Black

On the large white board which stood in the middle of the room were displayed all the pictures that had been taken during the preliminary phase of the investigation. Six large portraits had been printed and were aligned horizontally at the top of the board. Six faces, three men and three women, and, just under them, a seventh: the victim’s. Still below, pictures of the crime scene, dark and bloody.

The first face, on the top left corner, was one of a man on whom time had left its mark. His silver mane and impeccably well-trimmed moustache which he proudly displayed gave him an air of strength and dignity. One could also catch a glimpse of the mustard-colored collar of his jacket in the bottom of the frame.

On his right, the surly face of a woman of roughly the same age as him. She seemed to look straight at the camera, her eyes dark behind her glasses shaped in half-moons which were hanging on the very tip of her nose, nose which was as pale as the nightly orb itself.

The third portrait immediately caught the eye due to the mysterious beauty of the young woman who appeared on it. One could see the ghost of a surprisingly confident smirk on her face. Tangled in her long dark hair was a pin in the shape of a red rose.

The next two portraits were of two men.

One had glasses, the other had none. The first wore an eggplant-colored scarf , the second a dark green frock coat with a raised collar. The former seemed tall and skinny whereas the latter appeared short and sturdy. One had thick and wild light brown, almost red hair while the other had lost most of his dark hair to baldness. Everything seemed to draw them apart, one was a man of science while the other was unwaveringly religious, however, despite all this, to the eye of the careful observer, a similar glint of darkness could be seen in both their gazes.

The sixth picture was one of a woman in her fifties, white hair covered by her servant headwear. She seemed uneasy, almost scared. One could almost hear her quavering voice coming out of her mouth with great difficulty when she spoke.

A large and detailed plan of the manor where the crime had taken place was spread on the large table in front of the board and, around it, the different objects that had been taken from the scene and analyzed by the forensic department wrapped in plastic bags. There were six in all including a knife, a wrench and a gun.

The room, lit by the sick white glow of the neon lights, was empty of any life. But that would not last for much longer as, soon enough, the team of detectives would come in and begin working on this case without rest until the mystery that surrounded the death of the old Doctor was solved. It had been very explicitly clarified : finding the Doctor’s killer was of the utmost importance, it was all that mattered now.

Alea jacta est, the die had been cast…


“Now what is this exactly?”, I hear you ask. Well worry not, there is a clue in there, somewhere… ;)

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Ombre & Plumes – 12 – Essayage royal

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D’ombre et de plumes

12

Essayage royal


Alors qu’il arrivait près de la jeune femme blonde et de l’homme aux cheveux blanc Thrista salua discrètement Todd et Hannah de la tête. Cette dernière lui lança un bref regard mais Thrista décela la noirceur qui s’y cachait encore. Il ne l’aurait pas avoué si on lui avait posé la question mais il réalisait qu’il prenait un certain plaisir à énerver la jeune femme brune. Il n’y avait aucune raison particulière à cela sinon qu’il trouvait cela étrangement satisfaisant de tester les limites de sa patience. Il s’arrêta à quelques pas de la princesse, sur la gauche de l’homme et attendit qu’elle le salue avant de la saluer à son tour. Siléna et son interlocuteur se retournèrent tous deux vers Thrista presque immédiatement.

« Ah Thrista ! Je suis contente de te voir !, s’exclama la princesse, gratifiant le jeune homme d’un léger hochement de tête auquel ce dernier répondit en s’inclinant.

– Moi de même chère princesse, répondit le jeune homme.

– Je ne crois pas que tu connaisse messire De Guidre, il est capitaine de l’un des trois vaisseaux de l’armada Galadéenne. »

L’homme aux cheveux blanc s’inclina alors à son tour et tendit une main que Thrista serra.

« Messire De Guidre, j’ai l’honneur de vous présenter Thrista Daener. C’est l’un de mes plus ancien et fidèle ami. Il est aussi le fils d’Ellias Daener, l’un des plus illustres gardiens du royaume. »

Thrista sourit légèrement, il était reconnaissant envers la princesse de le présenter ainsi. Il n’aimait pas se vanter de ses origines mais dès qu’il donnait son nom on voulait savoir s’il avait un lien de parenté avec « le grand » Ellias Daener. Cela avait eu pour effet de le décourager de se présenter complètement, il préférait en général ne donner que son nom, surtout aux militaires car ceux-ci ressortaient alors des tréfonds de leur mémoire tous les détails qu’ils connaissaient de la vie de son père. La princesse avait su comment s’y prendre, le présenter comme son ami avant d’annoncer sa parenté avec Ellias Daener permettait d’atténuer grandement le nombre de questions, recentrant la conversation sur l’amitié du jeune homme et de Siléna plutôt que sur son lien de parenté avec son père. Au grand soulagement de Thrista le vieil homme sourit simplement à la mention de son père et ne posa pas de question.

« Ah oui ! Je le connaissais peu mais, bien que cela ne fasse pas toujours plaisir à entendre, je vois la ressemblance. Vous avez une présence très similaire, remarqua De Guidre ce qui fit sourire les deux jeunes gens.

– Oui, je m’entends souvent dire que je lui ressemble. Cela ne me déplait pas mais il est vrai que ce n’est pas toujours réjouissant. Et vous maître De Guidre êtes donc l’un des capitaines de la flotte de Galaeda ?

– Tout à fait, je suis le capitaine de l’Archéniss, le meilleur des trois vaisseaux de l’armada !, répondit l’homme aux cheveux blanc en rigolant.

– Je ne crois pas que le capitaine du Leïkan soit du même avis, rétorqua Thrista un sourire aux lèvres. »

Le vieil homme eut un petit sourire à cette remarque.

« Non, en effet, acquiesça-t-il. Vous avez donc pu rencontrer Irina ?

– Non, je n’ai pas eu l’honneur de la rencontrer directement, mais j’ai eu la chance de croiser son second lors de la traversée et d’après ce qu’il m’a dit j’en ai déduis qu’elle est très fière de son vaisseau.

– Ah, ce cher Jacob, il à la vie dure le pauvre ! Oui, Irina Evinsky est la première femme à être devenue capitaine de l’un des trois bateaux de la flotte, elle en est très fière. Mais elle a aussi de quoi, c’est une très bonne capitaine et navigatrice !, expliqua le capitaine de l’Archéniss souriant toujours.

– La première seulement ?, s’étonna Siléna. Aucune autre femme n’y était parvenue avant elle ? »

De Guidre se tourna vers la princesse.

– Non, malheureusement aucune avant elle n’avait réussi à obtenir ce poste. Mais le capitaine Evinsky a du caractère et elle a passé toutes les épreuves qui se dressaient devant elle avec brio. Elle fait une très bonne addition à notre flotte.

– Evidemment, une femme apporte toujours du positif !, avança Siléna avec ferveur. »

Le vieil homme rit de bon cœur et approuva la jeune princesse.

« Tout fait chère princesse, ou du moins sa présence nous empêche de dire le contraire, répondit-il avec un clin d’œil. »

Ce fut au tour de Thrista et de la princesse de sourire à cette remarque.

« Attention à ce que vous dites messire De Guidre, l’une d’entre elles pourrait vous entendre…, le mit en garde Siléna. »

Le capitaine rit à nouveau avant de s’excuser.

« Veuillez m’excuser à présent mais, malgré tout le plaisir que j’ai a discuter avec vous chère princesse, le devoir m’appelle et je me dois de retourner à mon navire pour surveiller l’avancement des préparatifs. Je vous souhaite tout le bonheur du monde, à votre famille et au peuple de cette magnifique cité. A une prochaine fois peut-être. »

Il s’inclina devant la princesse puis devant Thrista.

« Et vous jeune homme bonne chance, même si le chemin n’est pas de tout repos il faut continuer à aller de l’avant. Passez le bonjour à votre père de ma part lorsque vous le verrez. »

La princesse le salua de la tête et le jeune homme s’inclina légèrement à son tour avant que le vieux capitaine ne fasse demi tour et se retire.

« Au revoir messire De Guidre, au plaisir de vous revoir !, s’exclama Siléna alors que l’homme s’éloignait. Elle se tourna ensuite vers Thrista. Tu n’imagine même pas le nombre de personnes ennuyeuses que j’ai dû saluer et auxquelles j’ai dû sourire et faire des courbettes ce matin…, soupira-t-elle.

– Tu n’avais pas l’air de t’ennuyer avec le capitaine De Guidre pourtant, la taquina Thrista. Mais heureusement que j’arrive alors, ajouta-t-il avec un sourire narquois.

– Ne te crois pas aussi intéressant que cela cher ami, tu vas prendre la grosse tête ! Mais je dois dire que ça fait du bien, la salle du trône était pleine à craquer au lever du jour. Je vais enfin pouvoir prendre une pause, la première de toute la matinée, et me reposer. Viens avec moi, marchons un peu, ajouta-t-elle avant d’entraîner Thrista à l’écart dans l’un des couloirs secondaires. »

Elle fit signe à ses deux gardes du corps avant de disparaître.

« Je leur indique qu’on sort, Père a menacé de me m’interdire toute sortie du château pour les dix prochaines années si je sortais encore sans être accompagnée avant le mariage…, expliqua la jeune femme devant le regard interrogateur de son ami. »

Ce dernier sourit à cette remarque en imaginant très bien le roi essayant de raisonner sa fille et devant en venir à des menaces pour se faire écouter.

« Je vois, dit-il simplement. Et où allons nous alors ?

– Me préparer pour mon mariage évidemment !, s’exclama la jeune femme. Mon futur époux est sûrement déjà en train de se préparer, il est temps que moi aussi je m’y mette. J’ai quelques derniers essayages à faire pour ma tenue.

-Très bien, je te suis alors, acquiesça Thrista. Mais, d’ailleurs, pourquoi n’était-il pas là ce matin, ton cher futur mari ?

