Ombre & Plumes – 18 – Campement


D’ombre et de plumes

18

Campement


Thrista para un coup de pied bas de Todd au moment où celui-ci tentait de le surprendre après une feinte sur la gauche. Il se retourna ensuite rapidement et tenta un coup de poing du dos de la main mais Todd avait vu le coup venir et s’était baissé, le blond recula alors de quelques pas, un petit sourire au visage.

« Tu te débrouille plutôt bien je dois dire…, commenta-t-il avec un sourire en se reculant de quelques pas pour se remettre en garde. »

Cela faisait une vingtaine de minutes déjà qu’ils s’échangeaient des coups, chacun tentant de prendre le dessus de l’autre mais n’y parvenant pas.

« C’est ton père qui t’as appris ces techniques ? »

Thrista acquiesça.

« Pas toutes, mais les bases oui, c’est lui, expliqua-t-il, le sourire aux lèvres, en lançant un coup de pied glissé pour faucher le blond, mais ce dernier s’était reculé juste avant.

– Eh bien il a fait du bon boulot ! Aller, assez d’échauffement pour le moment, montre moi ce que tu as dans le ventre !, s’écria-t-il en se mettant en garde, cette fois l’air sérieux.

– Comme tu voudras !, s’exclama Thrista en se mettant en garde à son tour. »

Jusqu’à présent ils n’avaient fait que s’échauffer, échangeant des coups pour se tester d’abord, puis, au fur et à mesure, en devenant plus sérieux et en tentant de prendre le dessus l’un sur l’autre. Ils n’avaient pas encore eu recours à la magie mais le brun savait que Todd voulait voir de quoi il était capable, aussi se concentra-t-il. Ils s’étaient éloignés du campement près des rochers d’une trentaine de mètres pour ne rien abîmer et pour ne pas déranger Hannah qui méditait à présent, assise sur la plus haute pierre, tournée en direction de l’ouest. Thrista se concentra, puisant dans ses réserves de mana et le focalisant dans ses poings, il fixa ensuite son regard sur Todd et remarqua de légères étincelles qui grésillaient tout le long de son corps. Le blond semblait vibrer sur place, un large sourire au visage. De la magie élémentaire, pensa Thrista, et de la foudre en plus… Il n’avait pas croisé énormément d’élémentalistes de la foudre mais du peu qu’il avait pu voir ils étaient en général puissant et rapides, et se faire toucher par un coup pouvait se révéler dévastateur. La magie de la foudre était difficile à maîtriser mais pour ceux qui y parvenaient, ils contrôlaient une puissance avec laquelle il était difficile à rivaliser. Cet entraînement promet d’être sportif !, pensa le brun avec un léger sourire.

« Quand tu veux…, commenta-t-il, sa voix légèrement plus basse que d’habitude du fait de la concentration. »

Il n’eut pas le temps de rajouter quoi que ce soit, le blond s’était élancé en l’air directement vers lui, son poing se dirigeant droit vers son visage. On pouvait à présent voir de petit arcs électriques apparaître et disparaître sur ses bras. Thrista s’écarta pour éviter le coup et se retourna immédiatement, il ne devait pas rester exposé ou bien il ne durerait pas longtemps. Il eut à peine le temps de se remettre en garde que Todd était déjà à sa hauteur. Un échange de coups s’en suivit, Thrista tentait de dévier les différents coups de poings et de coudes que Todd lui envoyait tout en faisant attention de ne pas le laisser prendre le dessus. Les coups que lui envoyait l’ex garde du corps de la princesse étaient plus rapides et plus puissants que quelques minutes plus tôt. Un poing grésilla en passant non loin de l’oreille de Thrista et ce dernier rétorqua avec un coup de paume au niveau du torse, ce qui eu pour effet de faire reculer le blond de quelques pas. Todd se redressa avec un petit rire.

« Dis donc, tu frappe plus fort que tout à l’heure ! Magie de renforcement ?, demanda-t-il.

– Quelque chose comme ça, répliqua le brun avec un petit sourire. »

Il se décala immédiatement sur la droite car Todd avait repris ses appuis et s’était à nouveau élancé vers lui. Le blond loupa son coup et son poing ne fit que frôler le torse de Thrista avant d’aller s’écraser contre un rocher derrière lui. Thrista vit les craquelures s’étendre sur la surface de la pierre lorsque le blond se remit en position.

« Eh bien ! Mieux vaut ne pas me faire toucher par ça !, s’exclama-t-il avec un sifflement admiratif.

– J’ai comme l’impression que tu ne t’inquiètes pas autant que ça…, commenta Todd d’un ton moqueur. J’essaye de me retenir mais ce n’est pas facile, ajouta-t-il avec un sourire.

– Que dirais-tu de faire les chose un peu plus sérieusement alors ?, demanda le brun. »

Todd l’observa un instant avant que son sourire ne s’agrandisse.

« Si tu es sur que c’est ce que tu veux, alors allons y !, s’exclama le blond en se redressant légèrement. »

Il laissa retomber légèrement ses épaules avant de les contracter à nouveau, ses poings brandis devant lui. Il ferma les yeux pendant une fraction de seconde avant de les rouvrir, Thrista sut ce qui allait se passer mais ne pu retenir sa surprise lorsqu’il ressentit la vague d’énergie émaner de son partenaire d’entraînement. Tout le monde pouvait ressentir, à différent degrés, ce que l’on appelait « l’aura » d’un mage lorsque celui-ci utilisait la magie, mais seuls ses pratiquants ou ceux avec une perception suffisamment affûtée pouvaient la voir. Thrista faisait évidemment partie du second groupe et était donc à ce moment témoin de la densité de mana qui se dégageait du blond, il avait presque du mal à croire que quelqu’un puisse dégager une énergie aussi dense. Mais il savait aussi qu’un bon mage savait comment cacher ou amplifier son aura pour impressionner son adversaire. Il avait eu recours à cette technique plusieurs fois pour faire fuir des voleur ou des animaux sauvages et il avait été témoin de cela lors de son combat contre Zani. Il vit des petit éclairs apparaître et disparaître ça et là autour du corps du blond et confirma l’impression de sérieux qui émanait à présent de lui en croisant son regard. Il n’était pas noir mais ne possédait plus la petite étincelle amusée qui le caractérisait d’habitude. Il est vraiment sérieux cette fois-ci, pensa le brun, eh bien ne le décevons pas alors !

Thrista était déjà en garde et son mana coursait dans chacun de ses muscles, aussi n’eut-il pas de mal à puiser un peu plus dans ses réserves pour augmenter sa magie de renforcement. Ce n’était pas une protection à proprement parler, car elle n’empêchait pas qu’il se fasse blesser, mais le renforcement grâce au mana lui permettait de ne pas subir autant les chocs magiques et de limiter les dégâts pris tout en augmentant son potentiel d’attaque. C’était une technique que Thrista affectionnait particulièrement car c’était la première de celles que son père lui avait appris qu’il avait réussi à maîtriser. Il se concentra pour ne laisser aucune ouverture dans son renforcement et reposa son attention sur le blond qui n’avait cessé de fixer depuis le début et hocha la tête pour lui signifier qu’il était prêt. Todd n’attendit pas plus longtemps pour bondir et s’élança vers le brun, son poing droit levé et grésillant bruyamment. Thrista concentra son mana dans son bras gauche et se tourna pour ne faire qu’à moitié face au blond, il attendit que Todd frappe pour dévier son poing droit et tenta un contre de son propre droit mais fut soudain privé d’air alors que son adversaire lui infligeait un lourd coup de genoux au ventre. Le brun fut projeté sur plusieurs mètres avant de se rétablir tant bien que mal. Il n’avait pas subi toute la puissance du coup mais le fait que Todd ait pu l’atteindre aussi facilement le surprit. Il leva le regard vers le blond alors qu’il se relevait et remarqua à nouveau le sourire moqueur sur son visage.

