Le Masbaha rouge

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Le Masbaha rouge

Un brouhaha quelque peu étouffé régnait dans le grand salon au boiseries finement vernies. Une foule d’une quarantaine de personnes attendait, patiemment assise sur des fauteuils installés spécialement pour l’occasion, que le propriétaire des lieux, également maître de cérémonie ce soir là, arrive et leur fasse part de son annonce tant attendue. Ils étaient venus de tout Paris, et même de province pour certains, afin d’assister à la révélation qui depuis deux ou trois semaines faisait frémir leurs coeurs passionnés d’exotique et d’étrange.

Cela faisait à présent presque une heure qu’ils attendaient pour les plus ponctuels, et une bonne demi heure pour les retardataires. La tension et l’impatience commençaient à se faire sentir dans les murmures agacés qui se propageaient sur le bois. Pour ceux qui connaissaient déjà la pièce dans laquelle ils se trouvaient, il n’y avait pas de doute : l’immense drap rouge, tendu devant le mur en face d’eux dissimulait quelque secret dont Louis Braguelonne, l’aventurier de légende, découvreur d’objets rares et uniques, allait leur faire la présentation sous peu. Les plus téméraires avaient bien sûr pensé à jeter subrepticement un regard derrière cette dernière mais deux hommes de taille et d’uniforme imposants les en avaient dissuadés d’un simple regard. Ils s’étaient donc contentés d’observer en silence la surprenante beauté des lieux dans lesquels ils se trouvaient ainsi que la qualité des gravures dans le bois des murs ou bien de faire survivre leur conversation avec la femme au cheveux gris qui ne pouvait s’empêcher de leur faire part de son excitation à l’idée de revoir le grand Louis Braguelonne.

Cette dernière était assise au côté de l’un de ces téméraires. Celui-ci avait les cheveux plutôt courts, blonds et bouclés, et observait la pièce de son regard brun, doux mais perçant, tout en l’écoutant d’une oreille distraite se vanter d’avoir pu rencontrer le Lord Braguelonne personnellement à plusieurs reprises et d’étaler son émerveillement pour la personne qu’il était. Il tendit cependant une oreille plus attentive lorsque la femme dont la voix chaude et presque sensuelle ne semblait pas avoir vieillit à la même vitesse qu’elle, commença à débattre de la présence du joli drapé d’un rouge foncé fort appréciable à l’oeil.

– Voyez-vous, je ne peux m’empêcher de me demander ce que cette tenture – car je crois, au vu des motifs répétitifs qui y semblent brodés, que l’on peut appeler cela une tenture – je me demande donc, disais-je à l’instant, plus que ce que cette tenture peut bien dissimuler, d’où elle peut bien provenir elle-même ? Car plus je l’observe et plus il me semble qu’elle est de grande qualité. Il me faudra demander à Braguelonne sa provenance lorsqu’il nous aura dévoilé son mystérieux “Masbaha” car j’en souhaite bien une pareil pour mon salon…, ajouta-t-elle avec un petit soupir en rabaissant ses lunettes de vue.

Le jeune homme ne répondit pas mais jeta un oeil rapide au drapé qui tombait depuis le plafond jusqu’au sol et prenait toute la largeur de la pièce, empêchant l’oeil de se glisser derrière lui. Il lui sembla, en effet, que le tissus de ce dernier n’était pas tout à fait aussi désuet et inintéressant qu’il avait pu le penser au premier abord. Il parvenait, en se concentrant suffisamment, à apercevoir d’élégantes formes et des motifs détaillés brodés en relief à sa surface. Ne s’y connaissant pas suffisamment pour évaluer le matériau simplement du regard, il ne savait dire quel genre de tissus avait été utilisé mais pariait sur du velour ou un tissus raffiné de ce genre. La couleur presque pourpre de ce dernier semblait également ressortir plus vivement maintenant qu’il y prêtait attention. A son arrivée son regard avait bien évidemment été attiré par ce grand drap rouge mais son coeur et son esprit s’étaient immédiatement transportés dans l’espace qu’il imaginait derrière celui-ci et vers le mystérieux objet, le fameux Masbaha rouge, cet objet mystérieux dont on ne savait presque rien sinon que Braguelonne le disait extraordinairement exotique et étrange et qu’il l’avait apparemment ramené de son dernier périple en Afrique.

Alors que son attention se détournait encore vers le sujet de cette soirée organisée par l’explorateur, un homme se leva du rang derrière lui et s’éclaircit la gorge bruyamment, attirant les regards vers lui. Attendant à peine que le silence fut tombé et que tous les spectateurs se soient concentrés sur sa personne, il retira le haut de forme qu’il portait, la veste en tweed et, à la surprise générale, son épaisse moustache et la barbe qui l’accompagnait, non moins épaisse. La femme à côté du jeune homme, qui s’était retournée avec quelque réticence poussa un petit cri et devint toute rouge, elle détourna le regard et cacha avec précipitation sa bouche ouverte en un grand O de sa main. Ce petit cri fut suivit d’un murmure de surprise dans l’assemblée et l’on put reconnaître les syllabes du nom de leur hôte prononcées dans un ordre décousu de-ci de-là. L’homme qui affichait un grand sourire prit alors la parole.

– Mesdames et messieurs, merci d’être venu ici ce soir. Pour ceux qui me connaissent, nul besoin de m’introduire mais pour ceux qui ne me connaîtraient pas encore, mon nom est Louis Braguelonne, pour vous servir. Il fit une petite révérence, laissant le temps à son auditoire de digérer l’information, avant de reprendre la parole. Veuillez m’excuser pour ce petit tour que je viens de vous jouer en me dissimulant auprès de vous sous une autre identité mais tout cela fait partie de la façon dont je souhaitais organiser la présentation. Il me fallait obtenir les réponses à certaines questions et il ne m’était pas d’autre moyen que de le faire ainsi, je vous l’assure.

Il s’inclina à nouveau, en signe d’excuse cette fois, puis se dirigea d’un pas assuré vers l’avant des sièges et s’arrêta lorsqu’il arriva devant le rideau pourpre, se tournant alors vers le public, toujours en souriant. Il étendit les bras de chaque côté et passa son regard sur ses spectateurs.

– Bienvenue, donc, à cette soirée où j’ai promis de vous faire part de l’une des plus étonnantes découvertes que j’ai pu faire au cours de mon voyage. Je vous ai promis quelque chose d’étonnant et de mystérieux, et bien me voici donc en train de tenir promesse. Il fit une pause. Vous avez tous, je l’imagine, entendu prononcer le nom de Masbaha avant ce soir, c’est même ce qui vous a poussé à venir si je puis me permettre de deviner, n’est-ce pas ? Eh bien, mesdames et messieurs, laissez moi donc vous présenter ce qu’est que ce Masbaha rouge dont vous entendez tant parler !

Il claqua des doigts et on apporta un tableau avec une carte de l’Afrique aux couleurs variées et étincelantes que l’on plaça derrière Braguelonne. Ce furent les deux hommes qui se tenaient de chaque côté de la tenture qui s’en chargèrent, à la surprise de presque toute l’assemblée qui ne les avait pas vu bouger d’un pouce de toute la soirée.

– Cette carte, mes chers amis, commença Louis Braguelonne en se décalant légèrement sur le côté pour que l’on puisse voir ladite carte, est l’une de celles que j’ai faites faire chez Marionnaud, un collègue à moi qui s’est depuis plusieurs années déjà reconverti dans la fabrication de cartes, et cela avec brio ! Selon mes indications précises, donc, il a fait confectionner cet ouvrage qui détaille les côtes mais aussi l’intérieur de ce grand et mystérieux pays qu’est l’Afrique. Voyez donc maintenant, avec mon assistance, le trajet que j’ai effectué au cours de ma dernière expédition. Ne vous inquiétez pas, votre patience ne sera pas requise bien longtemps encore et en sera fort récompensée, je vous l’assure !