– Mon cher Thrista, après tout ce temps passé à courir dans les couloirs du palais n’as-tu rien appris des traditions de Tébor ? Aujourd’hui est un hommage à l’héritière du royaume en honneur de son mariage, c’est-à-dire à moi. C’est seulement demain soir, après la cérémonie, que les hommages en l’honneur des mariés auront lieux. Et je vais encore devoir faire des courbettes à de nombreux hypocrites… Siléna soupira. Au moins je serais avec Thédric, ça devrait faciliter ces longues heures. Peut-être que je m’amuserais même un peu, qui sait ?, ajouta-t-elle avec ironie.

– C’est ton mariage Siléna, essaye d’en profiter, ça n’arrive qu’une seule fois. Enfin ça dépend pour qui…, dit Thrista. Et si ton prince est aussi charmant que cela il saura quoi faire. Sinon, je suis désolé de te le dire, mais c’est un imbécile…

– Eh !, s’exclama la princesse en donnant un coup de coude au jeune homme qui se mit à rire.

– Excusez-moi princesse…, répondit Thrista en s’inclinant jusqu’au niveau du sol. Cette réflexion était tout à fait inappropriée de ma part et j’en suis désolé. Mais c’est tellement drôle de te voir défendre ton âme sœur avec autant de passion !, ajouta-t-il avant de s’écarter précipitamment en riant lorsque que la jeune femme tenta de lui asséner un second coup.

– C’est ça ! Cours parce que si je t’attrape… !, alors que le jeune homme s’éloignait en parcourant le couloir à grandes enjambées.

– Si je puis me permettre, ce n’est pas digne d’une princesse de se comporter ainsi en public !, s’écria le brun alors qu’il disparaissait dans la cours intérieure du palais. »

Celle-ci était construite sur le modèle d’un cloître mais de taille bien plus grande et était ornées d’arbres, de statues et d’une fontaine en son centre, sur le même principe que les jardins. Le jeune homme avait juste eu le temps de voir le regard amusé de Todd, qui les suivait en retrait accompagné de son binôme, avant de se retrouver à l’extérieur. Lorsqu’il vit enfin arriver la princesse et ses deux gardes du corps il était assis sur le rebord de la fontaine et admirait la statue d’un des premiers rois de Tébor accompagné d’un oiseau de proie. La jeune femme blonde était rouge et lui lança un regard meurtrier qui signifiait sûrement « Tu ne paie rien pour attendre ! », mais qu’il préféra interpréter comme « On ne s’assoit pas sur le rebord de la fontaine ! ». Il se leva donc et alla rejoindre Siléna qui se dirigeait déjà vers l’autre côté de la cours.

« J’ai comme l’impression que j’ai provoqué le courroux de sa majesté…, chuchota Thrista au blond avec un sourire complice alors que celui-ci arrivait à son niveau. Pourtant je ne vois pas ce que j’ai bien pu faire… »

Celui-ci lui répondit par un haussement d’épaules et un petit sourire amusé avant de lui emboîter le pas à la suite de la princesse. Thrista croisa brièvement le regard plus sombre et désapprobateur d’Hannah à l’intention du blond et de lui-même et ne put s’empêcher de sourire, ce à quoi cette dernière soupira et détourna le regard. Le jeune homme rattrapa la princesse et marcha en silence à ses côté pendant un moment le long des immenses couloirs du palais avant de reprendre la conversation.

« Où allons-nous alors ?, demanda-t-il enfin en évitant de nouveau un coup de coude de la jeune femme. Mais je n’ai rien dit cette fois !, s’exclama-t-il.

– Mesures préventives, répondit simplement la blonde avec un sourire sarcastique. »

Elle s’arrêta devant une grande double porte pour répondre au jeune homme avant de les ouvrir d’un mouvement sec.

« Et pour ton information, nous allons dans les ateliers du palais, je dois aller me changer. Je te rappelle, au cas où tu l’aurais déjà oublié, cher ami, qu’aujourd’hui est le dernier jour de préparatifs avant mon mariage… »

Ils entrèrent dans une large salle où une dizaine de femmes s’affairaient autour de nombreux tissus et étoffes. Des coffrets de bijoux occupaient chaque centimètre carré restant des trois tables disposées dans la pièce. Seule une ou deux d’entre elles se retournèrent à l’entrée de la princesse et la saluèrent avant de se focaliser sur les étoffes à nouveau, ce qui ne sembla pas déranger cette dernière et ce qui n’étonna pas Thrista. Depuis le temps qu’elles la côtoyaient, les couturières avaient dû s’habituer à ses exigences familières en matière d’interactions, de gré ou de force.

« En parlant de mariage…, le jeune homme fouilla dans sa sacoche et en sortit une boite en bois rectangulaire, j’ai oublié de te donner ça tout à l’heure. »

La jeune femme le regarda un instant, la curiosité pouvant se lire dans son regard, puis pris la boite et la posa sur une petite table basse qui était dépourvue de tout objet.

« Merci, dit-elle avec un sourire avant de se diriger vers l’une des femmes se trouvant dans le fond de la pièce. Je le mets ton cadeau de côté, je l’ouvrirai plus tard si cela ne te dérange pas. On dit qu’il n’est pas bon de trop vouloir se précipiter dans ce genre d’événements. »

Elle lui tira la langue puis se tourna vers une femme âgée habillée d’une tunique pourpre.

« Madame Angelis, on m’a dit que vous aviez besoin de ma présence. Dites moi où vous en êtes. »

La femme se retourna et salua la princesse avant de la conduire vers l’une des trois tables se trouvant derrière elles.

« Mes hommages princesse. Votre robe est prête, il ne vous reste plus qu’à la porter pour que nous puissions faires les derniers ajustements nécessaires. »

Elle désigna une large pièce d’étoffe blanche et bleu marine reposant au centre de la table.

« Bien, allons-y alors, je préfèrerais que cela soit terminé au plus vite… Je n’aime pas les essayages…, répondit la princesse avant de se diriger vers un grand rideau beige dressé au centre de la pièce.

« Ma dame, ne voulez vous pas faire sortir ces jeunes gens d’abord ?, demanda la femme en désignant Thrista, Todd et Hannah.

– Non, ce sont mes gardes du corps personnels et un ami d’enfance, ils peuvent rester s’il ils le désirent. Je leur fais confiance pour qu’ils se tiennent correctement.

– Bien Ma Dame, elle s’inclina puis se tourna vers les autres femmes. Bien, nous avons peu de temps alors mettons nous au travail !, s’exclama-t-elle en frappant dans ses mains. »

Chacune des femmes présente connaissait son rôle parfaitement, pas une n’hésita avant de se mettre au travail, choisissant les étoffes et les bijoux nécessaires avant de disparaître derrière le rideau. Hannah alla se poster près de la porte d’entrée, s’appuyant contre le mur. Todd lui alla s’asseoir sur l’un des bancs en bordure de la pièce et Thrista vint le rejoindre. On pouvait entendre les courtières s’affairer derrière le rideau, la voix de la femme âgée donnant des ordres, prodiguant des conseils et s’informant des préférences de la jeune femme pour sa tenue.

« On dirait qu’elle me fait la tête, elle n’a même pas regardé mon cadeau plus de quelques secondes avant de le mettre de côté, dit-il après s’être assis sur la gauche du jeune homme blond. »

Celui-ci sourit à nouveau à cette réflexion.

« C’est le moins que l’on puisse dire. Mais cela ne devrait pas durer, elle à bien d’autre choses à penser en ce moment qu’une simple querelle avec un ami… Et puis, si je peux me permetre, au vu de son attitude depuis hier, je ne pense pas qu’elle t’en veuille beaucoup, elle te fais marcher.

– Je n’en suis pas si sûr, soupira Thrista. Même dans les pires situations elle sait se rappeler des choses les plus insignifiantes. Elle saura me le faire payer en temps voulu.

– Espérons que le futur prince saura la raisonner et tempérer son caractère…

– Il est vrai qu’elle a beaucoup changé depuis la dernière fois que je l’ai vue mais ça m’étonnerait… Enfin bon, je survivrai. Il faut juste que je trouve un moyen de me faire pardonner. »

Thrista lança un regard en direction du rideau, se rappelant les quatre cent coups que lui et la princesse avaient fait plusieurs années plus tôt, avant de reprendre la parole.

« D’après ce que j’ai cru comprendre ce Thédric Junon à l’air d’avoir un caractère plus calme et réfléchi que la princesse. Je n’ai pas grand espoir que cela la fasse changer radicalement mais qui sait… Peut-être qu’elle en oubliera mon affront de ce matin…, dit-il avec un petit rire amusé. En tout cas, Siléna à l’air de beaucoup l’apprécier. C’est plutôt bon signe.

– Vous vous connaissez depuis combien de temps ? Si je puis me permettre, demanda Todd.

– Je l’ai rencontrée pour la première fois alors que j’avais à peine sept ans. Mon père a été chargé de plusieurs missions pour le roi au cours des années et, lorsqu’il était parti en voyage, je séjournais ici, au palais. Ça a pris quelques temps mais nous sommes devenu de bons amis Siléna et moi. C’était elle la plus casse cou de nous deux, toujours à vouloir aller plus loin et elle refusait d’écouter qui que ce soit excepté elle-même. Cela fit sourire Todd. Elle est restée très indépendante très longtemps, toujours à s’éclipser du château et à mener la vie dure à ce pauvre Oscius. Même depuis tout à l’heure, depuis que je l’ai vue discuter avec Messire De Guidre, je ne peux m’empêcher de le remarquer. C’est subtil mais le changement est bien là. Bien sûr elle ne se laissera jamais dompter, la preuve avec son escapade d’hier qui, vu votre réaction, ne devait pas être tout à fait prévue ni organisée, mais j’ai l’impression qu’elle mesure plus le poids de ses actions. Je me demande si ça à un lien avec sa rencontre avec le futur prince…, ajouta Thrista, pensif.

– C’est possible, acquiesça Todd.Heureusement que j’ai l’habitude de faire avec les personnes têtues, chuchota-t-il en faisant un signe imperceptible de la tête vers sa coéquipière.

Le brun se contenta, pour toute réponse, d’afficher un sourire amusé hochant la tête. Todd et lui se mirent à rire silencieusement. Ils attirèrent les regards noirs de la Dame Angelis, par derrière le rideau, et d’Hannah, dont ils sentirent le froid dans leur dos.

