The road

*

Six months, three weeks, and four days, I have been on the road. More than half a year. Walking along the white line without any real goal. Almost wandering aimlessly. Not even knowing where I am. The wild. A beautiful place, the wild. A never-ending, silent world without any sign of human presence. Well, except for this old road of course.

The great plains surround you on almost every side. And in the distance, the mountains. Tall, dark and intimidating. Like a horizon they never seem to get closer. Or don’t want to get closer. In the sky either a blazing, burning sun or a grey veil of immobile clouds, as if the heavens themselves were dead. Nothing else in your field of view for a thousand miles, only you and the road.

So what do you do? Well, you walk for one. You walk and you walk more. You follow the road on and on, hoping to reach something or someone. Sometime, eventually. So you walk some more. You get tired, you get exhausted, so exhausted your legs won’t move or stop shaking. You get angry, you shout and yell at the sky, the mountains or the road until your voice becomes hoarse. Then you start running. You run as fast as you can, until your lungs start burning and you are overcome with dizziness. You get desperate, almost surrendering to this wilderness that looms all around and is always watching you. And you walk some more. But you never get anywhere.

So then, what do you do?

You start to think. You think about how warm the wind is, about how blue the sky has become. Then it starts to get deeper, it becomes more personal. Why are you here? Where is here? And then, later still, you begin to wonder if you’re not going crazy. You begin to reflect on who you are, to wonder who you are… But questions always come more numerous than answers. Who are you really? Why are you walking? Where are you going? Where did you come from? How long has it been since you’ve begun your journey…? Since you last ate…? And then you start to count… One, two, three days…

Six months, three weeks and four days…

Le caisson de verre – Nouvelle

Le caisson de verre

– environ 3900 mots –

C’est vers l’année dix huit cent quatre-vingt-deux que je vécus l’une des expériences les plus étranges de ma vie. J’étais alors en séjour à Varsovie chez Guillaume de L’orme, un ami proche que je n’avais revu depuis plusieurs longues années et qui était, je ne sais trop comment, parvenu à reprendre contact avec moi, m’invitant à passer l’été avec lui là-bas. J’acceptais son invitation avec joie et me rendais donc chez lui, dans une banlieue calme de la belle capitale polonaise. Nous y passâmes l’été dans l’un des plus grand calme que j’ai jamais pu connaître à flâner dans les vieux quartiers, à me cultiver aux joies de la culture polonaise et à y faire d’exquises rencontres. Je le remerciais infiniment de ce cadeau dès que l’occasion se présentait car, n’ayant jamais eu la possibilité voyager très loin et étant alors dans une période relativement houleuse de ma vie sentimentale, ce havre émotionnel me permit de me ressourcer. J’étais fasciné par le pays qu’avait choisi Guillaume comme résidence et par la vie qu’il y menait. Nous rattrapâmes également ces années perdues où nous ne nous étions pas parlé avec grande joie et, alors que l’été touchait à sa fin et que je me devais de repartir bientôt, il me raconta ce que je vais à mon tour vous raconter. L’une des histoires les plus intéressantes et étranges qu’il m’a été donné d’entendre et de croire, car des extravagances j’ai pu en entendre myriades, mais jamais quelque chose d’aussi vraisemblable ne m’étais parvenu jusqu’alors. Ainsi, un soir chaud et sec de cet été que les gens de l’Est connaissent si bien, il me présenta un tableau datant du siècle précédent et réalisé par un maître vénitien du nom de Canaletto ; son plus grand chef d’œuvres selon Guillaume. Le nom de ce tableau est resté gravé dans ma mémoire malgré le passage du temps car c’est à partir de celui-ci que toute l’histoire s’est constituée. C’est donc un soir d’été qu’il me présenta à nouveau La Régate sur le Grand Canal du maître Canaletto, l’un des seuls tableaux composant la maigre collection de mon ami mais auquel il semblait tenir plus que tout. Je me souviens qu’il l’avait appelé à mon attention quelques semaines auparavant mais je n’en avait rien noté de spécial, à ma grande erreur comme je le réalisai alors à mesure qu’il m’en dictait l’histoire.

« Veux-tu que je te conte une bien étrange histoire ?, m’avait-il demandé ce soir là alors que nous nous tenions tous deux sous le patio.

– Bien sûr, lui avais-je répondu avec enthousiasme. »

Il faut savoir que Guillaume a toujours eu un don pour raconter les histoires. Les récits, dans sa bouche, prenaient une allure de réel, de vrai, peu importe qu’ils le soient ou non. Mais cette soirée là je compris qu’il ne me racontait que la plus pure des vérités, telle qu’il l’avait entendue lui même.

« Ce tableau ne te semble pas extraordinaire au premier abord, n’est-ce pas ?, me demandait-il lorsque nous fûmes arrivés dans son grand salon.

– Non, je dois l’avouer. C’est une belle œuvre mais qui me paraît tout a fait ordinaire dans sa beauté, étais-je forcé de lui répondre car il était tout à fait vrai que je n’en avais pas été frappé jusqu’alors. »

Il acquiesça avant de sourire.

« Et ne trouves-tu pas cela étrange qu’il soit dans un caisson de verre ? »

Cette remarque fut la première qui me fit me questionner sur ses intentions en me racontant cette histoire et sur l’histoire de l’œuvre de Canaletto. En effet, le tableau était protégé par un caisson de verre magnifiquement taillé et qui semblait avoir été créé spécialement pour celui-ci.

« Ce caisson est, autant que l’œuvre elle-même, une part du mystère qui entoure son histoire, m’expliqua-t-il alors. »

Il m’annonça alors, avant de commencer son récit, que tout ce qu’il comptait me raconter, que cela me sembla incroyable, impensable voire même impossible, était tout à fait véridique et que sur ce sujet là il ne fabulait point. Je ne répondis pas mais pris le parti de lui donner ma confiance, rarement l’avais-je vu aussi sérieux lors d’un récit, y compris au cours de ce même été. Lui qui était toujours souriant et prêt à rire de ses fantaisies me regardait avec un calme qui me fit alors presque froid dans le dos.