« Surpris ?, le nargua le blond. »

Thrista ne répondit pas mais afficha son plus faux sourire en se remettant en garde. Il se concentra à nouveau sur son adversaire, augmentant l’intensité de son renforcement une seconde fois avant de faire signe à Todd qu’il l’attendait. Le blond baissa sa garde avant de s’approcher lentement, son sourire toujours large. Il ne s’arrêta qu’une fois en face du brun, à peine à un mètre de distance. Ils restèrent un instant à se fixer, la pression de chacun de leur mana faisant vibrer l’air autour d’eux. Soudain Todd bougea. Il frappa tenta de frapper Thrista simultanément des deux poings, le brun eut le temps de voir des éclairs grésiller autour des poings du blond alors qu’il sautait en arrière pour les éviter. Il dut presque immédiatement s’élancer sur la gauche à nouveau alors que l’ex garde du corps frappait la zone ou il se tenait un instant plus tôt, noircissant l’herbe qui y poussait. Au moment ou il s’écartait de la trajectoire électrisée du coup il tenta de riposter en envoyant un coup de pied, mais à son tour il ne toucha que le sol, Todd s’était élancé en l’air et atterrit quelques pas plus loin. Thrista se prépara à envoyer une décharge d’énergie au blond, il concentra le mana dans ses mains et les joignit au moment de relâcher le mana accumulé, mais il ne put mener son sort à bien. Todd avait déjà retrouvé son équilibre et se tenait à présent à genoux, les paumes des mains plaquées au sol et les yeux fermés. Thrista ne comprit ce qui allait se passer qu’au moment ou le blond rouvrit les yeux et leva la tête vers lui, sa bouche formulant silencieusement la fin d’une incantation. Il remarqua alors les marques au sol qui convergeaient toutes vers lui. Le ciel s’assombrit soudain et il n’eut le temps que de lâcher un juron avant de lever ses bras au dessus de lui et de matérialiser une protection.

« Gass noraes ! »

Dès qu’il eu prononcé les deux mots en ancien langage trois dômes d’énergie verte apparurent au dessus de lui, empilés les uns au dessus des autres. A peine avait-il fait ceci que le ciel noir gronda, l’air vibra et un énorme éclair vint le frapper directement, touchant de plein fouet les boucliers d’énergie, faisant voler en éclat le premier. Thrista dut fermer les yeux un instant tant l’intensité de la lumière dégagée était forte, il concentra le reste de sa puissance sur les deux boucliers restant. Lorsqu’il rouvrit les yeux toute trace d’énergie s’était dissipée, ses boucliers s’étaient évanouis dans le ciel de nouveau bleu. Le jeune homme sentit ses jambes faiblir sous lui, malgré les boucliers et son sort de renforcement il avait été touché de plein fouet. Il se maintint tout de même debout et regarda autour de lui, il dut cependant attendre que la poussière soulevée par le choc retombe. Lorsque les derniers grains de terre se dissipèrent et que l’air fut à nouveau clair il aperçut Todd, debout face à lui, un large sourire au visage. Le blond semblait surpris mais exalté à la fois.

« Wow !, s’exclama ce dernier en s’essuyant la sueur qui perlait sur son front. Ça c’était de l’entraînement !, ajouta-t-il en riant légèrement. »

Il s’approcha de Thrista et fixa son regard bleu sur le brun, l’observant un instant de bas en haut pendant quelques instants avant de poser une main sur son épaule.

« Excuse moi si je t’ai surpris, j’espère que je ne t’ai pas blessé au moins… ?, demanda-t-il ensuite.

– Non non, tout va bien, répondit Thrista, le souffle un peu court.

– Tant mieux alors !, s’exclama le blond avant de redevenir légèrement plus sérieux. Encore une fois je suis désolé, je ne peux pas m’empêcher d’en faire trop quand je suis excité et je dois t’avouer que ce petit combat m’a vraiment motivé. Peut-être trop d’ailleurs, Hannah dit toujours que j’en fais des caisses…, avoua-t-il, l’air penaud. »

Thrista rit légèrement en voyant la tête du blond ainsi avant de répondre.

« Non, ne t’inquiète pas, je vais bien. Ça m’a juste surpris, je ne m’attendais pas à me faire avoir comme ça…, avoua le brun.

– D’accord, tant mieux. Eh bien je dois dire que tu m’a donné du fil à retordre toi aussi, c’est rare que je n’arrive pas à toucher mes adversaires plus facilement. Une fois de plus j’ai voulu en faire trop en t’immobilisant, quand je me bat j’ai du mal à me contrôler…, expliqua Todd en se grattant l’arrière de la tête. J’ai beaucoup de mal à ne pas prendre les duels, même pour un entraînement, à coeur…

– Ne t’inquiète pas, je te le répète, je vais bien. Et puis ce n’est pas comme si je ne savais pas me battre. J’ai déjà fais face à pire.

– Ah vraiment ?, demanda Todd avec une pointe d’ironie. Je dois dire que tu ne te débrouille pas trop mal toi même, c’est rare de voir un bouclier aussi rapidement et bien exécuté !, s’exclama-t-il. »

Thrista hoche la tête en remerciement.

« Merci, je dois dire que j’en suis plutôt fier à vrai dire, j’y ai mis du temps et de l’énergie…, répondit-il. Mais ton maniement de la foudre ne laisse pas à désirer non plus, tu me dépasses de loin en terme de puissance ! »

Ce fut au tour de Todd de hocher la tête en signe de remerciement.

« En parlant de ça, quel type de magie utilises-tu ? Je n’arrive pas à bien te cerner, j’ai l’impression que c’est de la sorcellerie, d’après les sorts que je t’ai vu utiliser, mais la façon dont tu te bats me fais penser à de la magie élémentaire… »

Le blond se recula et s’assit sur l’un des rochers à proximité en attendant la réponse de Thrista. Ce dernier hocha légèrement la tête avant de répondre.

« Eh bien disons que c’est un mélange entre les deux, j’utilise le mana à l’état pur pour me battre au lieu de l’utiliser comme canalisateur pour manier les éléments ensuite, expliqua le brun. Au lieu de le canaliser dans un sort ou dans des runes je le matérialise et je m’en sert comme protection et comme arme. »

« D’accord…, répondit Todd, l’air impressionné. Je dois avouer que je n’ai jamais vraiment envisagé cette possibilité pour me battre. Mon affinité avec la magie de la foudre est venue très facilement et je n’ai jamais envisagé une autre façon de faire… Par contre, cela doit te demander beaucoup d’énergie non ?

– Oui, c’est ce que mon père m’a expliqué au tout début. Le mana est une énergie qui s’épuise vite si on ne l’utilise pas à bon escient. La magie élémentaire est beaucoup plus facile de ce point de vue, on ne dépense que très peu de mana pour contrôler un élément, mais à mesure que j’ai appris à contrôler mes techniques j’ai aussi appris à optimiser mon utilisation du mana, continua-t-il. C’est assez dur et fatigant mais je suis assez fier du résultat et confiant dans son potentiel.

– Je ne peux pas parler pour ce type de magie mais ce que je peux te dire c’est que je te fais confiance pour y arriver !, s’exclama Todd avec un sourire. Après tout, malgré son hétéroclisme, chacun à une affinité différente avec la magie… »

Thrista acquiesça simplement avant de s’asseoir à son tour. Il regarda en direction du soleil, ce dernier avait quasiment disparu derrière l’horizon et le ciel avait pris une couleur orangée presque rouge. Le jeune homme avait retrouvé une respiration quasiment normale mais il sentait la fatigue du combat, court mais intense. Il avait utilisé beaucoup d’énergie pour parer le coup de Todd, trop à son goût. Cela le frustrait légèrement mais il laissa un petit sourire courir sur ses lèvres, il avait fait le bon choix en suivant les deux gardes du corps dans leur voyage. Tous les deux paraissaient puissants et il était sûr de pouvoir progresser avec leur aide ! Il tourna la tête en direction de l’amas rocheux et aperçu la silhouette d’Hannah toujours immobile.

« Elle médite souvent ?, demanda-t-il à l’attention de Todd en faisant un signe de tête vers le haut des rochers.

– Au moins une fois par jour oui, elle dit que ça l’aide à rester calme. Elle a, disons… quelques problèmes de tempérament parfois. Ne lui répète pas ce que je te dis hein, mais elle s’énerve assez facilement je dois dire…, commenta le blond avec un petit sourire en coin. C’est dans sa nature après tout…, ajouta-t-il, les sourcils très légèrement froncés.

« Enfin !, reprit-il, son visage se détendant immédiatement. On a bien fait de s’entraîner un peu, je suis content d’avoir pu me dégourdir et d’avoir commencer à voir de quoi tu étais capable. Je pense que c’est une bonne idée de s’arrêter là pour ce soir mais on pourra recommencer demain si ça te dit. »

Thrista acquiesça avec un sourire en répondant favorablement. Ils se levèrent et se dirigèrent vers le petit campement qu’ils avaient établis à l’abri des rochers. Un feu crépitait silencieusement, faisant réchauffer doucement de la viande séchée et des graines de sélaires dans une petite marmite. Todd appela la jeune femme alors qu’il s’asseyait non loin du feu avec Thrista.

« J’ai une faim de loup !, commenta-t-il alors qu’il servait le brun dans une gamelle en bois. Excuse nous pour les couverts rudimentaire mais nous n’avons pas grand chose d’autre à t’offrir…, dit-il en lui tendant son assiette.

