie Junon. Si tu veux que je t’appelle Todd alors appelle moi Mel, ou au moins Melodie !, s’exclama-t-elle en plaçant sa main sur l’épaule du jeune homme et en prenant la sienne pour la placer sur sa hanche avant de l’entraîner à sa suite. »

Le garde du corps ne put ignorer la ressemblance de caractère avec la princesse, ce qui le fit sourire. Il hocha la tête, laissant de côté la surprise qu’il avait ressentie à l’apparition de cette étrange jeune femme.
« Bien ma d- Melodie, dans ce cas je serais honoré de te faire découvrir mes talents de danseur !, répliqua le jeune homme avec un sourire espiègle. »

Ils se mirent alors à tournoyer tous les deux, changeant de sens au gré des accords.

Thrista et Lena passèrent plusieurs fois devant le jeune couple royal alors qu’ils se mouvaient sur la piste de danse et à chaque fois Thrista pu voir le sourire du prince qui entraînait Siléna dans une danse complexe au grand damne de celle-ci. Il aperçut également la jeune femme aux cheveux de jais qui observait la princesse en retrait depuis les côtés de la piste de danse et eut un sourire en la voyant plus concentrée que jamais.
« Que penses-tu du prince ?, demanda la reine avec un sourire alors qu’ils tournaient l’un autour de l’autre, liés uniquement par les paumes de leurs mains.
– Eh bien ma première impression de lui à été très bonne. Thédric Junon est fils d’une ancienne famille noble et prestigieuse mais il reste humble. Je ne vante pas mes mérites en temps que juge de caractère, mais il me paraît être un homme bien. Je dois dire, cependant, que je n’ai pas été grandement surpris par lui, il était évident pour moi que Siléna n’accepterais jamais d’épouser quelqu’un qui voudrait lui marcher sur les pieds. Ils ont un caractère semblable et complémentaire ce qui est une bonne chose. »

La reine acquiesça silencieusement avant de répondre, un sourire s’étirant à nouveau sur son visage.
« Depuis toute petite elle ne supporte pas de faire ce qu’on lui demande, je dois avouer que cela m’a quelque peu surprise qu’elle accepte de se marier aussi facilement. »

Ce fut au tour de Thrista d’acquiescer.

« Je pensais qu’elle ferait de la résistance, qu’elle aurait imaginé un nouveau stratagème pour se défiler, mais c’était sans compter sur Thédric. Je ne l’avais jamais rencontré avant de lui présenter Siléna, aussi je ne savais à quoi m’attendre que ce que Marco m’en avait dit. Je dois dire que sa description était plutôt exacte, il m’avait promis qu’il ne marierait pas notre fille à un homme qu’elle n’apprécierait pas et il a tenu parole. Ils se sont entendu beaucoup plus rapidement que je ne le pensais. Et dire qu’aujourd’hui ils sont officiellement les futurs héritiers du royaume… »

La reine soupira et prit un instant un air mélancolique avant de retrouver son sourire.
« Les enfants grandissent si vite, je vous vois encore Siléna et toi en train de fuir Oscius dans les jardins du palais… Mais je ne dois pas être mélancolique en ce jour de fête ! Dis m’en donc plus sur ton périple Thrista, on me dit que tu reviens de Simériah.
– Oui, j’ai beaucoup voyagé ces deux dernières années. Je voulais voir de nouveaux types de magie et m’entrainer pour devenir meilleur. Cela fait un peu plus de deux ans à présent.
– Simériah est un continent ancien, la magie y est encore très puissante, je suis sûre que tu as dû trouver de nombreuses choses intéressantes. J’y suis moi-même déjà allé il y à longtemps, à l’occasion de la signature d’un traité commercial, et j’ai pu voir les temples d’Oriandre. On dit que ce sont les joyaux d’émeraude du monde connu, je n’ai compris pourquoi on les appelait comme ça qu’après les avoir vu. » Thrista acquiesça.
« J’ai eu la chance de pouvoir les admirer de mes propres yeux, répondit-il. »

L’image des hautes colonnes des temples dédiés à la déesse Oriandre, symbole de la sagesse et de la fertilité, taillées avec précision dans de l’émeraude lui revint en tête. Chacun des quatre temples possédait huit large colonnes toutes réalisées par des moines plus d’un millénaire auparavant, sur toute leur longueur on pouvait admirer de fines et précises gravures représentant la déesse lors de ses passages sur les terres simériennes. Nul ne pouvait contester la majesté de ces bâtiments millénaires tant les colonnes frappaient l’esprit et l’imagination. Thrista avait eu l’occasion de pénétrer dans l’un des quatre temples, dont l’accès était d’ordinaire restreint au public, lors d’une cérémonie annuelle en l’honneur de la déesse.
« Je ne peux contester leur beauté, mais elle est égalée à mon goût par la cascade du palais impérial d’Yso. »

La reine eut un petit rire.
« Eh bien mon cher, ce sont là des propos dangereux, remettre en question la suprémacie d’Oriandre sur de simples seigneurs ?, répliqua-t-elle. Mais je dois avouer que, malgré la controverse qui l’entoure, le palais impérial est magnifique en bien des aspects. Tu t’y connais donc, à ce que je vois, tu n’as donc pas passé ton temps à t’entrainer… »

Thrista sourit et fit non de la tête.
« J’ai voyagé une partie du temps avec un ami qui était fasciné par tout ce qui nous entourait, nous avons donc étudié l’histoire des lieux ou nous nous trouvions, expliqua-t-il alors qu’ils entamaient une nouvelle ronde mais cette fois-ci leurs autres paumes collées.
– Quelqu’un que tu as rencontré au cours de ton voyage ?, demanda la souveraine, l’air curieuse.
– Oui, on peut dire cela, répondit Thrista avec un sourire. »

Il allait continuer mais une sensation de froid le saisit soudain, comme si on lui passait la lame gelée d’une épée le long de la colonne vertébrale. Il frissonna et fut immédiatement sur ses gardes. Ce n’était pas la première fois qu’il ressentait une telle chose, et d’habitude cela ne présageait rien de bon. Le jeune homme avait pris l’habitude de laisser son énergie s’étendre autour de lui, créant une fine toile de magie lui permettant de ressentir l’utilisation du mana dans les alentours. La sensation qu’il avait perçue était très faible, quasiment trop faible pour être d’une quelconque importance, mais il préférait rester sur ses gardes. Thrista regarda autour de lui, observant chaque personne qui dansait sur la piste ou regardait depuis le bord, tentant de déchiffrer chaque expression. Il ne remarqua rien au premier abord, tout semblait normal, les invités dansaient, riaient, buvaient et discutaient en toute tranquillité, mais alors qu’il allait détourner le regard il la vit. Un infime flash de chevelure rousse passant entre un groupe d’invités. Il se concentra et alors que l’éclair roux disparaissait de nouveau il y eut un éclat lumineux, un reflet de lumière sur… une lame ! Tous ses sens furent en alerte dès qu’il aperçut l’arme. Il jura silencieusement et se concentra sur la silhouette furtive, celle-ci semblait savoir ce qu’elle faisait, elle se mouvait discrètement parmi les invités sans attirer l’attention. Le jeune homme devina immédiatement ce qu’il allait se passer, aux vues de là où elle se dirigeait.
« Thrista ? Tout va bien ?, demanda la reine, le faisant soudain sursauter. »

Il remarqua alors qu’ils avaient arrêté de danser et qu’il se tenait immobile, il tenta de se détendre afin de ne pas inquiéter la reine d’avantage avant de se rappeler qui elle était. Il croisa le regard de la souveraine et redevint aussitôt sérieux.
« Je suis désolé dame Léna, mais je crois que non, dit-il simplement avant de se tourner à nouveau, la silhouette s’éloignait en direction de la jeune héritière du royaume. Je crois que Siléna est en danger…, s’exclama Thrista avant de partir en direction de la princesse avant que la reine ne puisse protester. »

Espérons que j’arrive à temps !, pensa-t-il en se précipitant entre les invités, des perles de sueur froide recouvrant sa nuque. Il arrivait au bord de la piste lorsqu’il perdit de vue l’éclair roux. Le jeune homme regarda autour de lui, cherchant frénétiquement la silhouette des yeux mais ne parvenant pas à la trouver. Il avança donc en direction de la princesse, tentant de calmer son cœur qui battait de plus en plus fort, et fit de son mieux pour ne pas sembler alarmé. L’adolescent n’était plus qu’à quelques mètres de Siléna lorsqu’il la vit enfin. Une grande femme rousse au visage fin qui se tenait droite et regardait fixement la princesse, elle tenait discrètement une étrange dague dans sa main et fit un mouvement pour affermir sa prise qui n’échappa pas au jeune homme. Il regarda à nouveau la princesse, apercevant Hannah non loin de là, et sut tout de suite qu’il n’arriverait jamais à temps. Il avait reconnu ce style, ce n’était pas une simple dague, c’était une dague de lancer et elle était prête à faire son office. Il s’élança en direction de la femme rousse au moment où celle-ci tendait les muscles de son bras pour lancer son arme. Tout sembla ensuite se passer au ralenti. Thrista savait qu’il n’aurait jamais le temps d’intercepter l’arme et encore moins de sauver la princesse.
« Hannah !, s’écria-t-il par réflexe, alors que la dague allait quitter la main de la femme rousse, avant de se diriger vers l’assassin. »

La garde du corps se tourna vers lui, puis vers la femme et enfin vers la princesse, analysant la situation en un éclair. Sans perdre un instant elle s’élança vers la princesse, la bousculant elle et le prince afin de les mettre hors de portée du projectile. La femme rousse ne prit même pas le temps de vérifier si son coup avait touché, dès que son projectile eut quitté sa main elle tourna les talons et se précipita vers la sortie sans accorder un seul regard aux alentours. A l’instar de celle qu’il poursuivait, Thrista bouscula un bon nombre d’invités alors qu’il tentait de la rattraper, ne s’arrêtant pas pour s’excuser de peur de la perdre de vue. Alors qu’il arrivait près de l’une des sorties il vit la chevelure rousse et le bout d’une robe noire disparaître à l’angle du couloir, aucun des gardes ne l’avaient apparemment remarquée. Il aperçut également sur sa droite le ministre des arts affalé sur sa chaise, ronflant bruyamment et l’image de l’émissaire des Iles Karnines lui revint en mémoire. Le jeune homme s’arrêta une fraction de seconde sur le pas de la grande porte menant sur le couloir pour regarder derrière lui, il vit un attroupement autour de la princesse et Hannah se relever et lui faire un bref signe de tête. Il jeta un regard dans la direction de Todd, suivit de près par la reine, qui se dirigeait déjà vers sa partenaire. Il hésita un instant à l’appeler avant de se mettre à courir dans la direction empruntée quelques secondes plus tôt par la femme rousse, sachant qu’il n’y avait pas de temps à perdre faisant confiance à Hannah pour le mettre au courant. Le jeune homme ne se préoccupa pas des regards étonnés que les gardes lui lancèrent alors qu’il passait devant eux et traversa le couloir en trombe. Il en traversa plusieurs de suite, sans regarder derrière lui pour savoir s’il était suivi par les gardes du château, avant d’arriver enfin sur la terrasse menant aux jardins du palais. Il aperçut la silhouette agile courant déjà sur le mur du palais en direction du port et jura à voix basse avant de se remettre à sprinter. Il concentra son énergie dans ses jambes pour leur donner plus de puissance et parcouru l’allée boisée en quelques enjambées avant de sauter par dessus le haut mur, malheureusement l’assassin semblait également maîtriser la magie car elle se trouvait déjà quasiment hors de vue. Il retomba sur les pavés au milieu d’une foule d’hommes, de femmes et d’enfant célébrant le mariage par des chants joyeux. Il se fraya ensuite un chemin parmis la foule et jeta un regard en face, apercevant celle qu’il poursuivait, elle semblait toujours se diriger vers le port mais Thrista savait qu’il ne pouvait la perdre de vue au risque de la laisser s’échapper. Le jeune homme prit appuis sur un mur pour sauter sur le toit de l’un des larges bâtiments bordant la longue avenue, cela lui permit d’apercevoir plus distinctement la femme qui s’enfuyait. Il atterrit sur le toit au moment où une voix l’interpella, il se retourna et aperçu Hannah qui fonçait à travers l’allée du jardin. Le jeune homme lui fit signe de le suivre et reprit sa course, manquant de déraper sur les tuiles recouvrant les habitations. La garde du corps le rattrapa alors qu’il sautait sur le second toit, atterrissant avec souplesse sur sa droite.
« La princesse va bien !, glissa-t-elle alors qu’ils reprenaient leur course, ce à quoi Thrista acquiesça.
« Elle est là bas, expliqua-t-il en pointant le doigt vers la silhouette qui se glissait dans une rue secondaire. Je n’ai pas pu bien l’apercevoir mais je crois que c’est l’émissaire des Karnines, la femme rousse, ajouta-t-il. »

La jeune femme hocha la tête à son tour et ils accélérèrent l’allure, ne ralentissant même plus pour se réceptionner en passant d’un toit à l’autre. Ils commençaient à rattraper la femme lorsqu’ils arrivèrent en bordure du port. L’assassin sauta par dessus le toit et se dirigea vers le haut mur, ne ralentissant pas une seconde. Elle escalada ensuite un haut bâtiment et pris appuis sur une cheminée pour sauter sur l’un des passages longeant la falaise et menant sur les hauteurs de la ville. Thrista et Hannah suivirent le même passage quelques secondes plus tard, maudissant les larges marches pavées qui les obligeaient à ralentir légèrement l’allure. Lorsqu’ils arrivèrent enfin sur le haut de la falaise ils furent quelque peu surpris de voir la silhouette de la femme s’éloigner vers les remparts protégeant l’entrée du port. Thrista allait formuler sa surprise à haute voix lorsqu’il fut frappé par une forte bourrasque de vent et failli trébucher, il se reprit à temps mais fut ralenti. Hannah elle, au contraire, sembla accélérer et alors qu’ils passaient devant l’un des large postes de garde postés le long du mur, elle sortit une lame de sa manche. Thrista se rendit compte qu’elle portait encore la robe de bal et se demanda un instant si elle cachait toujours des armes sur elle. La jeune femme brune tendit son bras et projeta la lame droit devant elle avec force, le brun pensa qu’elle allait toucher sa cible lorsque la femme se retourna d’un coup et dévia la lame sur la droite à l’aide d’un long couteau ressemblant étrangement à celui qu’elle avait utilisé un peu plus tôt. Cela eu pour effet de la faire ralentir, elle aussi devait lutter contre les fortes bourrasques de vent qui soufflaient à cette hauteur. Ce ralentissement, aussi léger soit-il, sembla donner l’avantage à Hannah qui en profita pour se lancer en avant et en un éclair elle se retrouva devant la femme rousse, lui barrant le chemin.
« Halte ou cette fois je ne louperais pas !, s’écria-t-elle en sortant une seconde lame de sa manche alors que l’assassin se précipitait toujours en avant. »

La femme rousse sembla hésiter un instant puis fit immédiatement demi-tour avant de se retrouver face à face avec Thrista. Le jeune homme s’arrêta de courir à son tour et s’exclama.
« Vous ne pouvez plus fuir, rendez-vous ! »

Il n’était pas sur que sa voix ai portée jusqu’à la femme par dessus ce vent mais il fut rassuré lorsque la femme hésita de nouveau, se retournant vers Hannah puis de nouveau vers lui. Il la reconnut immédiatement, c’était bien l’intrigante femme rousse qu’il avait vu au bras du ministre quelques heures plus tôt, mais pourquoi l’émissaire des Iles Karnines voulait-elle assassiner la princesse de Tébor ? Il retournait la question dans tous les sens dans sa tête pendant que la femme se tournait alternativement vers lui puis vers Hannah, elle semblait réfléchir à la meilleure solution pour s’échapper. Se battre ne semblait pas exclu réalisa alors le jeune homme, aussi se prépara-t-il à lui faire face. Il y eut une autre forte bourrasque de vent et Thrista failli de nouveau se laisser emporter, manquant de passer par dessus le bord du mur et de sombrer dans l’océan plusieurs dizaines de mètres plus bas. Il entendit Hannah de nouveau.
« Ce n’est même pas la peine d’y penser, vous ne faites pas le poids !, s’exclama la jeune femme. »

La rousse se tourna un instant vers elle puis, après quelques secondes lâcha son arme et leva les bras en signe de résignation. Thrista soupira de soulagement avant qu’il ne remarque qu’elle s’était mise à rire. Même s’il ne parvenait pas à l’entendre il voyait ses épaules tressauter à la faible lumière du ciel étoilé et il aperçut la surprise sur le visage de la garde du corps.
« Vous êtes trop tard !, s’exclama-t-elle, toujours en riant, avant de reculer d’un pas vers le bord. »

Thrista comprit ce qu’elle allait faire un instant avant que cela ne se produise mais il était déjà trop tard. Apparemment Hannah avait compris elle aussi car il l’entendit crier, ses mots cependant furent absorbés par le vent qui envoyât soudain une forte bourrasque, faisant basculer la femme dans le vide et la projetant vers les vagues déchaînées tout en bas.


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Ombre & Plumes – 14 – Bal d’honneur