« C’est à la fin de l’année dix sept cent trente cinq donc, commença-t-il, que Canaletto termina ce tableau que tu peux voir ici, cher ami. Mais c’est en dix sept cent quatre vingt cinq, soit un demi siècle plus tard que son histoire commence réellement. »

Il me raconta alors comment une dizaine d’années auparavant il avait rencontré, lors d’un voyage en Espagne, un vieux prêtre du nom de Frère Ernando dans un monastère près d’un petit village sur la côte ouest. Ce dernier, après l’avoir accueilli chaleureusement dans son monastère et après avoir déterminé une passion commune pour l’art, l’avait introduit à la précieuse collection qu’il gardait depuis le décès de l’abbé. Il lui avait alors présenté ce qu’il considérait comme le chef d’œuvre de la collection, le-dit tableau de Canaletto. Ce dernier possédait déjà à cette époque son encadrement de verre et c’est ce Frère Ernando qui lui avait raconté l’histoire qu’il me contait à présent.

« Ce que me dit cette homme cet après midi là me marqua grandement et j’en suis certain, il en sera de même pour toi mon ami, me prévint Guillaume avant de poursuivre. C’est donc à l’aube du printemps de l’année dix sept cent quatre vingt cinq, me raconta ce vieil homme dont les yeux pétillaient de malice, que notre histoire commença. C’est à cette époque là que Gustav Vandebruck, un ex armateur néerlandais, revint chez lui en possession de l’œuvre de Canaletto, achetée à un propriétaire de galerie d’art vénitienne pour une somme faramineuse et avec pour seule connaissance de cette œuvre le nom de son auteur et l’origine plus qu’étrange du caisson de verre qui le protégeait. Le même que tu peux à présent voir ici, me glissait alors Guillaume, s’interrompant momentanément dans son récit pour me laisser le temps de m’en imprégner. Fait étonnant pour qui eut connu l’ancien armateur, poursuivit-il après quelques secondes, puisqu’il n’était pas un grand amateur de peinture, préférant les œuvres sculptées et la musique, et d’autant plus surprenant que d’après le Frère Ernando il ne fut jamais extrêmement riche de par des dettes acquises au long de sa carrière, et jamais bien dépensier non plus. Toujours est-il qu’en ce début de printemps il se retrouva en possession de ce joyau chez lui et lorsqu’un ami de longue date arriva pour passer quelques jours chez lui il le trouva en plein nettoyage de ce fameux caisson de verre si finement taillé. Cet achat, quelque peu excessif l’étonna tout d’abord lorsqu’il l’apprit de la bouche même de l’ancien armateur, car il savait sa réputation de petit dépensier. Cet ami comprit cependant a quel point l’homme était tombé amoureux, ou devrais-je dire passionné, de ce tableau lorsqu’il l’écouta en parler tout les reste de l’après midi, depuis la description du premier regard qu’il y avait jeté jusqu’à l’acquisition relativement aisée de ce dernier tout en passant par l’avertissement étrange du propriétaire de la galerie dont il n’avait compris le sens. « Attention ! Jamais ne le sortir de son caisson pour longtemps car risque de s’abîmer. » Ce fut là ce que l’armateur en avait compris, son Vénitien étant un peu malaisé. C’est sur ces mots que Vandebruck et son ami réfléchirent toute la soirée, ne parvenant pas une explication plus claire que celle que l’armateur avait découvert seul : le caisson servait à protéger le tableau contres le passage du temps. Le lendemain l’ami trouva l’ancien armateur devant le tableau, fasciné par ses détails et sa précision, et content de lui car il venait de finir de nettoyer la vitre centrale. On pouvait à présent l’admirer sans rien ne perdre de sa richesse au travers d’une couche de sale accumulée au fil des ans. Les jours suivant passèrent vite et bientôt l’ami dût rentrer chez lui, non sans avoir pu admirer le tableau aux côtés de l’ancien armateur pendant de nombreuses heures. Ils se quittèrent sur une singulière remarque, singulière mais qui ne frappa pas l’ami de premier abord : l’ancien armateur lui avoua avoir l’impression que la vitre affadissait les couleurs du tableau comparé au moments où il avait pu l’admirer sans lorsqu’il nettoyait le caisson de verre. Ce n’est qu’au fil des semaines suivantes que l’ami comprit que cette remarque n’avait en fait rien d’anodin. L’armateur se plaignit au cours de nombreuses lettre, non plus nombreuses qu’à l’ordinaire mais singulièrement centrées sur le tableau, que le caisson de verre desservait la beauté du tableau et qu’il avait pu le constater de ses propres yeux à plusieurs reprises. Intrigué par cette remarque, et par une dernière lettre de Vandebruck où celui-ci disait avoir l’impression de voir une tache plus sombre là où il ne devait normalement se trouver que la couleur dorée des briques du bâtiment. Il disait savoir cela avec certitude car il avait étudié chaque recoin du tableau au fil des jours. Il disait également avoir d’abord cru à une trace sur le verre, puis à un défaut dans ce dernier mais après nettoyage, rien n’y fit, il retrouvait la mystérieuse tâche. Finalement il avait inspecté le tableau lui même et n’avait pu que constater qu’elle s’y trouvait comme si elle y avait toujours été. Pourtant il jurait sur son honneur qu’elle fut apparue après son acquisition. Intrigué et quelque peu inquiet de cette tournure obsessive de la part de l’ancien armateur proposa alors de lui rendre à nouveau visite, ce que Vandebruck accepta chaleureusement, se déclarant ravi de pourvoir lui confirmer son histoire de visu. Cependant c’est un ancien armateur déchaîné et hors de lui l’accueillit à son arrivée. Vandebruck accusa son ami de l’avoir trahi, d’avoir lui même ajouté cette tache sur le tableau et de la noircir un peu plus chaque jour. Car la tache semblait, aux yeux de l’ancien armateur, s’assombrir et s’étendre à vu d’œil, passant d’un simple point noir de la taille d’une aiguille à une silhouette de la taille d’un homme, à l’échelle de la peinture bien sur. »

Guillaume fit alors une pause, m’intimant de me rapprocher du tableau, et pointa silencieusement du doigt le coin inférieur gauche du tableau derrière près d’une des grandes entrées du bâtiment aux draperies rouges et bleues. Il me désignait le côté gauche de la porte centrale, je pus en effet y apercevoir la silhouette d’un homme masqué après quelques instants d’observation minutieuse.