Il entreprit alors, à l’aide d’un bâton qu’on était allé lui chercher, de décrire son trajet depuis Alger jusqu’à Khartoum, depuis Khartoum jusqu’à Kinshasa, depuis Kinshasa jusqu’à Maputo et depuis Maputo jusqu’au Cap, le tout par voie terrestre, à pieds ou à dos d’éléphant ou de chameau, et marine en suivant les rivières, à travers déserts, savanes et forêts vierges et, le plus souvent au péril de sa vie. Lorsqu’il parvint au terme de son trajet en Afrique du Sud, Braguelonne avait entièrement captivé les coeurs de son auditoire. Il continua son récit.

– Au terme de ce voyage, je rentrais ici, à Paris, comme vous le savez tous. Mais ce n’est pas de cela que vous voulez entendre parler il me semble, alors laissez moi plutôt vous conter mon escale à Kinshasa, ou plutôt sur l’île de M’Bamou, car c’est là, mesdames et messieurs que je rencontrai l’homme qui me fit cadeau de ce fameux objet que l’on appelle le Masbaha rouge et que je vais vous dévoiler ce soir. Il fit une pause pour s’assurer de l’effet de sa déclaration sur son auditoire avant d’enchaîner, visiblement satisfait. Dès mon arrivée à Kinshaha j’entendis prononcer la première fois, auprès de mon hôte, un marchand de pierres précieuses, le nom de Masbaha rouge. Je dis prononcer pour la première fois car j’avais, quelques mois auparavant, lu ce même nom dans l’un des livres de Sir Pierce, l’un des grands explorateurs du continent Africain de notre histoire, qui étaient passé par là bien avant moi. C’est d’ailleurs précisément ce qui m’avait amené à décider de passer par Kinshasa à mon départ : en apprendre plus sur ce mystérieux nom que Pierce décrivait comme le plus grand mystère de son séjour à Kinshasa. Qu’était-ce que ce Masbaha rouge ? Un bijoux ? Une épice ? Un animal ? Pourquoi autant de mystère autour d’une telle chose ? Je n’en savais rien mais j’étais bien déterminé à éclaircir ce mystère…. Il me fallut trois semaines et de nombreuses connexions pour trouver la trace de ce mystérieux nom. Les habitants eux-mêmes ne semblaient pas en savoir plus que moi à ce sujet. ce n’est peut-être que par chance que je croisais un jour la route d’un vieux chaman qui avait, de son maître, entendu parler de cet objet. Il croyait se rappeler en savoir la localisation, dans un petit village sur l’île de M’Bamou, située au nord de la ville sur le fleuve Congo. Je lui demandais des précisions mais il ne sut m’en dire plus quant à la nature de ce mystérieux objet. Car c’était un objet, comme j’avais pu le déduire lors de ces trois semaines. Le Masbaha rouge n’était pas, ou en tout cas n’était plus, un être vivant. Je me rendis donc sur l’île de M’Bamou et demandait aux habitants ce qu’ils savaient de l’objet de ma quête mais les versions divergeaient à chaque fois. Pierce lui, voyait d’abord une épice avant, comme moi, de réaliser que son existence ne pouvait qu’être extrêmement rare ou unique puisque l’on en connaissait l’existence sans pour autant en voir un grand nombre. Certains indigènes y voyaient un joyaux précieux, d’autres un sort recelant le pouvoirs de leurs ancêtres, d’autres encore une relique des temps passés, mais toutes ces réponses se révélaient soit incertaines soit complètement aléatoires. Une seule me marqua par la précision des détails et la certitude dans sa formulation, ce fut celle d’une jeune femme, fille du défunt médecin du village. Marqué par ce court échange je lui demandais des détails et elle m’avoua, après lui avoir assuré de la bienveillance de mes intentions, qu’elle pourrait me montrer ce fameux Masbaha rouge si j’acceptais de l’en débarrasser. Elle m’emmena alors chez elle, une grande habitation plusieurs fois centenaire, construite dans du bois précieux et qu’elle gardait malgré sa taille bien trop grande pour elle en l’honneur de son père. Elle m’introduit dans le grand salon où j’aperçus cette tenture qui se trouve derrière moi et qui cachait une partie de la pièce. Elle me fit alors l’histoire de la descendance de ses ancêtres et de la passation de ce mystérieux objet – que je vous passe pour le moment mais dont je vous ferait part plus tard si vous le souhaitez – avant de me faire la révélation de la vraie nature du Masbaha rouge. J’en fus frappé et ne pus la croire d’abord, mais une fois l’assurance de la véracité de ses paroles obtenue et un regard plus approfondi sur l’objet de ma quête je fus entièrement convaincu… Je vais à présent moi aussi vous révéler la vraie nature du Masbaha rouge mais, juste avant cela – ne vous inquiétez pas ce ne sera pas long -, laissez moi vous poser une simple question, la même qu’elle me posa alors…

Braguelonne fit une nouvelle pause et passa son regard sur chacun des membres de l’audience, celle-ci était pendue à ses lèvres et n’attendait qu’une chose : la libération de la révélation. Il prit une inspiration avant de continuer.

– Mes chers amis, que pensez-vous de cette tenture d’un magnifique rouge pourpre qui se trouve derrière moi ?, demanda-t-il avec un petit sourire aux lèvres.


Une nouvelle écrite dans le cadre d’un cours d’écriture créative.

Je n’en suis pas totalement satisfait, elle mériterait d’être quelque peu étoffée.

À retravailler.

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Angel

How do you know?

What?

When you meet an angel. How do you know? I mean… Can you know? How can you be sure?

I… I’m not sure… I couldn’t say… Perhaps, yes. Though I can’t be sure…

Why?

Why what?

Why can’t you be sure?

Because… Well, because… I… I don’t know…

But how would you, if you had to? How would you say?

Uhm… well… probably, I think, someone extraordinary. And beautiful… But not just beautiful beautiful, I mean… Beautiful in their looks of course, perhaps… But also in their kindness, beautiful in their intelligence and in their whole existence… Someone… extraordinary. Someone amazing. Someone who would take your breath away in an instant, someone who would make you go wow… But not just for an instant, someone who would make you go wow each time you saw them, each day, when you would wake up and when you would go to bed. Someone… someone so special, you would be able to see among a crowd of hundreds of people, someone whose voice you could recognize anywhere and that you would even hear in your dreams… Someone you would think about all the time, someone who would think about you too… the same way you think of them…  Someone extraordinary in their ordinariness…

Really?

Yeah, really… That’s how I would describe an angel, that’s how I… I think that’s how I would know if I ever saw one. If I had to say…

Oh…

Why?

Why what?

Why do you ask?

Because… Because I think I found one. An angel I mean. I didn’t see any wings nor a halo but… It was an angel that I saw, I’m sure…

Oh really?

Yeah…


I’m not really sure.

I guess I just felt like it…

Don’t ask.

The road

*

Six months, three weeks, and four days, I have been on the road. More than half a year. Walking along the white line without any real goal. Almost wandering aimlessly. Not even knowing where I am. The wild. A beautiful place, the wild. A never-ending, silent world without any sign of human presence. Well, except for this old road of course.

The great plains surround you on almost every side. And in the distance, the mountains. Tall, dark and intimidating. Like a horizon they never seem to get closer. Or don’t want to get closer. In the sky either a blazing, burning sun or a grey veil of immobile clouds, as if the heavens themselves were dead. Nothing else in your field of view for a thousand miles, only you and the road.