« Et vous, comment en êtes vous arrivé à être gardes du corps de Siléna ?, demanda alors Thrista.

– Hannah et moi voyageons ensemble depuis un certain temps déjà. Pour découvrir le monde et nous entraîner à l’art de l’empirium. »

Thrista acquiesça.

« Oui, c’est bien ce que je pensais. J’ai senti son énergie magique quand Hannah m’a surpris dans les jardins du palais, dit-il.

– Oui. Excuse là pour ça, elle à tendance à prendre ses missions trop au sérieux…, répondit le blond en souriant l’air gêné.

– Aucun problème, elle ne faisait que ce qui lui était demandé. Thrista écarta l’incident d’un geste de la main. Et vous voyagez dans toute l’alliance ?, demanda-t-il.

«  Oui, nous parcourons l’Alliance à la recherche d’autres mages pour s’entraîner et de temps en temps nous offrons nos services en échange d’argent ou de nourriture.  Nous sommes arrivés en ville il y a trois semaines et nous avons appris que le roi cherchait des gardes du corps pour la princesse. Il a été convaincu lorsqu’on lui à montré ce qu’on pouvait faire.

– Il pensait sûrement qu’avec vous et vos capacités la princesse serait plus en sécurité.

– Sûrement oui. Nous sommes censé la protéger jusqu’à la fin de la semaine, après le mariage. Ensuite, eh bien, nous partirons sûrement vers le sud. Il y a quelqu’un à qui je dois aller rendre visite là bas.

– Et vous allez participer au prochain Tournoi ? Thrista vit Todd froncer imperceptiblement les sourcils à la mention du Tournoi des Sages mais ne releva pas.

– Je ne sais pas encore, commença le jeune homme blond. Hannah aimerait bien y aller, moi aussi, mais de là à y participer rien n’est décidé. Et puis, avec toi comme adversaire, ce ne sera pas simple…, ajouta-t-il alors que son sourire revint. »

Le brun sourit également à cette remarque.

« Oh je n’en suis pas encore là !, s’exclama-t-il. J’ai encore beaucoup de choses à apprendre. Mais j’espère vous y croiser tous les deux si j’y arrive moi-même. »

Todd hocha la tête.

« Alors je vais y réfléchir, répondit-il. »

Les deux jeunes hommes discutèrent pendant l’heure qui suivit, partageant leurs expériences de voyages et leurs impressions de la princesse. Thrista remarqua que la jeune femme blonde et la dénommée Hannah se ressemblaient sur plusieurs points. D’ailleurs, elle n’avait pas bougé depuis tout ce temps, remarqua-t-il en jetant un coup d’œil vers la jeune femme brune. Elle était toujours adossée au mur dans la même position, les yeux fermés. Quelqu’un de non initié à la magie aurait pu penser qu’elle se reposait ou même dormait mais Thrista remarqua qu’elle méditait, son esprit était replié sur lui-même et elle semblait ne pas être dérangée par les bruits provenant de la préparation de la princesse. Ni le bruit des outils de couture, ni les réflexions des femmes ou les jurons de la princesse ne semblaient la déconcentrer. Au bout de trois quarts d’heure de discussion vieille femme émergea enfin de derrière le rideau. Elle se dirigea vers Thrista et Todd et ces derniers relevèrent la tête.

« Je suis désolée messires, mais cette fois je vais devoir vous demander de bien vouloir sortir. La princesse doit essayer sa nouvelle robe et, comme le veut la tradition, personne autre que nous ne doit la voir avant la cérémonie. »

Todd se leva et se dirigea vers sa coéquipière mais Thrista s’adressa à la princesse.

« Es-tu sûre ?

– Certaine !, lui répondit la voix de la princesse depuis l’autre côté du rideau. »

Il sourit, sachant pertinemment que la princesse ne les congédiait que pour en finir avec les préparatifs, il s’inclina alors vers femme âgée.

« Dans ce cas Dame Angelis je me retire. Merci de nous avoir autorisés à rester. » Ce à quoi la femme le salua de la tête avant de se retourner et de se diriger vers le rideau. Il s’adressa ensuite de nouveau à la princesse avant de se diriger vers la sortie.

« A tout de suite votre altesse. »

Thrista rejoint Todd et Hannah au niveau de la porte et fit signe au jeune homme de le suivre.

« Ne vous inquiétez pas, tout va bien. Il ne faut pas contredire les ordres de la princesse.

– La tradition veut qu’aucun homme ne voie la princesse avant le début de la cérémonie. Je ne suis pas un homme, je reste au cas où, déclara la jeune femme brune.

– Hannah !, commença Todd, mais Thrista intervint avant qu’il ne puisse contredire sa coéquipière.

– Non, c’est bon. Elle peut rester si elle le souhaite. Après tout il est vrai que la tradition n’impose pas aux femmes se retirer. »

Todd regarda Hannah pendant un cours instant, le regard de cette dernière ne vacilla pas, puis levant les mains en signe de défaite il soupira.

« Bien, alors allons y. »

Ils se dirigèrent donc tous deux de nouveau vers la cours intérieure après avoir refermé les doubles portes derrière eux.

« Je n’y crois pas !, s’exclama le blond une fois qu’ils furent arrivés au niveau de la fontaine. Elle n’en fait qu’à sa tête…  C’est vrai que notre mission est de protéger la princesse mais quand même, elle prend tout trop au sérieux je trouve… »

Thrista sourit à ces mots.

« Ne t’inquiète pas, tant qu’elle ne ralentit pas la bonne marche de l’essayage en organisant une fouille de dernière minute, ce qui lui vaudrait les foudres de la princesse, tout devrait bien se passer.

– Elle en est bien capable malheureusement…, s’esclaffa le blond. »

Ils marchèrent alors dans les allées du petit jardin intérieur, profitant de la fraîcheur de l’ombre que projetaient les arbres et discutant de leurs différents projets pour la suite. Ils aperçurent parfois quelques servants et gardes qui s’affairaient aux préparatifs mais dans l’ensemble cette partie du palais était calme. Tout le personnel devait déjà être à son poste en train de veiller à ce que tout se passe bien bien lendemain. Une autre heure s’était écoulée lorsqu’ils virent enfin la princesse, suivie de près par Hannah, ressortir de l’atelier en soupirant bruyamment.

« Je sature ! Il est vraiment temps que la cérémonie commence ! Plus vite ce sera passé, mieux ce sera…, s’exclama-t la blonde en les rejoignant. »

Thrista ne put s’empêcher de pouffer légèrement de rire, ce qui eut pour effet de lui valoir un autre regard noir de la part de celle-ci.


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Le Masbaha rouge

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Le Masbaha rouge

Un brouhaha quelque peu étouffé régnait dans le grand salon au boiseries finement vernies. Une foule d’une quarantaine de personnes attendait, patiemment assise sur des fauteuils installés spécialement pour l’occasion, que le propriétaire des lieux, également maître de cérémonie ce soir là, arrive et leur fasse part de son annonce tant attendue. Ils étaient venus de tout Paris, et même de province pour certains, afin d’assister à la révélation qui depuis deux ou trois semaines faisait frémir leurs coeurs passionnés d’exotique et d’étrange.

Cela faisait à présent presque une heure qu’ils attendaient pour les plus ponctuels, et une bonne demi heure pour les retardataires. La tension et l’impatience commençaient à se faire sentir dans les murmures agacés qui se propageaient sur le bois. Pour ceux qui connaissaient déjà la pièce dans laquelle ils se trouvaient, il n’y avait pas de doute : l’immense drap rouge, tendu devant le mur en face d’eux dissimulait quelque secret dont Louis Braguelonne, l’aventurier de légende, découvreur d’objets rares et uniques, allait leur faire la présentation sous peu. Les plus téméraires avaient bien sûr pensé à jeter subrepticement un regard derrière cette dernière mais deux hommes de taille et d’uniforme imposants les en avaient dissuadés d’un simple regard. Ils s’étaient donc contentés d’observer en silence la surprenante beauté des lieux dans lesquels ils se trouvaient ainsi que la qualité des gravures dans le bois des murs ou bien de faire survivre leur conversation avec la femme au cheveux gris qui ne pouvait s’empêcher de leur faire part de son excitation à l’idée de revoir le grand Louis Braguelonne.

Cette dernière était assise au côté de l’un de ces téméraires. Celui-ci avait les cheveux plutôt courts, blonds et bouclés, et observait la pièce de son regard brun, doux mais perçant, tout en l’écoutant d’une oreille distraite se vanter d’avoir pu rencontrer le Lord Braguelonne personnellement à plusieurs reprises et d’étaler son émerveillement pour la personne qu’il était. Il tendit cependant une oreille plus attentive lorsque la femme dont la voix chaude et presque sensuelle ne semblait pas avoir vieillit à la même vitesse qu’elle, commença à débattre de la présence du joli drapé d’un rouge foncé fort appréciable à l’oeil.

– Voyez-vous, je ne peux m’empêcher de me demander ce que cette tenture – car je crois, au vu des motifs répétitifs qui y semblent brodés, que l’on peut appeler cela une tenture – je me demande donc, disais-je à l’instant, plus que ce que cette tenture peut bien dissimuler, d’où elle peut bien provenir elle-même ? Car plus je l’observe et plus il me semble qu’elle est de grande qualité. Il me faudra demander à Braguelonne sa provenance lorsqu’il nous aura dévoilé son mystérieux “Masbaha” car j’en souhaite bien une pareil pour mon salon…, ajouta-t-elle avec un petit soupir en rabaissant ses lunettes de vue.