– Ne t’inquiète pas, je m’en accommoderai sans problème !, répondit Thrista en prenant l’assiette qui lui était tendue. »

Il goûta et en pu s’empêcher de donner voix à son agréable surprise. La sauce, bien qu’un simple bouillon aromatisé aux épices, était délicieuse et donnait un goût étonnant mais très appétissant à la viande séchée.

« Merci, répondit le blond. Je n’ai pas fais grand chose, mais je suis content que ça te plaise. J’ai mis du temps avant de savoir bien la faire, c’était une idée d’Hannah au départ ce mélange. On ne savait pas quoi manger et on avait presque rien et puis elle a essayé et c’était délicieux. J’ai mis du temps avant d’arriver à faire la même, mais je suis plutôt satisfait du résultat !, s’exclama-t-il sans cacher sa fierté. N’est-ce pas Hannah ? Ajouta-t-il à l’attention de la brune qui venait de les rejoindre. »

Cette dernière le regarda un instant avant d’acquiescer.

« Oui, tu la réussis plutôt bien. Même si elle ne vaut pas l’originale…, répondit-elle avec un petit sourire en coin en s’asseyant, prenant l’assiette que Todd lui tendait.

– C’est ça, vante toi !, répliqua le blond.

– Mais je ne me vante pas, ce n’est pas moi qui l’ai inventée, c’est… »

Le visage de la jeune femme sembla soudain plus fermé alors qu’elle s’était interrompu.

« C’est… ?, demanda Todd avec curiosité, tenant la fourchetée de viande qu’il s’apprêtait à manger à quelques centimètres de sa bouche.

– Marion…, répondit Hannah en avalant sa bouchée de viande. »

Todd répondit par un simple « Oh… » avant de se remettre également à manger, l’air un quelque peu gêné.

Thrista ne releva pas, il comprit que quelque chose de grave devait s’être passé avec la personne dont Hannah parlait, mais il se promit silencieusement d’essayer d’en apprendre plus sur la jeune femme brune à l’avenir. Ils continuèrent à manger ainsi, un silence quelque peu pesant au départ mais qui s’allégea à mesure que Todd conversait avec Thrista de leur plan de voyage à lui et à Hannah et sur les différentes techniques qu’ils pourraient travailler lors de futurs entraînements. Hannah se joignait à eux de temps à autre, apportant son point de vue ou commentant simplement une réflexion de l’un des deux jeunes hommes. Il discutèrent ainsi jusque tard dans la soirée, se rapprochant du feu à mesure que la nuit tombait et sortant des couvertures pour se protéger du froid qui se répandait. Thrista remarqua que la jeune femme brune semblait moins réticente à l’idée qu’il les accompagne mais elle restait toujours très réservée et elle se renfermait assez rapidement lorsqu’on lui posait des questions trop personnelles. Cela contrairement au blond qui lui semblait plutôt à l’aise avec son histoire, même si il montrait bien qu’il n’appréciait pas tous les souvenirs dont il parlait. Thrista apprit ainsi qu’ils s’étaient rencontrés par hasard à l’occasion de la grande foire annuelle de Val Ysire presque trois ans plus tôt. Todd avait aidé la jeune femme à s’extirper d’une situation plutôt délicate où elle se faisait poursuivre par la garde pour avoir volé de la nourriture. Le blond avait malencontreusement réussi à la faire arrêter, et lui avec, en tentant de l’aider à se cacher. Tous les deux s’étaient retrouvés dans une cellule jusqu’au lendemain où Todd avait réussi à convaincre leurs geôliers de leur innocence. Ils ne s’étaient pas entendus du tout au départ, Hannah lui en voulant beaucoup pour l’avoir faite arrêter, mais ils avaient fini par faire équipe et s’étaient révélés être très efficace pour effectuer de petit boulots et gagner un peu d’argent. Ils avaient ensuite commencé à voyager dans tout le continent et étaient petit à petit devenus des amis très proches.

Ce n’est que lorsque les étoiles, brillant intensément dans le ciel nocturne, ne furent plus que les seules sources de lumière dans le ciel qu’ils se décidèrent enfin à dormir. Ils s’installèrent entre les rochers, non loin du feu dont les braises rougeoyaient encore, à l’abri du vent et d’une pluie éventuelle. Todd n’avait pas vu l’utilité de monter la tente car il faisait toujours relativement bon et sec, comme cela ne semblait pas déranger Hannah et que Thrista en avait l’habitude, ils acceptèrent donc de dormir à la belle étoile. Thrista se plaça un peu en retrait et après avoir souhaité une bonne nuit au duo de voyageurs il s’allongea, les bras croisés derrière la tête et resta un moment à fixer le ciel et les milliers de petit points lumineux qui le parsemaient. Il laissa ses pensées vagabonder, se remémorant le jour où il était parti de chez lui, ses premiers entraînements, l’incident étrange au palais d’Eneleïa et la réaction d’Hannah brune dans la soirée. Il ne pouvait s’empêcher de se dire qu’il avait dû arriver quelque chose de semblable à la jeune femme car il avait déjà vu cette expression auparavant sur son propre visage, lorsqu’il fixait son reflet sur les berges du lac non loin de chez lui dans ses moments de mélancolie. Il sombra peu à peu, se laissant aller au doux son du vent sur les pierres, avant de s’endormir profondément, son pendentif luisant d’un faible éclat blanc et vert sous ses vêtements. D’autres images allaient venir cette nuit là, il le savait. C’est pourquoi il avait d’autant plus besoin du collier. Qui sait, peut-être cette nuit lui apporteraient-elles enfin des réponses ?


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Ramble

Want it or not, here is a bit of news about me and my projects for the future! (Warning! It’s gonna be a bit long, but worry not! tl;dr at the end.)

Yes, I know. It hasn’t been a full week since I published my 500th poem (which you can view by clicking here) and me saying I wasn’t too sure what I was going to do after this (in this post), yet I seem to have already decided on that for here I am to give you an update about that! Well, yes and no. Let me explain.

Firstly, no, I haven’t fully or definitively decided what I was going to do from now on after deciding that A Ballad for Death (the corpus of all the poems I have written until number 500) was over. I have been thinking about it seriously for a few weeks though, and for even longer than that if I must be completely honest because I knew early one that I couldn’t go one like this forever, that I would want to stop at one point. Plus I have had so my ideas for so many projects in the mean time that it was impossible not to think about something else. So no, I am not actually certain about the future, but I do have ideas.

Which brings us to my second point: ideas and projects. As you might know (or not) poetry is not my only passion in terms of writing. I also very much enjoy writing short stories and have been trying to write full length novels over the years (though I must admit I am not very successful at it… cf. my ‘shorts‘ and ‘novels‘ sections).

So, as I said projects: poetry will still be published here since I am in no way stopping myself from writing it, it will probably (surely) come at a less frequent pace (I’d say most likely not one a day, but who knows?) but it will come.

I will also try to write more shorts and things like that, because I have a few ideas (namely concerning an idea about a compilation of a few folk tale of my own creation I have in mind at the moment) and I will surely find inspiration in my studies and in everyday life. Plus I want to.

Thirdly, I will most definitely try to work more regularly on my longer stories (both in English and in French, though right now I am more focused on the French version) and publish parts of them (or it) more often (like once a week would be a good rhythm I guess…). I think that I will be participating in this year’s NaNoWriMo with one of my stories just to get the challenge pumping my creativity and my motivation. I don’t know with which story yet, one of the old ones or a completely new one? I have yet to decide. It has been suggested to me recently and, having emitted the idea myself, I find the prospect interesting. We’ll see. ”Qui vivra, verra.”, as we would say in French.

Lastly, I have been thinking for a while about doing some sort of weekly update about my writings, my projects, my way of working, or tips I might have for people. But I am not sure about that, I already tried that with my ‘Quotidians’ and, well, let’s say it wasn’t a great achievement, everything was always rushed and not very interesting. So, if you are reading this, would you mind giving me your point of view on this? Good idea or naw? And any tips on the form it could take?

So yeah, these are the broad strokes of the projects I have for the moment: poetry, shorts, long stories and blogs. I am here to stay and to get better at what I love doing (namely writing).

Also, last but not least, I have been thinking about other ways to tell my stories than writing because after such a long time trying I am starting to wonder if novels are really the form I want to give to my longer stories. I have thought about it before (cf. the idea of turning one of my stories in a comic/manga, if anyone is curious or interested, the offer still stands, just click the link and go have a look! And if you are interested, don’t hesitate to contact me!), but it never came to fruition. Lately, being in Dublin at UCD for a semester, I have chosen to study a few classes, one specifically being ‘Folk Tales’ and it has given me new perspectives on the way I could tell my stories in an oral way instead of a written one. Perhaps an audio saga? Or an audio book? Or something in between? I still don’t know but I am thinking about it…

Why am I telling you this?, you might wonder… Well, this reflecting has reignited a fire in me, a desire to try new things with my writing and one of them was to share my poems by reading them out loud. I have seen people doing hat recently at a reading group at university and it really made me want to try, so I thought ‘why not?’. And today, being partially bored, partially inspired, I decided to give it a try. So, by any chance, you have made it all the way down here and are interested in listening to me read a few of my poems and try my voice at something a bit new, here is a link: https://soundcloud.com/oarandergeid/sets/poetry-poesie. (Enjoy with moderation.)