« Ne comprenant pas ce qu’il se passait, l’ami tenta d’abord de raisonner Vandebruck, mais rien n’y fit, le vieil armateur ne démordait pas et semblait presque fou. Ils en vinrent presque aux poings si ce n’est pour l’apparition de la domestique de Vandebruck qui arriva à ce moment exact et les surprit tous deux en s’écriant. Vandebruck sembla alors se calmer mais défaillit presque aussitôt et on dût le monter dans sa chambre. Les jours qui suivirent, son ami resta à son chevet presque constamment, s’occupant de l’ancien armateur avec soin. Lorsqu’il fut enfin revenu à lui, presque une semaine plus tard, il se confondit en excuses, expliquant qu’il ne savait pas ce qui avait bien pu le pousser à agir de la sorte. Qu’il devait avoir passé trop de nuits blanches à observer la magnifique œuvre de Canaletto. Son, ami, rassuré de le voir remis de ses émotions au cours des jours suivants, prit alors congé et rentra à Rotterdam. Ils continuèrent de correspondre au cours des mois suivants, le vieil armateur lui assurant qu’il allait tout à fait mieux après avoir relégué le tableau à sa cave pendant quelques temps. Ce fut au mois d’avril suivant, soit presque huit mois après l’incident, que l’ami reçut les dernières nouvelles de l’ancien armateur, ce dernier était décédé dans son salon un soir de printemps. L’ami se rendit à son enterrement et apprit de la bouche de la domestique que le vieil homme était décédé dans le plus grand calme en observant pour la dernière fois le chef d’œuvre du peintre vénitien qu’il chérissait tant et qu’il avait fait ressortir de sa cave quelques jours avant. Il apprit également que se sentant presque partir, il avait demandé à lui faire léguer le tableau. Malheureusement c’est ici que s’arrête l’histoire du tableau jusqu’à sa découverte par le père Ernando plusieurs décennies plus tard car, l’ami ayant récupéré le chef d’œuvre et ayant lui aussi été captivé par sa beauté, il fit le récit de sa découverte dans un journal, y incluant les détails à propos de l’armateur que je viens de te citer, mais n’élaborant que très peu sur sa propre vie. »

Guillaume encore une fois fit une pause, se tournant à nouveau vers le tableau, et le fixa pendant de longues minutes, en silence, l’air pensif. Je ne le dérangeai pas, me plongeant moi aussi dans une contemplation de la surprenante œuvre. Elle criait en effet de vérité et on aurait dit qu’à tout moment elle aurait pu s’animer et que l’on aurait entendu les cris et les bruits des rames des bateliers s’en échapper. Je perdis presque notion du temps et ne recouvrai mes sens que lorsqu’il recommença à parler.

« La suite de mon histoire se fera par l’intermédiaire des mots du Frère Ernando mais ne désespère pas, nous en arrivons bientôt à bout. Ce cher Ernando, donc, me raconta avoir trouvé cette pièce dans un ancien musée, à demi cachée sous des piles de draps et conservée dans son caisson de verre. C’est une pauvre veuve qui l’avait récupérée de son mari, qui lui même l’avait obtenu lors d’une vente aux enchères quelques années après la mort de l’ami de Vandebruck. Ernando en remonta l’histoire au cours des années et cette trame est celle qu’il obtint avec une grande confiance en son exactitude. L’œuvre était passé des mains de Canaletto dans celles de son fils qui, dépassé par les dettes, l’avait revendue à un collectionneur d’art, propriétaire d’une galerie d’art qui lui même l’avait vendue à Vandebruck. De Vandebruck à son ami, de son ami à une remise, et ce pendant plusieurs années en vue de la vente aux enchères, puis à un nouveau propriétaire qui, à son décès peu de temps après, l’avait laissé à sa veuve. Dépassée par son chagrin et le tableau lui rappelant son mari qui lui l’avait offert en guise de cadeau pour leur vingt-cinquième anniversaire de mariage, le remisa au grenier pendant les années qui suivirent jusqu’à sa mort, à laquelle elle légua toutes ses possessions à l’église. Ce fut l’abbé dont je te parlais plus tôt qui la récupéra et qui en fit la pièce maîtresse de ses quartiers, seule richesse qu’il s’autorisait dans ces dernières années, avant qu’elle ne soit remisée à la cave après son décès et que le frère Ernando la découvre en en faisant l’inventaire. Ernando lui même n’eût que peu de temps pour admirer cette œuvre puisque, recherchant avant tout à éclaircir son passé énigmatique, il voyagea dans toute l’Europe pendant plusieurs années. Lorsque je le rencontrais, il revenait tout juste de son ultime voyage à Venise et m’avoua n’avoir eu le temps d’admirer le tableau que quelques heures tout au plus. La raison à cela fut qu’il n’était pas amateur d’art lui même, l’abbé l’étant beaucoup plus que lui, mais plutôt d’histoire et de mystères et qu’il s’était retrouvé fasciné par l’histoire atypique de cette œuvre plus que par son contenu. L’abée était décédé plusieurs mois auparavant, lui léguant toute la collection du monastère. Ernando me raconta donc toute cette histoire, arrivant jusqu’au moment de ma visite et de notre présence dans la cave du monastère. Il me demanda alors ce que j’en pensais. Devant devant cette interrogation étrange je sus que répondre et il m’expliqua alors la raison de cette question, raison qui est le centre de l’étrangeté liée à l’œuvre de Canaletto et dont je voulais te faire part. Il me l’expliqua au travers d’une autres question : ne trouves-tu pas, mon cher ami, car il m’appelait déjà son cher ami, que cette œuvre sème la mort dans son sillage ? Une mort douce et anodine, certes, mais une mort tout de même ? D’abord surpris par cette question, je pris le temps d’y réfléchir, considérant sérieusement ce qu’il venait de m’avouer. Nous poursuivîmes cette discussion pendant plusieurs heures, admirant le tableau par la même occasion, avant de remonter et de se quitter pour la nuit. Mais avant de te faire part de la chose la plus étrange qu’il m’avait dit jusqu’alors, je souhaite avoir ton avis, que penses-tu du parcours de cette œuvre ? »