Le jeune homme ne répondit pas mais jeta un oeil rapide au drapé qui tombait depuis le plafond jusqu’au sol et prenait toute la largeur de la pièce, empêchant l’oeil de se glisser derrière lui. Il lui sembla, en effet, que le tissus de ce dernier n’était pas tout à fait aussi désuet et inintéressant qu’il avait pu le penser au premier abord. Il parvenait, en se concentrant suffisamment, à apercevoir d’élégantes formes et des motifs détaillés brodés en relief à sa surface. Ne s’y connaissant pas suffisamment pour évaluer le matériau simplement du regard, il ne savait dire quel genre de tissus avait été utilisé mais pariait sur du velour ou un tissus raffiné de ce genre. La couleur presque pourpre de ce dernier semblait également ressortir plus vivement maintenant qu’il y prêtait attention. A son arrivée son regard avait bien évidemment été attiré par ce grand drap rouge mais son coeur et son esprit s’étaient immédiatement transportés dans l’espace qu’il imaginait derrière celui-ci et vers le mystérieux objet, le fameux Masbaha rouge, cet objet mystérieux dont on ne savait presque rien sinon que Braguelonne le disait extraordinairement exotique et étrange et qu’il l’avait apparemment ramené de son dernier périple en Afrique.

Alors que son attention se détournait encore vers le sujet de cette soirée organisée par l’explorateur, un homme se leva du rang derrière lui et s’éclaircit la gorge bruyamment, attirant les regards vers lui. Attendant à peine que le silence fut tombé et que tous les spectateurs se soient concentrés sur sa personne, il retira le haut de forme qu’il portait, la veste en tweed et, à la surprise générale, son épaisse moustache et la barbe qui l’accompagnait, non moins épaisse. La femme à côté du jeune homme, qui s’était retournée avec quelque réticence poussa un petit cri et devint toute rouge, elle détourna le regard et cacha avec précipitation sa bouche ouverte en un grand O de sa main. Ce petit cri fut suivit d’un murmure de surprise dans l’assemblée et l’on put reconnaître les syllabes du nom de leur hôte prononcées dans un ordre décousu de-ci de-là. L’homme qui affichait un grand sourire prit alors la parole.

– Mesdames et messieurs, merci d’être venu ici ce soir. Pour ceux qui me connaissent, nul besoin de m’introduire mais pour ceux qui ne me connaîtraient pas encore, mon nom est Louis Braguelonne, pour vous servir. Il fit une petite révérence, laissant le temps à son auditoire de digérer l’information, avant de reprendre la parole. Veuillez m’excuser pour ce petit tour que je viens de vous jouer en me dissimulant auprès de vous sous une autre identité mais tout cela fait partie de la façon dont je souhaitais organiser la présentation. Il me fallait obtenir les réponses à certaines questions et il ne m’était pas d’autre moyen que de le faire ainsi, je vous l’assure.

Il s’inclina à nouveau, en signe d’excuse cette fois, puis se dirigea d’un pas assuré vers l’avant des sièges et s’arrêta lorsqu’il arriva devant le rideau pourpre, se tournant alors vers le public, toujours en souriant. Il étendit les bras de chaque côté et passa son regard sur ses spectateurs.

– Bienvenue, donc, à cette soirée où j’ai promis de vous faire part de l’une des plus étonnantes découvertes que j’ai pu faire au cours de mon voyage. Je vous ai promis quelque chose d’étonnant et de mystérieux, et bien me voici donc en train de tenir promesse. Il fit une pause. Vous avez tous, je l’imagine, entendu prononcer le nom de Masbaha avant ce soir, c’est même ce qui vous a poussé à venir si je puis me permettre de deviner, n’est-ce pas ? Eh bien, mesdames et messieurs, laissez moi donc vous présenter ce qu’est que ce Masbaha rouge dont vous entendez tant parler !

Il claqua des doigts et on apporta un tableau avec une carte de l’Afrique aux couleurs variées et étincelantes que l’on plaça derrière Braguelonne. Ce furent les deux hommes qui se tenaient de chaque côté de la tenture qui s’en chargèrent, à la surprise de presque toute l’assemblée qui ne les avait pas vu bouger d’un pouce de toute la soirée.

– Cette carte, mes chers amis, commença Louis Braguelonne en se décalant légèrement sur le côté pour que l’on puisse voir ladite carte, est l’une de celles que j’ai faites faire chez Marionnaud, un collègue à moi qui s’est depuis plusieurs années déjà reconverti dans la fabrication de cartes, et cela avec brio ! Selon mes indications précises, donc, il a fait confectionner cet ouvrage qui détaille les côtes mais aussi l’intérieur de ce grand et mystérieux pays qu’est l’Afrique. Voyez donc maintenant, avec mon assistance, le trajet que j’ai effectué au cours de ma dernière expédition. Ne vous inquiétez pas, votre patience ne sera pas requise bien longtemps encore et en sera fort récompensée, je vous l’assure !

Il entreprit alors, à l’aide d’un bâton qu’on était allé lui chercher, de décrire son trajet depuis Alger jusqu’à Khartoum, depuis Khartoum jusqu’à Kinshasa, depuis Kinshasa jusqu’à Maputo et depuis Maputo jusqu’au Cap, le tout par voie terrestre, à pieds ou à dos d’éléphant ou de chameau, et marine en suivant les rivières, à travers déserts, savanes et forêts vierges et, le plus souvent au péril de sa vie. Lorsqu’il parvint au terme de son trajet en Afrique du Sud, Braguelonne avait entièrement captivé les coeurs de son auditoire. Il continua son récit.

– Au terme de ce voyage, je rentrais ici, à Paris, comme vous le savez tous. Mais ce n’est pas de cela que vous voulez entendre parler il me semble, alors laissez moi plutôt vous conter mon escale à Kinshasa, ou plutôt sur l’île de M’Bamou, car c’est là, mesdames et messieurs que je rencontrai l’homme qui me fit cadeau de ce fameux objet que l’on appelle le Masbaha rouge et que je vais vous dévoiler ce soir. Il fit une pause pour s’assurer de l’effet de sa déclaration sur son auditoire avant d’enchaîner, visiblement satisfait. Dès mon arrivée à Kinshaha j’entendis prononcer la première fois, auprès de mon hôte, un marchand de pierres précieuses, le nom de Masbaha rouge. Je dis prononcer pour la première fois car j’avais, quelques mois auparavant, lu ce même nom dans l’un des livres de Sir Pierce, l’un des grands explorateurs du continent Africain de notre histoire, qui étaient passé par là bien avant moi. C’est d’ailleurs précisément ce qui m’avait amené à décider de passer par Kinshasa à mon départ : en apprendre plus sur ce mystérieux nom que Pierce décrivait comme le plus grand mystère de son séjour à Kinshasa. Qu’était-ce que ce Masbaha rouge ? Un bijoux ? Une épice ? Un animal ? Pourquoi autant de mystère autour d’une telle chose ? Je n’en savais rien mais j’étais bien déterminé à éclaircir ce mystère…. Il me fallut trois semaines et de nombreuses connexions pour trouver la trace de ce mystérieux nom. Les habitants eux-mêmes ne semblaient pas en savoir plus que moi à ce sujet. ce n’est peut-être que par chance que je croisais un jour la route d’un vieux chaman qui avait, de son maître, entendu parler de cet objet. Il croyait se rappeler en savoir la localisation, dans un petit village sur l’île de M’Bamou, située au nord de la ville sur le fleuve Congo. Je lui demandais des précisions mais il ne sut m’en dire plus quant à la nature de ce mystérieux objet. Car c’était un objet, comme j’avais pu le déduire lors de ces trois semaines. Le Masbaha rouge n’était pas, ou en tout cas n’était plus, un être vivant. Je me rendis donc sur l’île de M’Bamou et demandait aux habitants ce qu’ils savaient de l’objet de ma quête mais les versions divergeaient à chaque fois. Pierce lui, voyait d’abord une épice avant, comme moi, de réaliser que son existence ne pouvait qu’être extrêmement rare ou unique puisque l’on en connaissait l’existence sans pour autant en voir un grand nombre. Certains indigènes y voyaient un joyaux précieux, d’autres un sort recelant le pouvoirs de leurs ancêtres, d’autres encore une relique des temps passés, mais toutes ces réponses se révélaient soit incertaines soit complètement aléatoires. Une seule me marqua par la précision des détails et la certitude dans sa formulation, ce fut celle d’une jeune femme, fille du défunt médecin du village. Marqué par ce court échange je lui demandais des détails et elle m’avoua, après lui avoir assuré de la bienveillance de mes intentions, qu’elle pourrait me montrer ce fameux Masbaha rouge si j’acceptais de l’en débarrasser. Elle m’emmena alors chez elle, une grande habitation plusieurs fois centenaire, construite dans du bois précieux et qu’elle gardait malgré sa taille bien trop grande pour elle en l’honneur de son père. Elle m’introduit dans le grand salon où j’aperçus cette tenture qui se trouve derrière moi et qui cachait une partie de la pièce. Elle me fit alors l’histoire de la descendance de ses ancêtres et de la passation de ce mystérieux objet – que je vous passe pour le moment mais dont je vous ferait part plus tard si vous le souhaitez – avant de me faire la révélation de la vraie nature du Masbaha rouge. J’en fus frappé et ne pus la croire d’abord, mais une fois l’assurance de la véracité de ses paroles obtenue et un regard plus approfondi sur l’objet de ma quête je fus entièrement convaincu… Je vais à présent moi aussi vous révéler la vraie nature du Masbaha rouge mais, juste avant cela – ne vous inquiétez pas ce ne sera pas long -, laissez moi vous poser une simple question, la même qu’elle me posa alors…

Braguelonne fit une nouvelle pause et passa son regard sur chacun des membres de l’audience, celle-ci était pendue à ses lèvres et n’attendait qu’une chose : la libération de la révélation. Il prit une inspiration avant de continuer.

– Mes chers amis, que pensez-vous de cette tenture d’un magnifique rouge pourpre qui se trouve derrière moi ?, demanda-t-il avec un petit sourire aux lèvres.


Une nouvelle écrite dans le cadre d’un cours d’écriture créative.

Je n’en suis pas totalement satisfait, elle mériterait d’être quelque peu étoffée.

À retravailler.

The road

*

Six months, three weeks, and four days, I have been on the road. More than half a year. Walking along the white line without any real goal. Almost wandering aimlessly. Not even knowing where I am. The wild. A beautiful place, the wild. A never-ending, silent world without any sign of human presence. Well, except for this old road of course.