And that is about all I have to say for today. I have a lot more in stock (like talking about inspiration and where it comes from for me, why I write, what I write about, what I love about poetry, what are my experiences and why I love what I did because it inspires me a lot etc.) and I want to know if you would want to know more… Let me know!

Anyway, long story short (or tl;dr for the more geeky/gamy of you): 500th poem no the end of poems here, many projects but not quite decided yet, reading of my poems by me here: https://soundcloud.com/oarandergeid/sets/poetry-poesie, and what do you think about sort of regular blogs about me, my writings and my life experiences?

Thank you for reading through all this, I hope I didn’t bore you too much…!

Laterz!

A Ballad for Death

When I started this blog/website (whatever) I originally planned to center it around my stories, specifically around Tales of Ore (or Récits d’Ore, in French), but also around others I had in mind, the short stories I was writing and perhaps try to post daily about my life.

I tried all three of those things.

The story’s progress came to an abrupt halt quite quickly, because my ability was (and is still) lacking, I never felt satisfied with what I was writing. The other stories suffered the same fate. I do still plan on continuing them one day, just… not today. The short stories still come, now and then, when I have time and I feel inspired and motivated to work on them. The daily posts lasted for about a hundred editions I believe, on and off, now and then, it was a good experience but not a great success I must say…

And then, almost out of nowhere, came poems.

I started writing one or two from time to time, because I felt like it and it was strangely fun. More than I had anticipated. I reproduced the experiment a few times, trying to do it as well as possible and on subjects that interested/fascinated/motivated me. And somehow, suddenly, it turned into a challenge to myself: write one each day for as long as possible. I didn’t know how far I would get, how good a work I would do, but I didn’t care, I wanted to try. It gave me something to work on regularly if I wasn’t going to do that with my ‘novels’. It also gave me an opportunity to practice poetry, both in English and in French, and to try to get better at it. It tested my determination because believe me, coming up with a poem a day is not that easy. Especially as time progresses. And it fit nicely into my plan of adding content to this site as regularly as possible.

At first I did it six days a week, five of those in English and one in French. Slowly I started mixing it up a little more, doing it more often – every day – and to try my hand at new themes, now ways of writing, new subjects, new things…

Time passed.

I reached fifty poems. Then a hundred. Then two. Then three. By that time I had wondered if I shouldn’t try collecting them under a common name and try publishing them (or some of them) someday. I settled on A Ballad for Death for the name, why? I couldn’t tell you, I am not sure myself. Perhaps the fact that Death is a mysterious, fascinating and recurrent theme in my work? And/Or perhaps I believe a ballad is a nice way to make an offering to this eternal lady of darkness.

So I reached three hundred, then four and then I closed up on five hundred. I started thinking about stopping (my inspiration was wavering slightly at the end) but I didn’t know when nor how. I thought of doing it at a random number between four hundred and five hundred but decided against it, I sort of settled on five hundred in the end. Because it was half a thousand, a round number and a heck of a lot of poems! And to make it even better, I wanted to find a common theme to the last poems, something that would mark the end of this journey with a nice touch and that would perhaps boost my  creativity. It did, end it nicely and boost my creativity I mean.

And here I am now, five hundred poems later.

500.

It means, at least, more than a full year’s worth of daily writing. Quite a feat huh?

Did I get better? I hope so. Am I satisfied? I don’t know, in a sense yes, even if not everything I wrote is great, or even good or passable, I feel proud of having achieved so much. But also, no, because I want to keep going, I still have many things I want to talk about, to write about, to rhyme about. However, and it is the point I am trying to get to here, it is the end of an epoch, the end of a period of my life. It is the end of A Ballad for Death.

Surely I will keep writing, without a doubt, probably I will keep writing poetry and most likely as often as once a day. But not as part of this first compilation. Perhaps another, perhaps with another strange, melancholy name, I don’t know. But A Ballad for Death is over. Five hundred poems is all it gets. Which is quite a good number already.

Now I don’t know what I want to say here, nor exactly what I will do, but I wanted to mark this day as special. I have reached 500 poems, written one each day, every day for the past years and a half (almost, with a few exceptions) and this has been a great experience, a great time and a great help in discovering more of myself. Nothing is over though, I still breathe and as long as I do, so does my poetry.

That is about it, all I wanted to say.

So thank you to those who followed this incredible experience (this is how I view it for myself, not how I would qualify it objectively for everybody), who liked my work and who commented on it. Thank you to those who didn’t either for existing, because this world and life itself (and the complexity of both of them is what made me what I am today and what inspires me in what I do.

Thank you all and I hope that we will both enjoy what comes next just as much.

See ya soon!

Ombre & Plumes – 16 – Au sud


D’ombre et de plumes

16

Au sud


Thrista se réveilla au bruit des pas dans le couloir, il laissa échapper un soupir et ouvrit lentement les yeux, profitant de la lumière tamisée qui filtrait à travers les rideaux. Le jeune homme resta un instant allongé à observer les gravures des murs et du plafond avant de s’asseoir sur son lit, il s’étira ensuite, laissant échapper un énorme bâillement. Cela faisait longtemps qu’il avait pu passer plusieurs nuits de suite dans un lit confortable, le fait de sûrement devoir bientôt y renoncer à nouveau lui brisait presque le cœur. Il se leva et après avoir ouvert les rideaux, laissant la lumière matinale inonder la pièce, puis il prit le pendentif et son collier sur la table de nuit avant de le mettre autour de son cou. Il eu un léger mouvement de recul lorsque le métal froid toucha sa peau mais celui-ci se réchauffa bien vite. Thrista enfila ensuite un haut blanc et un pantalon en tissus bleu marine avant de mettre ses bottes et de se diriger vers la salle d’eau au bout de l’étage. Après s’être lavé il descendit dans la salle commune pour y prendre un petit déjeuner. Une grande pendule située sur la droite de la pièce indiquait un peu plus du troisième septime de Secondaire. Le jeune homme s’installa à une table non loin de la pendule et prit un menu qui était posé au centre, il chercha des yeux les différents plats proposés et après avoir choisi des œufs brouillés, une salade de fruits et de la charcuterie grillée, il se dirigea vers le comptoir. La jeune employée blonde avec qui Thrista avait discuté quelques jours plus tôt était là, elle servait un jeune couple apparemment arrivé la veille. Elle s’approcha de lui dès qu’elle le vit et le salua avec énergie, salut auquel il répondit par un grand sourire.

« Bonjour Juliette, comment vas tu ?, demanda Thrista.

– Bonjour Thrista, répondit-elle avec un grand sourire. Je vais très bien, je suis encore fatiguée des festivités mais je récupère. Tu voulais quelque chose à manger ?

– Oui, confirma le jeune homme avant de détailler sa commande. »

La jeune femme acquiesça en notant le tout sur un papier, elle se dirigea vers la cuisine pour la communiquer au cuisinier, ou la cuisinière, dépendamment de si Carmen était là. Elle revint avec une miche de pain chaud qu’elle lui offrit avant qu’il ne retourne à sa table.

« De la part de Carmen, en attendant que ta commande soit prête, expliqua-t-elle en souriant.

– Merci, quel honneur ! »

Thrista lui fit un clin d’œil avant de se diriger vers sa table. Les deux derniers jours il avait discuté à plusieurs reprises avec la jeune femme de ses voyages et diverses aventures sur les deux continents, ses récits semblaient la passionner, et ils étaient devenu de bon camarades de discussion, échangeant leurs impressions sur leurs vies respectives. Juliette elle, disait rêver depuis toute petite de voyager, d’aller voir le monde et de pouvoir découvrir ses merveilles et ses mystères. Malheureusement, n’ayant ni les moyens ni le courage de faire seule un tel pas en avant dans sa vie elle était coincée chez Carmen pour le moment.