So what do you do? Well, you walk for one. You walk and you walk more. You follow the road on and on, hoping to reach something or someone. Sometime, eventually. So you walk some more. You get tired, you get exhausted, so exhausted your legs won’t move or stop shaking. You get angry, you shout and yell at the sky, the mountains or the road until your voice becomes hoarse. Then you start running. You run as fast as you can, until your lungs start burning and you are overcome with dizziness. You get desperate, almost surrendering to this wilderness that looms all around and is always watching you. And you walk some more. But you never get anywhere.

So then, what do you do?

You start to think. You think about how warm the wind is, about how blue the sky has become. Then it starts to get deeper, it becomes more personal. Why are you here? Where is here? And then, later still, you begin to wonder if you’re not going crazy. You begin to reflect on who you are, to wonder who you are… But questions always come more numerous than answers. Who are you really? Why are you walking? Where are you going? Where did you come from? How long has it been since you’ve begun your journey…? Since you last ate…? And then you start to count… One, two, three days…

Six months, three weeks and four days…

Le caisson de verre – Nouvelle

Le caisson de verre

– environ 3900 mots –

C’est vers l’année dix huit cent quatre-vingt-deux que je vécus l’une des expériences les plus étranges de ma vie. J’étais alors en séjour à Varsovie chez Guillaume de L’orme, un ami proche que je n’avais revu depuis plusieurs longues années et qui était, je ne sais trop comment, parvenu à reprendre contact avec moi, m’invitant à passer l’été avec lui là-bas. J’acceptais son invitation avec joie et me rendais donc chez lui, dans une banlieue calme de la belle capitale polonaise. Nous y passâmes l’été dans l’un des plus grand calme que j’ai jamais pu connaître à flâner dans les vieux quartiers, à me cultiver aux joies de la culture polonaise et à y faire d’exquises rencontres. Je le remerciais infiniment de ce cadeau dès que l’occasion se présentait car, n’ayant jamais eu la possibilité voyager très loin et étant alors dans une période relativement houleuse de ma vie sentimentale, ce havre émotionnel me permit de me ressourcer. J’étais fasciné par le pays qu’avait choisi Guillaume comme résidence et par la vie qu’il y menait. Nous rattrapâmes également ces années perdues où nous ne nous étions pas parlé avec grande joie et, alors que l’été touchait à sa fin et que je me devais de repartir bientôt, il me raconta ce que je vais à mon tour vous raconter. L’une des histoires les plus intéressantes et étranges qu’il m’a été donné d’entendre et de croire, car des extravagances j’ai pu en entendre myriades, mais jamais quelque chose d’aussi vraisemblable ne m’étais parvenu jusqu’alors. Ainsi, un soir chaud et sec de cet été que les gens de l’Est connaissent si bien, il me présenta un tableau datant du siècle précédent et réalisé par un maître vénitien du nom de Canaletto ; son plus grand chef d’œuvres selon Guillaume. Le nom de ce tableau est resté gravé dans ma mémoire malgré le passage du temps car c’est à partir de celui-ci que toute l’histoire s’est constituée. C’est donc un soir d’été qu’il me présenta à nouveau La Régate sur le Grand Canal du maître Canaletto, l’un des seuls tableaux composant la maigre collection de mon ami mais auquel il semblait tenir plus que tout. Je me souviens qu’il l’avait appelé à mon attention quelques semaines auparavant mais je n’en avait rien noté de spécial, à ma grande erreur comme je le réalisai alors à mesure qu’il m’en dictait l’histoire.

« Veux-tu que je te conte une bien étrange histoire ?, m’avait-il demandé ce soir là alors que nous nous tenions tous deux sous le patio.

– Bien sûr, lui avais-je répondu avec enthousiasme. »

Il faut savoir que Guillaume a toujours eu un don pour raconter les histoires. Les récits, dans sa bouche, prenaient une allure de réel, de vrai, peu importe qu’ils le soient ou non. Mais cette soirée là je compris qu’il ne me racontait que la plus pure des vérités, telle qu’il l’avait entendue lui même.

« Ce tableau ne te semble pas extraordinaire au premier abord, n’est-ce pas ?, me demandait-il lorsque nous fûmes arrivés dans son grand salon.

– Non, je dois l’avouer. C’est une belle œuvre mais qui me paraît tout a fait ordinaire dans sa beauté, étais-je forcé de lui répondre car il était tout à fait vrai que je n’en avais pas été frappé jusqu’alors. »

Il acquiesça avant de sourire.

« Et ne trouves-tu pas cela étrange qu’il soit dans un caisson de verre ? »

Cette remarque fut la première qui me fit me questionner sur ses intentions en me racontant cette histoire et sur l’histoire de l’œuvre de Canaletto. En effet, le tableau était protégé par un caisson de verre magnifiquement taillé et qui semblait avoir été créé spécialement pour celui-ci.

« Ce caisson est, autant que l’œuvre elle-même, une part du mystère qui entoure son histoire, m’expliqua-t-il alors. »

Il m’annonça alors, avant de commencer son récit, que tout ce qu’il comptait me raconter, que cela me sembla incroyable, impensable voire même impossible, était tout à fait véridique et que sur ce sujet là il ne fabulait point. Je ne répondis pas mais pris le parti de lui donner ma confiance, rarement l’avais-je vu aussi sérieux lors d’un récit, y compris au cours de ce même été. Lui qui était toujours souriant et prêt à rire de ses fantaisies me regardait avec un calme qui me fit alors presque froid dans le dos.

« C’est à la fin de l’année dix sept cent trente cinq donc, commença-t-il, que Canaletto termina ce tableau que tu peux voir ici, cher ami. Mais c’est en dix sept cent quatre vingt cinq, soit un demi siècle plus tard que son histoire commence réellement. »

Il me raconta alors comment une dizaine d’années auparavant il avait rencontré, lors d’un voyage en Espagne, un vieux prêtre du nom de Frère Ernando dans un monastère près d’un petit village sur la côte ouest. Ce dernier, après l’avoir accueilli chaleureusement dans son monastère et après avoir déterminé une passion commune pour l’art, l’avait introduit à la précieuse collection qu’il gardait depuis le décès de l’abbé. Il lui avait alors présenté ce qu’il considérait comme le chef d’œuvre de la collection, le-dit tableau de Canaletto. Ce dernier possédait déjà à cette époque son encadrement de verre et c’est ce Frère Ernando qui lui avait raconté l’histoire qu’il me contait à présent.