D’ombre et de plumes

14

Bal d’honneur


Les serviteurs s’affairaient dans toute la grande salle du palais, finissant la préparation des tables, plaçant les invités qui arrivaient et proposant des distractions sous forme de musique. Thrista et Todd entrèrent par l’une des portes secondaires sur la droite. Des tables sur lesquelles reposaient toutes sortes de plats occupaient les bords de l’immense pièce tandis que le centre avait été laissé libre afin de permettre aux invités de danser. De nombreuses personnes étaient déjà présentes, occupant les tables et se rassemblant en petit groupes afin de discuter et d’échanger les dernières nouvelles du royaume. Des éclats de rire pouvaient être entendus sporadiquement un peu partout. Thrista aperçut la famille royale au niveau de l’emplacement des trônes. Le roi, la reine ainsi que le seigneur Junon semblaient en pleine discussion avec plusieurs de leurs ministres, le prince et la princesse eux n’étaient pas visibles et Thrista se douta qu’ils devaient être parmi la foule d’invités en train de recevoir les vœux de chacun.
« Tiens, voilà Hannah !, annonça soudain le blond en désignant l’autre côté de la salle. »
Thrista regarda dans la direction que lui indiquait et aperçu effectivement la jeune femme brune. Il ne lui fallut que très peu de temps pour apercevoir la princesse à son tour, elle ne se trouvait pas à plus de cinq mètres de sa garde du corps.
« Le contraire m’aurait étonné, remarqua le blond avec un petit sourire en coin. »
Ils allèrent tous deux s’installer près d’une table peu peuplée et se servirent chacun dans les différents plats qui étaient disposés sur la table. Chacun pouvait trouver nourriture à son goût parmi la variété extraordinaire des mets disposés sur la table. Des plats de légumes, de fruits, de viande, de fruits de mer, de nourritures locales et exotiques de toutes les couleurs. Les odeurs se dégageant de chaque plat se mélangeaient et formaient un fumet appétissant, Thrista ne pu que se laisser tenter par cette variété de goûts qui lui était présentée. Tout en dégustant les différents plats ils observaient les invités qui arrivaient par l’entrée principale de la grande salle. Des femmes aux robes et aux parures frisant l’excentricité entraient aux bras d’hommes aux costumes et aux coupes de cheveux impeccables.
– Chacun essaye de faire son impression sur le nouveau couple royal, remarqua le jeune homme blond.
– Oui, c’est le seul but de cette soirée pour eux je le crains. Pourtant ce n’est absolument pas la bonne façon de s’y prendre avec la princesse…, acquiesça Thrista avec un sourire moqueur.
– Effectivement, ils devraient avoir compris depuis le temps que la princesse n’apprécie pas ce genre de chose…, ajouta une voix sur sa droite. »
Thrista se tourna et reconnu le jeune prince qui se tenait à côté de lui.
« Votre majesté, le salua Todd, rapidement suivit par Thrista
– Inutile de recourir à toutes ces formalités, j’en suis aussi fan que la Siléna… Vous devez être Todd, l’autre garde du corps de la princesse je présume, répondit-il avec un sourire franc en tendant la main alors que le blond hochait la tête. Et vous devez être Thrista, l’ami de Siléna. Elle m’a beaucoup parlé de vous, ajouta-t-il en se tournant vers le jeune homme brun. Apparemment vous vous connaissez depuis un certain temps déjà. »
Il fixa Thrista de ses yeux verts et le jeune homme sut tout de suite qu’il n’était là que par obligation et que s’il n’avait tenu qu’à lui il aurait passé cette soirée, à l’instar de la princesse, dans un lieu plus tranquille. Il n’avait aucune arrière pensé en venant à sa rencontre, simplement une envie de se distraire.
« Oui, répondit Thrista avec un sourire. Nous nous connaissons depuis que j’ai six ans, mon père m’amenait avec lui lorsqu’il travaillait pour le roi et je restais au palais le temps qu’il passait à son service. Nous avons passé beaucoup de temps ensemble au fil des années.
– C’est bien ce que je me disais, acquiesça le prince. Eh bien je suis ravi de vous rencontrer tous les deux, ajouta-t-il avec un petit hochement de tête.
– Siléna m’a aussi parlé de vous, cher prince, dit Thrista.
– Appelez moi Thédric, je vous en prie. Et puis tutoyons nous, Siléna vous l’a sûrement dit et je ne le répète jamais assez, mais je préfère que mes amis me tutoient. Et les amis de Siléna sont les miens, le coupa- le prince avec un sourire gêné.
– Très bien, ce sera Thédric dans ce cas, répondit Thrista en acquiesçant à nouveau. Je vois pourquoi Siléna a accepté de t’épouser. Vous avez des caractères très similaires, ajouta-t-il en plaisantant.
– Accepté de m’épouser ? Elle n’a pu résister à mon charme depuis qu’elle à posé les yeux sur moi ! Et au passage la princesse de Tébor est bien plus têtue que moi, elle fait honneur à sa réputation, rétorqua le prince en riant. »
Les deux jeunes gens rirent avec lui. Thrista aurait donné beaucoup pour assister aux moments où les deux jeunes gens se retrouvaient seuls, il devait y avoir des étincelles.
« Soit, je concède le fait qu’elle est la personne la plus têtue que j’ai rencontré jusqu’à présent, approuva le jeune homme brun avec un large sourire. Mais elle a aussi ses charmes, on ne peut le nier.
– Ce n’est pas faux, dit Thédric en hochant la tête. Mais je crois que peu de gens ont eu l’occasion de les remarquer réellement, ajouta-t-il avec un clin d’œil en direction du blond. »
Todd acquiesça, préférant ne pas répondre de peur de s’étrangler avec la boisson qu’il venait d’avaler car il avait du mal à se retenir de rire.
« Tout à fait votre maj- je veux dire, prince Thédric, articula-t-il lorsqu’il eut avalé.
– Juste Thédric, j’insiste, répéta le prince à l’attention du blond. Quoique, prince Thédric peut aller, ajouta-t-il en voyant l’air mal à l’aise du garde du corps.
– Merci, répondit ce dernier, visiblement un peu moins à l’aise que Thrista. »
Le prince hocha la tête et se tourna ensuite vers le brun au moment où il lui posait une question.
« La princesse ne m’a pas raconté comment vous vous êtes rencontrés. Je suis curieux de le savoir, si je puis me permettre, demanda Thrista au prince. »
Celui-ci le regarda instant tout en réfléchissant avant de répondre.
« Bien sur, dit-il enfin. Nous nous sommes rencontrés la première fois il y a un peu plus d’un an. Mon père m’avait annoncé mon mariage avec la princesse quelques jours plus tôt et nous nous étions préparés à accueillir la famille royale chez nous pour qu’ils fassent escale sur leur chemin vers Rouge-Val. C’est là que nous nous sommes rencontrés la première fois, ce sont nos parents qui nous ont présentés. C’était la rencontre la plus embarrassante de ma vie, la princesse avait un air tellement formel qu’elle en était raide comme un piquet, commenta-t-il avec un sourire à la fois moqueur et quelque peu gêné. Bien sûr je ne pourrais pas dire que j’étais très à l’aise moi-même, j’ai passé tout l’après midi sans lui adresser un seul mot. Ce n’est que le soir venu qu’elle m’a motivé à lui parler si je puis dire.
– Qu’entendez-vous- Mes excuses, qu’entends-tu par motivation ?, demanda Thrista en se reprenant immédiatement.
– Il n’y a pas de mal, l’excusa le prince en inclinant légèrement la tête. Je supporte mal que l’on me vouvoie et je les fuis les titres comme la peste autant que je le peux mais je puis faire un effort pour ce soir s’il le faut absolument, dit-il avec un soupir faussement abattu. Mais pourquoi cette question ?, demanda-t-il à son tour. »
Thrista sourit à cette question.
« Eh bien parce que ‘motivation’ n’a pas la même signification avec la princesse qu’avec tout le monde…, répondit-il, une lueur amusée dans le regard. »
Le prince sembla comprendre l’insinuation et eu un petit sourire complice. Todd lui aussi comprit ce que le jeune homme voulait dire mais se retint d’afficher toute expression, restant de marbre au prix d’un certain effort. Il savait pouvoir se permettre ce genre de chose aux côtés des deux autres jeunes hommes mais préférait garder un certain professionnalisme.
« Disons que j’ai cru comprendre être, et ce sont ses mots, ‘une poule mouillée pour ne pas voir le cran de causer à une jeune femme’, expliqua Thédric. »
Thrista parvenait sans grand mal à s’imaginer ces mots sortant de la bouche de Siléna. Le prince continua.
« J’ai fait ce que tout homme mur aurait fait dans ma situation : je lui ai répondu que je n’étais pas une poule mouillée et que c’était en partie sa faute si on n’avait pas échangé un seul mot de la journée, le jeune prince grimaça à ce souvenir. Ce n’était pas la décision la plus intelligente de ma vie je dois l’avouer, j’ai tenté de m’excuser mais elle est partie sans dire un mot. Ce n’est que le lendemain lorsqu’elle est venu s’excuser, à contrecœur j’en garde la certitude même si elle le dément, et j’ai pu lui présenter mes excuses à mon tour. Croyez le ou non après cet évènement nous avons passé les trois jours suivant à nous disputer, on peut dire que nous nous sommes détesté dès le début. Thédric se mit à rire. Nos parents croyaient ne jamais pouvoir mener cette alliance à bien. Et puis finalement nous avons trouvé un terrain d’entente en ce qui est du conformisme et des traditions. La Princesse tenait en horreur le fait de devoir faire bonne figure devant la cours et moi je tenais à avoir une certaine liberté vis-à-vis de mon titre. Le fait que nous détestions devoir respecter le code de bonne conduite à tout instant nous à rapproché, à notre surprise et à celle de nos parents, et finalement nous en sommes arrivé sans grand problème à ce compromis de mariage, conclu Thédric.
– Je n’en suis pas étonné, remarqua le jeune homme brun. Siléna n’aurait pas supporté quelqu’un qui aime jouer son rôle. »
Le prince hocha la tête d’un air approbateur avec un sourire.
« La princesse m’a parlé de vous, enfin de toi, si tu acceptes que nous nous tutoyions.
– Bien sûr, répondit le jeune homme brun. Excuse moi si je semble mal à l’aise, les habitudes sont difficiles à perdre… »
Thédric acquiesça silencieusement avant de continuer.
« Siléna m’a donc parlé de toi en quelques occasions mais depuis la semaine dernière nous n’avons eu le temps que d’échanger les mots sacrés de notre union. Elle ne m’a pas encore parlé de la raison de ta présence ici. Est-ce uniquement pour le mariage que tu as fait le déplacement ?
– Disons que oui et non, répondit Thrista. Cela fait bientôt deux ans que je voyage sur des terres lointaines et j’ai décidé il y a peu de revenir à la maison. Je compte participer au Tournois des Sages dans deux ans mais en attendant il me reste du chemin à parcourir et je souhaitais revenir en terre d’Ore pour m’entrainer jusqu’au tournois. Et qui sait, pourquoi pas même trouver des camarades de route. Et lorsque j’ai eu vent du mariage de Siléna je me suis finalement décidé à revenir. »
Le prince allait ajouter quelque chose lorsque Siléna s’approcha de lui un verre à la main et le salua d’une révérence.
« Mon Prince, dit-elle en s’inclinant devant-elle.
– Ma Dame. Ce dernier s’inclina à son tour, le visage souriant. »
ais il s’effaça bien vite alors que la princesse ne se relevait pas. Thrista remarqua que la princesse faisait exprès de prolonger ce moment et se douta qu’elle n’avait pas du apprécier d’être laissé seule au milieu des invités. Elle faisait à présent payer son nouveau mari. Formuler cette pensée comme cela parut bizarre au jeune homme, il avait du mal à se faire à l’idée que la jeune femme rebelle avec qui il avait joué il y avait si longtemps était mariée. Il eut un petit sourire moqueur en voyant Thédric mal à l’aise de devoir rester dans la position inconfortable où il était et celui-ci grandit encore lorsqu’il aperçut le clin d’œil que lui adressa la princesse en se relevant enfin. Elle se tourna ensuite vers lui et le salua brièvement à son tour.
« Cher Thrista, dit-elle en se baissant. Cher Todd, ajouta-t-elle en se tournant vers son garde du corps.
– Votre majesté, répondirent le garde du corps et le jeune homme brun en cœur en terminant leur révérence. »
Thrista aperçut alors la jeune femme brune non loin qui ne quittait pas la princesse des yeux, elle était vêtue d’une robe bleu marine (à son grand dam, au vue de l’expression qu’elle arborait) et le jeune homme ne détourna les yeux que lorsque Siléna parla de nouveau.
« De quoi discutiez vous avez tant d’intérêt ?, demanda-t-elle en se tournant de nouveau vers le prince. »
Ce dernier jeta un regard furtif au brun avant de répondre.
« Je demandais simplement à Thrista ce qu’il comptait faire maintenant qu’il est revenu. Il m’expliquait qu’il comptait participer au Tournoi des Sages et qu’il cherchait des compagnons de voyage. »
Il avait omis de mentionner son récit de sa rencontre avec la jeune femme et Thrista se doutait de la raison aux vues de ses expériences du tempérament de feu de la jeune femme.
« Ah oui !, s’exclama-t-elle. Nous en parlions hier. Lui aussi en est un grand fan, ajouta Siléna en se tournant vers Thrista tout en désignant le prince. »
Elle allait enchaîner avant qu’il ne puisse faire de réflexion à ce sujet lorsque le silence se fit dans la salle. Tous se tournèrent vers les souverains de la ville qui se tenaient debout devant leurs trônes. Le roi s’avança d’un pas et s’éclaircit la gorge pour prendre la parole.
« Chers amis, je suis heureux de pouvoir vous accueillir ce soir dans ce magnifique hall. Notre grande ville, fondée il y a huit cent ans par un simple pêcheur et sa famille, est aujourd’hui l’un de joyaux de ce continent et la fierté de notre pays. Elle est la preuve que qui que nous soyons, que d’où que nous puissions venir tout est possible avec persévérance et entraide. Aujourd’hui nous célébrons le mariage de notre bien-aimée princesse, ma fille Siléna, et de l’héritier de la famille Junon, Thédric, fils du seigneur Stanis. »
A ces mots la foule applaudit avec joie.
« Je souhaite donc leur souhaiter, de ma part et, j’en suis sur, de la vôtre, la meilleure chose possible pour leur futur : le bonheur, ajouta-t-il avec un sourire en levant un verre en direction du jeune couple. »
Tout le monde s’écarta pour les mettre en valeur, Thrista suivit le mouvement, suivi de près par Todd et Hannah, que ce dernier dut tirer par le bras pour lui faire comprendre qu’ils devaient se ranger. Les deux récent époux saluèrent la foule en levant leurs verres à leur tour avec un sourire chaleureux. Puis le roi reprit.
« Je souhaite également profiter de cette occasion rare que j’ai de m’exprimer sans être interrompu, commença-t-il avec un sourire malicieux, ce qui déclencha plusieurs rires et fit sourire les autres, pour ouvrir officiellement le bal en l’honneur de nos deux jeunes époux. »
Il tappa trois fois des mains et une musique plutôt lente mais joviale retentit. Il fit signe aux jeunes époux de les rejoindre de les rejoindre lui et sa femme avant de se diriger vers le centre de l’immense pièce, qui se trouvait à présent dépourvu d’invités, suivit de près par le seigneur Junon et d’une jeune femme brune que Thrista reconnu comme étant sa fille et la soeur du nouveau prince. Le jeune homme brun, qui se tenait sur le côté, vit un sourire moqueur apparaître furtivement sur les lèvres de la princesse alors qu’elle entraînait son maris sur la piste de danse. Il comprit pourquoi lorsqu’il vit le regard désespéré que le prince lançait à la piste de danse.
« Je crois qu’il n’aime pas ça…, lui lança discrètement Todd, recevant un regard noir de sa collègue aux cheveux de jais. »
Thrista sourit.
« Oui, c’est mon impression aussi. Mais je crois que Siléna prend un malin plaisir à le faire danser, ironisa-t-il en voyant le couple se mettre à danser à la suite du roi et de la reine ainsi que du seigneur Junon et de sa fille. »
La valse lente dura un peu plus de dix minutes, ce qui dût paraître une éternité au jeune prince pensa Thrista. Chaque cavalier fit danser sa partenaire en rond, tournoyant autour des autres couples puis les croisant et changeant de sens, faisant virevolter le tissu léger des robes et les amples rajouts de tissus des costumes. A la fin du premier temps, cavalier et cavalières changèrent, la princesse dansa avec le seigneur Junon, le roi avec la fille de ce dernier et la reine avec le prince puis au seconds temps ils changèrent ensuite et la princesse se retrouva avec son père, la reine avec le seigneur Junon et le prince avec sa sœur. Tous étaient d’excellents danseurs, même le prince qui semblait ne pas apprécier cet exercice autant que sa femme et sa sœur, démontrait son habileté de jeu de jambe et la qualité de ses mouvements précis. Ils finirent tous d’exécuter les derniers pas en complète synchronisation alors que les dernières notes retentissaient. Il y eu un petit silence puis ce fut un tonnerre d’applaudissements de la part des spectateurs qui souhaitaient exprimer leur appréciation pour ce spectacle. Le roi Marco, Siléna toujours à son bras, se tourna vers l’impressionnante assemblée en face de lui et sourit avant de parler à nouveau.
« Chers amis, j’espère de tout cœur que cette danse vous à plu. Je vous enjoins à présent à apprécier vous même les charmes de cet art délicat et fort à la fois. J’annonce que le grand bal est officiellement ouvert !, s’exclama-t-il un large sourire aux lèvres en désignant de son bras libre l’orchestre qui recommença à jouer sous les applaudissements des invités. »
Ceux-ci se pressèrent ensuite sur la piste pour danser à leur tour. Thrista aperçu la fille du seigneur Junon se diriger vers son frère et l’entraîner à nouveau sur la piste de danse, malgré ses protestations, et ce visiblement pour le plus grand plaisir de la princesse. Cette dernière se dirigeait droit vers le trio et s’arrêta devant Thrista.
« M’accorderiez-vous cette danse cher ami ?, demanda-t-elle avec un sourire.
– Bien sur Princesse, répondit Thrista avec une brève révérence et un clin d’oeil avant de lui offrir son bras et d’emmener Siléna sur la piste qu’elle venait de quitter. »
Todd se tourna vers Hannah mais à peine avait-il ouvert la bouche qu’elle s’était détournée pour observer la princesse.
« N’y pense même pas, le coupa-t-elle. »
Le blond soupira et eut un petit rire nerveux avant de lever légèrement les bras.
« Bien, bien ! Mais tu ne pourras pas fuir les conventions éternellement tu sais… Je n’insisterai pas plus car le devoir m’appelle mais il va bien falloir t’y plier un jour…, répliqua-t-il avant de se diriger vers une jeune femme aux cheveux châtains vêtue d’une élégante robe pourpre qui lui faisait signe quelques mètres plus loin sans même laisser le temps à sa partenaire de lui répondre. »
La jeune femme brune, dont les sourcils étaient à présent froncés, le vit s’élancer sur la piste et détourna quasiment aussitôt son attention pour se concentrer à nouveau sur la princesse avec un soupir agacé. Le jeune homme brun et la princesse tournaient lentement sur la piste depuis un moment avant que celle-ci ne prenne enfin la parole.
« Alors, que penses-tu de mon époux ?, demanda-t-elle avec un sourire.
– Eh bien il me semble fort sympathique et intéressant d’après le peu de temps où j’ai pu lui parler. Je comprends pourquoi tu l’apprécie, il a également l’air de ne pas apprécier plus que toi les conventions aristocratiques, ajouta-t-il avec un sourire moqueur. »
La princesse ne répondit pas mais lui écrasa discrètement le pied et il dût se retenir pour ne pas donner voix à sa douleur.
« Eh !, s’exclama-t-il à demi-voix lorsqu’il se fut repris, ça fait mal tu sais ! »
Thrista n’eut pour toute réponse qu’un sourire faussement compatissant de la part de sa partenaire.
« Il est évident aussi qu’il doit t’apprécier beaucoup pour accepter de danser avec toi… Alors qu’il n’aime pas du tout cela !, s’exclama-t-il à nouveau avant que la princesse ne puisse à nouveau lui écraser le pied. »
Siléna le regarda un instant, surprise, puis un sourire machiavélique se dessina sur ses lèvres.
« J’ai failli être surprise que tu le remarques mais après tout c’est plutôt évident et tu étais juste à côté de lui avant que l’on ne danse. J’ai deviné qu’il détestait ça depuis le début mais jamais il n’a osé me le dire, alors je continue à faire comme si de rien était et je le fais danser aussi souvent que possible…, répondit-elle en gloussant légèrement. »
Ils continuèrent à danser en silence pendant quelques secondes avant que la jeune femme ne parle à nouveau.
« D’ailleurs si je crois bien me souvenir, toi non plus tu n’es pas un grand amateur de danse…, lança-t-elle avec un sourire en coin alors qu’ils tournoyaient lentement entre les autres couples. »
Thrista rit légèrement avant de répondre.
– Oui, c’est vrai que je n’aimais absolument pas de danser auparavant, mais j’ai appris à l’apprécier assez récemment, grâce à un excellent professeur…, répondit le jeune homme brun, un léger sourire mystérieux au visage.
– Ah oui ?, demanda la princesse, curieuse.
– Oui. J’ai eu l’occasion de voir des danses magnifiques et la possibilité d’y participer et je dois dire que cela a entièrement changé mon point de vue. Je te le raconterai peut-être un jour…, ajouta-t-il avec un clin d’œil joueur. »
La princesse soupira et donna une légère tape sur l’épaule de Thrista, elle allait donner voix à ses protestations lorsqu’elle aperçut sa garde du corps, sur l’un des côtés de la piste, dont le regard restait fixé sur elle. Elle soupira de nouveau.
« J’en connais une qui aurait bien besoin d’une illumination aussi…, dit-elle en baissant légèrement la voix et en faisant un discret signe de la tête vers Hannah. Elle prend son travail beaucoup trop au sérieux et ne connais pas la demi mesure… »
Thrista glissa un regard vers la garde du corps et un léger sourire se dessina sur ses lèvres alors qu’il tentait d’imaginer la jeune femme brune au visage sévère en train de s’amuser.
« J’ai du mal à me l’imaginer en train de sourire, je dois l’avouer…, répliqua-t-il. Mais, ajouta-t-il après un léger temps de réflexion, si tu tiens tellement à ce qu’elle se détende, pourquoi ne pas utiliser ce sérieux contre elle ? »
La princesse le regarda un instant avant de lui demander de continuer, l’air très intéressée.
« Eh bien, elle fait ce qu’elle à été payée pour faire, non ? Protéger la princesse et lui obéir ?, ajouta-t-il, un sourire entendu sur les lèvres. »
Siléna continua de le fixer un instant sans réagir avant de comprendre ce qu’il insinuait et qu’un sourire machiavélique vienne relever les coins de ses lèvres. Toute personne passant à côté à ce moment aurait pu prendre ce sourire pour un simple sourire heureux et enjoué mais Thrista, qui avait longtemps participé aux machinations de la jeune femme, su immédiatement qu’il ne signifiait rien de bon. Avait qu’il n’ait pu réagir ou dire quoi que ce soit cependant, la princesse s’arrêta de danser et fit signe à la jeune femme brune de s’approcher d’eux. La garde du corps s’avança rapidement à travers la foule dès qu’elle comprit que la princesse lui demandait de les rejoindre. Thrista allait demander à la jeune femme blonde ce qu’elle préparait mais il fut pris de cours par la rapide arrivée de la dénommée Hannah.
« Vous avez besoin de moi, princesse Siléna ?, demanda la brune. »
Malgré tout ce que la princesse avait pu dire ou faire, sa garde du corps n’avait pas démordu du titre qu’elle ajoutait devant son nom, refusant toute forme d’informalité avec elle, contrairement à son partenaire blond qui lui n’avait pas eu de mal à s’y habituer.
« Oui, j’ai un service à te demander, répondit Siléna en hochant la tête.
– Tout ce que vous voudrez ma Dame.
– Bien. Avant je souhaitais juste te demander une chose. La garde du corps attendit en silence que la princesse pose sa question. Pourquoi ne fais-tu pas comme Todd ? Ce soir est un soir de réjouissance, pourquoi n’es-tu pas en train de le fêter comme il se doit ?, demanda-t-elle. »
Hannah la regarda un instant avant de répondre.
« Mon devoir ce soir est avant tout de vous servir et de vous protéger, je ne fais que ce qui est attendu de moi. Toute autre activité se ferait au détriment de votre sécurité princesse, et je ne souhaite vous mettre en danger, aussi préférais-je rester en retrait. Si toutefois vous souhaitez de moi que je me mêle plus discrètement aux autres invités alors je ferais ainsi…, dit-elle en ne quittant pas la jeune femme blonde des yeux. »
Siléna acquiesça, son sourire devenant plus large lorsqu’elle eut fini. Elle lança un regard amusé à Thrista, ce fut à ce moment que le brun comprit ce que la princesse avait derrière la tête exactement.
« Siléna, attends-, commença le jeune homme. »
Mais il fut interrompu par la blonde avant de pouvoir protester.
« Très bien. Dans ce cas je veux en effet que tu danse. »
Un court instant, le visage de la jeune femme brune trahit sa surprise, mais elle se ressaisit rapidement. Elle s’apprêtait à protester lorsque Siléna continua.
« Tu vas danser la prochaine danse avec mon partenaire, Thrista ici présent, pendant que moi je vous regarderai depuis le bord de la piste. Je serai en vue durant tout ce temps, si c’est ce que tu comptais utiliser comme argument pour protester !, s’exclama la princesse alors qu’Hannah ouvrait la bouche pour répliquer. Je ne serai pas loin, et tu ne peux me désobéir, c’est un ordre, ajouta-t-elle. »
Avant qu’aucun des deux autres ne puisse protester elle s’éloigna ensuite d’un pas décidé vers le bord de la piste. La jeune femme brune était sur le point de se retourner et de la suivre lorsque Siléna la prit de court en se retournant d’abord, Hannah se figea sur place. La princesse était déjà à plusieurs mètres de distance et elle forma plusieurs mots en silence à l’adresse de sa garde du corps. Allez, danse, c’est un ordre. Hannah se retourna vers Thrista qui haussa les épaules puis lui tendit son bras, résigné. La jeune femme soupira, exaspérée, et le suivit sur la piste. Ils se mirent en position. Aucun des deux ne remarqua le sourire satisfait et victorieux sur le visage de la princesse alors qu’elle se rapprochait du bord de la piste.
« Je ne sais pas danser, annonça simplement la garde du corps en fixant, les sourcils froncés, un point invisible au-delà de Thrista. »
Le jeune homme mit un certain temps à comprendre qu’elle s’adressait à lui.
« Concentre-toi sur mes pas et ça ira tout seul, répondit-il avec un sourire avant de se mettre à bouger en rythme avec la musique lente qui venait à présent de reprendre. »