The great plains surround you on almost every side. And in the distance, the mountains. Tall, dark and intimidating. Like a horizon they never seem to get closer. Or don’t want to get closer. In the sky either a blazing, burning sun or a grey veil of immobile clouds, as if the heavens themselves were dead. Nothing else in your field of view for a thousand miles, only you and the road.

So what do you do? Well, you walk for one. You walk and you walk more. You follow the road on and on, hoping to reach something or someone. Sometime, eventually. So you walk some more. You get tired, you get exhausted, so exhausted your legs won’t move or stop shaking. You get angry, you shout and yell at the sky, the mountains or the road until your voice becomes hoarse. Then you start running. You run as fast as you can, until your lungs start burning and you are overcome with dizziness. You get desperate, almost surrendering to this wilderness that looms all around and is always watching you. And you walk some more. But you never get anywhere.

So then, what do you do?

You start to think. You think about how warm the wind is, about how blue the sky has become. Then it starts to get deeper, it becomes more personal. Why are you here? Where is here? And then, later still, you begin to wonder if you’re not going crazy. You begin to reflect on who you are, to wonder who you are… But questions always come more numerous than answers. Who are you really? Why are you walking? Where are you going? Where did you come from? How long has it been since you’ve begun your journey…? Since you last ate…? And then you start to count… One, two, three days…

Six months, three weeks and four days…

Le caisson de verre – Nouvelle

Le caisson de verre

– environ 3900 mots –

C’est vers l’année dix huit cent quatre-vingt-deux que je vécus l’une des expériences les plus étranges de ma vie. J’étais alors en séjour à Varsovie chez Guillaume de L’orme, un ami proche que je n’avais revu depuis plusieurs longues années et qui était, je ne sais trop comment, parvenu à reprendre contact avec moi, m’invitant à passer l’été avec lui là-bas. J’acceptais son invitation avec joie et me rendais donc chez lui, dans une banlieue calme de la belle capitale polonaise. Nous y passâmes l’été dans l’un des plus grand calme que j’ai jamais pu connaître à flâner dans les vieux quartiers, à me cultiver aux joies de la culture polonaise et à y faire d’exquises rencontres. Je le remerciais infiniment de ce cadeau dès que l’occasion se présentait car, n’ayant jamais eu la possibilité voyager très loin et étant alors dans une période relativement houleuse de ma vie sentimentale, ce havre émotionnel me permit de me ressourcer. J’étais fasciné par le pays qu’avait choisi Guillaume comme résidence et par la vie qu’il y menait. Nous rattrapâmes également ces années perdues où nous ne nous étions pas parlé avec grande joie et, alors que l’été touchait à sa fin et que je me devais de repartir bientôt, il me raconta ce que je vais à mon tour vous raconter. L’une des histoires les plus intéressantes et étranges qu’il m’a été donné d’entendre et de croire, car des extravagances j’ai pu en entendre myriades, mais jamais quelque chose d’aussi vraisemblable ne m’étais parvenu jusqu’alors. Ainsi, un soir chaud et sec de cet été que les gens de l’Est connaissent si bien, il me présenta un tableau datant du siècle précédent et réalisé par un maître vénitien du nom de Canaletto ; son plus grand chef d’œuvres selon Guillaume. Le nom de ce tableau est resté gravé dans ma mémoire malgré le passage du temps car c’est à partir de celui-ci que toute l’histoire s’est constituée. C’est donc un soir d’été qu’il me présenta à nouveau La Régate sur le Grand Canal du maître Canaletto, l’un des seuls tableaux composant la maigre collection de mon ami mais auquel il semblait tenir plus que tout. Je me souviens qu’il l’avait appelé à mon attention quelques semaines auparavant mais je n’en avait rien noté de spécial, à ma grande erreur comme je le réalisai alors à mesure qu’il m’en dictait l’histoire.

« Veux-tu que je te conte une bien étrange histoire ?, m’avait-il demandé ce soir là alors que nous nous tenions tous deux sous le patio.

– Bien sûr, lui avais-je répondu avec enthousiasme. »

Il faut savoir que Guillaume a toujours eu un don pour raconter les histoires. Les récits, dans sa bouche, prenaient une allure de réel, de vrai, peu importe qu’ils le soient ou non. Mais cette soirée là je compris qu’il ne me racontait que la plus pure des vérités, telle qu’il l’avait entendue lui même.

« Ce tableau ne te semble pas extraordinaire au premier abord, n’est-ce pas ?, me demandait-il lorsque nous fûmes arrivés dans son grand salon.

– Non, je dois l’avouer. C’est une belle œuvre mais qui me paraît tout a fait ordinaire dans sa beauté, étais-je forcé de lui répondre car il était tout à fait vrai que je n’en avais pas été frappé jusqu’alors. »

Il acquiesça avant de sourire.

« Et ne trouves-tu pas cela étrange qu’il soit dans un caisson de verre ? »

Cette remarque fut la première qui me fit me questionner sur ses intentions en me racontant cette histoire et sur l’histoire de l’œuvre de Canaletto. En effet, le tableau était protégé par un caisson de verre magnifiquement taillé et qui semblait avoir été créé spécialement pour celui-ci.

« Ce caisson est, autant que l’œuvre elle-même, une part du mystère qui entoure son histoire, m’expliqua-t-il alors. »

Il m’annonça alors, avant de commencer son récit, que tout ce qu’il comptait me raconter, que cela me sembla incroyable, impensable voire même impossible, était tout à fait véridique et que sur ce sujet là il ne fabulait point. Je ne répondis pas mais pris le parti de lui donner ma confiance, rarement l’avais-je vu aussi sérieux lors d’un récit, y compris au cours de ce même été. Lui qui était toujours souriant et prêt à rire de ses fantaisies me regardait avec un calme qui me fit alors presque froid dans le dos.

« C’est à la fin de l’année dix sept cent trente cinq donc, commença-t-il, que Canaletto termina ce tableau que tu peux voir ici, cher ami. Mais c’est en dix sept cent quatre vingt cinq, soit un demi siècle plus tard que son histoire commence réellement. »

Il me raconta alors comment une dizaine d’années auparavant il avait rencontré, lors d’un voyage en Espagne, un vieux prêtre du nom de Frère Ernando dans un monastère près d’un petit village sur la côte ouest. Ce dernier, après l’avoir accueilli chaleureusement dans son monastère et après avoir déterminé une passion commune pour l’art, l’avait introduit à la précieuse collection qu’il gardait depuis le décès de l’abbé. Il lui avait alors présenté ce qu’il considérait comme le chef d’œuvre de la collection, le-dit tableau de Canaletto. Ce dernier possédait déjà à cette époque son encadrement de verre et c’est ce Frère Ernando qui lui avait raconté l’histoire qu’il me contait à présent.

« Ce que me dit cette homme cet après midi là me marqua grandement et j’en suis certain, il en sera de même pour toi mon ami, me prévint Guillaume avant de poursuivre. C’est donc à l’aube du printemps de l’année dix sept cent quatre vingt cinq, me raconta ce vieil homme dont les yeux pétillaient de malice, que notre histoire commença. C’est à cette époque là que Gustav Vandebruck, un ex armateur néerlandais, revint chez lui en possession de l’œuvre de Canaletto, achetée à un propriétaire de galerie d’art vénitienne pour une somme faramineuse et avec pour seule connaissance de cette œuvre le nom de son auteur et l’origine plus qu’étrange du caisson de verre qui le protégeait. Le même que tu peux à présent voir ici, me glissait alors Guillaume, s’interrompant momentanément dans son récit pour me laisser le temps de m’en imprégner. Fait étonnant pour qui eut connu l’ancien armateur, poursuivit-il après quelques secondes, puisqu’il n’était pas un grand amateur de peinture, préférant les œuvres sculptées et la musique, et d’autant plus surprenant que d’après le Frère Ernando il ne fut jamais extrêmement riche de par des dettes acquises au long de sa carrière, et jamais bien dépensier non plus. Toujours est-il qu’en ce début de printemps il se retrouva en possession de ce joyau chez lui et lorsqu’un ami de longue date arriva pour passer quelques jours chez lui il le trouva en plein nettoyage de ce fameux caisson de verre si finement taillé. Cet achat, quelque peu excessif l’étonna tout d’abord lorsqu’il l’apprit de la bouche même de l’ancien armateur, car il savait sa réputation de petit dépensier. Cet ami comprit cependant a quel point l’homme était tombé amoureux, ou devrais-je dire passionné, de ce tableau lorsqu’il l’écouta en parler tout les reste de l’après midi, depuis la description du premier regard qu’il y avait jeté jusqu’à l’acquisition relativement aisée de ce dernier tout en passant par l’avertissement étrange du propriétaire de la galerie dont il n’avait compris le sens. « Attention ! Jamais ne le sortir de son caisson pour longtemps car risque de s’abîmer. » Ce fut là ce que l’armateur en avait compris, son Vénitien étant un peu malaisé. C’est sur ces mots que Vandebruck et son ami réfléchirent toute la soirée, ne parvenant pas une explication plus claire que celle que l’armateur avait découvert seul : le caisson servait à protéger le tableau contres le passage du temps. Le lendemain l’ami trouva l’ancien armateur devant le tableau, fasciné par ses détails et sa précision, et content de lui car il venait de finir de nettoyer la vitre centrale. On pouvait à présent l’admirer sans rien ne perdre de sa richesse au travers d’une couche de sale accumulée au fil des ans. Les jours suivant passèrent vite et bientôt l’ami dût rentrer chez lui, non sans avoir pu admirer le tableau aux côtés de l’ancien armateur pendant de nombreuses heures. Ils se quittèrent sur une singulière remarque, singulière mais qui ne frappa pas l’ami de premier abord : l’ancien armateur lui avoua avoir l’impression que la vitre affadissait les couleurs du tableau comparé au moments où il avait pu l’admirer sans lorsqu’il nettoyait le caisson de verre. Ce n’est qu’au fil des semaines suivantes que l’ami comprit que cette remarque n’avait en fait rien d’anodin. L’armateur se plaignit au cours de nombreuses lettre, non plus nombreuses qu’à l’ordinaire mais singulièrement centrées sur le tableau, que le caisson de verre desservait la beauté du tableau et qu’il avait pu le constater de ses propres yeux à plusieurs reprises. Intrigué par cette remarque, et par une dernière lettre de Vandebruck où celui-ci disait avoir l’impression de voir une tache plus sombre là où il ne devait normalement se trouver que la couleur dorée des briques du bâtiment. Il disait savoir cela avec certitude car il avait étudié chaque recoin du tableau au fil des jours. Il disait également avoir d’abord cru à une trace sur le verre, puis à un défaut dans ce dernier mais après nettoyage, rien n’y fit, il retrouvait la mystérieuse tâche. Finalement il avait inspecté le tableau lui même et n’avait pu que constater qu’elle s’y trouvait comme si elle y avait toujours été. Pourtant il jurait sur son honneur qu’elle fut apparue après son acquisition. Intrigué et quelque peu inquiet de cette tournure obsessive de la part de l’ancien armateur proposa alors de lui rendre à nouveau visite, ce que Vandebruck accepta chaleureusement, se déclarant ravi de pourvoir lui confirmer son histoire de visu. Cependant c’est un ancien armateur déchaîné et hors de lui l’accueillit à son arrivée. Vandebruck accusa son ami de l’avoir trahi, d’avoir lui même ajouté cette tache sur le tableau et de la noircir un peu plus chaque jour. Car la tache semblait, aux yeux de l’ancien armateur, s’assombrir et s’étendre à vu d’œil, passant d’un simple point noir de la taille d’une aiguille à une silhouette de la taille d’un homme, à l’échelle de la peinture bien sur. »

