À Saavakineh

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Oh si tu savais mon frère

Tout le mal que ça me fait,

Oui si tu savais mon frère

Tout le banal que je sais,

Oh, si tu savais défaire

Ce noeud qui grandit en moi,

Mais il n’est pas fait de fer

Ce nouveau cheval de Troie,

Et si tu les voyais faire

Ces mains qui brisent ma foi

Non, tu ne pourrais te taire

Et laisser devenir roi

Le chagrin usant mes chaires,

Désespoir, mon noir émoi;

Mon âme dans les éthers,

Ma peau aux vives moirures,

Vois la fable délétère

Se parrant de cent dorures.

Oh si tu savais mon frère,

Si tu pouvais tout apprendre,

Oui si tu savais mon frère

Pourrais-tu donc me comprendre ?

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Oui.

Comme une bamba triste

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Un peu comme une bamba triste

Ou un puzzle à mille pièces

Dont il manquerait la dernière,

Comme au milieu de foules en liesse

Mais isolés d’une manière,

Ou juste après l’ultime piste

De votre disque préféré,

Un peu comme tombe la nuit

Ou se lève l’astre qui luit

Car pour les esprits éthérés

Souvent pleins de mélancolie

Il n’y a pas d’échappatoire

A cette mère évocatoire

De tous nos rêves et nos folies,

Un peu comme le doux amère

Sourire de l’homme damné

Qui, lorsqu’il se sait condamné,

Se rêve encor libre comme l’air,

Un peu comme cette chanson

Sous ses airs de lente balade

Vient adoucir chez le garçon

Les sombres maux d’un coeur malade,

Comme une douce comédie

Dont la grande harmonie tragique

N’est belle qu’au yeux du public

Qui voit de loin le coeur maudit,

Comme, enfin, cette vieille reine

Qu’est la Vie parmis les mortels,

Elle, de la Mort, soeur jumelle,

Celle qui cause tant de peines,

Comme un regret qui prend au tripes

Et qui fait de nous ses pantins

Lorsqu’à nos rêves enfantins

On repense encor, on s’agrippe…

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Et si le temps tourne à l’orage

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Elle est ici même quand elle n’est pas là,

Dans mon coeur à défaut de mes bras,

Et si le temps tourne à l’orage,

Si tout cela n’est qu’un mirage,

Je n’en ai cure, oui je m’en fous !

J’aurai beau être traité de fou,

Elle est si pure et je veux être à ses côtés,

Que ce soit un merveilleux rêve

Ou bien dans la dure réalité.

Je ne désire pas de trêve

J’ai suffisamment perdu, assez donné,

Laissez-moi mélancolique

Me replonger dans ces sentiments

Pour mille et une années.

Je ne suis peut-être qu’un alcolique,

Qu’un pauvre fou, un dément,

Mais je ne veux rendre au cosmos

La graine qu’il a semé en mon coeur,

Et si je dois être le colosse

Aux pieds d’argiles, pas de rancoeur…

J’aurai vécu cette douce tempête

Et ton souvenir, même au fil des siècles

Tournera en mon coeur, en un joyeux cercle,

Et me restera toujours ainsi en tête.

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Libéré, délivré des contraintes, l’anarchie est le prix de ma liberté !

Ouais, un poème plutôt libre pour le coup.

Moi je me suis bien amusé, à vous de juger…

Elle : disloquée, réunie.

C’est une fille de haute liesse, à prendre la vie en proue, hisser les heures à vive allure. Une femme libre de son essor, destinée à être maîtresse. Elle exècre son ombre, sa chaleur, sa voix. Ne supporte plus son odeur ni le bruit de sa vie. Une femme d’espace amoureux saturé de miel et d’ombres intimes, de fière approchée, de tressaillement secret. Elle s’obstine à embraser la neige, à interrompre le silence. Elle veut ne plus vouloir sans jamais vouloir ce qu’elle ne veut. A l’aigu de la fatigue elle vacille mais demeure debout. Elle crie son corps de partout. Brûle. Implore : aime moi. Elle est de ce qui croît, persiste et tient. Arpenteuse chargée du poids léger de l’amour. Elle dort. Et le monde alentour tait sa trépidante vigueur.


Texte court inspiré des écrits de Colette Nys-Mazure dans Singulières et plurielles, à base de phrases piochées ici et là et d’un soupçon de réécriture, pour dresser le portrait d’une femme.