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Ombre & Plumes – 13 – Le mariage


D’ombre et de plumes

13

Le mariage


La procession avançait lentement au milieu de la foule nombreuse. Des gardes délimitaient un passage de chaque côté, maintenant le public à une certaine distance du convoi. La princesse était installée sur un carrosse en bois ouvert tiré par deux étalons noir et pouvait ainsi saluer le peuple de la cité en passant. Le roi et la reine eux se trouvaient un peu en avant et avançaient eux aussi à cheval. De nombreux nobles suivaient leur exemple entre eux et la princesse et derrière le carrosse de la jeune femme, soit à cheval soit à pied. Venaient ensuite à la fin du cortège les prêtres d’Eneleïa, chargés de transporter le coffre renfermant les joyaux de la couronne. En théorie ce devait être le cas, en pratique seuls deux diadèmes se trouvaient dans le coffre, un pour la princesse et l’autre pour son époux. Les deux diadèmes étaient quasiment identiques, forgés en ivoire blanc ils possédaient chacun une gemme en leur centre l’une une émeraude pour le prince et l’autre un saphir pour la princesse. Six prêtres étaient présent à l’arrière de la procession, chacun représentait l’un des six temples de la ville, ils formaient le conseil religieux d’Eneleïa, composé uniquement des hauts prêtres de chaque temple. Chacun était vêtu d’un habit cérémonial respectif à l’ordre auquel il appartenait. Quatre d’entre eux portaient le coffre en fer forgé, les deux autres menaient la marche avec un brûleur d’encens, qui expulsait une légère traînée de fumée derrière eux, et un rameau d’olivier sacré afin de bénir l’union des deux jeunes gens. Des pétales de fleurs tombaient de tous côtés, jetés par les passants en l’honneur de la princesse et de son mariage.
Thrista se trouvait derrière le carrosse de Siléna un peu en retrait, il marchait à côté du garde du corps blond. Todd, qui avait tout d’abord décidé de suivre Hannah et de rester le plus proche possible de la princesse, avait rapidement abandonné l’idée devant l’absence de réaction de sa partenaire lorsqu’il avait tenté d’entamer une conversation.
« Elle ne se rend pas compte à quel point elle est frustrante à vouloir trop bien faire…, se plaignait-il en soupirant à un Thrista amusé. Au moins le courant passe plutôt bien avec la princesse… Encore heureux… »

La veille ils avaient passé le reste de l’après midi en compagnie de la princesse alors que celle-ci parcourait le palais afin de veiller au bon déroulement des derniers préparatifs. Thristé ne s’était retiré que lorsque la nuit était tombée, après avoir salué le roi et la reine une nouvelle fois, et était rentré afin de se reposer pour la journée à venir. En effet, il devait se réveiller suffisamment tôt pour se rendre au palais sans être importuné par la foule de visiteurs qui se masserait devant afin de retrouver la princesse avant la procession. Il s’était revêtu de ses plus beaux habits pour l’occasion, à la surprise de Siléna visiblement puisque celle-ci ne sembla pas le reconnaître immédiatement. Il avait ensuite suivit celle-ci ainsi que Hannah et Todd jusqu’à l’entrée du palais d’où devait commencer le trajet jusqu’à la cathédrale.

Le convoi arriva par l’entrée sud de la grande place. Celle-ci était bondée, les citoyens de la ville comme les touristes s’étaient regroupés autour du centre de la place où se trouvait un piédestal de plusieurs dizaines de mètres carrés qui était surélevé d’un bon mètre cinquante par rapport à la place. C’est habituellement là que se plaçaient les commerçants les plus influant de la ville lors du marché, aujourd’hui cependant cet espace était totalement recouvert d’une foule compacte qui attendait patiemment l’arrivée du convoi. Au centre se trouvait une immense statue en bronze représentant les deux frères fondateurs de la ville. A son entrée la procession fut acclamée par des milliers de voix, la rumeur se propagea rapidement et bientôt toute la place retentit d’acclamations et de cris de joie à l’intention de la princesse qui était tout sourire en saluant la foule en retour. Le carrosse passa à côté du centre de la place et le contourna pour s’arrêter devant la grande arche à l’entrée du temple d’Esselia, la divinité du soleil. Toute la procession s’arrêta à son tour. Seuls les prêtres continuèrent d’avancer, passant parmi les nobles et les invités présents dans la procession qui s’étaient regroupés en deux rangs sur chacun des côtés, ils montèrent les marches du temple et disparurent à l’intérieur. Le roi et la reine descendirent de leurs montures et allèrent rejoindre leur fille, ils montèrent alors tous les marches du temple. Le roi Marco et sa fille disparurent à l’intérieur à la suite des prêtres tandis que la reine attendait dehors l’arrivée du prince en saluant la foule. Celui-ci arriva quelques secondes plus tard accompagné de son père, ils chevauchaient tous deux des chevaux blanc. Le prince était habillé de noir et de rouge et portait une longue cape sur le dos. Lorsqu’il passa devant Thrista et Todd, les deux jeunes hommes en profitèrent pour l’étudier de plus près. Il était de taille moyenne, brun, les cheveux mi-longs et bien coiffés, mais Thrista se doutait qu’il devait les avoir en bataille habituellement car il semblait faire extrêmement attention à ne pas les ébouriffer. Il avait une courte barbe, les sourcils légèrement plus foncés et en bataille ainsi que les yeux d’un vert sombre. Ses traits étaient à la fois déterminés et jovial, il souriait chaleureusement à la foule en la saluant mais semblait un peu stressé. Son père au contraire restait droit et fier en saluant la foule, il ne regardait rien d’autre que devant lui à mesure qu’il avançait.

« Je comprends mieux à présent pourquoi elle n’a pas trop protesté…, glissa Thrista au blond avec un clin d’œil. »

Ce dernier répondit par un sourire.
« Plutôt charmant n’est-ce pas ?, acquiesça Todd avec un petit sourire en coin. »
L’ensemble de la procession repartit pour suivre le prince et son père à mesure qu’ils approchaient du temple. Ils descendirent de leurs montures et parcoururent les marches menant à l’entrée avant de s’arrêter au niveau de la reine et de s’incliner. Lena les salua à son tour puis ils firent un dernier signe au public avant de pénétrer dans l’imposant bâtiment de pierre taillée. Les membres de la procession firent alors de même et pénétrèrent dans le temple, ils furent suivis par de nombreux citoyens et visiteurs qui se trouvaient sur la place. Tous ne purent rentrer mais plusieurs centaines de personnes se trouvaient déjà dans le bâtiment lorsque Todd et Thrista aperçurent de nouveau Hannah. Ils s’étaient placés sur la droite, un peu en retrait, de l’autel en l’honneur de la déesse où la cérémonie allait réellement avoir lieu. Le prince se tenait debout à côté de la reine Lena et en face de son père. Les six prêtres étaient debout devant l’autel, l’un d’entre eux se tenait  en avant et semblait être celui en charge de la cérémonie. Thrista observait chacun d’entre eux tour à tour lorsque l’un d’eux se tourna discrètement vers lui. Le jeune homme reconnu Zani, le Maître Ancien du temple de Sha’ana. Celui-ci lui fit un clin d’œil rapide avant de se tourner de nouveau vers la salle. Thrista repensa aux mots du vieil homme la veille. Evidemment ! Il n’était pas juste l’un des trois Maîtres Anciens du temple mais le Haut Prêtre de Sha’ana…  Thrista sourit à cette pensée. Il ne s’en serait pas douté, le vieil homme ne se comportait pas du tout comme les autres prêtres qu’il avait pu croiser. Il regarda autour de lui et aperçut soudain la jeune femme brune qui s’approchait discrètement de l’autel du côté opposé. Elle l’aperçut mais ne lui fit aucun signe et se tourna simplement vers l’entrée.
« La cérémonie va bientôt commencer je crois, annonça alors Todd en faisant un signe de tête vers la jeune femme qu’il avait également aperçu.
– Oui, la princesse de devrait plus tarder maintenant, acquiesça Thrista. »

Le brouhaha qui s’était installé dans l’immense espace de la salle du temple se dissipa peu à peu pour laisser place au silence. Plus un bruit ne vint perturber ce silence pendant de longues secondes jusqu’à ce que les cloches de la ville sonnent annonçant maxima. Des trompettes se firent alors entendre, le prince se redressa. Tous se levèrent dans la salle et se tournèrent vers l’entrée du temple. Siléna se tenait debout au bras de son père, souriante. Les trompettes raisonnèrent de nouveau et cette fois des cœurs se firent entendre de chaque côtés de chaque côté des immenses colonnes qui bordaient la salle. La princesse et le roi avancèrent lentement le long des rangs, à mesure qu’ils se rapprochaient de l’autel les sujets présents dans la salle saluaient leurs souverains. Ils s’arrêtèrent uniquement une fois arrivé en face du jeune prince. Marco lâcha la main de sa fille avec un sourire et alla se placer à côté de Stanis Junon. Siléna et Thédric se tournèrent alors vers le haut prêtre qui se trouvait en face d’eux. Ce dernier les observa un instant, demandant silencieusement s’ils étaient prêts, ils hochèrent imperceptiblement la tête et il s’avança vers eux un grand livre à la main.
« Mes Seigneurs, mes Dames. Nous sommes aujourd’hui réunis dans la maison d’Esselia pour célébrer l’union de deux jeunes gens. Notre bien aimée héritière, la princesse Siléna Daastan va aujourd’hui épouser l’estimé Thédric Junon, dernier fils de la noble maison des Junons. C’est pour nous tous une grande fierté que de voir ces deux familles s’unir dans notre belle cité et c’est sous l’auspice favorable de la déesse que nous allons célébrer cette union. »

Il ouvrit alors l’imposant tome et commença à réciter une prière en ancien langage. C’était un long éloge à la déesse Esselia, divinité du soleil et bienfaitrice de cette cité qui jadis avait donné aux fondateurs de la cité la larme de lumière. Selon la légende cette larme avait coulé de la joue même de la déesse lorsqu’elle avait assisté impuissante à l’exécution de son fils. Cette larme avait été gardée par Esselia et donnée en signe de bénédiction à l’aube des temps. Perdue pendant un temps elle fut retrouvée par le père des fondateurs de la cité et serait soit disant gardée en lieu sûr depuis ce jour, attendant patiemment le moment de sa libération. Car la légende ajoute qu’elle ne sera libérée que par le cœur le plus bon et le plus courageux lorsque tout semblera perdu et que l’espoir aura quitté ce monde. A mesure que le prêtre récitait ces lignes, les autres les chantaient en cœur et elles étaient reprises en canon par les chœurs sur les côtés. Lorsqu’il arriva enfin à la fin et qu’il se tut seul la respiration des centaines de personnes présentes dans la salle pouvait être entendue. Il fit alors signe au prêtre qui se trouvait le plus à droite, ce dernier approcha avec le brûleur à encens. Le premier prêtre posa le livre sur l’autel et le second se plaça devant les futurs mariés. Il entama un chant tout en balançant lentement le brûleur de droite à gauche, il fit alors le tour du couple par la droite puis par la gauche et revint se placer devant eux. Le premier prêtre s’approcha de nouveau.
« Jurez vous de vous de rester fidèle à la promesse sacrée jusqu’à la fin, Thédric Junon fils de Stanis Junon ?, demanda-t-il alors en regardant le jeune homme dans les yeux.
– Oui, je le jure, répondit le jeune homme d’une voix assurée après un instant de silence. Thrista fut surpris par la voix grave du jeune homme lorsqu’il répondit. Le prêtre hocha simplement la tête et se tourna vers Siléna.
– Et vous, Siléna Daastan, fille de Marco Daastan et de Lena Daastan, jurez vous de rester fidèle à la promesse sacrée jusqu’à la fin ?
– Oui, je le jure, répondit la jeune femme quasi-immédiatement. »

Le premier prêtre hocha de nouveau la tête. Thrista aurait juré qu’à ce moment la pièce s’était éclaircie. Le prêtre au brûleur se retira et reprit sa place. Un troisième prêtre s’approcha alors avec un calice en bronze rempli d’un mélange d’eau et d’huile. Le premier fit signe au roi et à la reine ainsi qu’au seigneur Junon de s’approcher.
« Que la bénédiction de vos aînés et de leurs ancêtres scelle cette promesse, ajouta-t-il alors. »

Chacun leur tour le roi, la reine et Stanis Junon tempèrent leur pouce dans le calice et marquèrent la princesse et le futur prince. Puis, les prenant par la tête, ils les embrassèrent sur le front en signe de bénédiction. Le troisième prêtre se retira alors également, laissant cette fois-ci la place à Zani. Ce dernier s’avança avec une longue bande de tissus blanc. Il prit les mains des jeunes gens et tendit celle du prince en avant, paume vers le bas puis, posant celle de la princesse par-dessus, il les enroula délicatement dans le tissus. Il se recula ensuite légèrement avant de parler d’une voix forte pour que tous entendent.
« Cette étoffe symbolise le lien unique et sacré qui vous unit à présent devant les dieux. C’est un lien fragile et précieux, il sera de votre devoir de le préserver et de le renforcer pour le faire devenir indestructible et éternel. »

Zani s’inclina alors respectueusement devant les futurs mariés avant de reprendre sa place sa place. Ce fût enfin au tour des deux derniers prêtres de s’avancer, ils portaient tous deux le lourd coffre en bois d’ébène recouvert de feuilles d’or. Ils le posèrent devant le couple et se reculèrent à l’instar de Zani quelques secondes plus tôt. Le haut prêtre en charge de la cérémonie s’avança vers le coffre et l’ouvrit. Il en sortit une première couronne en ivoire qu’il déposa délicatement sur un coussin bleu marine que lui présentait l’un des deux prêtres porteurs du coffre. Il sortit ensuite une seconde couronne qu’il déposa sur un second coussin tenu par le second prêtre. Refermant le coffre il s’approcha du prince et de la princesse. Il se tourna vers la couronne au saphir et la prit entre quatre doigts, il la déposa délicatement sur la tête de la jeune femme blonde. Il fit de même avec la seconde couronne pour le jeune homme brun.
« Vous êtes les héritiers de la volonté d’Esselia. Vous devrez vivre par ses principes et faire en sorte que chaque âme de ce royaume puisse en faire de même, telle est votre mission en tant que souverains. Il marqua une courte pause pendant laquelle il observa l’audience. A présent, de part les pouvoirs qui me sont conférés par le conseil des six hauts prêtres, et selon la volonté des dieux : dans le sanctuaire sacré qu’est la maison d’Esselia, je vous proclame mari et femme !, acheva-t-il en plaçant sa main au dessus de celles des deux jeunes gens. »

Pendant plusieurs longues secondes il ne se passa rien. Puis une lumière aveuglante envahit le temple, illuminant chaque recoin, faisant entièrement disparaître l’ombre du monde l’espace d’un instant. Lorsqu’elle se dissipa le tissus avait disparu et aux doigts des héritiers on pouvait apercevoir deux bagues d’or, d’argent et de bronze forgés ensembles. Thrista observa ces dernières un moment. De là ou il se trouvait il ne pouvait pas voir tous les détails mais il devinait une excellente finition, une union parfaite de ces trois métaux en un seul anneau. Il aperçut brièvement Hannah en train de ranger sa dague et de se redresser lorsque le blond lui donna un coup de coude pour attirer son attention.
« Je ne sais pas ce qu’il s’est passé mais en tout cas Hannah était prête à agir…, soupira ce dernier en chuchotant. »

Le prêtre alors les mains des mariés dans les siennes et les leva de nouveau bien haut.
« La déesse à béni cette union sacrée. Vive les héritiers, vive les mariés !, s’exclama-t-il. »

Toute l’assistance reprit alors ces mots en cœur en se levant et en applaudissant joyeusement. Les nouveaux mariés et leurs parents se dirigèrent lentement vers l’extérieur du temple, suivis de près par Hannah, Thrista et Todd ainsi que les prêtres et toutes les personnes venues assister à la cérémonie. Lorsqu’ils furent enfin à l’extérieur Siléna et Thédric saluèrent le peuple de la cité qui attendait impatiemment la fin de la cérémonie. Celui-ci n’attendait que cela pour démarrer les festivités et c’est dans une explosion de cris, de sifflements de joie et de nuages de couleur que la célébration du mariage débuta.