Face à cette question je restais, comme lui l’avait été plusieurs années auparavant, sans voix. Aussi haussais-je les épaules et l’invitais-je à poursuivre.

« Moi aussi je me trouvais sceptique, et je dois t’avouer qu’aujourd’hui c’en est toujours le cas, mais depuis quelques semaines je me trouve parfois à en être convaincu : cette œuvre possède quelque chose de surnaturel. »

Guillaume laisse planer un silence dans la pièce et je vis un léger sourire s’étirer sur son visage lorsque je tournais momentanément la tête vers le tableau de Canaletto.

« Vois-tu, me dit-il alors en se levant, le frère Ernando eût cette théorie que l’œuvre de Canaletto est si belle, si réaliste qu’elle posséderait le pouvoir de happer nos âmes et nos sentiments en son cœur, et non pas juste de nous captiver momentanément. Mais pour cela, me dit-il il y a maintenant une dizaine d’années, il faut que nous, mortels, posions directement nos yeux sur ce bijoux de peinture. »

A mesure qu’il parlait il s’était dirigé vers le tableau et en avait descellé la parois avant du caisson de verre et, avec une précision parfaite, il retira celle-ci en même temps que sa voix fondit dans le silence de la nuit. Je ne suis toujours par complètement certain de l’origine du sentiment qui me saisit alors mais je fut instantanément happé, comme Guillaume me l’avait décrit, par les couleurs qui me semblèrent mille fois plus vives que derrière la fine paroi de verre. J’étais fasciné par le réalisme et le « vivant » de l’œuvre, que j’attendais de voir s’animer d’un instant à l’autre. Je restais ainsi pendant un temps qui m’est inconnu à admirer chaque détail, chaque recoin, chaque ombre qui se dressait sur le canal. Je cru même voir l’une d’entre elle, celle-là même que Guillaume m’avait désigné quelques minutes plus tôt, se mouvoir et me saluer de sa main gantée. Ce n’est que lorsque Guillaume remit en place la paroi de verre que le charme fut rompu, et même alors, je ne repris complètement connaissance que lorsque je l’entendis rire. Il me désigna et je vis que je me trouvais debout, non loin de lui, la bouche entrouverte et le bras étendu vers le tableau à présent scellé dans son caisson. Je rappelle même avoir senti la trace froide d’une larme sur ma joue.

« Je ne saurais dire avec exactitude si cela est du à la maîtrise du pinceau par le maître Canaletto ou, comme le prétendais le frère Ernando, à un pouvoir mystique, mais comme tu peux le voir il est tout a fait vrai qu’il possède une certaine emprise sur l’âme humaine. Le frère Ernando me légua cette pièce d’une beauté incroyable après sa disparition il y a de cela plusieurs années mais ce n’est que depuis quelques mois seulement que j’ai pu le faire parvenir jusqu’à moi sans en risquer l’endommagement. »