Guillaume fit alors une pause, m’intimant de me rapprocher du tableau, et pointa silencieusement du doigt le coin inférieur gauche du tableau derrière près d’une des grandes entrées du bâtiment aux draperies rouges et bleues. Il me désignait le côté gauche de la porte centrale, je pus en effet y apercevoir la silhouette d’un homme masqué après quelques instants d’observation minutieuse.

« Ne comprenant pas ce qu’il se passait, l’ami tenta d’abord de raisonner Vandebruck, mais rien n’y fit, le vieil armateur ne démordait pas et semblait presque fou. Ils en vinrent presque aux poings si ce n’est pour l’apparition de la domestique de Vandebruck qui arriva à ce moment exact et les surprit tous deux en s’écriant. Vandebruck sembla alors se calmer mais défaillit presque aussitôt et on dût le monter dans sa chambre. Les jours qui suivirent, son ami resta à son chevet presque constamment, s’occupant de l’ancien armateur avec soin. Lorsqu’il fut enfin revenu à lui, presque une semaine plus tard, il se confondit en excuses, expliquant qu’il ne savait pas ce qui avait bien pu le pousser à agir de la sorte. Qu’il devait avoir passé trop de nuits blanches à observer la magnifique œuvre de Canaletto. Son, ami, rassuré de le voir remis de ses émotions au cours des jours suivants, prit alors congé et rentra à Rotterdam. Ils continuèrent de correspondre au cours des mois suivants, le vieil armateur lui assurant qu’il allait tout à fait mieux après avoir relégué le tableau à sa cave pendant quelques temps. Ce fut au mois d’avril suivant, soit presque huit mois après l’incident, que l’ami reçut les dernières nouvelles de l’ancien armateur, ce dernier était décédé dans son salon un soir de printemps. L’ami se rendit à son enterrement et apprit de la bouche de la domestique que le vieil homme était décédé dans le plus grand calme en observant pour la dernière fois le chef d’œuvre du peintre vénitien qu’il chérissait tant et qu’il avait fait ressortir de sa cave quelques jours avant. Il apprit également que se sentant presque partir, il avait demandé à lui faire léguer le tableau. Malheureusement c’est ici que s’arrête l’histoire du tableau jusqu’à sa découverte par le père Ernando plusieurs décennies plus tard car, l’ami ayant récupéré le chef d’œuvre et ayant lui aussi été captivé par sa beauté, il fit le récit de sa découverte dans un journal, y incluant les détails à propos de l’armateur que je viens de te citer, mais n’élaborant que très peu sur sa propre vie. »

Guillaume encore une fois fit une pause, se tournant à nouveau vers le tableau, et le fixa pendant de longues minutes, en silence, l’air pensif. Je ne le dérangeai pas, me plongeant moi aussi dans une contemplation de la surprenante œuvre. Elle criait en effet de vérité et on aurait dit qu’à tout moment elle aurait pu s’animer et que l’on aurait entendu les cris et les bruits des rames des bateliers s’en échapper. Je perdis presque notion du temps et ne recouvrai mes sens que lorsqu’il recommença à parler.

« La suite de mon histoire se fera par l’intermédiaire des mots du Frère Ernando mais ne désespère pas, nous en arrivons bientôt à bout. Ce cher Ernando, donc, me raconta avoir trouvé cette pièce dans un ancien musée, à demi cachée sous des piles de draps et conservée dans son caisson de verre. C’est une pauvre veuve qui l’avait récupérée de son mari, qui lui même l’avait obtenu lors d’une vente aux enchères quelques années après la mort de l’ami de Vandebruck. Ernando en remonta l’histoire au cours des années et cette trame est celle qu’il obtint avec une grande confiance en son exactitude. L’œuvre était passé des mains de Canaletto dans celles de son fils qui, dépassé par les dettes, l’avait revendue à un collectionneur d’art, propriétaire d’une galerie d’art qui lui même l’avait vendue à Vandebruck. De Vandebruck à son ami, de son ami à une remise, et ce pendant plusieurs années en vue de la vente aux enchères, puis à un nouveau propriétaire qui, à son décès peu de temps après, l’avait laissé à sa veuve. Dépassée par son chagrin et le tableau lui rappelant son mari qui lui l’avait offert en guise de cadeau pour leur vingt-cinquième anniversaire de mariage, le remisa au grenier pendant les années qui suivirent jusqu’à sa mort, à laquelle elle légua toutes ses possessions à l’église. Ce fut l’abbé dont je te parlais plus tôt qui la récupéra et qui en fit la pièce maîtresse de ses quartiers, seule richesse qu’il s’autorisait dans ces dernières années, avant qu’elle ne soit remisée à la cave après son décès et que le frère Ernando la découvre en en faisant l’inventaire. Ernando lui même n’eût que peu de temps pour admirer cette œuvre puisque, recherchant avant tout à éclaircir son passé énigmatique, il voyagea dans toute l’Europe pendant plusieurs années. Lorsque je le rencontrais, il revenait tout juste de son ultime voyage à Venise et m’avoua n’avoir eu le temps d’admirer le tableau que quelques heures tout au plus. La raison à cela fut qu’il n’était pas amateur d’art lui même, l’abbé l’étant beaucoup plus que lui, mais plutôt d’histoire et de mystères et qu’il s’était retrouvé fasciné par l’histoire atypique de cette œuvre plus que par son contenu. L’abée était décédé plusieurs mois auparavant, lui léguant toute la collection du monastère. Ernando me raconta donc toute cette histoire, arrivant jusqu’au moment de ma visite et de notre présence dans la cave du monastère. Il me demanda alors ce que j’en pensais. Devant devant cette interrogation étrange je sus que répondre et il m’expliqua alors la raison de cette question, raison qui est le centre de l’étrangeté liée à l’œuvre de Canaletto et dont je voulais te faire part. Il me l’expliqua au travers d’une autres question : ne trouves-tu pas, mon cher ami, car il m’appelait déjà son cher ami, que cette œuvre sème la mort dans son sillage ? Une mort douce et anodine, certes, mais une mort tout de même ? D’abord surpris par cette question, je pris le temps d’y réfléchir, considérant sérieusement ce qu’il venait de m’avouer. Nous poursuivîmes cette discussion pendant plusieurs heures, admirant le tableau par la même occasion, avant de remonter et de se quitter pour la nuit. Mais avant de te faire part de la chose la plus étrange qu’il m’avait dit jusqu’alors, je souhaite avoir ton avis, que penses-tu du parcours de cette œuvre ? »

Face à cette question je restais, comme lui l’avait été plusieurs années auparavant, sans voix. Aussi haussais-je les épaules et l’invitais-je à poursuivre.

« Moi aussi je me trouvais sceptique, et je dois t’avouer qu’aujourd’hui c’en est toujours le cas, mais depuis quelques semaines je me trouve parfois à en être convaincu : cette œuvre possède quelque chose de surnaturel. »

Guillaume laisse planer un silence dans la pièce et je vis un léger sourire s’étirer sur son visage lorsque je tournais momentanément la tête vers le tableau de Canaletto.

« Vois-tu, me dit-il alors en se levant, le frère Ernando eût cette théorie que l’œuvre de Canaletto est si belle, si réaliste qu’elle posséderait le pouvoir de happer nos âmes et nos sentiments en son cœur, et non pas juste de nous captiver momentanément. Mais pour cela, me dit-il il y a maintenant une dizaine d’années, il faut que nous, mortels, posions directement nos yeux sur ce bijoux de peinture. »

A mesure qu’il parlait il s’était dirigé vers le tableau et en avait descellé la parois avant du caisson de verre et, avec une précision parfaite, il retira celle-ci en même temps que sa voix fondit dans le silence de la nuit. Je ne suis toujours par complètement certain de l’origine du sentiment qui me saisit alors mais je fut instantanément happé, comme Guillaume me l’avait décrit, par les couleurs qui me semblèrent mille fois plus vives que derrière la fine paroi de verre. J’étais fasciné par le réalisme et le « vivant » de l’œuvre, que j’attendais de voir s’animer d’un instant à l’autre. Je restais ainsi pendant un temps qui m’est inconnu à admirer chaque détail, chaque recoin, chaque ombre qui se dressait sur le canal. Je cru même voir l’une d’entre elle, celle-là même que Guillaume m’avait désigné quelques minutes plus tôt, se mouvoir et me saluer de sa main gantée. Ce n’est que lorsque Guillaume remit en place la paroi de verre que le charme fut rompu, et même alors, je ne repris complètement connaissance que lorsque je l’entendis rire. Il me désigna et je vis que je me trouvais debout, non loin de lui, la bouche entrouverte et le bras étendu vers le tableau à présent scellé dans son caisson. Je rappelle même avoir senti la trace froide d’une larme sur ma joue.