—–

Des musiciens, des danseurs, des jongleurs, des cracheurs de feu, des funambules et une myriade d’autres artistes paradaient dans les rues aux côtés des chars que les habitants avaient passé les semaines précédentes à construire, produisant ainsi un festival de son, de couleurs et d’odeurs. Chacun chantait ou dansait, courrait ou riait en voyant passer le défilé en l’honneur des mariés. De gigantesques chevaux, oiseaux, lions et dragons avançaient lentement le long de rues de la ville en crachant des flammes ou battant des ailes. Tous se rejoignaient ensuite sur la grande place et en faisaient le tour en passant devant le jeune couple royal avant de disparaître à nouveau dans les rues de la ville. Du ciel la ville ressemblait à présent à une fourmilière géante qui se serait réveillée de son hibernation. La cérémonie du mariage en elle-même n’avait pas duré plus d’une heure et demi mais à présent venait la grande parade. C’était un rituel et une tradition pour tout mariage royal dans la cité portuaire, la ville organisait un immense défilé de chars et les souverains se devaient d’y participer. Le roi Marco et la reine Lena, accompagnés du seigneur Junon avaient déjà embarqué sur le leur, c’était un char en forme de grand étalon noir. Mais tout le monde attendait impatiemment que le jeune couple donne le départ de la parade en embarquant sur leur char. Lorsqu’un hippogriffe de bois géant coloré de rouge et d’or apparu sur la place la jeune femme blonde se leva et avec l’aide du prince elle embarqua dessus suivie de près par sa garde du corps et de Thrista et Todd. Le couple s’installa sur les deux trônes sur la tête de l’animal, saluant le peuple d’Eneleïa alors que le char démarrait, tandis que Thrista et les deux gardes du corps se tenaient debout un peu en retrait. L’hippogriffe fut accueilli par de nombreux cris de joie lorsqu’il arriva à l’entrée est de la place, Siléna et Thédric se levèrent et saluèrent la foule à mesure qu’ils s’enfonçaient sur la grande avenue. L’étalon noir venait ensuite avec à son bord les deux souverains souriant, puis venait un lion, un gigantesque goéland, un éléphant, un renard et un dragon. Sur chacun d’entre eux se trouvaient des gens, que ce soient des nobles de la cour, de riche marchands ou de simple citoyens de la ville, tous participaient à ce défilé et suivaient les deux chars royaux. En se retournant Thrista pu apercevoir deux des capitaines des vaisseaux Galaediens sur le goéland, il cru aussi reconnaître la femme rousse en grande discussion avec le propriétaire de l’immense renard qui n’était autre que le ministre Horace Vilnius.
Le défilé s’étendait sur plusieurs kilomètres, des dizaines de chars s’étaient à présent joints à celui de la princesse et de son époux à mesure qu’ils parcouraient les rues de la ville. Certains étaient tirés par des bêtes, d’autres poussés par des gens, certains mêmes avançaient grâce à de la magie. Thrista pouvait ressentir la puissance qui émanait du bois et qui l’animait en se concentrant un peu. La file immense parcourait ainsi toutes les grandes avenues de la ville pour annoncer au peuple la bonne nouvelle et marquer le début officiel des festivités qui allaient durer quasiment trois jours. Les chars passèrent successivement par les quartiers est, là où étaient regroupés de nombreux marchands, par les quartiers nord, où se trouvaient les casernes militaires et deux des trois hôpitaux de la ville. Puis enfin par le quartier ouest, quartier d’habitations, où Thrista pu apercevoir l’auberge de Carmen, avant de rejoindre les quartiers en passant par les immenses docks du port alors que le soleil commençait à disparaître à l’horizon. Lorsque l’hippogriffe géant revint enfin à son point de départ le soleil avait déjà à moitié disparu et le ciel s’était assombri, l’après midi était terminé. Le couple descendit et partit en direction du palais après avoir salué la foule une dernière fois, accompagné du roi et de la reine, pour finir les préparations du repas et du bal organisés le soir même. Le seigneur Junon lui repartit de son côté pour régler une affaire urgente d’après ce que Thrista pu comprendre en le voyant s’excuser auprès du couple royal. Il descendit du char avec Todd et Hannah à la suite de Siléna et du prince Thédric et les suivit jusqu’au palais avant de s’excuser à son tour. Le jeune homme ne souhaitais pas attendre au palais l’ouverture du banquet et préféra plutôt aller se promener sur les quais du port en attendant la tombée de la nuit. Il fut rejoint par le jeune homme blond qui avait laissé le soin de protéger la princesse à sa partenaire.
« Je n’en peux plus d’être confiné à devoir suivre la princesse en permanence, non pas que je ne l’apprécie pas, elle est très sympathique, mais le métier de garde du corps n’est pas fait pour moi…, expliqua-t-il à Thrista lorsque celui-ci s’étonna de voir le blond le suivre. Il est temps que ça soit fini, deux semaines c’est bien suffisant à mon goût… »

Todd soupira ce qui fit rire Thrista.
« Je te comprends, je ne pourrais pas faire ça je pense, je tiens trop à ma liberté…, commenta le jeune homme brun alors qu’ils marchaient le long de l’un des docks de chargement des marchandises en partance pour les autres continents.
– J’ai été fou d’accepter ça…, ajouta Todd. »

Les deux jeunes hommes saluèrent alors des marins qui passaient dans le sens opposé au leur.

« Mais bon, il faut bien se nourrir…
– Dis-toi que c’est bientôt fini, le taquina Thrista avec un sourire moqueur. »

Le blond eut un petit soupir amusé mais ne répondit pas à la provocation. Ils passèrent non loin des vaisseaux de la Trinité qui étaient stationnés dans une partie réservée et inaccessible au public du port et remontèrent en direction du palais par une route parallèle à la grande avenue sud. Les étoiles étaient déjà bien visibles dans le ciel, la constellation d’Ystos était étonnamment claire pour une journée de printemps remarqua le jeune homme brun. Elle n’apparaissait en général que lors des plus douces nuits d’été.
« Que comptes-tu faire ensuite ?, demanda soudain Todd alors qu’ils passaient devant le dernier entrepôt marquant la fin de la zone portuaire et le début du vrai quartier sud de la ville.
– Après ce soir ?, demanda Thrista. »

Le blond hocha la tête en signe d’approbation.

« Eh bien je ne sais pas trop encore, je ne compte pas rester très longtemps, deux ou trois jours tout au plus, le temps des festivités, ensuite je pense repartir, voyager vers l’ouest ou le sud, c’est à voir. J’ai encore beaucoup d’endroits à découvrir et de mages à rencontrer pour m’entraîner avant le tournoi, répondit-il. »

Todd hocha de nouveau la tête, l’air pensif.
« Cela fait longtemps que tu voyages ?, demanda-t-il. »

Thrista regarda le ciel un instant avant de répondre.
« Oui, pratiquement deux ans maintenant, répondit-il sans quitter le ciel des yeux. »

Il n’avait plus pensé à Asselia et à la ferme depuis un long moment. Soudain l’image de son père le jour où il était parti lui revint, il l’avait laissé partir sans même un regard derrière lui. Ces souvenirs en rappelaient d’autres plus ancien encore et plus douloureux aussi, des souvenirs qu’il aurait préféré oublier mais qu’il ne pouvait se résoudre à laisser tomber dans l’oubli. Le jeune homme ne put se départir d’une certaine mélancolie durant tout le trajet depuis le port jusqu’au palais, et si le blond remarqua quoi que ce soit il ne posa pas de question, au grand soulagement de Thrista. Il appréciait Todd mais ne se sentait pas du tout apte à répondre à des questions trop personnelles. Ils marchèrent ainsi, discutant de leurs projets, des grandes nouvelles qui circulaient dans le royaume et qui venaient de toute l’alliance. Lorsqu’ils atteignirent enfin le palais ils comparaient les caractères similaires de la princesse et de Hannah à coups de petites moqueries et d’anecdotes dont-ils gardaient tous deux de mauvais souvenirs. Ils montèrent les marches du palais et à mesure qu’ils se rapprochaient de la grande salle ils pouvaient entendre la clameur et le son de la musique qui émanaient de l’intérieur.


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Ombre & Plumes – 12 – Essayage royal

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D’ombre et de plumes

12

Essayage royal


Alors qu’il arrivait près de la jeune femme blonde et de l’homme aux cheveux blanc Thrista salua discrètement Todd et Hannah de la tête. Cette dernière lui lança un bref regard mais Thrista décela la noirceur qui s’y cachait encore. Il ne l’aurait pas avoué si on lui avait posé la question mais il réalisait qu’il prenait un certain plaisir à énerver la jeune femme brune. Il n’y avait aucune raison particulière à cela sinon qu’il trouvait cela étrangement satisfaisant de tester les limites de sa patience. Il s’arrêta à quelques pas de la princesse, sur la gauche de l’homme et attendit qu’elle le salue avant de la saluer à son tour. Siléna et son interlocuteur se retournèrent tous deux vers Thrista presque immédiatement.

« Ah Thrista ! Je suis contente de te voir !, s’exclama la princesse, gratifiant le jeune homme d’un léger hochement de tête auquel ce dernier répondit en s’inclinant.

– Moi de même chère princesse, répondit le jeune homme.

– Je ne crois pas que tu connaisse messire De Guidre, il est capitaine de l’un des trois vaisseaux de l’armada Galadéenne. »

L’homme aux cheveux blanc s’inclina alors à son tour et tendit une main que Thrista serra.

« Messire De Guidre, j’ai l’honneur de vous présenter Thrista Daener. C’est l’un de mes plus ancien et fidèle ami. Il est aussi le fils d’Ellias Daener, l’un des plus illustres gardiens du royaume. »

Thrista sourit légèrement, il était reconnaissant envers la princesse de le présenter ainsi. Il n’aimait pas se vanter de ses origines mais dès qu’il donnait son nom on voulait savoir s’il avait un lien de parenté avec « le grand » Ellias Daener. Cela avait eu pour effet de le décourager de se présenter complètement, il préférait en général ne donner que son nom, surtout aux militaires car ceux-ci ressortaient alors des tréfonds de leur mémoire tous les détails qu’ils connaissaient de la vie de son père. La princesse avait su comment s’y prendre, le présenter comme son ami avant d’annoncer sa parenté avec Ellias Daener permettait d’atténuer grandement le nombre de questions, recentrant la conversation sur l’amitié du jeune homme et de Siléna plutôt que sur son lien de parenté avec son père. Au grand soulagement de Thrista le vieil homme sourit simplement à la mention de son père et ne posa pas de question.

« Ah oui ! Je le connaissais peu mais, bien que cela ne fasse pas toujours plaisir à entendre, je vois la ressemblance. Vous avez une présence très similaire, remarqua De Guidre ce qui fit sourire les deux jeunes gens.

– Oui, je m’entends souvent dire que je lui ressemble. Cela ne me déplait pas mais il est vrai que ce n’est pas toujours réjouissant. Et vous maître De Guidre êtes donc l’un des capitaines de la flotte de Galaeda ?

– Tout à fait, je suis le capitaine de l’Archéniss, le meilleur des trois vaisseaux de l’armada !, répondit l’homme aux cheveux blanc en rigolant.

– Je ne crois pas que le capitaine du Leïkan soit du même avis, rétorqua Thrista un sourire aux lèvres. »

Le vieil homme eut un petit sourire à cette remarque.

« Non, en effet, acquiesça-t-il. Vous avez donc pu rencontrer Irina ?

– Non, je n’ai pas eu l’honneur de la rencontrer directement, mais j’ai eu la chance de croiser son second lors de la traversée et d’après ce qu’il m’a dit j’en ai déduis qu’elle est très fière de son vaisseau.

– Ah, ce cher Jacob, il à la vie dure le pauvre ! Oui, Irina Evinsky est la première femme à être devenue capitaine de l’un des trois bateaux de la flotte, elle en est très fière. Mais elle a aussi de quoi, c’est une très bonne capitaine et navigatrice !, expliqua le capitaine de l’Archéniss souriant toujours.

– La première seulement ?, s’étonna Siléna. Aucune autre femme n’y était parvenue avant elle ? »

De Guidre se tourna vers la princesse.

– Non, malheureusement aucune avant elle n’avait réussi à obtenir ce poste. Mais le capitaine Evinsky a du caractère et elle a passé toutes les épreuves qui se dressaient devant elle avec brio. Elle fait une très bonne addition à notre flotte.

– Evidemment, une femme apporte toujours du positif !, avança Siléna avec ferveur. »

Le vieil homme rit de bon cœur et approuva la jeune princesse.

« Tout fait chère princesse, ou du moins sa présence nous empêche de dire le contraire, répondit-il avec un clin d’œil. »

Ce fut au tour de Thrista et de la princesse de sourire à cette remarque.

« Attention à ce que vous dites messire De Guidre, l’une d’entre elles pourrait vous entendre…, le mit en garde Siléna. »

Le capitaine rit à nouveau avant de s’excuser.

« Veuillez m’excuser à présent mais, malgré tout le plaisir que j’ai a discuter avec vous chère princesse, le devoir m’appelle et je me dois de retourner à mon navire pour surveiller l’avancement des préparatifs. Je vous souhaite tout le bonheur du monde, à votre famille et au peuple de cette magnifique cité. A une prochaine fois peut-être. »

Il s’inclina devant la princesse puis devant Thrista.

« Et vous jeune homme bonne chance, même si le chemin n’est pas de tout repos il faut continuer à aller de l’avant. Passez le bonjour à votre père de ma part lorsque vous le verrez. »

La princesse le salua de la tête et le jeune homme s’inclina légèrement à son tour avant que le vieux capitaine ne fasse demi tour et se retire.

« Au revoir messire De Guidre, au plaisir de vous revoir !, s’exclama Siléna alors que l’homme s’éloignait. Elle se tourna ensuite vers Thrista. Tu n’imagine même pas le nombre de personnes ennuyeuses que j’ai dû saluer et auxquelles j’ai dû sourire et faire des courbettes ce matin…, soupira-t-elle.

– Tu n’avais pas l’air de t’ennuyer avec le capitaine De Guidre pourtant, la taquina Thrista. Mais heureusement que j’arrive alors, ajouta-t-il avec un sourire narquois.

– Ne te crois pas aussi intéressant que cela cher ami, tu vas prendre la grosse tête ! Mais je dois dire que ça fait du bien, la salle du trône était pleine à craquer au lever du jour. Je vais enfin pouvoir prendre une pause, la première de toute la matinée, et me reposer. Viens avec moi, marchons un peu, ajouta-t-elle avant d’entraîner Thrista à l’écart dans l’un des couloirs secondaires. »

Elle fit signe à ses deux gardes du corps avant de disparaître.

« Je leur indique qu’on sort, Père a menacé de me m’interdire toute sortie du château pour les dix prochaines années si je sortais encore sans être accompagnée avant le mariage…, expliqua la jeune femme devant le regard interrogateur de son ami. »

Ce dernier sourit à cette remarque en imaginant très bien le roi essayant de raisonner sa fille et devant en venir à des menaces pour se faire écouter.

« Je vois, dit-il simplement. Et où allons nous alors ?

– Me préparer pour mon mariage évidemment !, s’exclama la jeune femme. Mon futur époux est sûrement déjà en train de se préparer, il est temps que moi aussi je m’y mette. J’ai quelques derniers essayages à faire pour ma tenue.

-Très bien, je te suis alors, acquiesça Thrista. Mais, d’ailleurs, pourquoi n’était-il pas là ce matin, ton cher futur mari ?

– Mon cher Thrista, après tout ce temps passé à courir dans les couloirs du palais n’as-tu rien appris des traditions de Tébor ? Aujourd’hui est un hommage à l’héritière du royaume en honneur de son mariage, c’est-à-dire à moi. C’est seulement demain soir, après la cérémonie, que les hommages en l’honneur des mariés auront lieux. Et je vais encore devoir faire des courbettes à de nombreux hypocrites… Siléna soupira. Au moins je serais avec Thédric, ça devrait faciliter ces longues heures. Peut-être que je m’amuserais même un peu, qui sait ?, ajouta-t-elle avec ironie.

– C’est ton mariage Siléna, essaye d’en profiter, ça n’arrive qu’une seule fois. Enfin ça dépend pour qui…, dit Thrista. Et si ton prince est aussi charmant que cela il saura quoi faire. Sinon, je suis désolé de te le dire, mais c’est un imbécile…

– Eh !, s’exclama la princesse en donnant un coup de coude au jeune homme qui se mit à rire.

– Excusez-moi princesse…, répondit Thrista en s’inclinant jusqu’au niveau du sol. Cette réflexion était tout à fait inappropriée de ma part et j’en suis désolé. Mais c’est tellement drôle de te voir défendre ton âme sœur avec autant de passion !, ajouta-t-il avant de s’écarter précipitamment en riant lorsque que la jeune femme tenta de lui asséner un second coup.

– C’est ça ! Cours parce que si je t’attrape… !, alors que le jeune homme s’éloignait en parcourant le couloir à grandes enjambées.

– Si je puis me permettre, ce n’est pas digne d’une princesse de se comporter ainsi en public !, s’écria le brun alors qu’il disparaissait dans la cours intérieure du palais. »

Celle-ci était construite sur le modèle d’un cloître mais de taille bien plus grande et était ornées d’arbres, de statues et d’une fontaine en son centre, sur le même principe que les jardins. Le jeune homme avait juste eu le temps de voir le regard amusé de Todd, qui les suivait en retrait accompagné de son binôme, avant de se retrouver à l’extérieur. Lorsqu’il vit enfin arriver la princesse et ses deux gardes du corps il était assis sur le rebord de la fontaine et admirait la statue d’un des premiers rois de Tébor accompagné d’un oiseau de proie. La jeune femme blonde était rouge et lui lança un regard meurtrier qui signifiait sûrement « Tu ne paie rien pour attendre ! », mais qu’il préféra interpréter comme « On ne s’assoit pas sur le rebord de la fontaine ! ». Il se leva donc et alla rejoindre Siléna qui se dirigeait déjà vers l’autre côté de la cours.

« J’ai comme l’impression que j’ai provoqué le courroux de sa majesté…, chuchota Thrista au blond avec un sourire complice alors que celui-ci arrivait à son niveau. Pourtant je ne vois pas ce que j’ai bien pu faire… »

Celui-ci lui répondit par un haussement d’épaules et un petit sourire amusé avant de lui emboîter le pas à la suite de la princesse. Thrista croisa brièvement le regard plus sombre et désapprobateur d’Hannah à l’intention du blond et de lui-même et ne put s’empêcher de sourire, ce à quoi cette dernière soupira et détourna le regard. Le jeune homme rattrapa la princesse et marcha en silence à ses côté pendant un moment le long des immenses couloirs du palais avant de reprendre la conversation.

« Où allons-nous alors ?, demanda-t-il enfin en évitant de nouveau un coup de coude de la jeune femme. Mais je n’ai rien dit cette fois !, s’exclama-t-il.

– Mesures préventives, répondit simplement la blonde avec un sourire sarcastique. »

Elle s’arrêta devant une grande double porte pour répondre au jeune homme avant de les ouvrir d’un mouvement sec.

« Et pour ton information, nous allons dans les ateliers du palais, je dois aller me changer. Je te rappelle, au cas où tu l’aurais déjà oublié, cher ami, qu’aujourd’hui est le dernier jour de préparatifs avant mon mariage… »

Ils entrèrent dans une large salle où une dizaine de femmes s’affairaient autour de nombreux tissus et étoffes. Des coffrets de bijoux occupaient chaque centimètre carré restant des trois tables disposées dans la pièce. Seule une ou deux d’entre elles se retournèrent à l’entrée de la princesse et la saluèrent avant de se focaliser sur les étoffes à nouveau, ce qui ne sembla pas déranger cette dernière et ce qui n’étonna pas Thrista. Depuis le temps qu’elles la côtoyaient, les couturières avaient dû s’habituer à ses exigences familières en matière d’interactions, de gré ou de force.

« En parlant de mariage…, le jeune homme fouilla dans sa sacoche et en sortit une boite en bois rectangulaire, j’ai oublié de te donner ça tout à l’heure. »

La jeune femme le regarda un instant, la curiosité pouvant se lire dans son regard, puis pris la boite et la posa sur une petite table basse qui était dépourvue de tout objet.

« Merci, dit-elle avec un sourire avant de se diriger vers l’une des femmes se trouvant dans le fond de la pièce. Je le mets ton cadeau de côté, je l’ouvrirai plus tard si cela ne te dérange pas. On dit qu’il n’est pas bon de trop vouloir se précipiter dans ce genre d’événements. »

Elle lui tira la langue puis se tourna vers une femme âgée habillée d’une tunique pourpre.