« Mais un jour, je partirais et je ne reviendrais qu’après avoir tout vu !, s’était elle exclamée avec un grand sourire. »

C’est pour cela qu’en attendant, et au grand dam de sa patronne, elle passait ses journées à questionner les clients sur les lieux d’où ils venaient et qu’ils avaient visité. Thrista eu un sourire en repensant à la scène de la veille où Carmen avait été obligée d’intervenir pour forcer la jeune femme à arrêter de poser des questions et laisser le jeune couple s’installer dans leur chambre. Il entama son pain, encore bien chaud et fumant, alors que son ventre lui rappelait qu’il était venu pour le remplir. Le jeune homme en arrachait des morceaux de petite taille avant de les savourer, la mie fondait presque sous sa langue lorsqu’il les mettait dans sa bouche. Il en était au trois quart lorsque Vladislav, un grand homme brun à la barbe épaisse qui travaillait avec Carmen depuis l’ouverture de l’auberge, vint lui apporter son repas sur un large plateau. Le jeune homme le remercia, ce à quoi l’homme répondit avec un simple hochement de tête avant de faire demi tour et de se diriger à nouveau vers les cuisines. Thrista n’en fut pas étonné ni offusqué, Carmen lui avait appris lors de sa première visite que le silencieux homme à la barbe avait fait il y a bien longtemps vœu de silence et qu’il le respecterait jusqu’à la mort. La raison, il ne la connaissait pas, mais de toute les fois ou il était venu il n’avait jamais entendu sa voix, un large sourire lors de son départ avait été la preuve d’affection la plus flagrante qu’il ai jamais reçu de sa part. Cette indisposition à la discussion posait parfois problème lorsqu’un client venait lui demander conseil, et l’on pouvait alors entendre Carmen s’en plaindre. Mais il restait la plupart du temps en retrait, remplaçant la patronne aux fourneaux ou nettoyant les nombreuses chambres de l’auberge, ce qui évitait que ce genre de soucis se produise trop souvent. L’adolescent commença donc à dévorer ses œufs sans retenue, il n’avait pas mangé depuis tôt la veille et mourrait de faim. Alors qu’il buvait une gorgée du jus de fruits pressé qu’on lui avait également servi il repensa à sa discussion avec Todd deux jours plus tôt, lorsque le blond lui avait proposé de voyager avec Hannah et lui après leurs départ de la cité portuaire. Il avait été surpris par cette soudaine offre de les rejoindre lors de leur périple, agréablement, mais surpris tout de même car, comme il l’avait fait remarquer au blond, sa coéquipière ne l’appréciait pas grandement.

« Mais non ! Elle n’est juste pas très sociable, donne lui un peu de temps et tu verra !, avait rétorqué Todd avec un grand sourire. Et puis je peux te certifier qu’elle fait un peu exprès d’être comme ça, elle dit que ça rend son boulot plus facile, même si je me tue à lui faire comprendre le contraire… »

Thrista avait réfléchit un instant, pesant le pour et le contre, mais il avait finalement assez vite accepté cette offre qu’il trouvait beaucoup plus attrayant que de voyager tout seul. Le blond lui avait donné une grande tape dans le dos avant de sourire à nouveau.

« Génial ! J’espérais vraiment que tu dirais oui, parce que tu n’imagine pas à quel point ça peut être pénible de voyager avec elle quand même quelques fois… S’était-il écrié avant d’ajouter. Je ne sais pas quand tu pensais partir mais nous prévoyions de quitter la cité dans deux ou trois jours.

– Je ne pensais pas rester beaucoup plus longtemps, cela me convient, avait-il répondu avec un léger sourire. Vous pensez partir dans quelle direction ?

– Vers le sud, j’ai un proche à aller voir dans les environs de la cité de Kionne pour lui déposer un paquet, on en profiterait pour aller voir l’archipel d’Eos ensuite, j’ai entendu dire beaucoup de choses à son sujet mais je n’y suis jamais allé.

– Moi non plus, mais c’est un endroit fascinant à ce que j’ai entendu dire…, acquiesça Thrista avec un sourire. »

Il se souvenait y être quasiment allé quelques mois plus tôt après avoir entendu parler de leur magie naturelle puissante, mais il avait finalement été convaincu de repartir vers le nord.

« Vers le sud donc, avait-il ajouté avec un sourire en serrant la main que Todd lui tendait. »

Alors qu’il finissait son plateau le jeune homme ne savait pas encore s’il avait fait lez bon choix. Partir vers le sud avec Todd et Hannah voulait dire retarder son retour à la maison, et la jeune femme allait-elle vraiment être d’accord pour qu’il les accompagne ? Mais d’un autre côté il allait ainsi pouvoir découvrir une partie d’Ore qu’il ne connaissait pas et il allait pouvoir s’entraîner avec deux empiristes qui semblaient autant sinon plus expérimentés que lui. Non, il avait fait le bon choix. La dernière fois je me suis posé les même questions… Pensa-t-il avec un sourire en coin. Et pourtant regarde ou ça m’a mené… Il sortit alors un morceau de papier de l’une de ses poches et un crayon avant de commencer à y inscrire une liste d’objets qu’il souhaitait acheter avant de partir. Il avait quasiment fini sa liste lorsqu’il se retrouva devant une assiette vide. Le jeune homme se leva alors et se dirigea vers le comptoir derrière lequel se trouvait la jeune femme blonde, le nombre de clients avait décru un peu depuis son arrivée et elle avait donc droit à un petit moment de répit dont elle profitait pour lire. Thrista aperçu brièvement le titre lorsqu’elle se leva à son arrivée, Carnets de voyage en terres lointaines par Seris Edel, et cela le fit sourire légèrement. Il avait lui aussi lu ce même ouvrage quelques années plus tôt et bien qu’il fut parsemé de descriptions biaisées des populations, il offrait de très belles et vivides descriptions des paysages du monde. Le fait que la jeune femme le lise n’étonnait aucunement Thrista, cela était tout à fait son style.

« Plutôt un bon choix de lecture, commenta-t-il en arrivant au niveau de Juliette. »

La jeune femme rougit légèrement avant de répondre.

« Oui, je trouve aussi, mais Carmen n’aime pas que je lise ce genre de livres. Elle dit que ce ne sont que des tissus de mensonges et que je ne devrais me fier qu’à moi même pour savoir de quoi le monde est fait, répondit-elle. »

Thrista acquiesça.

« Oui, elle n’a pas tort. Tout ce qui y est raconté n’est pas vrai, mais les descriptions de paysages sont tout à fait correctes et sans pareil à ma connaissance, je peux te le confirmer, répondit-il. sont sans pareil à ma connaissance. »

La jeune femme sourit et jeta un regard sur son livre avant de se souvenir que le brun était un client et de le poser sur le comptoir.

« Tu as fini de manger ?, demanda-t-elle.

– Oui, je suis venu régler ce que je dois à Carmen, je quitte l’auberge demain, mais je ne veux pas qu’elle sache que j’ai payé. Elle m’en voudrait jusqu’à la fin des temps si elle le savait, dit-il en riant légèrement. »

La jeune femme blonde eut un petit sourire en se penchant pour prendre l’énorme livre des registres qui reposait sur la table sur sa droite.

« Je ne pensait pas que tu partirais aussi tôt, commenta-t-elle, son sourire presque triste alors qu’elle feuilletait les énormes pages.  »

Thrista chercha quoi répondre mais avant qu’il ne puisse le faire elle s’exclama.

« Ah, ici ! Quatre nuits et quatre jours, c’est bien ça ?, demanda-t-elle.

– Oui, c’est cela.

– Eh bien cela te fera… six dîmes et trente décimes, dit-elle après avoir pris un instant pour compter. »

Thrista sortit la somme qu’il lui devait de sa poche et la tendit à la jeune femme.

« Je suis content de pouvoir la payer, ce n’est pas parce que je suis un ami de longue date que je devrait être invité à chaque fois, commenta le jeune homme alors qu’il rangeait sa bourse. Je compte sur toi pour ne rien dire Juliette, ajouta-t-il, ce à quoi elle répondit par un hochement de tête entendu.

– Tu pars vraiment demain ?, demanda-t-elle à nouveau en rangeant l’argent qu’il venait de lui donner.

– Mon sac est prêt mais je compte aller faire quelques achats avant mon départ, je ne partirais qu’en fin de matinée. Je vais te manquer ? »

Il avait posé la question avec le sourire mais lorsqu’il vit la mine déconfite de la jeune femme son sourire s’évanouit.

« Je dois avouer que oui…, répondit Juliette. Tu es l’une des rares personnes avec qui j’ai pu discuter autant depuis mon arrivée ici. »

Elle soupira légèrement avant de relever la tête. Le jeune homme se força à sourire de nouveau, ce qui la poussa à en faire autant et elle afficha un petit sourire, alors qu’il ouvrait la bouche.

« Je reviendrai tu sais, et je te raconterai ce que j’ai vu. Mais si tu cherches vraiment quelqu’un qui a voyagé pour parler je connais peut-être la bonne personne. »

Le visage de la jeune femme s’éclaira vraiment cette fois-ci.

« C’est vrai ?!, s’exclama-t-elle.