Il me raconta alors comment quelques semaines avant mon arrivée il avait enfin pu le faire installer et que la fascination qu’il avait jadis ressentie pour l’intrigante œuvre était revenue à sa seule vue. Nous restâmes ainsi à discuter à la lueur faiblarde des chandelles devant le tableau du maître Vénitien pendant le reste de la nuit. Guillaume m’avoua avoir déjà passé plusieurs nuits blanches à céder à sa fascination pour les détails et qu’il lui avait même semblé par moment voir lui aussi une tâche noire apparaître là où il ne devait pas s’en trouver. Je ne ris pas, ne me moquais pas, tant ma fascination était grande, à la fois pour ses paroles et pour le tableau. Je me surpris moi-même à chasser des yeux la vision d’une pâle silhouette qui semblait apparaître à la lisière de ma vue. J’attribue à présent cela à la fatigue, autant d’heures passées à admirer un tel chef d’œuvre auraient suffi à assommer n’importe quel homme. Le jours pointait déjà à travers la fenêtre lorsque nous nous quittâmes, non sans un dernier regard vers l’œuvre de Canaletto, enfin pour aller se reposer. A mon réveil je retrouvais Guillaume déjà habillé, admirant le tableau dans le grand salon. Nous passâmes les jours qui suivirent à explorer le reste de la magnifique vieille ville avant que je ne dusse rentrer. Ne nous discutâmes que très peu du tableau, ne le mentionnant qu’ici et là lors que brefs échanges, mais à chaque passage dans le salon nos yeux y dérivaient inévitablement. Je rentrais à Paris avec toujours en tête cette étrange histoire et le souvenir de ce moment d’éclatante beauté, et trouvais pendant un temps ma vie bien monotone et fade. Je ne reparlais jamais de cette expérience jusqu’à aujourd’hui, pas même en guise de récit exotique de pays lointains lors de soirées, préférant garder cela pour moi tel un joyau précieux. Si je vous en parle aujourd’hui, c’est parce que les circonstances m’y autorisent et m’y poussent. Il y a un peu plus d’un mois j’appris ainsi, à ma grande tristesse, la nouvelle surprenante du décès de Guillaume. Ce fut un vrai choc et, voulant partir immédiatement pour Varsovie afin de me rendre à son chevet, j’en fut, à mon grand dam, empêché pour diverse raisons personnelles. Mais c’est il y a un peu moins d’une semaine, alors désespéré de jamais pouvoir me libérer pour aller lui rendre hommage, que je reçu une nouvelle plus surprenante encore : dans l’une des clauses de son testament, il me léguait « une œuvre d’une grande valeur » pour lui. Je dois avouer que je fus quelque peu surpris en découvrant le colis qui accompagnait ce document officiel, le souvenir de ce tableau de maître s’était partiellement effacé de ma mémoire au fil des années. Mais en retrouvant ce caisson de verre, son souvenir redevint presque immédiatement limpide et je m’en souvint comme si cela avait eu lieu hier. Depuis un peu moins d’une semaine donc, je n’ai pu que céder au loisir de l’admiration de la peinture de Canaletto. Je n’ai cependant pas eu le courage de retenter l’expérience qu’il me fit faire à l’époque car un mot de lui, ajouté au caisson de verre m’en dissuada. Une simple lettre à laquelle était rattaché le feuillet d’un vieux journal de comptes. La lettre, visiblement écrite de la main de mon ami, ne disait presque rien sinon que le feuillet avait été retrouvé par Ernando dans les carnets du propriétaire de la galerie à qui Vandebruck avait racheté le tableau à Venise. On pouvait y lire noir sur blanc, ou plutôt jaune foncé sur jaune plus clair, du fait du passage des années, une liste des différentes œuvres obtenues et vendues par le propriétaire de la galerie et le nom de La Régate sur le Grand Canal y figurait, sous titré d’une courte phrase écrite dans ce qui devait être de l’encre rouge à l’époque et qui, malgré ma connaissance réduite de la belle langue Vénitienne, disait ceci : « Attention ! Ne jamais sortir l’œuvre de son caisson trop longtemps au risque de s’abîmer. ».


Nouvelle écrite dans le cadre d’un atelier d’écriture.

Toutes mes excuses pour les éventuelles fautes et erreurs restantes, même après plusieurs relectures.

Au petit bonheur

Aujourd’hui c’est jour de marché. Je le sais et je compte bien en profiter. L’odeur du basilic sur un étal rectangulaire, les haricots verts tout frais et un cageot de pommes de terre rempli à ras bord ! Tout cela me donne déjà envie, j’en ai l’eau à la bouche. Toutes ces couleurs et ces odeurs alléchantes…

Rouge des poivrons, violine des aubergines, jaune des citrons. Les senteurs sucrées des fraises et les arômes du persil se mêlent à l’odeur boisée des noisettes. Quelle tentation ! Difficile de résister…

Une pile de pommes attend la main qui saisit, la bouche qui croque. Si seulement ce pouvait être la mienne… Quel bonheur en perspective !

Un homme en blouse verte apparaît au dessus de toute cette marmaille de piments survoltés, de menthe sauvage, de dignes asperges, d’opulentes pastèques.

Je virevolte parmi les allées, passant d’étal en étal, impatient de tout goûter. Pourvu qu’il en reste…

“Il est beau, il est bon, il est pas cher mon melon !”

Oh comme je le sais. Je les observe depuis un moment, résistant avec difficulté à leur appel.

“Les beaux melons, les bons melons de Cavaillon; achetez mes bons melons !”

Un peu de patience, la voie sera bientôt libre et alors, droit au bec le melon !

La gouaille de la voix se mêle au brouhaha ambiant, aux cris des commerçants, au rires des passants et s’envole loin des courgettes zébrées et des rustiques poireaux, au dessus, loin au dessus… jusqu’à moi…