« Madame Angelis, on m’a dit que vous aviez besoin de ma présence. Dites moi où vous en êtes. »

La femme se retourna et salua la princesse avant de la conduire vers l’une des trois tables se trouvant derrière elles.

« Mes hommages princesse. Votre robe est prête, il ne vous reste plus qu’à la porter pour que nous puissions faires les derniers ajustements nécessaires. »

Elle désigna une large pièce d’étoffe blanche et bleu marine reposant au centre de la table.

« Bien, allons-y alors, je préfèrerais que cela soit terminé au plus vite… Je n’aime pas les essayages…, répondit la princesse avant de se diriger vers un grand rideau beige dressé au centre de la pièce.

« Ma dame, ne voulez vous pas faire sortir ces jeunes gens d’abord ?, demanda la femme en désignant Thrista, Todd et Hannah.

– Non, ce sont mes gardes du corps personnels et un ami d’enfance, ils peuvent rester s’il ils le désirent. Je leur fais confiance pour qu’ils se tiennent correctement.

– Bien Ma Dame, elle s’inclina puis se tourna vers les autres femmes. Bien, nous avons peu de temps alors mettons nous au travail !, s’exclama-t-elle en frappant dans ses mains. »

Chacune des femmes présente connaissait son rôle parfaitement, pas une n’hésita avant de se mettre au travail, choisissant les étoffes et les bijoux nécessaires avant de disparaître derrière le rideau. Hannah alla se poster près de la porte d’entrée, s’appuyant contre le mur. Todd lui alla s’asseoir sur l’un des bancs en bordure de la pièce et Thrista vint le rejoindre. On pouvait entendre les courtières s’affairer derrière le rideau, la voix de la femme âgée donnant des ordres, prodiguant des conseils et s’informant des préférences de la jeune femme pour sa tenue.

« On dirait qu’elle me fait la tête, elle n’a même pas regardé mon cadeau plus de quelques secondes avant de le mettre de côté, dit-il après s’être assis sur la gauche du jeune homme blond. »

Celui-ci sourit à nouveau à cette réflexion.

« C’est le moins que l’on puisse dire. Mais cela ne devrait pas durer, elle à bien d’autre choses à penser en ce moment qu’une simple querelle avec un ami… Et puis, si je peux me permetre, au vu de son attitude depuis hier, je ne pense pas qu’elle t’en veuille beaucoup, elle te fais marcher.

– Je n’en suis pas si sûr, soupira Thrista. Même dans les pires situations elle sait se rappeler des choses les plus insignifiantes. Elle saura me le faire payer en temps voulu.

– Espérons que le futur prince saura la raisonner et tempérer son caractère…

– Il est vrai qu’elle a beaucoup changé depuis la dernière fois que je l’ai vue mais ça m’étonnerait… Enfin bon, je survivrai. Il faut juste que je trouve un moyen de me faire pardonner. »

Thrista lança un regard en direction du rideau, se rappelant les quatre cent coups que lui et la princesse avaient fait plusieurs années plus tôt, avant de reprendre la parole.

« D’après ce que j’ai cru comprendre ce Thédric Junon à l’air d’avoir un caractère plus calme et réfléchi que la princesse. Je n’ai pas grand espoir que cela la fasse changer radicalement mais qui sait… Peut-être qu’elle en oubliera mon affront de ce matin…, dit-il avec un petit rire amusé. En tout cas, Siléna à l’air de beaucoup l’apprécier. C’est plutôt bon signe.

– Vous vous connaissez depuis combien de temps ? Si je puis me permettre, demanda Todd.

– Je l’ai rencontrée pour la première fois alors que j’avais à peine sept ans. Mon père a été chargé de plusieurs missions pour le roi au cours des années et, lorsqu’il était parti en voyage, je séjournais ici, au palais. Ça a pris quelques temps mais nous sommes devenu de bons amis Siléna et moi. C’était elle la plus casse cou de nous deux, toujours à vouloir aller plus loin et elle refusait d’écouter qui que ce soit excepté elle-même. Cela fit sourire Todd. Elle est restée très indépendante très longtemps, toujours à s’éclipser du château et à mener la vie dure à ce pauvre Oscius. Même depuis tout à l’heure, depuis que je l’ai vue discuter avec Messire De Guidre, je ne peux m’empêcher de le remarquer. C’est subtil mais le changement est bien là. Bien sûr elle ne se laissera jamais dompter, la preuve avec son escapade d’hier qui, vu votre réaction, ne devait pas être tout à fait prévue ni organisée, mais j’ai l’impression qu’elle mesure plus le poids de ses actions. Je me demande si ça à un lien avec sa rencontre avec le futur prince…, ajouta Thrista, pensif.

– C’est possible, acquiesça Todd.Heureusement que j’ai l’habitude de faire avec les personnes têtues, chuchota-t-il en faisant un signe imperceptible de la tête vers sa coéquipière.

Le brun se contenta, pour toute réponse, d’afficher un sourire amusé hochant la tête. Todd et lui se mirent à rire silencieusement. Ils attirèrent les regards noirs de la Dame Angelis, par derrière le rideau, et d’Hannah, dont ils sentirent le froid dans leur dos.

« Et vous, comment en êtes vous arrivé à être gardes du corps de Siléna ?, demanda alors Thrista.

– Hannah et moi voyageons ensemble depuis un certain temps déjà. Pour découvrir le monde et nous entraîner à l’art de l’empirium. »

Thrista acquiesça.

« Oui, c’est bien ce que je pensais. J’ai senti son énergie magique quand Hannah m’a surpris dans les jardins du palais, dit-il.

– Oui. Excuse là pour ça, elle à tendance à prendre ses missions trop au sérieux…, répondit le blond en souriant l’air gêné.

– Aucun problème, elle ne faisait que ce qui lui était demandé. Thrista écarta l’incident d’un geste de la main. Et vous voyagez dans toute l’alliance ?, demanda-t-il.

«  Oui, nous parcourons l’Alliance à la recherche d’autres mages pour s’entraîner et de temps en temps nous offrons nos services en échange d’argent ou de nourriture.  Nous sommes arrivés en ville il y a trois semaines et nous avons appris que le roi cherchait des gardes du corps pour la princesse. Il a été convaincu lorsqu’on lui à montré ce qu’on pouvait faire.

– Il pensait sûrement qu’avec vous et vos capacités la princesse serait plus en sécurité.

– Sûrement oui. Nous sommes censé la protéger jusqu’à la fin de la semaine, après le mariage. Ensuite, eh bien, nous partirons sûrement vers le sud. Il y a quelqu’un à qui je dois aller rendre visite là bas.

– Et vous allez participer au prochain Tournoi ? Thrista vit Todd froncer imperceptiblement les sourcils à la mention du Tournoi des Sages mais ne releva pas.

– Je ne sais pas encore, commença le jeune homme blond. Hannah aimerait bien y aller, moi aussi, mais de là à y participer rien n’est décidé. Et puis, avec toi comme adversaire, ce ne sera pas simple…, ajouta-t-il alors que son sourire revint. »

Le brun sourit également à cette remarque.

« Oh je n’en suis pas encore là !, s’exclama-t-il. J’ai encore beaucoup de choses à apprendre. Mais j’espère vous y croiser tous les deux si j’y arrive moi-même. »

Todd hocha la tête.

« Alors je vais y réfléchir, répondit-il. »

Les deux jeunes hommes discutèrent pendant l’heure qui suivit, partageant leurs expériences de voyages et leurs impressions de la princesse. Thrista remarqua que la jeune femme blonde et la dénommée Hannah se ressemblaient sur plusieurs points. D’ailleurs, elle n’avait pas bougé depuis tout ce temps, remarqua-t-il en jetant un coup d’œil vers la jeune femme brune. Elle était toujours adossée au mur dans la même position, les yeux fermés. Quelqu’un de non initié à la magie aurait pu penser qu’elle se reposait ou même dormait mais Thrista remarqua qu’elle méditait, son esprit était replié sur lui-même et elle semblait ne pas être dérangée par les bruits provenant de la préparation de la princesse. Ni le bruit des outils de couture, ni les réflexions des femmes ou les jurons de la princesse ne semblaient la déconcentrer. Au bout de trois quarts d’heure de discussion vieille femme émergea enfin de derrière le rideau. Elle se dirigea vers Thrista et Todd et ces derniers relevèrent la tête.

« Je suis désolée messires, mais cette fois je vais devoir vous demander de bien vouloir sortir. La princesse doit essayer sa nouvelle robe et, comme le veut la tradition, personne autre que nous ne doit la voir avant la cérémonie. »

Todd se leva et se dirigea vers sa coéquipière mais Thrista s’adressa à la princesse.

« Es-tu sûre ?

– Certaine !, lui répondit la voix de la princesse depuis l’autre côté du rideau. »

Il sourit, sachant pertinemment que la princesse ne les congédiait que pour en finir avec les préparatifs, il s’inclina alors vers femme âgée.

« Dans ce cas Dame Angelis je me retire. Merci de nous avoir autorisés à rester. » Ce à quoi la femme le salua de la tête avant de se retourner et de se diriger vers le rideau. Il s’adressa ensuite de nouveau à la princesse avant de se diriger vers la sortie.

« A tout de suite votre altesse. »

Thrista rejoint Todd et Hannah au niveau de la porte et fit signe au jeune homme de le suivre.

« Ne vous inquiétez pas, tout va bien. Il ne faut pas contredire les ordres de la princesse.

– La tradition veut qu’aucun homme ne voie la princesse avant le début de la cérémonie. Je ne suis pas un homme, je reste au cas où, déclara la jeune femme brune.

– Hannah !, commença Todd, mais Thrista intervint avant qu’il ne puisse contredire sa coéquipière.

– Non, c’est bon. Elle peut rester si elle le souhaite. Après tout il est vrai que la tradition n’impose pas aux femmes se retirer. »

Todd regarda Hannah pendant un cours instant, le regard de cette dernière ne vacilla pas, puis levant les mains en signe de défaite il soupira.

« Bien, alors allons y. »

Ils se dirigèrent donc tous deux de nouveau vers la cours intérieure après avoir refermé les doubles portes derrière eux.

« Je n’y crois pas !, s’exclama le blond une fois qu’ils furent arrivés au niveau de la fontaine. Elle n’en fait qu’à sa tête…  C’est vrai que notre mission est de protéger la princesse mais quand même, elle prend tout trop au sérieux je trouve… »

Thrista sourit à ces mots.

« Ne t’inquiète pas, tant qu’elle ne ralentit pas la bonne marche de l’essayage en organisant une fouille de dernière minute, ce qui lui vaudrait les foudres de la princesse, tout devrait bien se passer.

– Elle en est bien capable malheureusement…, s’esclaffa le blond. »

Ils marchèrent alors dans les allées du petit jardin intérieur, profitant de la fraîcheur de l’ombre que projetaient les arbres et discutant de leurs différents projets pour la suite. Ils aperçurent parfois quelques servants et gardes qui s’affairaient aux préparatifs mais dans l’ensemble cette partie du palais était calme. Tout le personnel devait déjà être à son poste en train de veiller à ce que tout se passe bien bien lendemain. Une autre heure s’était écoulée lorsqu’ils virent enfin la princesse, suivie de près par Hannah, ressortir de l’atelier en soupirant bruyamment.

« Je sature ! Il est vraiment temps que la cérémonie commence ! Plus vite ce sera passé, mieux ce sera…, s’exclama-t la blonde en les rejoignant. »

Thrista ne put s’empêcher de pouffer légèrement de rire, ce qui eut pour effet de lui valoir un autre regard noir de la part de celle-ci.


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Ombre & Plumes – 11 – Le grand hall

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D’ombre et de plumes

11

Le grand hall


Le soleil montait encore dans le ciel, il arriverait à son paroxysme dans une heure et demie, le jeune homme décida donc de marcher d’un pas relaxé, sachant qu’il lui faudrait à peine trois quarts d’heure pour atteindre le palais. Il passa par le cœur de la ville : la place de l’Architecte, ou se trouvait le plus grand rassemblement de commerçants d’Eneleïa. C’était en effet un carrefour gigantesque, point stratégique de la ville où les six grandes avenues de la cité portuaire se croisaient en un astérisque parfait d’une aire de plusieurs kilomètres carrés et où tout bon touriste se devait de passer. Ce jour là la place était encore plus vivante qu’à l’ordinaire, des milliers de personnes s’étaient regroupées pour la célébration du mariage de leur princesse qui allait se dérouler dans moins de vingt-quatre heures. Chaque personne avait participé à la fabrication d’un char qui défilerait lors de l’ouverture de la cérémonie et elles passaient ces derniers moment à les peaufiner pour être sur que tout serait prêt à temps. On pouvait également entendre des échos de musique, répétitions de fanfares ou petits groupes à part, tous ces sons se mélangeaient au bruit de la place pour créer une cacophonie presque mélodieuse. Ce lieu de rassemblement était surtout connu pour la statue des frères Archibald et Théodore Tectus, les deux pères fondateurs de la ville. Cette statue faisait plus de cinquante mètres de haut et était composée de granite entièrement recouvert d’argent, elle reposait sur un socle de marbre d’une hauteur de cinq mètre. Une plaque de bronze reposait sur ce piédestal et on pouvait y lire : En hommages aux pères fondateurs de la ville, enfants du grand Cestos. Cette place symbolisait non seulement le lieu de la création des premières fondations de la ville mais aussi, et d’où son nom, un hommage à celui qui avait imaginé et dessiné les plans des murs et des fortifications qui jadis furent bâtis pour la protéger. L’identité de cette personne restait depuis huit cent ans un mystère, seules deux initiales avaient été retrouvées sur les plans « N.V », deux lettres, seul témoignage du génie de son auteur. En plus d’être un haut lieu touristique cette place était également dédiée au commerce, de part son marché au centre, mais aussi grâce à ses commerces qui composaient sa périphérie. Cependant, et au contraire d’autres grandes villes comme Helios au sud ou Regeoie un peu plus à l’ouest, il n’y avait pas de cathédrale dédiée aux dieux, celle-ci se trouvait plus au sud de la ville près du palais. Ceci avait été arrangé afin de faciliter son accès depuis le palais et pour permettre aux criminels d’y faire pénitence après leur jugement devant le tribunal royal. Thrista dut se faufiler entre les différents passants, marchands et touristes pour parvenir de l’autre côté de la place tout en faisant attention aux voleurs. En effet, les touristes ou visiteurs non avertis pouvaient se faire dérober leurs possessions en quelques secondes sans se rendre compte de quoi que ce soit. Une simple bousculade pouvait signifier perdre votre bourse et vos bijoux, aussi l’adolescent faisait extrêmement attention de ne cogner dans aucune personne. Il parvint de l’autre côté de la place, après avoir dû se frayer un chemin pendant vingt bonnes minutes, arrivant enfin en vue du palais. Plus il se rapprochait de l’édifice blanc et plus il était difficile de se déplacer tant il y avait de monde.
Thrista arriva près du palais un peu plus de trois quart d’heures après être parti de l’auberge En Carménie. L’astre illuminant le ciel était presque parvenu à culmination lorsqu’il se retrouva devant les grilles du palais. La foule compacte de la grande place s’était peu à peu amincie pour ne plus être composée que de quelques centaines de personnes, de nombreux gardes en surveillaient l’entrée pour éloigner les curieux trop aventureux. Les habitants attendaient, prenant toute la largeur de la grande avenue et avec beaucoup d’impatience, la sortie de la famille royale qui, le lendemain, se rendrait sur la Place de l’Architecte où la cérémonie commencerait officiellement. Ensuite les futurs époux seraient amenés sur l’autel de la cathédrale, celle-ci se trouvant quasiment en face du palais d’Eneleïa. Enfin, une fois mariés ils en ressortiraient pour se présenter au peuple et annoncer le début des parades de chars auxquelles ils assisteraient depuis la terrasse avant du palais. Les immenses grilles métalliques fermant l’accès à la construction plusieurs fois centenaire rutilaient ce jour là ainsi que chaque autre parcelle de la maison royale, mettant parfaitement en valeur la beauté incommensurable de l’édifice. Thrista se fraya un chemin à travers la foule peu compacte et se dirigea sans hésitation vers la grande grille, il s’arrêta devant l’un des gardes qui étaient postés devant. Un homme vêtu de riches vêtements aux formes et aux couleurs exotiques avait obtenu l’autorisation de passer, il était suivi de quatre servants qui portaient une lourde malle de bois. Seuls les émissaires des autres pays ou royaumes, les membres de la famille royale et de rares privilégiés parvenaient à entrer dans le palais avant la cérémonie afin de présenter leurs hommages au roi et à la reine ainsi qu’à leur fille. Tous les autres devraient attendre le lendemain du mariage pour venir offrir un présent à l’héritière, mais heureusement Thrista avait de quoi convaincre le garde. Celui-ci le toisa un instant avant de suivre la coutume imposée par le roi et de lui demander ce qu’il désirait.
« Je viens faire honneur à la princesse Siléna Sol Estias d’un présent pour son mariage ainsi que présenter mes hommages à ses illustres parents, le roi et la reine du royaume de Tébor. »

Le jeune homme détestait au plus haut point toutes ces formalités et prenait donc un malin plaisir à en abuser et à en faire trop. Il avait dit cela en souriant poliment et en sortant un petit coffret d’argent pour le montrer au garde.
« Qui dois-je annoncer ?, demanda ce dernier.
– Je suis Thrista Daener, fils d’Ellias Daener. »

Le garde tiqua à la mention de ce nom et hésita un instant à prévenir le messager chargé d’accorder les audiences au nom du roi, une lueur de scepticisme dans les yeux. Il se ravisa finalement et lorsque le représentant royal lui fit signe que le jeune homme était bien qui il disait être il ordonna aux autres gardes d’ouvrir les portes. Thrista le remercia avec un grand sourire, toujours aussi étrangement satisfait de provoquer cette réaction chez les militaires lorsqu’il se présentait. Décidément, mon cher père à dû faire grande impression en son temps !, pensa le jeune homme en pénétrant dans l’enceinte du palais.
Le Grand Hall du palais, déjà paré de ses plus belles couleurs pour l’occasion, grouillait de servantes, de majordomes et de gardes. Ça et là, chacun vaquait frénétiquement à ses occupations afin de finir les préparatifs pour le bal du soir même. De grandes tentures bleu royal et argentées, aux couleurs de la famille royale de Tébor, pendaient le long des hautes fenêtres du Grand Hall. De longues nappes bleues claires avaient été dressées sur les tables, sur ces dernières reposaient des couverts d’argent et d’or, des verres en cristal. Plus tard dans la journée du lendemain tout ceci serait rempli des mets les plus fin du pays afin d’honorer les invités et les mariés, puis, lorsque le repas serait terminé, le grand bal pourrait commencer. La salle était immense et malgré toutes ces additions au mobilier habituel, elle semblait encore pouvoir contenir autant des tables. Toute en longueur, parsemée de fenêtres et de rangées de colonnes sur les côtés, elle était terminée par le socle royal ou reposaient les trônes des souverains. Au centre, celui du roi ou de la reine, à sa droite celui de son conjoint ou de sa conjointe et sur la gauche le ou les trônes des héritiers, selon leur nombre. Habituellement il n’y en avait qu’un seul, pour la princesse Siléna, mais depuis peu un second siège l’avait rejoint, prévu pour le futur mari de cette dernière. Le plus grand, et bien sûr le plus imposant des trois, était réservé au souverain. Fait entièrement de bois flotté, il avait été construit par l’un des fondateurs de la ville. C’était un siège de pêcheur qui était là pour rappeler au souverain qu’il était avant tout un citoyen du royaume et qu’il devait toujours agir pour le bien de celui-ci. Il symbolisait aussi les origines de la cité portuaire qui jadis n’était qu’un petit port de pêche d’à peine une centaine d’habitants. Thrista avança sur les grandes dalles de marbre blanc, quelques personnes faisaient la queue devant les trônes. A mesure qu’il approchait il distingua le visage souriant du roi et celui bienveillant de la reine qui étaient en grande conversation avec le ministre des arts et une grande femme aux cheveux bouclés et roux flamboyants. La princesse elle était occupée avec un homme svelte aux longs cheveux blancs et, chose rare qui fit sourire intérieurement Thrista, la jeune femme semblait réellement intéressée par la conversation qu’elle menait. Or la princesse était habituellement agacée de devoir se plier aux formalités de la couronne, elle n’appréciait guère les réceptions et les apparitions publiques qui impliquaient de faire bonne figure parmi les nobles.
Le jeune homme s’arrêta à quelques pas de l’estrade où reposaient les trônes, attendant patiemment qu’on l’invite à rejoindre les invités déjà présent. Alors qu’il profitait de ce moment pour regarder autour de lui un homme le salua d’une voix grave sur sa droite. Il tourna la tête avec un petit sursaut et reconnu tout de suite le chef de la garde royale.