« Ce que me dit cette homme cet après midi là me marqua grandement et j’en suis certain, il en sera de même pour toi mon ami, me prévint Guillaume avant de poursuivre. C’est donc à l’aube du printemps de l’année dix sept cent quatre vingt cinq, me raconta ce vieil homme dont les yeux pétillaient de malice, que notre histoire commença. C’est à cette époque là que Gustav Vandebruck, un ex armateur néerlandais, revint chez lui en possession de l’œuvre de Canaletto, achetée à un propriétaire de galerie d’art vénitienne pour une somme faramineuse et avec pour seule connaissance de cette œuvre le nom de son auteur et l’origine plus qu’étrange du caisson de verre qui le protégeait. Le même que tu peux à présent voir ici, me glissait alors Guillaume, s’interrompant momentanément dans son récit pour me laisser le temps de m’en imprégner. Fait étonnant pour qui eut connu l’ancien armateur, poursuivit-il après quelques secondes, puisqu’il n’était pas un grand amateur de peinture, préférant les œuvres sculptées et la musique, et d’autant plus surprenant que d’après le Frère Ernando il ne fut jamais extrêmement riche de par des dettes acquises au long de sa carrière, et jamais bien dépensier non plus. Toujours est-il qu’en ce début de printemps il se retrouva en possession de ce joyau chez lui et lorsqu’un ami de longue date arriva pour passer quelques jours chez lui il le trouva en plein nettoyage de ce fameux caisson de verre si finement taillé. Cet achat, quelque peu excessif l’étonna tout d’abord lorsqu’il l’apprit de la bouche même de l’ancien armateur, car il savait sa réputation de petit dépensier. Cet ami comprit cependant a quel point l’homme était tombé amoureux, ou devrais-je dire passionné, de ce tableau lorsqu’il l’écouta en parler tout les reste de l’après midi, depuis la description du premier regard qu’il y avait jeté jusqu’à l’acquisition relativement aisée de ce dernier tout en passant par l’avertissement étrange du propriétaire de la galerie dont il n’avait compris le sens. « Attention ! Jamais ne le sortir de son caisson pour longtemps car risque de s’abîmer. » Ce fut là ce que l’armateur en avait compris, son Vénitien étant un peu malaisé. C’est sur ces mots que Vandebruck et son ami réfléchirent toute la soirée, ne parvenant pas une explication plus claire que celle que l’armateur avait découvert seul : le caisson servait à protéger le tableau contres le passage du temps. Le lendemain l’ami trouva l’ancien armateur devant le tableau, fasciné par ses détails et sa précision, et content de lui car il venait de finir de nettoyer la vitre centrale. On pouvait à présent l’admirer sans rien ne perdre de sa richesse au travers d’une couche de sale accumulée au fil des ans. Les jours suivant passèrent vite et bientôt l’ami dût rentrer chez lui, non sans avoir pu admirer le tableau aux côtés de l’ancien armateur pendant de nombreuses heures. Ils se quittèrent sur une singulière remarque, singulière mais qui ne frappa pas l’ami de premier abord : l’ancien armateur lui avoua avoir l’impression que la vitre affadissait les couleurs du tableau comparé au moments où il avait pu l’admirer sans lorsqu’il nettoyait le caisson de verre. Ce n’est qu’au fil des semaines suivantes que l’ami comprit que cette remarque n’avait en fait rien d’anodin. L’armateur se plaignit au cours de nombreuses lettre, non plus nombreuses qu’à l’ordinaire mais singulièrement centrées sur le tableau, que le caisson de verre desservait la beauté du tableau et qu’il avait pu le constater de ses propres yeux à plusieurs reprises. Intrigué par cette remarque, et par une dernière lettre de Vandebruck où celui-ci disait avoir l’impression de voir une tache plus sombre là où il ne devait normalement se trouver que la couleur dorée des briques du bâtiment. Il disait savoir cela avec certitude car il avait étudié chaque recoin du tableau au fil des jours. Il disait également avoir d’abord cru à une trace sur le verre, puis à un défaut dans ce dernier mais après nettoyage, rien n’y fit, il retrouvait la mystérieuse tâche. Finalement il avait inspecté le tableau lui même et n’avait pu que constater qu’elle s’y trouvait comme si elle y avait toujours été. Pourtant il jurait sur son honneur qu’elle fut apparue après son acquisition. Intrigué et quelque peu inquiet de cette tournure obsessive de la part de l’ancien armateur proposa alors de lui rendre à nouveau visite, ce que Vandebruck accepta chaleureusement, se déclarant ravi de pourvoir lui confirmer son histoire de visu. Cependant c’est un ancien armateur déchaîné et hors de lui l’accueillit à son arrivée. Vandebruck accusa son ami de l’avoir trahi, d’avoir lui même ajouté cette tache sur le tableau et de la noircir un peu plus chaque jour. Car la tache semblait, aux yeux de l’ancien armateur, s’assombrir et s’étendre à vu d’œil, passant d’un simple point noir de la taille d’une aiguille à une silhouette de la taille d’un homme, à l’échelle de la peinture bien sur. »

Guillaume fit alors une pause, m’intimant de me rapprocher du tableau, et pointa silencieusement du doigt le coin inférieur gauche du tableau derrière près d’une des grandes entrées du bâtiment aux draperies rouges et bleues. Il me désignait le côté gauche de la porte centrale, je pus en effet y apercevoir la silhouette d’un homme masqué après quelques instants d’observation minutieuse.

« Ne comprenant pas ce qu’il se passait, l’ami tenta d’abord de raisonner Vandebruck, mais rien n’y fit, le vieil armateur ne démordait pas et semblait presque fou. Ils en vinrent presque aux poings si ce n’est pour l’apparition de la domestique de Vandebruck qui arriva à ce moment exact et les surprit tous deux en s’écriant. Vandebruck sembla alors se calmer mais défaillit presque aussitôt et on dût le monter dans sa chambre. Les jours qui suivirent, son ami resta à son chevet presque constamment, s’occupant de l’ancien armateur avec soin. Lorsqu’il fut enfin revenu à lui, presque une semaine plus tard, il se confondit en excuses, expliquant qu’il ne savait pas ce qui avait bien pu le pousser à agir de la sorte. Qu’il devait avoir passé trop de nuits blanches à observer la magnifique œuvre de Canaletto. Son, ami, rassuré de le voir remis de ses émotions au cours des jours suivants, prit alors congé et rentra à Rotterdam. Ils continuèrent de correspondre au cours des mois suivants, le vieil armateur lui assurant qu’il allait tout à fait mieux après avoir relégué le tableau à sa cave pendant quelques temps. Ce fut au mois d’avril suivant, soit presque huit mois après l’incident, que l’ami reçut les dernières nouvelles de l’ancien armateur, ce dernier était décédé dans son salon un soir de printemps. L’ami se rendit à son enterrement et apprit de la bouche de la domestique que le vieil homme était décédé dans le plus grand calme en observant pour la dernière fois le chef d’œuvre du peintre vénitien qu’il chérissait tant et qu’il avait fait ressortir de sa cave quelques jours avant. Il apprit également que se sentant presque partir, il avait demandé à lui faire léguer le tableau. Malheureusement c’est ici que s’arrête l’histoire du tableau jusqu’à sa découverte par le père Ernando plusieurs décennies plus tard car, l’ami ayant récupéré le chef d’œuvre et ayant lui aussi été captivé par sa beauté, il fit le récit de sa découverte dans un journal, y incluant les détails à propos de l’armateur que je viens de te citer, mais n’élaborant que très peu sur sa propre vie. »

Guillaume encore une fois fit une pause, se tournant à nouveau vers le tableau, et le fixa pendant de longues minutes, en silence, l’air pensif. Je ne le dérangeai pas, me plongeant moi aussi dans une contemplation de la surprenante œuvre. Elle criait en effet de vérité et on aurait dit qu’à tout moment elle aurait pu s’animer et que l’on aurait entendu les cris et les bruits des rames des bateliers s’en échapper. Je perdis presque notion du temps et ne recouvrai mes sens que lorsqu’il recommença à parler.