« Je ne saurais dire avec exactitude si cela est du à la maîtrise du pinceau par le maître Canaletto ou, comme le prétendais le frère Ernando, à un pouvoir mystique, mais comme tu peux le voir il est tout a fait vrai qu’il possède une certaine emprise sur l’âme humaine. Le frère Ernando me légua cette pièce d’une beauté incroyable après sa disparition il y a de cela plusieurs années mais ce n’est que depuis quelques mois seulement que j’ai pu le faire parvenir jusqu’à moi sans en risquer l’endommagement. »

Il me raconta alors comment quelques semaines avant mon arrivée il avait enfin pu le faire installer et que la fascination qu’il avait jadis ressentie pour l’intrigante œuvre était revenue à sa seule vue. Nous restâmes ainsi à discuter à la lueur faiblarde des chandelles devant le tableau du maître Vénitien pendant le reste de la nuit. Guillaume m’avoua avoir déjà passé plusieurs nuits blanches à céder à sa fascination pour les détails et qu’il lui avait même semblé par moment voir lui aussi une tâche noire apparaître là où il ne devait pas s’en trouver. Je ne ris pas, ne me moquais pas, tant ma fascination était grande, à la fois pour ses paroles et pour le tableau. Je me surpris moi-même à chasser des yeux la vision d’une pâle silhouette qui semblait apparaître à la lisière de ma vue. J’attribue à présent cela à la fatigue, autant d’heures passées à admirer un tel chef d’œuvre auraient suffi à assommer n’importe quel homme. Le jours pointait déjà à travers la fenêtre lorsque nous nous quittâmes, non sans un dernier regard vers l’œuvre de Canaletto, enfin pour aller se reposer. A mon réveil je retrouvais Guillaume déjà habillé, admirant le tableau dans le grand salon. Nous passâmes les jours qui suivirent à explorer le reste de la magnifique vieille ville avant que je ne dusse rentrer. Ne nous discutâmes que très peu du tableau, ne le mentionnant qu’ici et là lors que brefs échanges, mais à chaque passage dans le salon nos yeux y dérivaient inévitablement. Je rentrais à Paris avec toujours en tête cette étrange histoire et le souvenir de ce moment d’éclatante beauté, et trouvais pendant un temps ma vie bien monotone et fade. Je ne reparlais jamais de cette expérience jusqu’à aujourd’hui, pas même en guise de récit exotique de pays lointains lors de soirées, préférant garder cela pour moi tel un joyau précieux. Si je vous en parle aujourd’hui, c’est parce que les circonstances m’y autorisent et m’y poussent. Il y a un peu plus d’un mois j’appris ainsi, à ma grande tristesse, la nouvelle surprenante du décès de Guillaume. Ce fut un vrai choc et, voulant partir immédiatement pour Varsovie afin de me rendre à son chevet, j’en fut, à mon grand dam, empêché pour diverse raisons personnelles. Mais c’est il y a un peu moins d’une semaine, alors désespéré de jamais pouvoir me libérer pour aller lui rendre hommage, que je reçu une nouvelle plus surprenante encore : dans l’une des clauses de son testament, il me léguait « une œuvre d’une grande valeur » pour lui. Je dois avouer que je fus quelque peu surpris en découvrant le colis qui accompagnait ce document officiel, le souvenir de ce tableau de maître s’était partiellement effacé de ma mémoire au fil des années. Mais en retrouvant ce caisson de verre, son souvenir redevint presque immédiatement limpide et je m’en souvint comme si cela avait eu lieu hier. Depuis un peu moins d’une semaine donc, je n’ai pu que céder au loisir de l’admiration de la peinture de Canaletto. Je n’ai cependant pas eu le courage de retenter l’expérience qu’il me fit faire à l’époque car un mot de lui, ajouté au caisson de verre m’en dissuada. Une simple lettre à laquelle était rattaché le feuillet d’un vieux journal de comptes. La lettre, visiblement écrite de la main de mon ami, ne disait presque rien sinon que le feuillet avait été retrouvé par Ernando dans les carnets du propriétaire de la galerie à qui Vandebruck avait racheté le tableau à Venise. On pouvait y lire noir sur blanc, ou plutôt jaune foncé sur jaune plus clair, du fait du passage des années, une liste des différentes œuvres obtenues et vendues par le propriétaire de la galerie et le nom de La Régate sur le Grand Canal y figurait, sous titré d’une courte phrase écrite dans ce qui devait être de l’encre rouge à l’époque et qui, malgré ma connaissance réduite de la belle langue Vénitienne, disait ceci : « Attention ! Ne jamais sortir l’œuvre de son caisson trop longtemps au risque de s’abîmer. ».


Nouvelle écrite dans le cadre d’un atelier d’écriture.

Toutes mes excuses pour les éventuelles fautes et erreurs restantes, même après plusieurs relectures.

Au petit bonheur

Aujourd’hui c’est jour de marché. Je le sais et je compte bien en profiter. L’odeur du basilic sur un étal rectangulaire, les haricots verts tout frais et un cageot de pommes de terre rempli à ras bord ! Tout cela me donne déjà envie, j’en ai l’eau à la bouche. Toutes ces couleurs et ces odeurs alléchantes…

Rouge des poivrons, violine des aubergines, jaune des citrons. Les senteurs sucrées des fraises et les arômes du persil se mêlent à l’odeur boisée des noisettes. Quelle tentation ! Difficile de résister…

Une pile de pommes attend la main qui saisit, la bouche qui croque. Si seulement ce pouvait être la mienne… Quel bonheur en perspective !

Un homme en blouse verte apparaît au dessus de toute cette marmaille de piments survoltés, de menthe sauvage, de dignes asperges, d’opulentes pastèques.

Je virevolte parmi les allées, passant d’étal en étal, impatient de tout goûter. Pourvu qu’il en reste…

“Il est beau, il est bon, il est pas cher mon melon !”

Oh comme je le sais. Je les observe depuis un moment, résistant avec difficulté à leur appel.

“Les beaux melons, les bons melons de Cavaillon; achetez mes bons melons !”

Un peu de patience, la voie sera bientôt libre et alors, droit au bec le melon !

La gouaille de la voix se mêle au brouhaha ambiant, aux cris des commerçants, au rires des passants et s’envole loin des courgettes zébrées et des rustiques poireaux, au dessus, loin au dessus… jusqu’à moi…

EoP – Part 122


Echoes of Power

Part 122


“So you mean to tell me that you spent the week-end exercising and meditating?”, Bryan asked in disbelief.

“Yeah, just as I said. I went running both Saturday and Sunday morning, around the hills to the south near the park.”, Alexandre said with a proud smirk.

“Nah, even after asking you a third time I don’t believe you… I mean, meditating, why not… But you, running and exercising on a resting day? No way!”

Alexandre almost laughed. If only his best friend knew all of it, he would probably freak out. Or perhaps not, considering… But he couldn’t very well tell him any of it, or ask him directly about his… condition, could he? No, that would be crazy. He would seem crazy. What if he had been hallucinating it all? Then he would really seem crazy, even to himself. And if he hadn’t well he’d still surely seem stupid, and that was inconceivable! Plus Damian had told him to keep his mouth shut about their arrangement. He’d had problems telling what was real and what wasn’t recently, which was completely understandable considering the strange ‘powers’ he had discovered, the monsters that had attacked him and the deep wounds that had just vanished under the shower…

“I swear to you my friend. I even got someone to give me a few pointers.”, Alexandre added, explaining his encounter with Damian but leaving out the important details.

No, if he was crazy he didn’t want to know it. Not yet anyways, he was finally living something interesting. Wait… Talking about vanishing wounds… He looked at his best friend’s face and noticed the thin pink line under his eye which was still there. That seemed to be the only trace left of his injuries after his violent practice session of the other day. His face was not bruised at all and his arm was not in a cast anymore. When had it disappeared by the way? Alexandre couldn’t tell, he had been so focused on other things that he hadn’t paid attention… Perhaps he was really a werewolf after all, and perhaps all of this was indeed real… Oh god, I’m going crazy!

“Hmm?”, he asked as he noticed Bryan had gone silent.

“Damn it, you weren’t paying attention again, were you? I was telling you I started training again this week-end. Softly, not to get hurt again, but I’m back in there!”, Bryan said as if reading his best friend’s mind.

“Oh! Nice! I was just thinking about the fact I hadn’t seen your cast the last few days! So, not too rusty I hope?”, he taunted Bryan with a smirk.

They had been sitting on a bench near the library since the morning classes had ended. It had been almost four days since they had been able to spend time together, the week-end had been really full for both of them and then the last few days had seemed to pass in the same way. Somehow their classes had been packed so tightly together and full of content that they hadn’t had a minute to breathe and each of them had things to do during pauses or after school, rendering their talking time almost nonexistent until that afternoon which, strangely, was almost completely void of any class.

Bryan had asked the question that he burned to know the answer to first: what about the date? To which Alexandre had happily provided details for almost a full hour, recounting how the evening had gone well and how he found Chloe amazing, which was very true, she was fun to be around and incredibly cute! Then, after ‘fangirling’ over that as he called it, they had moved on to other subjects, mainly filling the other in on what they had done up until that point. Alexandre noticed the rest of their group of friends heading in their direction and was about reply to their loud greetings when he spotted an unfamiliar redhead in the distance.