« Bonjour Thrista Daener, lui dit ce dernier en le saluant de la tête avec sur le visage un petit sourire en coin.
– Bonjour Oscius, répondit Thrista en souriant à son tout.
– Je suis toujours aussi doué pour te prendre par surprise à ce que je vois, je n’ai pas trop perdu la main.
– Toujours, répondit le jeune homme en rigolant. »

Oscius lui passa une main dans les cheveux pour le décoiffer avant de rire à son tour.
« Ca faisait longtemps jeune homme ! Tu as grandi depuis, j’ai bien failli ne pas te reconnaitre !, s’exclama le garde.
– Je n’ai pas fait que grandir tu sais, j’ai aussi beaucoup appris en matière d’empirisme et je peux dire que je n’ai plus peur du Chef de la garde royale maintenant ! »

Oscius soupira lentement avant de se tourner vers Thrista avec un sourire mesquin avant de s’approcher et de le regarder droit dans les yeux.
« Alors comme ça on n’a plus peur de moi ? Ne suis-je donc plus aussi imposant qu’avant ? »

Malgré le fait qu’il s’y était préparé et qu’il en avait à présent l’habitude, après toutes ces fois où lui et la princesse avaient tenté de se mesurer à lui, Thrista eu un léger mouvement de recul. Les yeux gris du quarantenaire rappelaient la volonté d’acier qui l’animait et qui pouvait faire plier même le plus solide des soldats.
« A vrai dire, rectifia l’adolescent.  Je ne suis plus trop sur…
– C’est bien ce que je pensais !, rétorqua le garde avec un clin d’oeil avant de se retourner vers les trônes royaux. Tient, je crois que le roi te fais signe mon garçon, dépêche toi on ne fait pas attendre sa majesté !, s’exclama-t-il en voyant le roi faire signe à Thrista de s’approcher. Bien que je ne pense pas qu’il en ai grand-chose à faire du protocole officiel…, ajouta-t-il en chuchotant avant de pousser Thrista vers la famille royale de Tébor.
« A la prochaine !, s’exclama le jeune homme en s’éloignant.

– Tu devrais m’apercevoir dans la journée, je ne serais jamais bien loin !, répondit le garde avant de se diriger vers l’une des entrées latérales pour faire un contrôle de routine auprès des soldats. »
Le jeune homme s’approcha du grand socle de marbres blanc et noir fusionnés créé plusieurs centaines d’années plus tôt par l’un des plus grand alchimistes du royaume comme cadeau de mariage de la reine Caroline. Alors que Thrista marchait vers le roi et la reine il vit la grande femme rousse prendre le bras du ministre, qui faisait quasiment une tête de moins qu’elle, et se diriger vers lui. Lorsqu’ils se croisèrent le ministre salua le jeune homme d’un simple hochement de tête tandis que la femme l’observa de ses yeux bleu pénétrants, Thrista eu l’impression qu’elle pénétrait jusque dans son âme. Elle lui sourit simplement avant de continuer sa route toujours accompagnée par le petit homme à la carrure forte.
« Bonjour Sire, Madame, salua le jeune homme en s’inclinant lorsqu’il arriva devant le couple souverain.
– Mon cher Thrista quel plaisir de te revoir à nouveau !, le salua la femme blonde avec un grand sourire. Eh bien Marco, ne salue tu pas notre invité ? » Demanda-t-elle à son époux alors que celui-ci observait le jeune homme en silence, un vague sourire sur le visage. Ce dernier sembla sortir de sa rêverie et pris Thrista par le épaules.
« Oui, bien sur Léna. Quel mauvais hôte je fais…, répondit-il à sa femme en gloussant légèrement. Excuse moi Thrista, j’étais en train de me dire que tu ressemble vraiment à ton père. C’est troublant, j’ai vraiment l’impression de me retrouver devant une version plus jeune d’Ellias.
– Ce n’est pas le meilleur compliment qu’on puisse faire à un jeune homme :  ‘Tu ressemble à tes parents’. Si jamais Silena t’entendait dire quelque chose de la sorte…, lui répondit sa femme. »
Le roi gloussa de nouveau à la mention d’un tel évènement.
« Je ne préfère pas imaginer ! Bref, cela fait longtemps Thrista. Combien déjà ? Quatre ans depuis la dernière fois que je t’ai vu ?
– Oui, j’étais venu avec mon père pour le seizième anniversaire de la princesse Siléna.
– Ha, pas besoin d’être aussi formel !, s’exclama le roi en donnant une tape dans le dos du jeune homme. Ton père est un de mes grands amis et puis je ne me rappelle pas t’avoir vu agir ainsi quand tu étais plus jeune ! »

Il lui adressa un clin d’œil, ce à quoi Thrista répondit par un sourire.
« En tout cas je suis ravi que tu sois revenu à temps pour le mariage de Siléna, cela va lui faire très plaisir !, annonça la reine en regardant sa fille qui discutait toujours avec l’homme aux cheveux blancs. Tu devrais aller lui souhaiter le bonjour, je suis sûre qu’elle sera ravie de te revoir.
– Bien sur !, répondit Thrista avec un sourire, évitant soigneusement de signaler le fait qu’il avait déjà vu la princesse la veille au cours d’une de ses escapades. Je n’ai pu m’empêcher d’apercevoir une femme aux cheveux roux avec qui vous discutiez tout à l’heure. Qui était-ce ? Si je puis me permettre de demander…
– Ah ! S’exclama Léna. Cette femme au bras du ministre Vilnius ? C’est une émissaire des îles Mandrake, Dame Vaïna. Elle représente les arts et la culture de son pays dans les autres contrées en voyageant et bien sur en tant qu’artiste elle est invitée dans sa demeure le temps de son séjour ici. »
Le roi rit à cette remarque.
« En tant qu’artiste, répéta-t-il hilare. Certes, Léna, certes. »

Il dû arrêter de rire devant le regard courroucé que lui lança sa femme mais garda tout de même un léger sourire aux lèvres.
« Dame Vaïna donc. J’ai eu une étrange impression en la voyant tout à l’heure, à la façon dont elle me regardait mais elle est tellement… Thrista chercha ses mots pendant quelques secondes. Elle parait tellement extraordinaire.
– J’ai eu la même impression que toi en la voyant pour la première fois, acquiesça le roi. Non pas que je commente son physique, ajouta-t-il devant l’air interrogateur de la reine. Mais elle dégage une étrange impression dans sa façon d’être et de parler.
– Je dois avouer moi-même qu’elle est très atypique. Mais je ne peux juger son caractère pour le moment, nous nous sommes parlé que trop peu de temps, commenta Léna.

– Va lui parler par toi-même ce soir, tu verras, c’est une expérience intéressante Thrista !, conseilla le roi Marco.
– Je le ferais si jamais j’en ai l’occasion, répondit le jeune homme. »

Il lança un regard en direction du vieil homme en compagnie de la princesse et croisa le regard de cette dernière.
« Je vous laisse maintenant vos altesses, je me dois aller saluer la princesse, annonça-t-il alors. Sinon j’ai bien peur qu’elle ne me le pardonne jamais !, ajouta-t-il avec un petit sourire.
– Allez donc jeune homme !, lui répondit le roi d’un ton exagérément pompeux. Si tel est votre destin ! Aie !, s’exclama-t-il après avoir reçu un discret coup de coude bien placé de la part de sa femme.
–  Vas-y, ajouta-t-elle. Nous avons encore beaucoup d’invités à saluer, nous te reverrons sûrement plus tard ou bien demain au banquet. »
Le jeune homme s’inclina à nouveau devant chacun des deux souverains et se dirigea vers l’endroit où se trouvaient la princesse et son mystérieux interlocuteur. Alors qu’il approchait il eut un mauvais pressentiment, une vague de sueur froide dans la nuque, comme si quelqu’un l’observait. Il regarda autour de lui, recherchant toute source de problèmes mais après avoir fait le tour du grand hall la seule chose suspecte qu’il eut remarquée était le regard meurtrier que lui avait lancé la jeune femme brune, qui servait de garde du corps à la princesse, depuis son poste d’observation contre le mur. Todd qui se tenait debout à côté d’elle lui souriait au contraire, apparemment content de revoir le jeune homme.


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Ombre & Plumes – 10 – Préparations

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D’ombre et de plumes

10

Préparations


Tout était flou et si incertain. Le paysage autour de lui tourbillonnait sans fin, les couleurs fusionnaient et devenaient floues, les ombres se mêlaient à la lumière. Ce qui jadis avait été des murs, des arbres et le ciel n’était plus à présent qu’un bouillon indescriptible. Sa vue le trahissait mais ses autres sens non plus n’étaient pas fiable. Des sons, des échos, des cris, soudain lointains et déchirants, soudain proches et suaves, torturaient ses oreilles. Des notes aiguës et graves en même temps semblaient jaillir des profondeurs du temps. Des senteurs exotiques se mêlaient à des parfums dur et crus pour tromper ses narines. Pour couronner le tout, il ne parvenait à savoir pourquoi il ressentait le goût fruité des pommes dans ses mains alors qu’il avait les lèvres sur une grappe de raisins. Ses sens étaient tous mêlés, brouillés. Des voix d’un bleu chatoyant goutaient le sel et tentaient de l’étrangler. Il ne parvenait plus à savoir depuis combien de temps il était là, si toutefois « là » fut quelque part, ni depuis combien de temps il y était. Après tout, il ne savait même pas s’il était réellement là, rêvait-il ? Aucun moyen de savoir… Il n’était plus que senteurs, plus que goûts et sons, il n’était plus rien et tout à la fois. Puis sans prévenir tout bascula. Il se sentit tomber vers l’arrière, non pas tomber comme un homme tombe lorsqu’il trébuche le matin au réveil ou lorsqu’il manque d’attention. Non, il tombait comme on tombe dans un rêve lorsqu’on a l’impression de chuter vers l’avant en tombant vers l’arrière, cet événement perturbant qui cause habituellement notre réveil. Mais il ne se réveilla pas, il continua de chuter au ralenti se retrouvant à présent dans un monde de vide absolu. Il avait recouvré ses sens mais ne parvenait pas à réfléchir correctement dans cet univers où le temps semblait élastique, il ne pouvait qu’assister à sa propre chute encore et encore sans pouvoir faire ou penser quoi que ce soit. Lorsqu’enfin il toucha terre il se retrouva doucement posé sur les genoux par une force inconnue. Il était agenouillé sur du sable fin, les bras pendant à ses côtés, une brise calme lui glissant sur le visage et les vagues lui léchant les pieds. Il n’eut le temps que de lever la tête et d’apercevoir la silhouette ocre avant de se sentir tomber à nouveau et de sombrer.
La voix lui parlait à nouveau mais il n’arrivait pas à distinguer les sons qu’elle produisait, elle lui parlait dans un langage qui lui était inconnu, un langage étrange et qui semblait ancien, très ancien. Il se sentit de plus en plus léger, une force le tirait vers le haut ou ce qui semblait être le haut, après tout au point ou il en était il n’était plus sûr de rien. Il montait, de plus en plus vite, un ciel de nuit s’étendait autour de lui, il montait toujours plus haut, côtoyant presque les étoiles. Il se retrouva ensuite au milieu des étoiles, flottant au dessus d’une sphère bleu marine et blanche, des lumières, sous la forme de milliers de petites veines lumineuses, en émanaient et formaient une grande toile d’araignée. Il flottait, incapable de bouger, coincé en orbite entre terre et cieux. Tournant la tête faiblement il fit face à un immense astre d’argent, étrange sphère brillante dans cette immense étendue parsemée de lucioles. Cette vision le fascina, il n’avait jamais rien vu de tel, jamais rien d’aussi beau et d’aussi fascinant. Ce fut presque avec déception qu’il se sentit quitter son corps, il était à nouveau attiré par cette force invisible. Il était emporté dans l’immense mer d’étoiles qui s’étendait derrière lui. Il se rendit alors compte que la voix lui parlait toujours, elle n’avait arrêté de lui parler pendant tout ce temps mais il n’avait pas écouté. Elle était devenue une partie de ce monde, quelque chose d’évident qui avait toujours été là. Mais à présent elle parlait de plus en plus fort et bien qu’elle ne criait pas le son qu’elle produisait augmentait, devenant presque insupportable. Il crut qu’il allait en devenir fou lorsqu’il ouvrit les yeux et se réveilla. À ses lèvres était suspendue une phrase. Quelques un des mots de cet être invisible qui lui avait parlé à travers son voyage. Les derniers mots que la voix suave avait prononcés.
« Pas encore. Le moment n’est pas encore venu… »
Il remarqua alors qu’il s’était redressé, que de sa main gauche il serrait le pendentif autour de son cou et que son bras gauche était étendu vers le plafond comme s’il tentait d’atteindre quelque chose tout là haut dans les éthers. Il retira le collier et le posa sur la table de nuit à sa droite et se rallongea sur le lit. Trop énervé pour se rendormir il resta un long moment à fixer les gravures sur bois au dessus de sa tête tentant vainement de mettre du sens sur son rêve.
Thrista fut réveillé en sursaut par des cris et des exclamations. L’agitation qui régnait dans la rue lui fit tout de suite comprendre que l’heure était déjà bien avancée. Seul un souvenir vague de son expérience hypnique demeurait clair alors qu’il se leva et ouvrit l’armoire mise à sa disposition pendant son séjour pour s’habiller. Il enfila une tenue composée d’une chemise blanche faite d’un tissu léger, par-dessus cela il enfila une veste de tissus plus épais bleu marine. Sur cette dernière étaient cousus des symboles abstraits au fil noir, il enfila également un pantalon noir assez large et qui possédait des motifs décoratifs cousus de couleur plus claires que le pantalon lui-même. Ce à quoi il joignit une paire de chaussures en cuir marron qui lui montaient juste au dessus de la cheville. Se sentant prêt et suffisamment vêtu pour l’occasion et après avoir replacé son collier autour de son cou en il descendit prenant son nouveau sac à bandoulière et son long manteau. Il croisa un homme âgé dans le couloir, celui-ci ouvrait la porte de sa chambre, il le regarda passer avec étonnement avant de rentrer chez lui.
De bonnes odeurs flottaient dans la grande salle lorsque le jeune homme y entra afin d’aller s’asseoir à une table. Une jeune femme d’une vingtaine d’années vint à sa rencontre lorsqu’il se fut installé à une table non loin de la grande cheminée.
« Bonjour monsieur !, le salua-t-elle chaleureusement. Vous désirez quelque chose ?
– Bonjour, la salua-t-il avec un sourire. Oui, un repas copieux serait très appréciable.
– Je peux vous proposer du mouton grillé et des fèves en sauce que nous avons en ce moment sur le feu si cela vous convient, à moins que vous ne préfériez autre chose ?
– Non, c’est parfait, merci, confirma Thrista en souriant.
– Je vais vous chercher cela tout de suite ! »

La jeune femme se retourna en direction de la cuisine mais fit mine d’hésiter et revint vers l’adolescent.

« Excusez moi de vous demander cela mais vous êtes un nouveau client ? Je ne vous ai pas vu arriver aujourd’hui… »
La question ne l’étonna pas, il était arrivé la veille alors que Carmen avait congédié ses employés pour la journée.
« Oui, mais cela ne me surprend pas. Je suis arrivé hier en soirée, Carmen m’a dit que ses employés avaient la journée pour eux. » La jeune femme hocha tout d’abord la tête, apparemment satisfaite, puis ensuite elle écarquilla les yeux, n’essayant même pas de cacher sa surprise.
« Vous connaissez la patronne ?
– Bien sur qu’il me connaît ! C’est un vieil ami voyons. »
La petite bonne femme était apparue derrière son employée sans un bruit, la faisant sursauter lorsqu’elle prit la parole. Elle souriait mais cela sembla encore plus déstabiliser sa jeune employée qui bégaya quelques mots d’excuses avant de se précipiter vers la cuisine.
« Thrista, je te présente Juliette, ajouta  Carmen en la regardant partir. Ah, toujours à fouiner celle-là… Curieuse comme pas possible ! C’est très mauvais pour le commerce ça tu sais, un employé qui ne fait pas son boulot efficacement !, se lamenta-t-elle.
– Je suis sur qu’elle doit se débrouiller Carmen, sinon tu ne l’aurais pas gardée n’est-ce pas ?, rétorqua Thrista son hôte.
– Mais quelle image tu as de moi jeune homme !, s’exclama celle-ci, adoptant un air vexé. Je l’emploi parce qu’elle s’est montrée persuasive lors de notre petit entretien, et même si elle est sacrément pipelette elle se débrouille plutôt bien. Si elle t’embête trop avec ses questions tu n’as qu’à me faire signe, je lui donnerai de quoi s’occuper pendant un moment. »

Elle fit un clin d’œil complice au jeune homme.
« Je note, mais ne t’inquiète pas, elle ne me dérange pas.
– Bien, comme tu veux. Mais dis moi, n’es-tu pas censé aller au palais aujourd’hui ?
– Si fait, je pensais que mon accoutrement t’aurait mis la puce à l’oreil… Répondit-il avec un petit clin d’oeil. Je mange et j’y file !
– En effet, j’aurais du m’en douter… Acquiesça-t-elle avec un petit sourire en l’observant de la tête au pieds. Dépêche toi alors, il est quasiment quarte de secondaire !, ajouta-t-elle.
– Oui, je sais. Mais ne t’inquiète pas, je serai là bas à l’heure qu’il faudra.
– Je te souhaite un bon appétit alors jeune homme, et une excellente journée ! »

Sur ce, la patronne de l’établissement se leva et retourna vaquer à ses occupations principales, saluant les gens présent alors qu’elle zigzaguait entre les tables. Ce ne fut que lorsqu’elle sortit du champ de vision de Thrista que la jeune serveuse revint avec ses plats, le jeune homme douta que cela soit une coïncidence mais il ne fit pas de remarque.
« Voilà votre repas, annonça-t-elle simplement en lui donnant son assiette. »

Thrista la remercia en lui donnant une pièce d’or comme pourboire, mais à son hésitation avant de partir il vit bien que sa curiosité lui brûlait les lèvres.
« Je la connais depuis que je suis tout petit, dit-il soudain, surprenant la jeune serveuse. »

Celle-ci se retourna en le regardant avec de grands yeux, il lui fit signe de venir s’asseoir à ses côtés.