– Oui, répliqua Thrista. Je lui parlerai de toi dès que je le croiserai, je suis sur qu’il serait enchanté de discuter avec toi. »

La jeune femme afficha cette fois ci un sourire sincèrement joyeux.

« Oh merci ! Merci, merci ! Ce serait génial !, s’exclama-t-elle à nouveau. »

Thrista ne put empêcher un petit rire lorsqu’il vit la patronne arriver derrière la jeune femme et la regarder d’un air surpris alors qu’elle le remerciait. Carmen ne fit pas de commentaire mais en passant mais sa seule présence calma la blonde, qui du se retenir de parler fort.

« Merci, c’est vraiment gentil de ta part !, chuchota-t-elle ensuite, lorsque Carmen se fut suffisamment éloignée.

– De rien, répondit le brun. Bon, ce n’est pas tout mais j’ai des achats à faire, bonne journée Juliette, ajouta-t-il avant de faire demi-tour et de se diriger vers la sortie.

– A la prochaine !, répondit la jeune femme avant de s’asseoir à nouveau et de se replonger dans son livre. »

Lorsque Thrista franchit le seuil et arriva dans la rue il fut ébloui un instant. Le soleil, qui brillait dans le ciel depuis plusieurs jours déjà ne semblait pas vouloir faiblir, n’était pas encore à au paroxysme de sa course mais il répandait déjà une écrasante chaleur sur la ville. Le jeune homme enfila une cape légère avec une capuche qu’il avait dans sa besace et se dirigea vers les quartiers nord de la ville, sachant que c’est là qu’il trouverait les prix les moins chers pour les provisions et les divers objets qu’il souhaitait acheter.

La lumière du jour commençait à décliner alors que Thrista retourna enfin en direction de l’auberge, il avait réussi à obtenir la majorité de ce qu’il recherchait. Des provisions, une gourde plus grande que celle qu’il possédait déjà pour de l’eau, des tranches de viande séchées, des biscuits et des galettes de farine à longue conservation, des herbes et du sel pour cuire la viande, quelques légumes et fruits ne s’abîmant pas trop facilement et des graines séchées et grillées au soleil pour manger sur la route. Ce dernier élément n’était pas indispensable mais le jeune homme appréciait en avoir sur lui pour de petits creux qui n’imposaient pas de s’arrêter. Il avait également trouvé de nouveaux habits pour remplacer les anciens lorsqu’ils seraient trop abîmés, de nouveaux gants, une dague (qu’il gardait pour le moment dans sa besace par précaution) et une ceinture pour la fixer, du papier et quelques crayons au cas où et un petit coffre fort en forme de tube qui lui permettrait de garder son argent en limitant les risques. Il devrait encore placer quelques sorts de protection sur ces sacs et ses vêtements pour limiter leur détérioration trop rapide, mais une fois cela fait il serait fin prêt. La seule chose qu’il n’avait pu trouver était une aiguille de plomb suffisamment fine pour pouvoir réparer sa boussole cassée quelques semaines plus tôt. Jusqu’à présent tous les orfèvres qu’il était allé rencontrer lui avaient répondu la même chose : il n’était pas possible pour eux de reproduire un tel ouvrage de précision, il lui faudrait chercher ailleurs. Une seule personne avait réussi à la réparer mais leurs chemins avaient divergé peu avant qu’il ne la brise à nouveau. Il faudra que je lui en reparle la prochaine fois, ou que je retourne à la maison bientôt, pensa-t-il. Thrista se souvenait du jour où son père la lui avait offert, elle semblait tout droit sortie d’un rêve, les quatre aiguilles bougeaient avec grâce et aisance sur le cadran ovale.

« Elle te permettra de connaître sa position peu importe où tu te trouvera, lui avait dit Ellias avec un sourire en voyant le jeune garçon s’émerveiller devant l’outil. Mais fais y bien attention, si une seule de ses aiguilles se brise, elle ne fonctionnera plus correctement et tu ne trouveras que très peu de travailleurs du métal qui sachent les réparer, crois moi ! »

Le jeune Thrista avait alors acquiescé avec un grand sourire et avait serré son père dans ses bras avant de partir en courant dans le jardin pour l’essayer. Thrista sourit alors que le souvenir lui revenait. La ferme lui manquait, son père aussi, mais il ne pouvait pas revenir pour le moment, il n’était pas encore au bout de sa route.

Le jeune homme arriva devant l’auberge à la nuit quasiment tombée, il commanda une bonne ration du potage qu’avait préparé Carmen pour ce soir là et après s’être rassasié et avoir discuté longuement avec Juliette de ses potentielles futurs endroits à visiter, il se retira et se coucha, sombrant quasiment immédiatement dans un sommeil profond.

Lorsqu’il se réveilla le lendemain, Thrista réalisa qu’il avait oublié d’enlever son collier, le pendentif en forme de papillon pendait toujours autours de son cou. Il se leva quasiment immédiatement, sentant monter l’adrénaline et l’excitation à l’idée de repartir. Il enfila une chemise de tissus légère et un pantalon un peu plus large que d’habitude et comportant plusieurs poches qu’il trouvait pratique pour y ranger des petit objets qu’il souhaitait garder près de lui. Le jeune homme prépara ensuite son sac, rangeant soigneusement ses affaires en plusieurs tas dans sa besace. Il allait sortir pour se débarbouiller lorsqu’on toqua à la porte.

« Entrez !, s’exclama-t-il en enfilant ses chaussures.

Ce fut Carmen qui ouvrit la porte, une petite pile de vêtements à la main.

« Bonjour Thrista, je t’apporte les vêtements que tu m’avais demandé de laver, expliqua la patronne de l’auberge en lui tendant la pile de tissus.

– Ah oui !, répliqua le jeune homme avec un sourire. Merci beaucoup Carmen !, s’exclama-t-il en les posant sur son lit pour les ranger ensuite.

– Alors comme ça tu repars aujourd’hui ?, demanda-t-elle.

– Oui, je dois retrouver des amis près du palais en fin de matinée et nous partons ensuite vers le sud, répondit l’adolescent. »

Carmen acquiesça.

« Je vois. Eh bien dans ce cas je te souhaite bon voyage jeune homme, car je dois partir dans quelques minutes pour les quartiers portuaires et je ne reviendrai pas avant ce soir, dit-elle en s’approchant de Thrista. »

Le jeune homme se tourna vers elle et l’invita dans une embrassade chaleureuse.

« Merci Carmen, très bonne saison à toi alors, répondit-il, car je ne pense pas que je serai de retour de si tôt à Eneleïa.

– Je m’en doute bien, trop de lieux à voir et de mages contre qui se mesurer. Elle sourit en le lâchant enfin. Je suis heureuse d’avoir pu te revoir, donne de mes nouvelles à Ellias quand tu le verras !, dit la bonne femme en se retournant et en se dirigeant vers la porte. Lui non plus je ne l’ai pas vu depuis bien longtemps. Bonne route Thrista, et que les dieux te gardent, ajouta-t-elle avant de la saluer une dernière fois et de refermer la porte.

– Merci Carmen, que Cina te voie, répondit le jeune homme avec un sourire alors qu’elle disparaissait dans l’embrasure de la porte. »

Il resta là un instant, à fixer la porte fermée, avant de se rappeler ce qu’il était en train de faire. Il prit la pile de vêtements que Carmen venait de lui déposer et allait les ranger dans son sac quand quelque chose en glissa et tomba sur le sol. Il plaça la pile dans sa sacoche avant de se baisser pour regarder ce qui était tombé. C’était une petite figurine de soldat en bois sculpté. Dès qu’il aperçut le petit piquier avec sa longue lance Thrista ne put s’empêcher de sourire. Le souvenir du moment, plusieurs années plus tôt, où Vladislas la lui avait offerte pour son anniversaire lui revint. Il l’avait surnommée Vlad, en son honneur, et l’avait emmené partout avec lui jusqu’au moment ou il l’avait malencontreusement perdue quelques jours avant son départ. Il avait beau eu chercher partout dans l’auberge, au palais, il n’avait jamais réussi à remettre la main dessus. Thrista ne savait pas comment Carmen l’avait retrouvé, si même c’était bien le Vlad d’il y a plusieurs années, mais il lui en était reconnaissant, il lui rappelait de nombreux souvenirs. Le jeune homme rangea avec précaution la figurine quelque peu grossière dans son sac avant de se diriger vers la salle de bain pour se laver. Il en ressortit une dizaine de minutes plus tard, se sentant rafraîchi, et descendit ensuite prendre son dernier petit déjeuner dans la ville d’Eneleïa. Il discuta un peu avec Juliette et croisa même Vladislav, en profitant pour lui dire au revoir, ce à quoi l’homme de grande taille avait répondu par un hochement de tête silencieux, avant de remonter dans sa chambre et d’y récupérer ses affaires. Il était à peine la demi passé du quatrième septime de Secondaire lorsqu’il salua pour la dernière fois la jeune femme, lui promettant de revenir la voir, avant de se diriger enfin vers le palais pour y rejoindre Hannah et Todd.