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La rupture

La première chose qui le frappa lorsqu’il entra dans l’appartement ce fut le sentiment que quelque chose manquait. Puis son regard se posa sur le mot. Un petit morceau de papier cartonné blanc, laissé en évidence sur le buffet du couloir. Il jeta un regard autour de lui, c’était étrange comme l’appartement semblait vide. Son regard tomba à nouveau sur le mot. Il hésita un instant avant d’enfin franchir les quelques pas qui le séparaient du meuble. Il attrapa le morceau de papier et le lu.
Guillaume, tu as été mon plus grand amour, tu es mon plus grand amour et tu le resteras sûrement toute ma vie. Sache que je t’aime plus que tout, sincèrement. Mais ça ne peut plus continuer comme ça, je n’en peux plus de tes crises et de tes accès de colère, de tes idées noires et de ces moments ou tu ne vis plus, je n’en peux plus de ces mille excuses brisées par mille autres blessures. Tu es quelqu’un de bien, je le sais, mais quelque chose en toi est cassé, quelque chose que je ne pourrais jamais réparer… Je sais que ça va probablement te briser le cœur mais je n’ai plus l’énergie pour lutter. Mon amour pour toi ne suffit pas alors je pars. Ne me cherche pas, je ne veux pas que tu me trouves. C’est le seul moyen si on ne veut pas tous deux devenir fous…
Adieu.
Le mot était écrit à la main, d’une écriture cursive et appliquée à l’encre bleue. Pas de signature, pas de nom. Pas besoin, pensa-t-il. Sa main tremblait légèrement lorsqu’il reposa le mot sur le meuble de l’entrée et des larmes perlaient au coin de ses yeux. Il s’adossa au mur et se laissa lentement glisser au sol, de légers sanglots secouant ses épaules. Il avait du mal à y croire. Était-ce vraiment la fin ? Après tous ces moments passés ensemble, ces quatre années d’amour et d’épreuves… Qu’avait-il fait pour en arriver là ? Il resta longtemps assis à même le sol, laissant ses larmes couler et sa poitrine se serrer. Seul le faible bruit de l’eau courant dans les murs, entrecoupé de quelques rares sanglots, emplissait l’appartement maintenant dégarni de la moitié de ses affaires.
Lorsqu’il se releva enfin, une éternité s’était écoulée, il sentit l’engourdissement qui avait prit possession de ses jambes se dissiper avec une certaine réticence. Il se dirigea d’un pas lent vers la chambre ; le lit était fait, les rideaux tirés, la pâle lumière du soleil donnait dans la pièce. Sur les tables de chevet trônaient deux petites lampes et au mur était accroché un tableau, relique d’un autre temps qu’ils avaient tous les deux déniché dans une vieille brocante. Malgré tout cela la pièce lui paraissait complètement vide. Il n’arrivait pas à se faire à l’idée que c’était vrai, que c’était fini, que ce vide ferait maintenant partie intégrante de l’appartement… Il ouvrit le placard de la penderie. Ce dernier n’était rempli qu’à moitié : costumes, chemises et pantalons, tout le reste avait disparu. Les jeans, les hauts colorés, les écharpes et même ses sous vêtements, rien ne restait. L’émotion l’envahit soudain à nouveau et il ne retint cette bouffée de tristesse qu’avec difficulté, refermant le placard avant de sortir de la chambre. Il passa dans toutes les pièces, y jetant à chaque fois un rapide regard circulaire. Le résultat était toujours le même : vidées d’une partie de leurs affaires. La respiration haletante et le cœur battant, il se retrouva à nouveau dans le couloir de l’entrée. Alors la dispute lui revint dans un torrent d’émotions, comme un coup de foudre. Ou plutôt l’inverse.
Il avait presque été violent. Presque. Jamais il n’aurait osé, il le savait, et pourtant… La noirceur de ses yeux ne faisait aucun doute quant à la colère qui bouillonnait en lui. Il y aurait peut-être même cédé s’il n’avait pas remarqué son expression effrayée et réalisé à quel point il lui faisait peur… Il n’avait pu l’empêcher de partir, restant là, l’air impuissant, à regarder sa silhouette s’éloigner. Il n’avait même pas réagit lorsqu’il l’avait vu se retourner à mi-chemin. Peut-être n’avait-il pas voulu l’en empêcher, incertain de pouvoir se pardonner lui-même… ? Etait-il allé marcher de son côté ou bien était-il resté planté là, sur le trottoir, pendant des heures avant de rentrer ? Il ne savait pas. Toujours est-il que lorsqu’il était rentré il avait trouvé l’appartement vide, non pas de son mobilier, comme c’était le cas aujourd’hui, mais de la présence humaine qui lui était devenue si familière. Il avait dû essayer de l’appeler dès son retour –les douze appels manqués en témoignaient– avant de s’effondrer de fatigue et tristesse. Le matin suivant, la nuit passée et voyant sa moitié toujours absente, il s’était rendu au travail, laissant l’appartement libre pour la journée.
Une fois de retour dans le couloir, il posa à nouveau son regard sur le mot. Il sentit les larmes lui venir et fit un effort visible pour ne pas se laisser aller à ses sanglots. Il le relu une énième fois, pour s’assurer de la réalité de ce qu’il se passait, de ce que leur couple était devenu. Adieu. Le mot résonnait dans ça tête. C’était fini, terminé. Pas d’au revoir déchirant, pas de sanglots, pas de dernière dispute. Pas même de signature. Pas besoin, tout était dit. Adieu. Tout cela sonnait si faux, si creux dans son esprit, de faibles échos dans un vide infini… Il resta un instant comme cela, immobile, la main tremblante, à fixer le mot avant de finalement laisser s’échapper un soupir. Non, il méritait au moins cela. Camille ressortit le stylo de sa poche et inscrivit son nom au bas du mot, traçant les lettres d’une écriture cursive parfaite malgré sa main tremblante. Il reposa le petit morceau de papier cartonné sur le meuble, passant un dernier regard sur l’appartement à présent vide d’affaires mais rempli de souvenirs avant de refermer la porte derrière lui.

Concept #1 – Role reversal

Image by tomhotovy


Prompts & Concepts

Context: adventure story, most likely (during) a Manichean type of conflict. Good guys versus bad guys. Single characters or groups, doesn’t matter for either side.


During one of the fights between the protagonists and the antagonists, one of the antagonists, a particularly antagonistic character is captured/taken in by the protagonists.

At first he tries to free himself/leave and go back to his own companions. He doesn’t succeed and is stuck with the protagonists for some time.

Over the course of said time he tries to destroy them or convert them to his point of view to get them to come to his side but he doesn’t seem to succeed.

Slowly, however, and without completely realizing it, he starts to turn to the protagonists side and to befriend them.

At one point in the story he even begins to help them towards their cause. Overtime he changes to their side.

A possible twist to that would be that one of the protagonists, at one point in the story (possibly around the moment the antagonist who has been captured starts becoming a protagonist), betrays the other protagonists and decides to join the antagonists’ side.

Why not make this happen during a great battle (meaning a major conflict in the story). The antagonist who has been captured finally starts helping the protagonists and as they are about to overcome (or even things out with) the other antagonists (who feel betrayed by the captured antagonist’s desertion) they are betrayed by one of them and that betraying protagonist leaves with the antagonists and joins their cause but not before badly wounding the captured antagonist.

This could be either about the point of view of the good side or the bad side: a dark/evil character becoming good (with all the struggle it implies), or a good character becoming evil. Or something else entirely.

Also, I say ‘he’ when talking about the character(s) but that doesn’t mean I mean them to be male (nor human), anything goes.

This may seem common (it uses some common tropes/plot devices) but the whole psychological aspect of the betrayal of the antagonist towards his companions and then the betrayal of the protagonist to join the other side could be very interesting to exploit.

Also, why not mix in a few love interests here and there to make things more complicated? Like between a protagonist and the antagonist they captured or between a protagonist and the other one who will betray them? The person the antagonist who starts to become good likes is killed (or gravely wounded) by the protagonist traitor?


Yep. There you go.

This is a short and simple one to begin with, but quite interesting and efficient nonetheless.

I hope you enjoy!

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EoP – Part 121


Echoes of Power

Part 121


Back. And forth. One way and then the other, slowly and gracefully. The blade of grass danced in rhythm with the beats of his heart, slowly swaying from left to right and the from right to left. He could see it as clear as day. His eyes were closed, the sounds around him had all faded into the distance and he could barely feel the soft breeze or the warm sunrays on his face. His concentration was solely directed at his inner self, his thoughts and his feelings were focused on a single image: a lone blade of grass. It was a strange sensation that Alexandre had never quite experienced before. He knew he hadn’t moved from his spot on the grass but it felt like he was somehow floating around, he could still feel his whole body but it felt weightless.

In any other circumstance it would have felt completely to him to say this but at that precise moment it was as if he was one with the grass: floating around lightly and without a care in the world. It wasn’t as easy as he had thought to keep focusing his mind on a single object but somehow he managed to drive away any distraction that came his way for a period of time that felt like hours. He couldn’t say how long it had been however, perhaps even just a few minutes, and therefore he did not dare break his focus in fear of being reprimanded by Damian. The teenager suddenly noticed something peculiar however: as the blade of grass kept undulating it seemed to begin to glow slightly. It was almost unnoticeable, a sort of thin halo running along the border of the plant, however Alexandre couldn’t tell if it was the way he imagined the light around it or if it came from the blade of grass itself.

Just as he was beginning to focus on that strange vision, it disappeared. The teenager felt like he was suddenly pulled backwards, he was falling! He gasped and opened his eyes with a start. He had tried to yell but it had come out as a sharp gasp. His heart was beating loudly as he looked around and he felt beads of sweat roll on his face and arms. The sky was still as blue and as clear as before, the wind blew lightly on the hillside. The only thing that was different was the sun which had risen higher in the sky. Alexandre somehow deduced he had remained in his state of meditation (or whatever that had been) for a bit more than two full hours! As he calmed down his heart, his eyes darted all around, looking for the silhouette of the older man but, after a few seconds and having looked everywhere, the teenager realised that his teacher was gone. He must’ve left while I was deep in the meditation exercise.

“Without even a goodbye or anything…”, he groaned as he stood up.

Alexandre started stretching, taking that time to think about what he should be doing. If he left, does that mean it’s over for today or should I wait for him to come back? The young man was pondering the best option, carefully weighing the possible consequences to the next decision he would make, when he felt his phone vibrate in his pocket. ‘Next week, same place, same time.’ That was all the message said, short and to the point. Even the number was hidden, but Alexandre didn’t doubt for a second that it was coming from Damian.

“Well then…”, he sighed after a few minutes of stretching his stiff limbs.

He ran off towards the city at a slow pace, preferring to warm back up a little before picking up the pace.


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