«  Je m’appelle Thrista, enchanté de faire ta connaissance. Ne t’inquiète pas, tu peux me poser tes questions si tu veux, ça ne me dérange pas. Il n’y a plus grand monde à servir à cette heure, tu as donc sûrement un peu de temps libre !, ajouta-t-il en voyant qu’elle hésitait. »

Finalement elle se décida à le rejoindre et vint s’asseoir en face de lui.
« Je m’appelle Juliette, enchanté de vous rencontrer !, fit-elle, un sourire ravi aux lèvres.
– De même Juliette, mais aucun besoin de me vouvoyer, je suis plus jeune que toi tu sais.
– D’accord euh… Thrista. »

La jeune femme rougit en disant cela, peu habituée à parler ainsi à un client.
« Alors comme ça tu voulais en savoir plus sur la patronne ?, dit-il en prenant une bouchée de son morceau de mouton.
– Oui, je ne sais pas grand-chose d’elle…, avoua Juliette.
– Ça ne m’étonne pas, Carmen à toujours été plutôt réservée sur sa vie. Moi-même je n’en sais pas beaucoup, annonça Thrista. Mais je peux te parler de ce que je sais, si cela te convient.
– Bien sur !, elle hocha la tête vigoureusement.
– Eh bien je suis venu plusieurs fois ici à Eneleïa, quand j’étais petit, avec mon père. Et pour se loger on venait ici, chez Carmen.  Mon père et elle étaient de vieilles connaissances.
– Ah oui ? Tu n’es pas un Enolien ?, l’interrompit la jeune femme, ne cachant nullement sa curiosité.
– Non, je viens d’un village vers le centre d’Ore, Asselia, mais je doute que tu connaisse. J’ai grandi là bas mais nous venions régulièrement ici avec mon père. Carmen nous accueillait toujours avec plaisir mais, si tu veux vraiment savoir, elle me faisait un peu peur ! »

Il frissonna de façon exagérée à ces mots ce qui fit rire son interlocutrice.
« Ah oui ? Vraiment ?, demanda celle-ci.
– Oh oui, tu n’imagine pas toutes les menaces de corvées que je recevais de sa part pour me faire tenir tranquille ! Elle n’en a jamais mis une seule à exécution mais j’y croyais dur comme fer. Elle à toujours été comme ça, même aujourd’hui elle me dirige à la baguette quand elle le veut, une mauvaise habitude de ma part je crois… »

Il fit une pause, se remémorant ce que la propriétaire des lieux lui avait imposé deux ans plus tôt.
– Et tu es venu de Esselia pour le mariage alors ?, demanda Juliette.
– Asselia, la corrigea-t-il avec un petit sourire avant de répondre. Non, en fait j’arrive de beaucoup plus loin, je reviens de Simériah, le continent à l’est d’Ore. »

La jeune serveuse afficha alors un étonnement et un intérêt encore plus grand pour le jeune homme, sa curiosité était piquée à vif.
– Tu es allé jusqu’à Simériah ?!, s’exclama-t-elle, faisant se retourner quelques uns des rares clients de l’auberge.
– Oui, j’y suis resté quasiment un an, j’ai visité beaucoup de régions et d’endroits impressionnant.
– Est-ce vrai qu’on y croise des hommes à la peau rouge ? Et des Sphinx ? Et y a-t-il vraiment des montagnes qui touchent les étoiles ? »

La jeune femme débordait de questions à présent. Thrista sourit de sa fascination pour ce qui lui avait été conté.
« Eh bien pour répondre à tes questions oui, j’ai vu des hommes et des femmes dont la peau est d’une belle couleur ocre, quasiment rouge. Leur peuple se fait appeler les Mowga, ils vivent simplement et autant que possible en harmonie avec la nature. »

Les yeux de la jeune femme brillaient presque à présent tant elle était fascinée, elle buvait les paroles de Thrista.

« Je n’ai pas vu de Sphinx de mes propre yeux mais j’en ai entendu des récits à plusieurs reprises, ce sont des créatures féroces et sauvages mais aussi extrêmement intelligentes et elles n’aiment pas être vues apparemment. Pour ce qui est des montagnes j’en ai vu de nombreuses mais aucune qui rivalise avec celles que nous avons ici ou celles des récits du troisième contient. J’ai aussi vu des faucons géants, des hommes pratiquer des sorts si puissants qu’ils pourraient détruire des forteresses d’un seul mot. J’ai aussi appris à mieux comprendre mes pouvoirs afin de mieux les utiliser.
– Tu es sorcier ?!, cette fois Thrista cru qu’elle allait se lever et se mettre à courir tout autour de la pièce tant sa joie était grand et visible, elle vibrait sur place.
– Oui, enfin non, je pratique plutôt la magie, mais je suis un empiriste oui. Je ne suis pas encore aussi puissant que je voudrais l’être mais je me débrouille !
– C’est génial ! Jamais je n’aurais cru rencontrer un magicien qui vient d’un autre continent ! »

Elle sautillait sur sa chaise, aussi excitée qu’une puce. Cela fit rire Thrista.
« Je vois ça, confirma-t-il. »

La jeune femme rougit en se rendant compte à quel point elle ne se contrôlait plus.
« Désolé, je me laisse trop souvent emporter…, dit-elle pour se faire excuser.
– Ce n’est pas grave, répondit Thrista amusé. »

Il avait entamé les trois quart de son assiette à présent et but une gorgée d’eau fraîche avant de finir ce qu’il lui restait de fèves.

« Ce repas est vraiment bon, pourras-tu remercier le cuisinier de ma part ? »
Juliette hocha la tête, priant Thrista de continuer son récit. Ce dernier continua à lui raconter son périple sur le « continent des origines », il lui expliqua aussi qu’il comptait participer au grand tournoi deux ans plus tard et que c’était pour cette raison qu’il voyageait.
« Je me suis entraîné tout seul quand j’étais plus jeune. Malheureusement mon père n’était pas d’accord et il ne voulait pas non plus m’apprendre. Il ne me donnait que des conseils de temps en temps mais il refusait de m’apprendre à utiliser mes pouvoirs. Il m’avait emmené au dernier grand tournoi, celui d’il y a huit ans, et c’est à partir de ce moment que j’ai décidé que je voulais y participer moi aussi ! »

Thrista s’essuya la bouche et reposa ses couverts prêt de son assiette à présent vide. Il but à nouveau une gorgée d’eau et continua.

« Mais je me suis rendu compte qu’en m’entrainant tout seul je n’arriverais pas à grand-chose. Mon père qui voyait bien qu’il ne me ferait pas changer d’avis m’a proposé un marché : demander à un vieil ami à lui de m’apprendre les rudiments du maniement du mana et en échange je devais apprendre à contrôler mes pouvoirs. A l’époque j’avais un peu de mal à le faire. Je me suis entraîné avec un « professeur » volontaire cette fois, mais ça n’a pas duré très longtemps… »

Le visage du jeune homme devint sombre pendant quelques secondes, il n’aimait vraiment pas se remémorer ce moment… Tout était allé si vite et avait été si violent… Il avait cru et croyait encore par moments à un rêve, un mauvais tour de son esprit. Mais les visages de son maître et d’Elya lui revenaient et le hantaient, lui rappelant que tout était bien réel… Il reprit ses esprits lorsqu’il se rendit compte que la jeune femme l’appelait, un air inquiet. Il avait fait remonter des souvenirs refoulés depuis si longtemps que tout le reste avait été oublié pendant un moment.
« Thrista ? Tout va bien ?
– Oui, oui. J’étais juste dans la lune désolé !,répondit-il en essayant de retrouver une attitude normale. »

Cela ne fut pas simple, se rappeler de Fried et d’Elya lui faisait toujours autant d’effet, il n’arrivait pas à se départir de ce sentiment de mal être et de culpabilité.

« Je disais donc, après cette période j’ai décidé de voyager un petit peu pour découvrir le monde et apprendre des choses nouvelles sur la magie. Je me suis rendu compte que j’étais vraiment faible comparé aux autres personnes contrôlant le mana. Mais je crois que ça m’a aidé de voyager, je pense que j’ai appris beaucoup sur mon pouvoir et sur moi-même en rencontrant d’autre magiciens ou sorciers. »
« Ça doit vraiment être chouette de voyager comme ça et de visiter le monde !, s’émerveillait la serveuse.
– Eh bien cela dépend des jours, c’est quelque chose d’inoubliable en effet, mais il ne faut pas croire que ce soit toujours facile ! »

Ils discutèrent ainsi pendant une bonne heure et demie avant que Thrista ne s’excuse pour partir, il voulait arriver au palais avant que la journée ne soit trop avancée, il était temps pour lui de partir. La jeune femme sembla un peu déçue de devoir finir cette conversation mais elle retrouva son habituel entrain lorsque le jeune homme lui annonça qu’il devait aller rejoindre la princesse, qu’il connaissait depuis son enfance, et qu’il lui promit de lui parler d’elle une autre fois. Il paya ce qu’il devait à la patronne qui était revenue à son comptoir avant de lui demander l’heure.
« On est à une demi heure de sixte secondaire je crois. Tu ferais bien d’y aller, sinon tu vas encore arriver en retard ! » Lui annonça Carmen.

Il la remercia, lui répondant qu’il lui faudrait moins d’une heure pour y arriver, ce qui lui laissait un peu de temps. Il enfila son long manteau, rabattant la capuche dans son dos avant de quitter l’auberge et de partir en direction du palais.


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Ombre & Plumes – 6 – Le palais blanc


D’ombre et de plumes

6

Le palais blanc


« Alors tu le vois ?, lui demanda son père en levant la tête dans une vaine tentative d’apercevoir la tête de son fils perché sur ses épaules. C’est bâtiment le plus large  au centre de la ville.

– Oui je le vois !, répondit le jeune Thrista tout sourire, les yeux brillants d’excitation à la vue de la gigantesque cité qu’était Eneleïa. »

Il était émerveillé par majestuosité des murailles du port, par les couleurs claires des bâtiments de la ville et bien sûr par le palais, monument historique aussi imposant par sa grandeur actuelle que par son riche passé. C’était la première fois que le jeune garçon contemplait, du haut de ses sept ans, une ville aussi grande. Son père avait une affaire à y régler et avait profité de l’occasion pour l’emmener avec lui se disant qu’il pourrait ainsi lui montrer ce qu’était une grande ville car le jeune garçon n’avait jusqu’à présent vécu que dans le petit bourg qui l’avait vu naître. De plus Eneleïa était en période de fête, c’était en effet le dixième anniversaire de la jeune princesse qui était fêté en ce moment dans toute la cité, bien que cela fût un événement moins important que d’autres auparavant et d’autres encore à venir. Thrista était émerveillé par les couleurs et le fourmillement qui s’étendaient sous ses yeux, tout lui paraissait minuscule depuis les hauteurs de la ville.

«Il y a normalement beaucoup de monde dans la cité mais pas autant qu’aujourd’hui car c’est un jour spécial, c’est le dixième anniversaire de la princesse Siléna. J’ai donc pensé que ça te ferais plaisir de voir ce qu’est une grande ville lors d’un jour de fête…  lui annonça son père.

– C’est tellement beau !, s’exclama le jeune garçon, les yeux écarquillés. Dis papa, je pourrais inviter autant de monde pour mon dixième anniversaire aussi ?, demanda-t-il ensuite avec enthousiasme alors que son père le reposait par terre. »

L’adulte s’arrêta un instant pour regarder avec incrédulité le visage tout à fait sérieux de son fils, puis se mit à rire franchement de cette requête à la fois extravagante et innocente. Ceci eu pour effet de surprendre également le garçon, ne voyant pas ce qu’il y avait de si drôle dans ce qu’il venait de dire, il prit donc un air boudeur croyant que son père se moquait de lui.

« Nous verrons jeune homme, répondit le plus âgé des deux, un grand sourire sur le visage, en passant sa main dans les cheveux de son fils ce qui eu pour effet de les ébouriffer. Nous verrons… »

Il resta sur place un long moment à se remémorer cette scène, sa première impression de la Ville des Deux Mondes lors de sa venue neuf ans plus tôt, si bien que l’une des marchandes le surprit en venant s’enquérir de son état. Sorti précipitamment de ses pensée il dût se retenir pour ne pas bondir en arrière à cette apparition, le visage de la femme était si proche du siens qu’il arrivait à discerner chaque ridule qui composaient son visage âgé. Thrista dût remercier la marchande plusieurs fois et lui expliquer qu’il était uniquement perdu dans ses pensées, que oui il se sentait tout à fait bien et que non il n’avait pas besoin de son aide, aussi bien intentionnée soit-elle, avant qu’elle décide enfin à retourner à son étalage de fruits et légumes. Il se remit à marcher, flânant de nouveau entre les étalages mais son attention était focalisée sur une seule chose : pourquoi la princesse héritière du royaume de Tébor voulait-elle le rencontrer maintenant ? Savait-elle qu’il était de retour où venait-elle juste de l’apercevoir ? Car il était sûr qu’elle l’avait reconnu, seul Siléna avait pu lui laisser un message de la sorte.

Bien sur, le fait que la princesse soit secrètement seule en ville la veille de son mariage ne l’étonnait guère, depuis toute petite elle faisait des escapades hors du palais royal lorsqu’il lui plaisait. Et cela sans que ses parents ne puissent rien y changer. Son père avait bien essayé d’augmenter le nombre de gardes autour de sa chambre et de sceller toutes sorties des quartiers de sa fille en cas de besoin mais elle trouvait toujours le moyen de sortir. Cela Thrista le savait par expérience. Il décida donc de répondre à sa demande, sachant que s’il ne venait pas à elle c’est elle qui finirait par venir à lui et cela ne pouvait être bon. Espérons juste que les jardins n’aient pas trop changé… pensa-t-il en soupirant. Le jeune homme décida de manger un peu avant de se rendre à son « rendez vous », après tout il lui restait encore du temps avant que le soleil ne se couche. Il passa par un stand vendant divers breuvages pour s’acheter de l’eau avant de se mettre en route, un sourire mélancolique sur le visage, en se dirigeant lentement vers le centre de la ville.

« Bon alors, quand est-ce qu’on arrive papa ?, demandait pour la dixième fois le jeune Thrista à son père. »

Celui-ci inspira profondément avant de lui répondre de nouveau que ça ne serait plus très long, encore quelques minutes de marche et ils seraient arrivés. Le jeune garçon se tut, apparemment satisfait de la réponse, mais se demandant quand même comment ils avaient pu autant marcher en quelques minutes…

Ils arrivèrent rapidement en vue d’un bâtiment vers lequel le père de Thrista se dirigea d’un pas sûr. Le garçon le suivi sans poser de questions, soulagé d’arriver enfin. Ils s’approchaient d’une grande porte aux lourds battants métalliques cernée par deux gardes, Thrista en profita pour jeter un coup d’œil autour de lui. L’allée dans laquelle ils marchaient était, bien qu’étant secondaire, presque aussi grande que les autres rues de la ville. Le bâtiment vers lequel ils se dirigeaient était construit de marbre blanc taillé à la perfection, il s’étendait sur la droite sur presque toute la longueur de la rue et s’élevait sur une bonne quinzaine de mètres. Quelques fenêtres apparaissaient de ci de là, mais la seule entrée était celle vers laquelle ils se dirigeaient. Ils s’arrêtèrent tous les deux devant les gardes chargés de surveiller la porte. Les deux militaires étaient d’âge à peu près équivalent, c’est à dire dans leur quarantaine, ils affichaient un visage impassible et étaient entouré d’une aura de puissance et de fiabilité à toute épreuve. Ils étaient vêtus de cottes de maille argentées parfaitement lustrées, possédaient tous deux une épée longue à la ceinture et tenaient chacun à la main une grande lance. Celui de droite tourna la tête à l’arrivée du duo familial.

« Quelle est la raison de votre venue ?, demanda-t-il simplement sans lâcher sa lance lorsque le duo s’arrêta devant eux.

– J’ai été convoqué pour une entrevue. Mon nom est Ellias Daener, répondit le père de Thrista. »

Ce dernier ne fit même pas attention à ce bref échange ni au fait que le premier garde se dirigea vers la porte, y toqua trois fois et répéta les paroles de l’étranger avant de revenir au bout d’une minute avec l’autorisation d’entrer. Il était fasciné par le second garde qui n’avait pas bougé depuis leur arrivé, celui-ci faisait facilement une tête de plus que son père et deux fois sa carrure. Le jeune garçon, qui n’avait jusqu’alors jamais vue personne d’aussi grand et large, en restait bouche bée. Il sorti de sa rêverie admirative lorsque son père lui tira doucement sur le bras pour lui faire comprendre qu’ils pouvaient avancer de nouveau. Il le suivit mais sans jamais quitter le garde du regard, ce dernier remarqua le regard insistant que lui lançait le petit garçon et y répondit par un sourire bref mais sincère. Ceci eu pour effet d’impressionner encore plus Thrista. Il ne détourna les yeux que lorsque la porte se fut refermée derrière eux et qu’il ne pouvait plus rien apercevoir du dehors. Le jeune garçon n’était pas au bout de ses surprises.

Il fut émerveillé par les larges couloirs qu’ils traversèrent, tous construits en marbre blanc des plus pur que ce soit le sol, les murs ou le plafond, qui dépassaient facilement cinq mètres de haut. De grandes tapisseries brodées dans des tissus riches s’étendaient sur les murs, les fenêtres étaient toutes à la mesure des murs c’est à dire gigantesques. Le sol était, au centre des couloirs, recouvert d’une moquette d’un rouge foncé, rappelant la couleur du sang, tirant presque sur le violet. Quelques bustes et armures étaient exposés entre les nombreuses fenêtres et portes qui parsemaient les murs.

« Chacune de ses portes mène vers une pièce différente, lui glissa son père alors que Thrista en fixait une avec plus d’attention que les autres. Ça peut-être une chambre, un salon, une bibliothèque ou bien simplement un placard. »

Le garçon se demandait comment quelqu’un pouvait se payer une maison digne d’un palais sans être un roi et surtout comment son père pouvait-il bien connaître cette personne. Il voulu lui poser la question mais celui-ci discutait avec l’homme qui était venu les chercher à la porte pour les conduire… les conduire où d’ailleurs ? Maintenant qu’il y réfléchissait il ne savait pas du tout ou il se trouvait, pourquoi ils étaient là ni qui ils étaient censé visiter… Ce ne fut qu’arrivé devant une grande porte qu’il eu la première réponse à ses questions. L’homme qui les guidaient venait de s’y arrêter et se tourna vers les gardes qui surveillaient les lourds battants de chêne.

« Maître Daener est ici pour l’entrevue avec sa majestén, annonça l’homme avant de s’incliner et de se retirer. »

Les deux gardes se tournèrent sans un mot vers les battants de la porte et y toquèrent trois fois en synchronie parfaite avant de les pousser lentement. La porte s’ouvrit sur une salle immense aux murs parsemés de vitraux et au plafond digne d’une cathédrale soutenu par des dizaines de piliers géants de style gothique. Au centre de la pièce illuminée des milliers de reflets colorés se trouvait une table massive sculptée dans du bois millénaire qui atteignait facilement les douze mètres de long. Deux hommes, une femme et une petite fille y étaient installés, les deux hommes au bout le plus éloigné, apparemment en pleine discussion, et les deux femmes au milieu de la grande table en train de jouer aux échecs. Derrière eux se trouvait surélevé sur une estrade taillée directement dans la roche blanche deux trônes imposants. L’un, celui de gauche, était large et haut et composé de ce qui ressemblait à des morceaux de bois flotté, le second, celui de droite, était de taille légèrement inférieure mais finement taillé dans la même roche que le socle et couvert de coquillages et de perles au couleurs irisées. Sur celui de gauche se tenait un homme au teint clair, les cheveux blonds commençant déjà à grisonner et dont la tête était sertie d’une fine couronne d’or parée d’une seule magnifique pierre turquoise en son centre.

Thrista qui était complètement perdu suivi son père qui avançait déjà vers l’homme assis sur le trône. Lorsqu’il aperçut les visiteurs ce dernier se leva et fit signe aux deux hommes assis à la table de les laisser, ceux-ci s’inclinèrent et sortirent par le côté. En les suivant des yeux le jeune garçon remarqua les gardes qui étaient positionnés sur toute la longueur des murs. Il ne savait où son père l’avait emmené, il était émerveillé par l’architecture, le mobilier et les habitants de cette villa et il était complètement perdu. Ce ne fut que lorsqu’ils arrivèrent au niveau de la table où l’homme les rejoignit et que son père se fût incliné devant celui-ci en le saluant qu’il comprit enfin ou il était.

« Votre altesse Marco de Tébor, c’est un honneur de vous revoir, dit son père. »

Le roi le regarda un instant et se mit à rire, s’approchant de son père alors que celui-ci se relevait, il l’attira dans une solide embrassade.

« Toujours aussi à cheval sur les convenances à ce que je vois mon cher Ellias. N’en démordras tu donc jamais ?!, lui répondit le Roi en le relâchant, riant toujours.

– Non jamais, répondit l’intéressé, un sourire venant éclaircir son visage. »

Contrairement au roi qui était blond et qui paraissait toujours bienveillant, Ellias Daener, le père de Thrista, gardait toujours une expression neutre, voire sèrieuse, et ne se livrait que rarement à l’amusement en public. Le jeune homme sut donc tout de suite que les deux hommes se connaissaient depuis longtemps et qu’ils étaient de bons amis, sinon son père ne se serait jamais permis une telle ouverture. Le fait que son père soit très ami avec celui qui venait d’être présenté comme le roi de Tébor l’étonna encore plus. Il regarda donc les deux hommes se saluer sans faire un mouvement, absorbant l’énormité de la situation dans laquelle il se trouvait : il était en présence d’un roi et en qui plus est son père était ami avec lui. C’était inimaginable, pourquoi ne lui avait-il rien dit jusqu’à présent ?