– – –

« Alors, prêt à partir ?, demanda le blond en saluant Thrista alors que celui-ci venait d’arriver dans la cours arrière du palais. »

Le blond portait une tunique blanche ainsi qu’un long manteau bleu clair et d’un pantalon noir, il avait un large sac de toile et de cuir sur les épaules mais semblait ne même pas en sentir le poids.

« Fin prêt !, s’exclama le jeune homme avant de regarder autour de lui, n’apercevant Hannah nulle part. Hannah n’est pas encore là ?

– Non, répondit Todd. Elle faisait ses au revoir à la princesse et au roi, elle ne devrait plus tarder maintenant. »

Et en effet, à peine avait-il prononcé ces mots que l’une des doubles portes menant vers la grande cours s’ouvrirent et Hannah en sortit, vêtue d’une d’un haut marron léger mais à manches longues et un pantalon en cuir foncé, le tout recouvert d’une longue cape légère marron avec une capuche pouvant être rabattue en cas de besoin. Elle suivie de prêt par la princesse et son mari. Thrista eut un petit sourire, la présence de la princesse pour leur départ ne l’étonnait pas le moins du monde, Siléna détestait après tout les au revoir trop formels.

« Bonjour Hannah, salua le jeune homme brun, ce à quoi la brune répondit par un bref hochement de tête. Vos majestés, ajouta-t-il en saluant de la tête Siléna et Thédric à leur tour.

– Bonjour Thrista, Todd, répondit la blonde avec un sourire. Je voulais vous voir avant que vous ne partiez. Malheureusement mon père et ma mère ne peuvent vous souhaiter bon voyage en personne, bien qu’ils m’aient demandé de vous le fairede leur part. Je tenais à vous remercier profondément tous les deux, dit-elle en s’adressant à Todd et Hannah. Pour le travail efficace que vous avez effectué et pour m’avoir sauvé la vie. Je ne tenais pas à ce que votre départ se fasse sans que je puisse vous exprimer ma gratitude personnellement. »

Elle s’approcha alors de la brune qui se tenait debout à sa droite et la prit dans ses bras. Thrista pu voir Hannah se raidir à ce contact inattendu, mais la princesse, si elle s’en était rendu compte, n’en dit rien. Elle se tourna ensuite vers Todd et en fit de même. Le prince, lui, leur tendit simplement sa main en les remerciant, ce qui parut plaire à la jeune femme brune davantage.

« Merci encore une fois, et veuillez m’excuser pour mon attitude peu facile à supporter ces derniers jours. Je vous souhaite bon voyage et j’espère que les dieux veilleront sur vous aussi bien que vous l’avez fait sur moi, déclara-t-elle avec un sourire. »

Elle resta silencieuse un instant avant de se tourner vers Thrista.

« Alors comme ça tu comptais partir sans me dire au revoir ?, demanda-t-elle, le regard noir. »

Thrista ne put s’empêcher de se gratter le crâne nerveusement.

« Disons que je me doutais que tu serai ici…, répondit-il.

– Mouais…, commenta la princesse d’un air non convaincu, laissant tomber tout semblant de tenue. Je laisse passer pour cette fois car tu as contribué à me sauver la vie, mais sache que je n’apprécie pas du tout Thrista, ajouta-t-elle en secouant la tête, l’air désapprobateur, se retenant difficilement de sourire.

– Le jour ou tu respecteras le statut de noble qui te revient, je tiendrais compte des conventions…, répliqua le jeune homme avec un sourire avant de répondre à l’embrassade de la princesse. »

Lorsqu’elle le lâcha enfin elle avait un air mélancolique.

« Tu as vraiment grandi Thrista, ça m’a fait vraiment plaisir de te voir. J’espère qu’on en aura à nouveau l’occasion bientôt.

– Cela m’a fait grand plaisir à moi aussi Siléna, je tâcherai de revenir dès que possible. En attendant fais attention à toi, il se passe des choses étranges en ce moment, dit-il. »

La princesse eut un rire avant de répondre à son tour.

« Oui, mais maintenant j’ai un garde du corps à vie à présent alors ne t’inquiète pas. »

Elle faisait signe de la tête vers Thédric qui ne put s’empêcher de sourire. Ce dernier s’approcha alors pour saluer l’adolescent.

« Malgré mon assurance qu’elle est très bien capable de se défendre toute seule je veillerai sur elle, ne t’inquiète pas, commenta-t-il avec un sourire. Je vous souhaite bon voyage à tous les trois et que les dieux veillent sur vous, leur dit-il en serrant la main de Thrista. »

Todd et Hannah s’inclinèrent alors, bientôt suivi de Thrista, puis ils saluèrent les héritiers du royaume avant de se tourner vers les grandes portes en bois. Todd ouvrit la bouche pour signifier le départ mais il fut interrompu par la princesse qui poussa soudain une exclamation.

« Oh ! Thrista ! J’allais presque oublier !, s’écria-t-elle en s’approchant du brun. Zani m’a demandé de te donner ceci, dit-elle simplement en lui tendant un objet enroulé dans une petite poche en cuir. »

Thrista leva la tête, curieux.

« Qu’est-ce ?, demanda-t-il.

– Il ne m’a pas dit, juste qu’il n’en avait plus besoin mais que toi tu y trouverais peut-être une utilité, expliqua Siléna. Il a aussi dit qu’il fallait se concentrer un peu pour le faire fonctionner mais que tu ne devrais pas avoir trop de mal à y arriver. »

Thrista regarda le paquet un instant avant de l’ouvrir. Il contenait une petite sphère métallique de couleur argenté recouverte de fines gravures. Il l’observa un instant sans pouvoir déterminer à quoi elle pouvait bien servir, avant de la ranger dans sa poche et de mettre le tout dans sa besace.

« Je n’ai aucune idée de ce que ça peut être mais dis lui merci de ma part quand même.

– Je lui passerai le message, répliqua la princesse avec un sourire. Bonne route, ajouta-t-elle avant de retourner au côté de Thédric.

– Tout le monde est paré cette fois ?, demanda Todd pour éviter de se faire interrompre à nouveau. »

Ce à quoi les deux autres répondirent par un hochement de tête affirmatif. Le blond sourit avant de saluer le jeune couple qui les regardait une dernière fois et de se tourner vers les grands battants de la porte arrière qui étaient ouverts.

« Alors allons-y, en route pour le sud !, s’exclama-t-il avant de traverser le seuil de plusieurs mètres de haut. »


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Someone

.

I always wanted to be someone,

I always thought I wanted to be

Somebody, anybody, anyone,

As long as I could grasp my life’s worth,

That one day I would make them all see,

That I would be ‘He who walks this earth’,

But now… oh now… I am not so sure;

Perhaps I have finally found the cure…?

No, I don’t want to be invisible,

I don’t want to be the famed lead star

Of this wild and ever-changing show,

– No more shall I be divisible –

Let me not act nor watch from afar,

I will not shine but neither lie low,

I know my path and will follow the route

Of my own destiny, let it play out,

No matter the hardships I shall rise

For I have found my audience in her eyes.

.


Well. Here is something.

Ombre & Plumes – 15 – Le vent se lève – II

le vent se lève II.png


D’ombre et de plumes

15

Le vent se lève – II


« Non ! »

Cette fois le cri de la jeune garde du corps lui parvint et il la vit se précipiter vers le bord, il n’eut que le temps de lui attraper le poignet pour la retenir de sauter après la femme rousse.
« Arrête ! Ça ne sert à rien, tu ne pourras pas la rattraper !, s’écria-t-il alors que la silhouette disparaissait dans les profondeurs de la nuit. »

Hannah se tourna vers lui l’air furieux et Thrista cru qu’elle allait l’attaquer, mais elle n’en fit rien et se détourna en lançant un juron rageur. Le jeune homme regarda vers le bas un fois qu’il fut sûr que la brune ne tenterai pas de sauter mais ne parvint pas à distinguer quoi que ce soit, même les vagues n’étaient pas discernables de cette hauteur. Le vent soufflait toujours fort, aussi préféra-t-il se reculer. Il rejoint Hannah près du muret de l’autre côté du mur, elle s’était appuyée contre celui-ci, les bras croisés, et regardait l’endroit ou la femme se tenait quelques instants plus tôt, le regard noir.
« Il n’y a aucune trace d’elle…, dit Thrista alors qu’il s’appuyait également contre le mur non loin. »

Il n’obtint aucune réponse et préféra donc ne rien ajouter. Ils restèrent ainsi en silence quelques secondes avant qu’un bruit de pas ne lui fasse lever les yeux. Il aperçu Todd qui se dirigeait vers eux à vive allure. Il était suivi d’une dizaine de gardes.
« Que se passe-t-il ?!, demanda le blond en reprenant son souffle. Vous l’avez eu ?, ajouta-t-il en regardant Thrista. »

Le brun secoua lentement la tête et se tourna vers l’immensité noire en face. Le vent soufflait toujours et on pouvait entendre les vagues se fracasser contre les énormes blocs de pierre blanche qui formaient ce rempart infranchissable. Il y eut soudain un léger bruit sur sa droite et Thrista vit Hannah tomber à genoux au sol, Todd et lui se précipitèrent vers elle.