La rupture

La première chose qui le frappa lorsqu’il entra dans l’appartement ce fut le sentiment que quelque chose manquait. Puis son regard se posa sur le mot. Un petit morceau de papier cartonné blanc, laissé en évidence sur le buffet du couloir. Il jeta un regard autour de lui, c’était étrange comme l’appartement semblait vide. Son regard tomba à nouveau sur le mot. Il hésita un instant avant d’enfin franchir les quelques pas qui le séparaient du meuble. Il attrapa le morceau de papier et le lu.
Guillaume, tu as été mon plus grand amour, tu es mon plus grand amour et tu le resteras sûrement toute ma vie. Sache que je t’aime plus que tout, sincèrement. Mais ça ne peut plus continuer comme ça, je n’en peux plus de tes crises et de tes accès de colère, de tes idées noires et de ces moments ou tu ne vis plus, je n’en peux plus de ces mille excuses brisées par mille autres blessures. Tu es quelqu’un de bien, je le sais, mais quelque chose en toi est cassé, quelque chose que je ne pourrais jamais réparer… Je sais que ça va probablement te briser le cœur mais je n’ai plus l’énergie pour lutter. Mon amour pour toi ne suffit pas alors je pars. Ne me cherche pas, je ne veux pas que tu me trouves. C’est le seul moyen si on ne veut pas tous deux devenir fous…
Adieu.
Le mot était écrit à la main, d’une écriture cursive et appliquée à l’encre bleue. Pas de signature, pas de nom. Pas besoin, pensa-t-il. Sa main tremblait légèrement lorsqu’il reposa le mot sur le meuble de l’entrée et des larmes perlaient au coin de ses yeux. Il s’adossa au mur et se laissa lentement glisser au sol, de légers sanglots secouant ses épaules. Il avait du mal à y croire. Était-ce vraiment la fin ? Après tous ces moments passés ensemble, ces quatre années d’amour et d’épreuves… Qu’avait-il fait pour en arriver là ? Il resta longtemps assis à même le sol, laissant ses larmes couler et sa poitrine se serrer. Seul le faible bruit de l’eau courant dans les murs, entrecoupé de quelques rares sanglots, emplissait l’appartement maintenant dégarni de la moitié de ses affaires.
Lorsqu’il se releva enfin, une éternité s’était écoulée, il sentit l’engourdissement qui avait prit possession de ses jambes se dissiper avec une certaine réticence. Il se dirigea d’un pas lent vers la chambre ; le lit était fait, les rideaux tirés, la pâle lumière du soleil donnait dans la pièce. Sur les tables de chevet trônaient deux petites lampes et au mur était accroché un tableau, relique d’un autre temps qu’ils avaient tous les deux déniché dans une vieille brocante. Malgré tout cela la pièce lui paraissait complètement vide. Il n’arrivait pas à se faire à l’idée que c’était vrai, que c’était fini, que ce vide ferait maintenant partie intégrante de l’appartement… Il ouvrit le placard de la penderie. Ce dernier n’était rempli qu’à moitié : costumes, chemises et pantalons, tout le reste avait disparu. Les jeans, les hauts colorés, les écharpes et même ses sous vêtements, rien ne restait. L’émotion l’envahit soudain à nouveau et il ne retint cette bouffée de tristesse qu’avec difficulté, refermant le placard avant de sortir de la chambre. Il passa dans toutes les pièces, y jetant à chaque fois un rapide regard circulaire. Le résultat était toujours le même : vidées d’une partie de leurs affaires. La respiration haletante et le cœur battant, il se retrouva à nouveau dans le couloir de l’entrée. Alors la dispute lui revint dans un torrent d’émotions, comme un coup de foudre. Ou plutôt l’inverse.
Il avait presque été violent. Presque. Jamais il n’aurait osé, il le savait, et pourtant… La noirceur de ses yeux ne faisait aucun doute quant à la colère qui bouillonnait en lui. Il y aurait peut-être même cédé s’il n’avait pas remarqué son expression effrayée et réalisé à quel point il lui faisait peur… Il n’avait pu l’empêcher de partir, restant là, l’air impuissant, à regarder sa silhouette s’éloigner. Il n’avait même pas réagit lorsqu’il l’avait vu se retourner à mi-chemin. Peut-être n’avait-il pas voulu l’en empêcher, incertain de pouvoir se pardonner lui-même… ? Etait-il allé marcher de son côté ou bien était-il resté planté là, sur le trottoir, pendant des heures avant de rentrer ? Il ne savait pas. Toujours est-il que lorsqu’il était rentré il avait trouvé l’appartement vide, non pas de son mobilier, comme c’était le cas aujourd’hui, mais de la présence humaine qui lui était devenue si familière. Il avait dû essayer de l’appeler dès son retour –les douze appels manqués en témoignaient– avant de s’effondrer de fatigue et tristesse. Le matin suivant, la nuit passée et voyant sa moitié toujours absente, il s’était rendu au travail, laissant l’appartement libre pour la journée.
Une fois de retour dans le couloir, il posa à nouveau son regard sur le mot. Il sentit les larmes lui venir et fit un effort visible pour ne pas se laisser aller à ses sanglots. Il le relu une énième fois, pour s’assurer de la réalité de ce qu’il se passait, de ce que leur couple était devenu. Adieu. Le mot résonnait dans ça tête. C’était fini, terminé. Pas d’au revoir déchirant, pas de sanglots, pas de dernière dispute. Pas même de signature. Pas besoin, tout était dit. Adieu. Tout cela sonnait si faux, si creux dans son esprit, de faibles échos dans un vide infini… Il resta un instant comme cela, immobile, la main tremblante, à fixer le mot avant de finalement laisser s’échapper un soupir. Non, il méritait au moins cela. Camille ressortit le stylo de sa poche et inscrivit son nom au bas du mot, traçant les lettres d’une écriture cursive parfaite malgré sa main tremblante. Il reposa le petit morceau de papier cartonné sur le meuble, passant un dernier regard sur l’appartement à présent vide d’affaires mais rempli de souvenirs avant de refermer la porte derrière lui.

Concept #1 – Role reversal

Image by tomhotovy


Prompts & Concepts

Context: adventure story, most likely (during) a Manichean type of conflict. Good guys versus bad guys. Single characters or groups, doesn’t matter for either side.


During one of the fights between the protagonists and the antagonists, one of the antagonists, a particularly antagonistic character is captured/taken in by the protagonists.

At first he tries to free himself/leave and go back to his own companions. He doesn’t succeed and is stuck with the protagonists for some time.

Over the course of said time he tries to destroy them or convert them to his point of view to get them to come to his side but he doesn’t seem to succeed.

Slowly, however, and without completely realizing it, he starts to turn to the protagonists side and to befriend them.

At one point in the story he even begins to help them towards their cause. Overtime he changes to their side.

A possible twist to that would be that one of the protagonists, at one point in the story (possibly around the moment the antagonist who has been captured starts becoming a protagonist), betrays the other protagonists and decides to join the antagonists’ side.

Why not make this happen during a great battle (meaning a major conflict in the story). The antagonist who has been captured finally starts helping the protagonists and as they are about to overcome (or even things out with) the other antagonists (who feel betrayed by the captured antagonist’s desertion) they are betrayed by one of them and that betraying protagonist leaves with the antagonists and joins their cause but not before badly wounding the captured antagonist.

This could be either about the point of view of the good side or the bad side: a dark/evil character becoming good (with all the struggle it implies), or a good character becoming evil. Or something else entirely.

Also, I say ‘he’ when talking about the character(s) but that doesn’t mean I mean them to be male (nor human), anything goes.

This may seem common (it uses some common tropes/plot devices) but the whole psychological aspect of the betrayal of the antagonist towards his companions and then the betrayal of the protagonist to join the other side could be very interesting to exploit.