« Mais dis moi Ellias, qui est ce jeune homme qui a le même regard incrédule que toi sur le visage ? Serait-ce ton fils ?, demanda le roi après une accolade avec son vieil ami.

– Oui, c’est bien mon fils, Thrista. Il n’a que sept ans mais tout le monde me dit qu’il est mon portrait craché, pour ce qui est du comportement en tout cas. Thrista je te présente sa majesté Marco, dirigeant du royaume de Tébor, annonça Ellias. Je sais que tu ne t’attendais pas à ça mais je t’avais promis une surprise non ?, ajouta-t-il, un petit sourire sur le visage. »

Thrista regarda tour à tour les deux hommes quelques instants, ne sachant pas quoi en penser, avant de répondre.

« Enchanté de faire votre connaissance votre majesté. Je suis Thrista Daener, dit il simplement, tel que son père l’avait recommandé lors de ses nombreux cours de politesse qu’il avait dû subir depuis très jeune.

– Je suis moi aussi enchanté de faire ta connaissance Thrista Daener, j’ai beaucoup entendu parler de toi. Je suis un vieil ami de ton père tu sais, nous avons souvent travaillé ensemble quand nous étions plus jeune, répondit Marco. Oh et tu peux m’appeler Marco, tu es le fils de mon ami, donc tu es mon ami aussi, ajouta-t-il en souriant. »

Il les invita alors à venir s’asseoir à la table qui se trouvait derrière lui. Il s’arrêta au niveau des deux femmes et présenta la plus jeune de la main.

« Ellias, tu la connais déjà, mais la dernière fois que tu l’a vu elle n’était qu’un bébé. Thrista je te présente ma fille, Siléna. »

La petite fille se leva alors et se tourna vers les deux visiteurs pour les saluer, elle souleva légèrement sa robe et inclina la tête. Elle fixa Thrista un instant de ses grands yeux bleus puis retourna s’asseoir.

Le jeune homme fut frappé par la silhouette fine et l’apparence angélique de la petite fille. Elle avait, contrairement à son père, le teint très mat mais elle possédait ses cheveux blonds et ses yeux bleus composant ainsi une combinaison exotique mais très harmonieuse. Elle était vêtue d’une simple robe bleue très claire et portait sur sa tête un magnifique diadème argenté finement taillé. Ses cheveux blonds lui descendaient jusqu’aux hanches. Le roi désigna alors la femme de l’autre côté de la table.

« Et voici Julia, la gardienne et préceptrice de ma fille. L’une des meilleures de ce pays, commenta-t-il. »

La jeune femme, qui ne devait pas avoir plus de vingt cinq ans se leva et, rougissant légèrement, salua à son tour le père et le fils. Ce dernier ne le remarqua presque pas tellement il était fasciné par les mains fines et la silhouette gracieuse de la princesse. Ce fut tout juste s’il n’entendit pas le roi lui proposer de rester regarder la partie pendant que lui et son père allaient s’asseoir un peu plus loin. Il accepta avec joie, ayant maintenant une excuse pour observer la jeune fille au diadème et s’assit à sa droite, lançant un regard rapide vers le plateau où les pièces s’affrontaient dans une bataille terrible.

Le soleil avait à moitié disparu derrière l’horizon lorsque Thrista atteint enfin les jardins du palais. Il regarda autour de lui, faisant attention que personne ne vienne puis, comme si les années n’étaient pas passées, sauta sans bruit par-dessus la haute grille et la haie. Il se releva doucement et surveilla brièvement les alentours en étendant son esprit aux alentours avant de partir sur sa droite. Cela faisait un moment qu’il n’était pas venu mais presque rien n’avait changé, dans cette partie des jardins en tout cas, ce qui le rassura. Il en remercia les dieux car il se trouvait actuellement dans un dédale d’allées bordées de grandes haies que tout le monde surnommait le Labyrinthe tellement il était facile de s’y perdre. Heureusement il se souvenait du chemin qu’il avait emprunté de si nombreuses fois pour rejoindre le centre des jardins et sa fontaine géante. L’adolescent arriva donc sans encombre à la sortie des allées donnant sur la fontaine, il pouvait déjà entendre le doux clapotis de l’eau qui coulait. Il accéléra le pas, pressé de revoir Siléna. Il entendit alors un bruissement de feuilles derrière lui et soudain, alors qu’il passait sous l’arche de feuillage parfaitement taillé menant à la fontaine, se retrouva quelque chose de froid pressé contre sa gorge. Il reconnut tout de suite le tranchant du poignard dirigé contre lui. Puis il entendit dans son dos pour la seconde fois de la journée une voix féminine lui intimer un ordre.

« Ne bouge pas si tu tient à la vie. »


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Ombre & Plumes – 5 – Eclair blond


D’ombre et de plumes

5

Eclair blond


L’eau était tout juste tiède lorsque Thrista pénétra dans le bassin des thermes, un frisson lui parcouru le corps ce qui n’échappa pas à Zani.
« Peut-être la préfèrerais tu plus chaude ? Lui demanda le vieil homme avec son éternel sourire.
– Oui, ce ne serait pas de refus. Je suis assez frileux, avoua le jeune homme avec un petit sourire en se frottant énergiquement les bras pour se réchauffer un peu. »

Le vieil homme acquiesça et s’assit sur le banc près du rebord du bain géant et ferma simplement les yeux. Une vague de chaleur traversa alors la pièce et l’eau autour du Maître se mit à frémir, elle commença même à s’évaporer au contact de sa peau, la température du bassin s’éleva de quelques degrés jusqu’à être suffisamment agréable. Zani rouvrit alors les yeux se tournant vers le jeune homme, attendant silencieusement son approbation.
« Merci, c’est beaucoup mieux comme cela !, le remercia Thrista.
– Mais de rien. Tu vois, la magie du feu à quelques avantages dans la vie, ceci en est un… répondit Zani. »

Thrista sourit à son tour.
« Alors comme ça tu te prépares pour le Tournoi des Mages ? Questionna le Maître Ancien.
– Oui, depuis que je suis tout petit je rêve d’y participer, répondit Thrista.
– Eh bien je ne doute pas que tu en ais le potentiel, je ne remets en aucun cas tes capacités après ce que j’ai vu aujourd’hui, mais es-tu sûr d’être prêt ? Et je ne parle pas uniquement de tes capacités physiques, dit Zani en se tapotant légèrement le crâne. Beaucoup en son revenu changé à jamais et pas forcément pour le meilleur…»

Bien que son sourire fut toujours présent sur son visage une ombre s’était installée sur le visage du vieil homme.
« Non, à vrai dire je ne me sens pas encore prêt, répondit le jeune homme. Mais cela n’a aucune importance, je compte m’améliorer d’ici là et j’ai confiance en moi.

– La confiance est fondamentale, en effet, acquiesça Zani. Mais un excès peut mener à la perte. »

Il sembla au jeune homme que les derniers mots du Maître Ancien étaient chargé d’histoire, mais il n’osa pas en demander plus.

« De plus c’est peut-être la seule chance que j’ai de pouvoir y participer alors je ne l’abandonnerai pour rien au monde…, ajouta-t-il après un petit moment de silence.

– Ta seule chance ?, répéta Zani en haussant un sourcil.

– Oui. Thrista hésita un moment avant de poursuivre. Une promesse que j’ai faite il y a un moment et que je me dois de tenir. C’est pour ça que je me consacre tout entier à ma préparation. Je donnerai tout ce que j’ai pour parvenir à mon but. »

Ce fut au tour de Zani de percevoir la profondeur cachée dans les mots du jeune homme. Il retourna la faveur que celui-ci venait de lui faire en ne le pressant pas non plus.
« Tu m’a l’air bien résolu, je vois que rien ne pourra te faire changer d’avis. Tant mieux, cela veut dire que tu as le bon état d’esprit pour y parvenir. J’ai confiance en toi ! Annonça finalement le Maître après un court moment de silence en souriant à nouveau. »
Le sujet de conversation dévia légèrement et ils continuèrent de discuter tout en se lavant et se rinçant. Thrista expliqua au vieil homme qu’il revenait d’un long voyage de l’autre côté de l’Océan sur le continent d’Arie et qu’il comptait à présent voyager dans les pays de l’Alliance. Peut-être même voyager avec des compagnons. Zani lui raconta comment il était arrivé dans le temple dédié à Sha’ana lorsqu’il avait une vingtaine d’années et qu’il s’était depuis voué à son culte et avait appris, et plus tard enseigné, les techniques d’arts martiaux dérivées de la nature. Il avait dans sa jeunesse lui-même participé au grand tournoi et avait assisté au match le plus sanglant de son histoire, Grennwick contre Almeinaster, durant lequel une centaine de personnes du public ainsi que Grennwick lui-même avaient perdu la vie. Ce tragique incident l’avait poussé à se retirer de tout tournoi officiel, percevant alors sa magie comme un outil de mort. Il lui avait fallu plusieurs années pour accepter de nouveau de l’utiliser. Depuis il avait tout fait pour prévenir les plus jeunes des dangers que pose la mauvaise utilisation du Mana en leur enseignant les voies passives des arts martiaux. Il avait tout de même continué de s’entraîner, ne pouvant se résoudre à abandonner la magie et la sorcellerie, mais uniquement dans le but de défendre et non d’attaquer.
« Je suis vraiment impressionné que vous ayez toujours un niveau aussi puissant, sans vouloir vous vexer, dit Thrista tout en se levant pour sortir du bain et se sécher.
– Je suis peut-être vieux mais pas totalement rouillé !, répondit Zani en riant de la remarque du jeune homme. Et j’espère le rester encore un moment… ajouta-t-il, une lueur mélancolique dans les yeux, en prenant à son tour une serviette. »
L’adolescent profita du moment où le vieil homme sortit du bain pour observer son dos. Celui-ci, malgré l’âge avancé et les rides paraissait toujours aussi vigoureux. Il fut interrompu dans son observation par le Maître qui lui parlait de nouveau.
« Alors que compte tu faire maintenant ?, demandait-il en commençant à se rhabiller. Vas-tu visiter la ville ? »
Thrista commença à enfiler son haut avant de répondre.
« Je pense aller au marché dans les quartiers nords pour acheter de quoi manger et quelques équipements pour la suite de mon voyage. J’ai besoin d’un nouveau sac surtout.
– Et tu compte rester pour le mariage c’est bien ça ? »

Thrista hocha la tête en signe d’approbation.
« Eh bien dans ce cas, continua Zani, peut-être nous verrons nous lors du grand défilé. Les autres prêtres de Sha’ana et moi, ainsi que quelques fidèles, faisons nous aussi partie de la procession.
– J’apprécierais beaucoup de vous revoir avant de partir, je serais au rendez vous dans ce cas !, s’exclama le jeune homme en finissant de mettre sa cape sur ses épaule et en prenant son vieux sac en bandoulière. »

Ils prirent tous les deux le chemin du parc lorsqu’ils quittèrent les thermes et s’éloignèrent des grands bâtiments en bois de chêne et aux colonnes de marbre noires et blanches. Ils continuèrent de discuter tout en s’approchant des portes qui fermaient l’enceinte des jardins du temple la nuit venue. Une fois arrivé à la grille et au moment de se séparer le vieil homme prit subitement l’adolescent dans ses bras l’entrainant dans une embrassade solide.
« J’espère que l’on se reverra bientôt si ce n’est le cas au défilé et je prierai Sha’ana pour toi mon garçon. Merci encore pour ce magnifique combat, cela faisait si longtemps…, dit le Grand Ancien, les yeux humides. Tu as ravivé chez moi un feu qui depuis trop longtemps était dormant. Pour cela je te remercie du fond du cœur Thrista.
– Ce fut un plaisir pour moi aussi. Répondit le jeune homme en souriant, légèrement surpris de cet effusion soudaine. Et un immense honneur d’avoir fait votre connaissance Maître Zani. J’espère aussi que nos routes se recroiseront un jour.
– Il en sera ainsi, j’en suis sûr, répondit le prêtre un sourire malicieux sur le visage. En attendant notre prochain match, ajouta-t-il en glissant une sphère en verre dans la main du jeune homme.
– Qu’est-ce ?, demanda le jeune homme avec surprise.
– Un cadeau de ma part, répondit Zani avec un clin d’oeil. Si jamais tu as besoin de mon aide ou que tu souhaite me contacter, pense simplement à moi. »

Thrista observa la sphère translucide qui reposait dans sa paume un instant, ne sachant trop comment réagir. Cette dernière reflétait les lueurs du soleil avec brillance alors que ce dernier entamait à présent la deuxième moitié de sa course dans le ciel. Une orbe de communication. Il n’en avait vu d’aussi pure que très rarement. Elle devait être très puissante et précieuse. Il lança un regard à Zani qui acquiesça silencieusement, toujours un petit sourire au lèvres.

« Merci, finit-il par répondre en la rangeant dans sa besace, ne sachant pas quoi ajouter d’autre. »
Il salua le vieil homme avant de se diriger vers l’extérieur du temple. Il avait dû faire une sacré impression sur le vieil homme pour que ce dernier lui fasse un tel cadeau pensa-t-il en passant les portes en bois de l’enceinte du temple. Il se retourna vers le vieil homme une dernière fois et le vit replier pouce et son auriculaire sur sa main droite et la leva, paume en avant, vers l’extérieur à la hauteur de sa tête avant de prononcer quelques mots simples en ancien langage.

« Sha’ana o naiga ! Que Sha’ana soit avec toi ! »

Zani se tourna ensuite à son tour et parti en marchant d’un pas lent vers la cours centrale du temple. Thrista resta un moment à fixer la silhouette du vieil homme qui rétrécissait à mesure qu’il avançait dans les jardins. Il tourna ensuite les talons et, se dirigeant vers les quartiers du marché, commença à marcher en observant la cohue de gens s’affairant aux préparatifs de fête autour de lui.

Thrista marcha pendant une demi-heure en direction du nord de la ville, il s’arrêta à un stand de galettes accompagnées de boulettes viande et en prit une ration pour se restaurer. Il se rendit alors compte qu’il avait une faim de loup et que cela faisait déjà presque quatre heures qu’il avait déjeuné. Le combat et la marche lui avaient creusé l’appétit. Il mangea donc avec voracité et vint rapidement à bout du délicieux met.
Il finissait sa dernière boulette lorsqu’il arriva dans une rue relativement bondée, il sut par le grand nombre de personnes et la cacophonie ambiante qu’il était arrivé à destination. Il ralentit alors le pas et commença à flâner entre les étalages de nourriture, de vêtements, d’animaux et d’objets divers qui étaient exposés dans la rue.
Les gens passaient, certains pressés par quelque affaire urgente, d’autres prenaient le temps d’observer chaque étalage et achetaient quelques fois une ou deux babioles, mais tous prêtaient plus ou moins attention aux petites mains qui se glissaient subrepticement dans les bourses et dérobaient quelques pièces avant de partir sans demander leur reste. On entendait quelques fois des exclamations effarées à la découverte d’un vol, des cris puis des bruits de course poursuites.
La présence de gardes patrouillant les rues de la ville avait grandement réduit le nombre de vols, mais les petits malins dont c’était le gagne pain surveillaient les rondes et attaquaient au moment propice. Thrista connaissait les stratagèmes mis en place mais il surveillait tout de même les alentours en ouvrant son esprit et en projetant légèrement son mana autour de lui. Il repéra un marchand qui semblait vendre des sacs à bandoulière de bonne qualité, il décida donc de s’y arrêter.
« Bonjour mon bon jeun’homme ! Que puis-je faire pour vous ?, le salua le marchand avec un sourire. »

C’était un homme brun, d’âge moyen, de grande taille et fin, presque maigre, avec une petite barbichette qui lui poussait sur le menton. L’adolescent lui rendit son sourir et le renseigna sur le genre de sac qu’il cherchait.
« Eh bien mon brave vous avez de la chance ! J’ai justement deux sacs dans le même genre que celui que vous avez sur vous ! Regardez, les voila !, annonça l’homme en fouillant dans son étalage et en retirant deux grand sacs ressemblant fortement à celui de Thrista. »

L’un était fait du même cuir mais plus foncé et l’autre avait une sacoche par-dessus la fermeture. Le second plu à Thrista qui le signala au marchand.
« Le plus clair, c’est bien ça ? Mmh… C’est un bon choix, je pense qu’il vous ira très bien, commenta le marchand. »
Le jeune homme prit alors son sac et en sortit une bourse contenant quelques pièces.
« Combien le vendez-vous ?, demanda-t-il.
– Cent vingt pièces d’argent mon bon monsieur ! »
Thrista s’y attendait, le marchand vendait ses sacs au prix fort. Il devait reconnaître que c’était de la qualité mais cent vingt pièces pour un sac c’était beaucoup plus qu’il ne voulait y mettre. Il était sur le point de tenter de négocier, mais le marchand le coupa dans son élan.
« Mais je vous le fais moitié prix en échange de votre ancien sac !, se justifia-t-il devant l’air interrogateur de son client. Vous savez, même si il est abimé je peux sûrement le rapiécer et en tirer un prix correct, alors si ça vous dit… »
– Je le prends dans ce cas !, répondit l’adolescent, intrigué par l’offre du commerçant et soupçonnant quelque chose de louche mais bien content tout de même d’avoir un rabais aussi conséquent aussi facilement. »

Le sac n’était après tout que secondaire, ce qui l’intéressait vraiment était tout près et il avait hâte d’en finir. Il donna donc les pièces au marchand, transféra le contenu du sac dans le nouveau puis reprit sa route. C’est alors qu’on lui rentra dedans. Il manqua de tomber par terre et ne parvint à se retenir que de justesse, mettant quelques instants à comprendre ce qui lui était arrivé.
En face de lui une jeune femme blonde au teint mat vêtue d’une simple tunique dont la capuche était relevée se rétablissait rapidement et déjà reprenait sa course. Durant un court instant il crut apercevoir son regard bleu azur sous la capuche, Thrista eut le vague sentiment de l’avoir déjà vu quelque part mais tout s’enchaina trop rapidement pourqu’il ait le temps de rappeler les circonstances précises. Il entendit alors les pas de course et les cris, sûrement dirigés vers la jeune femme, lui intimant de s’arrêter sur le champ. Un jeune homme blond passa alors devant lui, lui aussi comme une flèche. L’adolescent pensa à lancer un sort pour arrêter la jeune fille mais, au moment où il s’apprêtait à prononcer une incantation, une main se posa sur son bras et le mana qu’il y concentrait se dissipa instantanément.
« N’y pense même pas ! »

Une jeune femme aux cheveux noirs de jais se tenait à sa gauche et le regardait droit dans les yeux. Il baissa le bras et elle hocha imperceptiblement la tête pour toute explication avant de reprendre elle aussi sa course sans plus le regarder.

Il avait été surpris deux fois dans la même journée, qui plus est en moins de quelques minutes, il n’était pas assez concentré… Dans un duel il aurait déjà perdu mille fois. Il fallait qu’il se reprenne ! Lorsque l’étrange trio se fut enfin éloigné, Thrista reprit son chemin, ignorant les regards interrogateurs des passants. C’est alors qu’il remarqua qu’il tenait un objet dans la main droite, un objet qu’il ne se rappelait pas avoir pris dans son sac et qui ne lui appartenait pas. Il l’approcha pour mieux l’observer, c’était une pièce taillée dans du bronze portant la marque d’une orque sautant hors de l’eau, surplombé par une couronne de laurier. Il la retourna, sur l’autre face se trouvait un portrait. Le portrait d’une jeune femme. Un portrait qui ressemblait étrangement à… C’est alors qu’il comprit. La jeune fille sur la pièce et la jeune femme qui lui étaient rentré dedans… Il se souvint d’une image qu’il avait gravée dans sa mémoire étant tout petit. Une robe bleue, des mains fines, une chevelure blonde descendant jusqu’au hanches et un fin diadème serti de petits cristaux bleus sur la tête. Il revit l’homme à la barbe déjà grisonnante alors, assis sur le majestueux trône de bois flottant, le hall était immense, la jeune fille croisa son regard. L’image d’une jeune femme plus âgée succéda à cette première vision, les même yeux. Comment avait-il pu ne pas la reconnaître ? Décidément, ce n’était pas bon, il fallait qu’il se reprenne !

Un mot vint alors à son esprit, un nom auquel il n’avait pas pensé depuis longtemps : Silena.


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