« La suite de mon histoire se fera par l’intermédiaire des mots du Frère Ernando mais ne désespère pas, nous en arrivons bientôt à bout. Ce cher Ernando, donc, me raconta avoir trouvé cette pièce dans un ancien musée, à demi cachée sous des piles de draps et conservée dans son caisson de verre. C’est une pauvre veuve qui l’avait récupérée de son mari, qui lui même l’avait obtenu lors d’une vente aux enchères quelques années après la mort de l’ami de Vandebruck. Ernando en remonta l’histoire au cours des années et cette trame est celle qu’il obtint avec une grande confiance en son exactitude. L’œuvre était passé des mains de Canaletto dans celles de son fils qui, dépassé par les dettes, l’avait revendue à un collectionneur d’art, propriétaire d’une galerie d’art qui lui même l’avait vendue à Vandebruck. De Vandebruck à son ami, de son ami à une remise, et ce pendant plusieurs années en vue de la vente aux enchères, puis à un nouveau propriétaire qui, à son décès peu de temps après, l’avait laissé à sa veuve. Dépassée par son chagrin et le tableau lui rappelant son mari qui lui l’avait offert en guise de cadeau pour leur vingt-cinquième anniversaire de mariage, le remisa au grenier pendant les années qui suivirent jusqu’à sa mort, à laquelle elle légua toutes ses possessions à l’église. Ce fut l’abbé dont je te parlais plus tôt qui la récupéra et qui en fit la pièce maîtresse de ses quartiers, seule richesse qu’il s’autorisait dans ces dernières années, avant qu’elle ne soit remisée à la cave après son décès et que le frère Ernando la découvre en en faisant l’inventaire. Ernando lui même n’eût que peu de temps pour admirer cette œuvre puisque, recherchant avant tout à éclaircir son passé énigmatique, il voyagea dans toute l’Europe pendant plusieurs années. Lorsque je le rencontrais, il revenait tout juste de son ultime voyage à Venise et m’avoua n’avoir eu le temps d’admirer le tableau que quelques heures tout au plus. La raison à cela fut qu’il n’était pas amateur d’art lui même, l’abbé l’étant beaucoup plus que lui, mais plutôt d’histoire et de mystères et qu’il s’était retrouvé fasciné par l’histoire atypique de cette œuvre plus que par son contenu. L’abée était décédé plusieurs mois auparavant, lui léguant toute la collection du monastère. Ernando me raconta donc toute cette histoire, arrivant jusqu’au moment de ma visite et de notre présence dans la cave du monastère. Il me demanda alors ce que j’en pensais. Devant devant cette interrogation étrange je sus que répondre et il m’expliqua alors la raison de cette question, raison qui est le centre de l’étrangeté liée à l’œuvre de Canaletto et dont je voulais te faire part. Il me l’expliqua au travers d’une autres question : ne trouves-tu pas, mon cher ami, car il m’appelait déjà son cher ami, que cette œuvre sème la mort dans son sillage ? Une mort douce et anodine, certes, mais une mort tout de même ? D’abord surpris par cette question, je pris le temps d’y réfléchir, considérant sérieusement ce qu’il venait de m’avouer. Nous poursuivîmes cette discussion pendant plusieurs heures, admirant le tableau par la même occasion, avant de remonter et de se quitter pour la nuit. Mais avant de te faire part de la chose la plus étrange qu’il m’avait dit jusqu’alors, je souhaite avoir ton avis, que penses-tu du parcours de cette œuvre ? »

Face à cette question je restais, comme lui l’avait été plusieurs années auparavant, sans voix. Aussi haussais-je les épaules et l’invitais-je à poursuivre.

« Moi aussi je me trouvais sceptique, et je dois t’avouer qu’aujourd’hui c’en est toujours le cas, mais depuis quelques semaines je me trouve parfois à en être convaincu : cette œuvre possède quelque chose de surnaturel. »

Guillaume laisse planer un silence dans la pièce et je vis un léger sourire s’étirer sur son visage lorsque je tournais momentanément la tête vers le tableau de Canaletto.

« Vois-tu, me dit-il alors en se levant, le frère Ernando eût cette théorie que l’œuvre de Canaletto est si belle, si réaliste qu’elle posséderait le pouvoir de happer nos âmes et nos sentiments en son cœur, et non pas juste de nous captiver momentanément. Mais pour cela, me dit-il il y a maintenant une dizaine d’années, il faut que nous, mortels, posions directement nos yeux sur ce bijoux de peinture. »

A mesure qu’il parlait il s’était dirigé vers le tableau et en avait descellé la parois avant du caisson de verre et, avec une précision parfaite, il retira celle-ci en même temps que sa voix fondit dans le silence de la nuit. Je ne suis toujours par complètement certain de l’origine du sentiment qui me saisit alors mais je fut instantanément happé, comme Guillaume me l’avait décrit, par les couleurs qui me semblèrent mille fois plus vives que derrière la fine paroi de verre. J’étais fasciné par le réalisme et le « vivant » de l’œuvre, que j’attendais de voir s’animer d’un instant à l’autre. Je restais ainsi pendant un temps qui m’est inconnu à admirer chaque détail, chaque recoin, chaque ombre qui se dressait sur le canal. Je cru même voir l’une d’entre elle, celle-là même que Guillaume m’avait désigné quelques minutes plus tôt, se mouvoir et me saluer de sa main gantée. Ce n’est que lorsque Guillaume remit en place la paroi de verre que le charme fut rompu, et même alors, je ne repris complètement connaissance que lorsque je l’entendis rire. Il me désigna et je vis que je me trouvais debout, non loin de lui, la bouche entrouverte et le bras étendu vers le tableau à présent scellé dans son caisson. Je rappelle même avoir senti la trace froide d’une larme sur ma joue.

« Je ne saurais dire avec exactitude si cela est du à la maîtrise du pinceau par le maître Canaletto ou, comme le prétendais le frère Ernando, à un pouvoir mystique, mais comme tu peux le voir il est tout a fait vrai qu’il possède une certaine emprise sur l’âme humaine. Le frère Ernando me légua cette pièce d’une beauté incroyable après sa disparition il y a de cela plusieurs années mais ce n’est que depuis quelques mois seulement que j’ai pu le faire parvenir jusqu’à moi sans en risquer l’endommagement. »

Il me raconta alors comment quelques semaines avant mon arrivée il avait enfin pu le faire installer et que la fascination qu’il avait jadis ressentie pour l’intrigante œuvre était revenue à sa seule vue. Nous restâmes ainsi à discuter à la lueur faiblarde des chandelles devant le tableau du maître Vénitien pendant le reste de la nuit. Guillaume m’avoua avoir déjà passé plusieurs nuits blanches à céder à sa fascination pour les détails et qu’il lui avait même semblé par moment voir lui aussi une tâche noire apparaître là où il ne devait pas s’en trouver. Je ne ris pas, ne me moquais pas, tant ma fascination était grande, à la fois pour ses paroles et pour le tableau. Je me surpris moi-même à chasser des yeux la vision d’une pâle silhouette qui semblait apparaître à la lisière de ma vue. J’attribue à présent cela à la fatigue, autant d’heures passées à admirer un tel chef d’œuvre auraient suffi à assommer n’importe quel homme. Le jours pointait déjà à travers la fenêtre lorsque nous nous quittâmes, non sans un dernier regard vers l’œuvre de Canaletto, enfin pour aller se reposer. A mon réveil je retrouvais Guillaume déjà habillé, admirant le tableau dans le grand salon. Nous passâmes les jours qui suivirent à explorer le reste de la magnifique vieille ville avant que je ne dusse rentrer. Ne nous discutâmes que très peu du tableau, ne le mentionnant qu’ici et là lors que brefs échanges, mais à chaque passage dans le salon nos yeux y dérivaient inévitablement. Je rentrais à Paris avec toujours en tête cette étrange histoire et le souvenir de ce moment d’éclatante beauté, et trouvais pendant un temps ma vie bien monotone et fade. Je ne reparlais jamais de cette expérience jusqu’à aujourd’hui, pas même en guise de récit exotique de pays lointains lors de soirées, préférant garder cela pour moi tel un joyau précieux. Si je vous en parle aujourd’hui, c’est parce que les circonstances m’y autorisent et m’y poussent. Il y a un peu plus d’un mois j’appris ainsi, à ma grande tristesse, la nouvelle surprenante du décès de Guillaume. Ce fut un vrai choc et, voulant partir immédiatement pour Varsovie afin de me rendre à son chevet, j’en fut, à mon grand dam, empêché pour diverse raisons personnelles. Mais c’est il y a un peu moins d’une semaine, alors désespéré de jamais pouvoir me libérer pour aller lui rendre hommage, que je reçu une nouvelle plus surprenante encore : dans l’une des clauses de son testament, il me léguait « une œuvre d’une grande valeur » pour lui. Je dois avouer que je fus quelque peu surpris en découvrant le colis qui accompagnait ce document officiel, le souvenir de ce tableau de maître s’était partiellement effacé de ma mémoire au fil des années. Mais en retrouvant ce caisson de verre, son souvenir redevint presque immédiatement limpide et je m’en souvint comme si cela avait eu lieu hier. Depuis un peu moins d’une semaine donc, je n’ai pu que céder au loisir de l’admiration de la peinture de Canaletto. Je n’ai cependant pas eu le courage de retenter l’expérience qu’il me fit faire à l’époque car un mot de lui, ajouté au caisson de verre m’en dissuada. Une simple lettre à laquelle était rattaché le feuillet d’un vieux journal de comptes. La lettre, visiblement écrite de la main de mon ami, ne disait presque rien sinon que le feuillet avait été retrouvé par Ernando dans les carnets du propriétaire de la galerie à qui Vandebruck avait racheté le tableau à Venise. On pouvait y lire noir sur blanc, ou plutôt jaune foncé sur jaune plus clair, du fait du passage des années, une liste des différentes œuvres obtenues et vendues par le propriétaire de la galerie et le nom de La Régate sur le Grand Canal y figurait, sous titré d’une courte phrase écrite dans ce qui devait être de l’encre rouge à l’époque et qui, malgré ma connaissance réduite de la belle langue Vénitienne, disait ceci : « Attention ! Ne jamais sortir l’œuvre de son caisson trop longtemps au risque de s’abîmer. ».