Also, why not mix in a few love interests here and there to make things more complicated? Like between a protagonist and the antagonist they captured or between a protagonist and the other one who will betray them? The person the antagonist who starts to become good likes is killed (or gravely wounded) by the protagonist traitor?


Yep. There you go.

This is a short and simple one to begin with, but quite interesting and efficient nonetheless.

I hope you enjoy!

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The Phone

a short story by Sullivan P. Oopy.

*

handonphone

She jumped with a start as the phone rang again. The piercing beeps echoed in the empty house. A second time, a third time. It kept on ringing, and yet she wasn’t making a move to get up and pick it up. Instead she was rooted to the spot. Fear? Apprehension? Anger? Frustration? All of these feelings boiled inside her. She wanted to scream at the top of her lungs, to let her tears flow freely, to get up and run far away from that place. But she couldn’t. If she did it would only mean surrendering to her most primal feelings, it would also mean surrendering to him. No. That was not acceptable, it was not an option. She had to remain calm and strong. This was nothing. It would soon be over. She closed her eyes and tried her best to drown the sound of the phone out of her mind. One deep breath. Two deep breaths. As she exhaled for the third time she slowly opened her eyes. The ringing had stopped, the room was silent again.

She could feel her heart slowing down slightly, her breathing becoming less ragged. Oh, she wasn’t relaxing yet! No, not yet. This wasn’t over. It never was. Each time it kept ringing again and again for as long as she refused to pick up. It drove her mad. But this time, this time maybe… Maybe she would be stronger. Maybe she would stand up to him and not cower by answering. That was the kind of woman Hope Wien was, strong and independent, reliable and friendly, someone her friends could definitely count on. That came from her mother, Camellia, from the Wien side of the family, the strong side. Of course it was strong, her mother had somehow managed to convince her father to take her name when they had married, a feat that Hope had not seen repeated anywhere else. Wien was a strong name. Originally coming from the european city itself, and pronounced the same way, it had changed to a softer ‘ween’ when she had arrived to America all those years ago. Reluctant to accept this at first, she had slowly got accustomed to it, even getting her brother, who had remained in Austria, to say it that way when he talked to or about her.

Her brother. Thinking about him brought her immediately back to reality and made her shiver. He was the one responsible for all of this. Slowly and methodically torturing her with those calls. Each year, on the same day at exactly 6pm the phone would ring. Wherever she was, whatever she was doing, whether she was at home or only had her cell phone. It would ring without fail. How he got ahold of her, she would never understand, the point was he did. Every time. He would let it ring for as long as it would: once, twice, three times, as many times as it was necessary for her to pick up. Sometimes it lasted a few minutes, sometimes hours. Once she had just thrown her phone into the river out of frustration. However he somehow had managed to call the friend she had been spending the evening with. He never stopped, he was relentless. As if this call and the feelings it brought down on her was the sole purpose of his life on that precise day.

“You psycho!”, she wanted to pick up and yell at him. “Why won’t you leave me alone already?! What have I ever done to you to deserve this?!”

But she couldn’t manage to do it. Never. Because somewhere, deep down, she knew she deserved it. Once upon a time it had been her who had the role of the torturer and him the role of the victim. Oh how she regretted it! How much she wanted to go back and change it, make it up to him. But time only went forward and karma had caught up to her. She was too far away for him to actually come over but the psychological torture he imposed on her each time seemed to be enough to content him. She sighed once more and looked outside, anxiously waiting for the phone to ring again. Rain started pouring heavily over the city, night was dark and cold. She was prepared this time and yet, as the phone rung again, she couldn’t help jumping one more time. She closed her eyes, repressing her emotions deep inside her and inhaled one last time. Two rings. Then, slowly, she got up and walked to the phone. Three rings. She extended a trembling arm towards it. Four rings. Five rings. She quickly grabbed it and picked up.

“Y- yes?”, she said.

Damn it! She cursed inwardly at her trembling voice.

“Who is it?”, she added in a more confident tone, for the form, despite knowing perfectly well who it was and what he wanted.

Her heart had stopped beating as she now waited for the dreadful reply. At first there was silence, no, not silence, she could hear him breathe! But he said nothing. Then there was a slight change in his rhythm. The bastard is smiling, he’s enjoying this! She couldn’t see him but she knew it. Rain started pouring more heavily and the sound it created against the large windows was harrowing. Come on! Come on! Say it! She silently prayed, wanting this to be over. A flash of bright light momentarily lit up the sky. Tears welled up at the corner of her eyes and she was about to say something when, finally, he spoke.

“Hallo… Wien!”, her brother said as thunder roared outside.

*

Paint me like one of your french girls

It was blue, it had always been blue. So why not?

The thought had occurred to me like a self-evidence. A statement that needed no explanation or demonstration, a universal truth. Or what should have been a universal truth. Unfortunately, things weren’t the same over here, they didn’t understand them like we do.

It had been weird at first, difficult to believe and to get used to even. But over time it got easier, it almost became normal. They needed my help for basic things, things that might be easy even for one of our young souls but which, for them, even adults couldn’t do…

I tries my best, helping when I could, explaining when I couldn’t, trying to teach them a few tricks to get by more easily. It got slightly better but not by much, that was their existence and There wasn’t a lot I could do to change it…

I could see something they couldn’t and they idolized me for it. Not all of them, but a majority. Not that I really wanted this. Unfortunately, or fortunately, depending on how you view things, I made a few mistakes, that made them realize that perhaps I wasn’t so perfect…

They started doubting me a bit more, questioning, which was good, that ways they would become curious and look for answers on their own. Maybe even fond them. It took some time for me to really win their trust as a normal person and not as some messenger of a vengeful god… But I manager it, slowly but surely.

That’s why I was so excited and proud when they came to me that day and asked That favor of me. They had not asked for something of the kind for a long time. It was a strange request, not that easy a feat either but I accepted with glee, after all, that was giving me a chance to help them one last time.

So what did they ask me?, you wonder. Well they asked me to paint the sky blue and to let them finally see the wonderful sight I had always been speaking about. That mysterious color they had never been able to lay their eyes on…


My short story for the writing prompt I suggested earlier this week, enjoy.

Writing Prompt #1


“It was blue, it had always been blue. So why not?”


So, here is something I have never done, at least not from this side of the game. I love participating to story prompts like this, most of the time it’s motivating and brings inspiration, and the rest of the time it’s just interesting to go and read what others have imagined.

For some time now I have been toying with the idea of doing one myself, to see if I could manage to motivate some people to try playing with me and also to see how different our imaginations work. As I just said I don’t have much experience with this kind of exercise, except for those I have participated to so I apologize in advance if anything is unclear or not well-organized, this is my first. I’ll try to do better next time, because indeed, I hope there will be a next time!

After thinking about it for the last few days here is the prompt I have come up with. Imagine the sentence I offer you at the beginning is the beginning of a novel, a poem, a short story or anything that you might want to write. The goal is simple, you have to answer this single question: what comes next?

Your writing is absolutely not limited in any way, it can be in the form you want, go on for the length you want, be about the subjects you want and end or be destined to be continued later.The only restriction I would apply is that it has to contain the prompt as its first sentence, or in its first line(s) if you decide to go for a poem or something of the sort. That’s all, apart from that you are free. You choose, you decide, you write.

If you want me to give it a go and read it (to give you a bit of feedback on my impressions), you can send it to me via comments on this blog or through my social contacts on my Contact page (there’s a form to send me an email at the bottom of the page). Make sure you add a way for me to contact you and I’ll try to give you my thoughts on what you have to offer.

I will also (try to) participate to this prompt and (try to) give you my version of the inspiration I get from this sentence (if and when I have time). I’ll (try to) post it as soon as I can but it will be uploaded at the latest by next weekend, around the 27th or 28th of August so y’all have about one week to get to work and produce a masterpiece!

I really hope you’ll find this motivating and have fun trying it out!

All right, set your watches on me, grab your pens (or keyboards, as you prefer) and get ready… set… imagine!


My text for this prompt : Paint me like one of your french girls

Or another prompt I am offering!

Hands on her guitar

.

Oh delicate fingers playing such charming chords,

Feverishly striking strings, making a last stand,

A soft, melodious voice is blaring out words

That, no matter my efforts, I can’t understand,

All this sound, sweat and blood, together starts blending,

In a fervent potion, powerful elixir,

Affecting every soul, working as a fixer

For dreams of past deeds forgiven and heart mending,

Loud heartbeats, ragged breaths fill up the void around,

And roam upon the earth, free of everyone’s mind,

The old vengeful spirits of regrets left behind,

As music keeps playing and feelings are unbound.

Timeless echoes that still, to us, so much bequeath,

Have the strange power our emotions to unsheath.

.

Stanley – 33


 STANLEY

Season 2

Part 33

Rated M for mature content.

Previous Chapter


“Uh oh…”, she said.

Michel looked up at her, his eyebrows frowned. he appeared not to have noticed anything.

“Trouble…”, she simply added, discreetly pointing to the three men.

As hard as she may have been thinking he would, the bearded man did not turn his head immediately, instead he stared at the window, looking at the reflection of the restaurant to see what she meant. Wow, he’s not as thick as I imagined, she thought. Well, not up there at least, she added with a smirk which, unfortunately, quickly disappeared as she remembered what was going on. The three strangers had entered the restaurant like cowboys entering a saloon, completely confident and proud of themselves, and they had reasons to be so! They were tall, buffed and all seemed extremely intimidating with their black suits, their black glasses and their neatly combed short hair. A normal person would have done everything they could to avoid even having eye contact with them, one could feel the strength of their gaze even through the tinted glass. They took a look around, slowly scanning the perimeter, as if they were looking for something. Or someone.

Stephanie had almost hoped that they weren’t there for Michel and her. Perhaps they are just coming here for a simple meal, she thought as she took a sip of her soda, still discreetly looking at them. Unfortunately she was wrong, they were there for the two of them, for as soon as they took a look at the whole room, making sure the way was clear, they approached their table without even a hint of hesitation. Damn it…, cursed the young woman. How did they know we were here so fast? How did they even know it was us? We made sure to cover our faces when we escaped and the cops following us weren’t able to see us clearly, I’m sure of it. Plus we were careful not to leave any DNA on the scene. So how?! She couldn’t explain this. Somehow the government -because these guys were clearly not cops or private goons, they belonged to the government, probably a well hidden branch too- had already heard of them and was tracking them.

“Do you think we should try to run?”, Michel asked quietly.

Stephanie shook her head.

“No,” she replied as discreetly, “we still aren’t sure they are here for us, plus I’m sure they’re armed. Let’s wait a bit more. But be ready to act when I give you the signal…”

“Le signal? Quel signal?”, Michel asked, confused.

The young woman did not reply, moving slightly to get in a more comfortable sitting position as the government agents closed in on them. She was racking her brain to try to find an explanation to their presence so soon and a plan to get out of there if things went awry. Was it possible they were from… No, she thought, impossible. Or is it? She couldn’t say. She had heard things, rumors, about a special branch of the government, a very very very VERY secret agency that took care of… special cases. Cases involving events that weren’t really explainable with normal logic, mysterious disappearances, etc. But these were all heresays, and bad hearsays at that, nothing more. She had no assurance that it was linked to them. They couldn’t… they couldn’t have known about her, could they? No, it had been so long… She had the urge to get up and run away immediately, she didn’t want to see if what she had heard was true, but she couldn’t. If she did they’d surely catch her. She had to wait and take them by surprise if she wanted to make it out… But how?, she thought as the three men stopped besides her and Michel’s table. She didn’t know yet, she’d have to improvise… In the meantime she turned her head towards them and smiled.

“Hello! Is something wrong?”, she asked as innocently as possible.

To be continued…