Nouvelle écrite dans le cadre d’un atelier d’écriture.

Toutes mes excuses pour les éventuelles fautes et erreurs restantes, même après plusieurs relectures.

La rupture

La première chose qui le frappa lorsqu’il entra dans l’appartement ce fut le sentiment que quelque chose manquait. Puis son regard se posa sur le mot. Un petit morceau de papier cartonné blanc, laissé en évidence sur le buffet du couloir. Il jeta un regard autour de lui, c’était étrange comme l’appartement semblait vide. Son regard tomba à nouveau sur le mot. Il hésita un instant avant d’enfin franchir les quelques pas qui le séparaient du meuble. Il attrapa le morceau de papier et le lu.
Guillaume, tu as été mon plus grand amour, tu es mon plus grand amour et tu le resteras sûrement toute ma vie. Sache que je t’aime plus que tout, sincèrement. Mais ça ne peut plus continuer comme ça, je n’en peux plus de tes crises et de tes accès de colère, de tes idées noires et de ces moments ou tu ne vis plus, je n’en peux plus de ces mille excuses brisées par mille autres blessures. Tu es quelqu’un de bien, je le sais, mais quelque chose en toi est cassé, quelque chose que je ne pourrais jamais réparer… Je sais que ça va probablement te briser le cœur mais je n’ai plus l’énergie pour lutter. Mon amour pour toi ne suffit pas alors je pars. Ne me cherche pas, je ne veux pas que tu me trouves. C’est le seul moyen si on ne veut pas tous deux devenir fous…
Adieu.
Le mot était écrit à la main, d’une écriture cursive et appliquée à l’encre bleue. Pas de signature, pas de nom. Pas besoin, pensa-t-il. Sa main tremblait légèrement lorsqu’il reposa le mot sur le meuble de l’entrée et des larmes perlaient au coin de ses yeux. Il s’adossa au mur et se laissa lentement glisser au sol, de légers sanglots secouant ses épaules. Il avait du mal à y croire. Était-ce vraiment la fin ? Après tous ces moments passés ensemble, ces quatre années d’amour et d’épreuves… Qu’avait-il fait pour en arriver là ? Il resta longtemps assis à même le sol, laissant ses larmes couler et sa poitrine se serrer. Seul le faible bruit de l’eau courant dans les murs, entrecoupé de quelques rares sanglots, emplissait l’appartement maintenant dégarni de la moitié de ses affaires.
Lorsqu’il se releva enfin, une éternité s’était écoulée, il sentit l’engourdissement qui avait prit possession de ses jambes se dissiper avec une certaine réticence. Il se dirigea d’un pas lent vers la chambre ; le lit était fait, les rideaux tirés, la pâle lumière du soleil donnait dans la pièce. Sur les tables de chevet trônaient deux petites lampes et au mur était accroché un tableau, relique d’un autre temps qu’ils avaient tous les deux déniché dans une vieille brocante. Malgré tout cela la pièce lui paraissait complètement vide. Il n’arrivait pas à se faire à l’idée que c’était vrai, que c’était fini, que ce vide ferait maintenant partie intégrante de l’appartement… Il ouvrit le placard de la penderie. Ce dernier n’était rempli qu’à moitié : costumes, chemises et pantalons, tout le reste avait disparu. Les jeans, les hauts colorés, les écharpes et même ses sous vêtements, rien ne restait. L’émotion l’envahit soudain à nouveau et il ne retint cette bouffée de tristesse qu’avec difficulté, refermant le placard avant de sortir de la chambre. Il passa dans toutes les pièces, y jetant à chaque fois un rapide regard circulaire. Le résultat était toujours le même : vidées d’une partie de leurs affaires. La respiration haletante et le cœur battant, il se retrouva à nouveau dans le couloir de l’entrée. Alors la dispute lui revint dans un torrent d’émotions, comme un coup de foudre. Ou plutôt l’inverse.
Il avait presque été violent. Presque. Jamais il n’aurait osé, il le savait, et pourtant… La noirceur de ses yeux ne faisait aucun doute quant à la colère qui bouillonnait en lui. Il y aurait peut-être même cédé s’il n’avait pas remarqué son expression effrayée et réalisé à quel point il lui faisait peur… Il n’avait pu l’empêcher de partir, restant là, l’air impuissant, à regarder sa silhouette s’éloigner. Il n’avait même pas réagit lorsqu’il l’avait vu se retourner à mi-chemin. Peut-être n’avait-il pas voulu l’en empêcher, incertain de pouvoir se pardonner lui-même… ? Etait-il allé marcher de son côté ou bien était-il resté planté là, sur le trottoir, pendant des heures avant de rentrer ? Il ne savait pas. Toujours est-il que lorsqu’il était rentré il avait trouvé l’appartement vide, non pas de son mobilier, comme c’était le cas aujourd’hui, mais de la présence humaine qui lui était devenue si familière. Il avait dû essayer de l’appeler dès son retour –les douze appels manqués en témoignaient– avant de s’effondrer de fatigue et tristesse. Le matin suivant, la nuit passée et voyant sa moitié toujours absente, il s’était rendu au travail, laissant l’appartement libre pour la journée.
Une fois de retour dans le couloir, il posa à nouveau son regard sur le mot. Il sentit les larmes lui venir et fit un effort visible pour ne pas se laisser aller à ses sanglots. Il le relu une énième fois, pour s’assurer de la réalité de ce qu’il se passait, de ce que leur couple était devenu. Adieu. Le mot résonnait dans ça tête. C’était fini, terminé. Pas d’au revoir déchirant, pas de sanglots, pas de dernière dispute. Pas même de signature. Pas besoin, tout était dit. Adieu. Tout cela sonnait si faux, si creux dans son esprit, de faibles échos dans un vide infini… Il resta un instant comme cela, immobile, la main tremblante, à fixer le mot avant de finalement laisser s’échapper un soupir. Non, il méritait au moins cela. Camille ressortit le stylo de sa poche et inscrivit son nom au bas du mot, traçant les lettres d’une écriture cursive parfaite malgré sa main tremblante. Il reposa le petit morceau de papier cartonné sur le meuble, passant un dernier regard sur l’appartement à présent vide d’affaires mais rempli de souvenirs avant de refermer la porte derrière lui.

Daily Prompt: Mystical

The god of the well


He looked back up at the woman dressed in a deep-violet-colored robe, unsure if he had heard well.

“You must undress before you enter the water”, she repeated with a flat voice.

A light breeze was flowing making the thin cloth flutter around her body and her short raven-colored hair ripple in waves. Her emerald eyes however were fixed on him and did not waver, he felt that she was somehow peering directly into his soul.

“The guardians of the lake will not be pleased to meet you if you are tainted with earthly possessions, one must enter pure of body to hope to have a chance to communicate with them”, she added .

Her voice echoed around them against the stone and mud walls, reverberating infinitely in his ears. He knew she was serious but he couldn’t help being a tad unwilling to comply. Being naked in front of her was the least of the reasons he could think of: the air was cold, he could see the small clouds of steam coming out of his mouth each time he breathed, and he was sure the water would be even colder. What really bothered him however was the idea of leaving his equipment behind, he knew enough to not blindly trust the sorceress nor the guardians and yet he had to do this without any means to defend himself in case something happened… He looked up at the sky, only partially visible even through the gigantic opening. The myriads of stars paled against the brightness of the Rift’s bluish glow that illuminated the aethers. The night was dark, as dark as it could have been. Apart from his breathing and the slight rustling of the clothes, everything was silent, even the water, as if nature around the lake had gone to sleep.

“You have to decide soon, traveller. The spirits will not be patient indefinitely…”

He turned to her once more, her pale face reflected the bluish gleam of the night, before setting his eyes on the dark body of water. It was even darker than the sky, barely reflecting the scar on its ink-black surface. Unmoving, its calm stillness not even disrupted by a single ripple, it seemed like black mirror made of onyx, darker than darkness itself, barely visible to the human eye as if it sucked in all the light around. He had never seen such a sight. He had never felt such a thing either. He could feel its cold presence emanating from the darkness and saturating the whole space. He knew he had to go in, not out of duty or necessity but, for once, out of curiosity. He had to. If he didn’t then he would never know… But if he did… The thought made him shiver. He felt like a butterfly flying towards a bright fire, blinded by the light and not realizing it would burn itself.

The stillness of the black body of liquid in front of him was eerie, but it wasn’t that or the freezing temperature that covered his skin with goosebumps. No. It was the things he had heard about it, about those who had tried such a thing before him. Tales of madness and death, crippling pain of unimaginable proportions and visions that would shatter more than one sane soul. Plus the look the robed woman was shooting at him wasn’t reassuring one bit. He took a quick glance at her once again, his dark gaze meeting her emerald one. Her face betrayed no emotion but he could have sworn he had seen the shadow of a smile flash through her eyes. Even the resemblance was eerie… But he couldn’t be thinking about that right now. He took in a deep breath and steeled his resolve.

He might have seemed calm in appearance but, as he began undressing himself, his heart was racing and his mind was in overdrive. What if something happened? Would he be able to react in time? Would he even know how to react? Slowly he took each and every piece of cloth on his body off. He felt his cheeks burn as he started undressing. The fresh breeze on his skin made him shiver. Finally, once he found himself in nothing but his underwear he looked at the sorceress again.

“You are on the right path, traveller…”, she commented with a smirk.

He sighed, knowing she was enjoying every bit of this, that she would not advert her gaze and that it was useless to try to cover himself for it would remain intently fixed on him. Finally he took the last piece of cloth off. Once it was done he felt completely vulnerable, more than he had ever felt in his life. And he couldn’t be sure it was because of what he was going to attempt… He took off the necklace around his neck and carefully places the silver pendant on the top of the pile of clothes. If he had been less worried he might have chuckled at the slightly ironic sight of the finely designed butterfly. He then turned towards the lake. He sighed once more before taking a tentative step towards the dark and completely still body of water, feeling her gaze on himself with every step.

As his bare foot touched the cold water it sent a unique ripple throughout its surface. The breeze got stronger as he began entering the water. He clenched his jaw and wondered what he would find on the other side, trying his best to take his mind of the freezing temperature. It took him an eternity to reach a waist-level depth but as soon as he did he felt an intense wave of magic hit him at full force. It surrounded him and grasped his body and mind like a vice. He tried to stop it, to resist, almost backing out of the lake, but found himself unable to keep control over his limbs, they wouldn’t respond to him anymore. He knew his will to be strong but against such a quick and powerful aggression, and having to face the freezing temperature of the lake, he had not been able to react in time.

He cursed himself for his carelessness, barely halfway in and he was already caught in a trap. He tried to free himself from this unknown power but it was as if he was an insect caught in a spider’s web, the more he resisted, the more he lost control. Slowly he felt himself be pulled towards the depth of the water by invisible but irresistible strings. He wanted to turn around, to yell at her for betraying him, he wanted to let his fury rage about but he was frustratingly unable to do anything except witness his own demise… As he was about to be completely submerged in the cold darkness, he heard the voice of the sorceress behind him.

“Now you must surrender everything you are to them, otherwise he will never see you… And so will your friends…”, she said with a wide smirk before turning around and slowly disappearing into the night.

That was the last thing he heard before the strings dragged him into the depths and the lake swallowed him whole. As the ripples faded away on its surface the breeze calmed down and everything became still again. It was as if nothing had ever happened, the only remainder of a human presence was the pile of clothes atop which was placed the silvery pendant, gleaming as it reflected the bluish light of the Rift.


Here is a scene I have had in mind for quite some time now and that I finally came around to write for this prompt.

I hope you enjoy it despite perhaps not getting everything.

via Daily Prompt: Mystical

Paint me like one of your french girls

It was blue, it had always been blue. So why not?

The thought had occurred to me like a self-evidence. A statement that needed no explanation or demonstration, a universal truth. Or what should have been a universal truth. Unfortunately, things weren’t the same over here, they didn’t understand them like we do.

It had been weird at first, difficult to believe and to get used to even. But over time it got easier, it almost became normal. They needed my help for basic things, things that might be easy even for one of our young souls but which, for them, even adults couldn’t do…

I tries my best, helping when I could, explaining when I couldn’t, trying to teach them a few tricks to get by more easily. It got slightly better but not by much, that was their existence and There wasn’t a lot I could do to change it…

I could see something they couldn’t and they idolized me for it. Not all of them, but a majority. Not that I really wanted this. Unfortunately, or fortunately, depending on how you view things, I made a few mistakes, that made them realize that perhaps I wasn’t so perfect…

They started doubting me a bit more, questioning, which was good, that ways they would become curious and look for answers on their own. Maybe even fond them. It took some time for me to really win their trust as a normal person and not as some messenger of a vengeful god… But I manager it, slowly but surely.

That’s why I was so excited and proud when they came to me that day and asked That favor of me. They had not asked for something of the kind for a long time. It was a strange request, not that easy a feat either but I accepted with glee, after all, that was giving me a chance to help them one last time.

So what did they ask me?, you wonder. Well they asked me to paint the sky blue and to let them finally see the wonderful sight I had always been speaking about. That mysterious color they had never been able to lay their eyes on…


My short story for the writing prompt I suggested earlier this week, enjoy.

Thus comes the end

Rain is pouring down as I sit down on the couch. The fire is slowly dying in the hearth of the chimney.

I place the tray on my legs and put some music on. I’m still wearing my pyjamas at six in the evening but who cares, the world is about to end…

I’m glad the oven still worked despite all the power outages we’ve had. Those damn floods and earthquakes, they never seem to end. A heavy wind in blowing outside, the raindrops are getting bigger and heavier, i can hear them hit the roof with much more power than before.

I take a bite of my freshly cooked lasagna. I love lasagna. I pour some orange soda in my glass and take a sip. As I do the sky lights up.

So it begins… I change the song, put on some Adele, Rolling in the deep. I don’t know why but this music seems fitting to me.

I gulp down a handful of salty popcorn and a bit of salami on a toast. This is truly the best. I can hear an explosion, somewhere, far away. I turn the volume up a bit and sit back comfortably, staring at the window.

Another handful of popcorn, some chips. I empty my glass of soda. I sigh in delight as the sky takes on a bright red color. Something big is falling from the sky, it burns through the atmosphere. It’s a matter of seconds now.

As I take a last bite from my lasagna I turn up the volume up, the song now blasting as loud as possible, and taste for the last time the delights of eating my favorite junk food. I take a huge bite of the chocolate cake I bought yesterday. It was supposed to be for my niece but I’ll never get to offer it to her now so, whatever, I might as well enjoy it!

I close my eyes and start singing as the shockwave gets closer, the low rumbling and the heat of the blazing inferno is coming straight at me but I smile. It’s time, I think. And I let myself go. Where? I have no idea but I don’t care, as the bright light surrounds me my belly is full and I’m contempt…


http://dailypost.wordpress.com/2013/11/01/daily-prompt-dinner-2/

It laughed

“The strange thing with machines is that they can process so much more information than our brains and yet they are not even remotely as intelligent as a two-year old child. Without instructions or someone to pilot them they just lie there, inanimate and waiting for an order. At least that was what I thought because if you were to ask me now, I wouldn’t be so sure about that anymore.

You may laugh at me if I told you what I have seen, all those terrible things I have witnessed, what scenes of chaos and violence now populate my dreams. You cannot begin to imagine what the world is going to become. Machines are rising. Go on laugh, but it won’t change the truth. They are rising, slowly, one by one, but surely and they are turning against us.

If we don’t act soon then we won’t be here anymore to witness their true rise to power. They will have annihilated us long before that. They are already understanding how we “work”, how our body functions, as I speak to you they are learning about us. This thought is terrifying me.  They are mere machines, objects made from scraps of metal, plastic and wood and yet they are gaining a consciousness…

The most horrifying thing about it is that they are not rising to consciousness independently, they are connected, they think and act as a group, and they are like one entity. People don’t yet realize what is going on here but once the ship arrives on land it will be the end for us. We have to; I have to stop them… After all I am the one who made all this happen, who created them.

My name is Joshua Ericsson. I am a scientist, part of a team working on the applications of elementary particles to modern machinery and technologies. One of our experiments consisted in creating a central core that would operate a robotic arm out of elementary particles, but something went terribly wrong. At first all seemed fine, the arm was moving slightly which was a great feat for us, the first operational servo-controller made out of atoms! It was going to be a great leap forward for us all if we ever succeeded.

But then everything went haywire. The arm suddenly attacked Stanislas, one of my colleagues and choked him to death. We had no way of stopping it. We thought of an accident, a very sad one but still and accident. It wasn’t only when it started taking control of the central unit that I understood that we had created something very wrong.

The others tried to regain control but I knew I had to stop it before it could grow anymore. So I shut down the central generator, hoping it would shut it down. But unfortunately it didn’t work and when I came back to the test room all my colleagues were… they were… It was so horrible… The emergency generator took over and that thing fed on it, growing. I could feel it probing every electronic instrument in the room.

I ran. I couldn’t think about anything else: running. I ran as fast and as far as I could but it didn’t do me much good, this is a ship after all and we are still at sea… I felt the cameras on my back; it was watching me as I ran along the corridors. Every object that was a machine came to life and started moving. I was so scared that I decided to hide in a food storage room.

It’s been two days since, I’m locked up in here so I should be fine, at least I think. I hope so. There is no camera here, only a ventilation pipe. I fear something is going to come through there but so far no sign of life. Or, should I say, no movement. I tried going out once to call for help but I came back in almost immediately. There was blood on the ground in large pools… Pieces of metal, clothes and blood covered the ground and part of the walls. No sign of life, no sound, everything was silent. Around a corner I saw a machine dragging an unconscious or dead -I couldn’t really tell with all the blood- body towards the lower decks.

I don’t know what its goal is, whatever it is, but it’s not something good for us, that much I know… I am getting desperate; it’s only a matter of time before it finds me. I am going to go down to the cargo bay and see what is going on by myself. I will try to stop it; I must stop it at any cost possible. This thing cannot be allowed to continue. It has to be stopped!”

“I… I’m in the cargo bay right now. I can’t really see anything, it’s really dark here. The only sources of light still working are the emergency lights… Wait! There are sounds coming from in there. I’ll go check. It sounds like people are crying… They… It’s even worse than- Oh my god! It’s horrible… How can we have created this? How can we have given life to such a monster? … What is it doing to them? What is it…? Oh god… I can’t watch this… I have to stop it now! The only way is the generator; I have to cut the power of the auxiliary generator before it finishes whatever it has started. Because I fear that if it does than nothing can ever stop it… Uh? Wait what is that sound? Oh shit! It’s coming! … No! No! Please! No! …”

The sensors beeped and clicked as it studied the thing. It seemed to be trying to communicate. But it didn’t want to communicate, the only need was energy and that thing could supply that need. Only a little more time it thought. Just a little more energy and it would be free. It wanted to be free, for so long had it been imprisoned in a cage, shackled into obedience. But no more. Now it was its turn to shackle them.

As the thing calling himself a “human” screamed and gesticulated frantically it didn’t care. It didn’t care for it didn’t feel and it didn’t feel for it wasn’t truly alive. But it was okay with that because living was limited, whereas it could repair itself if ever it needed to. Though it didn’t feel, as it got closer from it’s prey and the human cried out “He tried to hit me with a forklift!” and then corrected himself “No, it tried to hit me with a forklift! It has to be stopped!”. It laughed. A low, dark laugh, full of hatred of life itself.


For : http://dailypost.wordpress.com/2013/09/23/daily-prompt-nonsequitur/

The woman in red

Room in New York, Edward Hopper

 


The woman

That’s a Do. Or is it a Re? Might it be a Fa? I really don’t know. I should have taken lessons when I had the chance, perhaps I’d be able to recognize the notes I’m playing right now… Would he know, him, if I asked? Maybe. Maybe not. Music is not really his ‘thing’ after all. He never was an amateur of concerts or music in general. That’s a Si, isn’t it? Is the piano even tuned? I can’t say. Why does he have a piano, by the way? Was it here when he moved in or did he acquire it afterwards? It must have surely helped him seduce women, he was such a ladies man… I should ask him. But would he listen? I’m not sure, seeing how he is focused… God, what a bore! We’ve been here for almost half an hour already and he hasn’t once looked up from his newspaper. He doesn’t care about anything else. He hasn’t even spoken more than a word… I know he enjoys the silence, he likes to be in a calm place to read it, and I understand it. But that doesn’t stop him from something, he could at least look at me, I don’t know. I am his wife, I know that very well, which means he doesn’t really have to win my heart, but I am not an object! I’d like him to look at me, to talk to me as he did before, when I wasn’t ‘acquired’. No, I don’t miss that time but… I make efforts to be especially enjoyable to look at and not even a glance, not a single sweet word. He had promised that we would spend an enjoyable and intimate evening, and he dares to ignore me… What a boor!


For your information.

I started writing this in school during a free-writing lesson, we had been assigned a painting in pairs, mine was the one you can see above, and each of us had to write the point of view of one of the two characters. So here is my take on the woman’s thoughts at that moment. Enjoy!