« Hannah ?!, s’écria le blond. Tout va bien ? »

Il la rattrapa au moment ou elle allait s’effondrer de tout son long, ses yeux roulèrent dans ses orbites et elle perdit connaissance. Thrista prit le poignet de la garde du corps et sentit le pouls saccadé et précipité de la jeune femme, elle suait à grosse gouttes.
« Quelques chose ne va pas !, s’exclama-t-il en regardant Todd. Elle est brûlante…
– Que lui arrive-t-il ?, demanda le blond, l’air inquiet.
– Je ne sais pas…, répondit Thrista en examinant la jeune femme de plus prêt. »

Il avait déjà vu plusieurs des fièvres foudroyantes mais jamais spontanées comme celle-là. Il remarqua alors que le côté gauche de la robe de la jeune femme était déchirée et en s’approchant aperçu une longue entaille sur son flanc. Du sang en coulait à petit filet mais ce sont quelques gouttes d’un liquide noirâtre qui attirèrent son attention. Du poison, reconnu-t-il soudain. Mais quand ? Il allait la montrer à Todd lorsque des voix retentirent derrière eux.
« Laissez nous passer !, il reconnu la voix autoritaire d’Oscius et lorsqu’il se tourna il vit le chef de la garde royale s’approcher d’eux à grand pas, suivi de près par la souveraine.
– Que ce passe-t-il ?, demanda cette dernière en arrivant près du petit groupe.  »

Elle semblait prête à ajouter quelque chose lorsqu’elle fut interrompue par une autre voix derrière elle. Un vieil homme, que Thrista reconnu comme étant Zani, le prêtre de Sha’ana, se faufila entre elle et Oscius avant de se pencher vers Hannah.
« Veuillez m’excuser dame Léna pour mon manque de respect mais je pense que les questions devront attendre, cette jeune femme est très mal en point. »

Il commença à examiner Hannah avant même que la reine ne puisse protester, mais elle n’en fit rien et mit fin au murmure désapprobateur des gardes.
« Regardez ici. »

Thrista pointa l’endroit ou la robe avait été déchirée.

« Je crois qu’elle à été empoisonnée. »

Puis, après une seconde de silence.

« Lorsqu’elle s’est interposée entre la dague et la princesse ! »

Il venait de comprendre. La dague devait être empoisonnée et avait dû la blesser ! Zani déchira légèrement la robe à l’endroit de l’entaille et passa un doigt sur la blessure avant de sentir le sang qui en coulait légèrement. Il hocha la tête.
« Oui, cela me semble être de la sève de sureau noir. Ce poison est extrêmement mortel, nous n’avons pas beaucoup de temps !, s’exclama-t-il en sortant une petite poche en cuir de sa poche. Je vais tenter d’en ralentir les effets un maximum mais il va falloir l’emmener au temple pour que nous puissions faire quoi que ce soit pour l’aider… »

Il sortit une petite fiole contenant un liquide violet et le tendit à Todd.
« Fais lui boire ça, c’est un élixir de Clélie, cela devrait la calmer suffisamment longtemps. »

Todd prit la petite fiole et la regarda un instant, semblant hésiter pendant que le vieil homme s’affairait déjà autour de la plaie, élargissant l’ouverture de la robe pour y avoir un meilleur accès. La peau autour de l’entaille commençait déjà à prendre une couleur grise et Thrista sut qu’il n’y avait pas beaucoup de temps. Il allait intimer à Todd de faire boire à Hannah le contenu de la fiole lorsque la reine s’agenouilla à ses côtés.
« Todd !, s’exclama-t-elle, le sortant de sa torpeur. Hannah est en danger, ce n’est pas le moment d’hésiter ! Tu peux avoir foi en Zani, je lui ferais confiance jusqu’aux portes de cendre s’il le fallait. »

Cela sembla réveiller le jeune homme blond et il déboucha la bouteille pendant que la reine ouvrait légèrement la bouche de la garde du corps, il y versa ensuite le peu de liquide que contenait la fiole. Hannah sembla immédiatement se calmer au soulagement visible du blond. Pendant ce temps Thrista observait Zani. Le vieil homme plaça la paume de ses deux mains au dessus de la blessure et ferma les yeux, après quelques secondes de concentration une faible lueur orangée en émana et un fin filament recouvrit la blessure. Il formula ensuite quelques mots et le filament explosa en une gerbe d’étincelles, laissant une odeur âcre dans l’air. La jeune femme brune, toujours inconsciente, eut un soubresaut de douleur puis se calma de nouveau.
« Je viens de cautériser la blessure et de brûler ce qu’il restait du poison autour, maintenant il faut évacuer ce qui s’est infiltré dans son sang. Il faut l’emmener au temple le plus rapidement possible !, ajouta-t-il en se relevant, l’air soucieux.
– Ce ne sera pas nécessaire, j’ai envoyé un méssager prévenir le temple, il reviendra au château avec de l’aide. Le palais est beaucoup plus près, intervint la reine en se relevant à son tour. »

Zani se tourna vers elle et s’inclina légèrement.
« Merci ma Dame, cela est bien pensé. Nous devons nous dépêcher à présent, chaque minute compte. »

Todd hissa la jeune femme sur son dos avec l’aide de Thrista puis il partit avec Zani en direction du château. Le jeune homme brun les regarda s’éloigner puis se tourna vers la reine.
« Ne t’inquiète pas, elle est entre de bonnes mains, déclara-t-elle en croisant son regard.
– Oui, je leur fais confiance, répondit-il en hochant la tête avant de se rappeler pourquoi ils étaient là. Siléna va-t-elle bien ?
– Oui, ne t’inquiète pas, elle était surtout choquée mais elle n’est pas blessée. Marco et Thédric s’occupent d’elle, dit Léna en acquiesçant. »

Thrista lâcha un petit soupir de soulagement..

« Maintenant, explique moi ce qu’il s’est passé… »

C’était un ordre plus qu’une demande mais Thrista ne s’en offusqua pas, la reine venait d’assister à une tentative d’assassinat envers sa fille et sa première réaction avait été d’aider la garde du corps, elle était donc dans son droit en demandant à savoir ce qu’il s’était passé. Le jeune homme inspira une gorgée d’air frais avant d’expliquer à la souveraine ce qu’il avait vu, repoussant l’image de la garde du corps inconsciente dans un coin de son esprit. La grande femme brune l’écouta tout au long de son récit sans trahir aucune émotion, pas même lorsqu’il lui annonça l’avoir reconnue comme l’émissaire des Iles Karnines. Uniquement lorsqu’il arriva au moment ou la femme rousse s’était jetée du haut du mur se pencha-t-elle pour observer l’étendue noire en dessous d’eux. Oscius en fit de même, intimant silencieusement à ses gardes d’enquêter sur cette affaire et d’envoyer une patrouille au pied du mur pour rechercher un éventuel corps. La reine resta un moment silencieuse à contempler les flots noirs avant de finalement donner l’ordre à Oscius de s’occuper de tout cela. Ce dernier hocha simplement la tête et se dirigea vers la tour de garde des remparts d’où sortait une patrouille. La reine et Thrista, accompagné d’une dizaine de gardes, repartirent ensuite en direction du palais. Alors qu’il marchait derrière la souveraine, Thrista ne put s’empêcher d’être impressionné et de se demander comment réagissaient les envoyés des autres pays lorsqu’ils se retrouvaient en face d’elle. Il ne parvenait pas non plus à se départir du sentiment que quelque chose d’étrange se tramait, pourquoi un émissaire des Karnines tenterait-il d’assassiner l’héritière du royaume de Tébor ? Il tourna et retourna cette question tout au long du trajet vers le palais, sans parvenir à y trouver de réponse.

L’astre solaire, qui était déjà presque à maxima, répandait une chaude et agréable lumière sur la ville, Thrista était content d’avoir choisi l’une des places à l’ombre, il pouvait ainsi profiter du beau temps sans pour autant souffrir des rayons cuisant du soleil à cette heure. Il n’avait d’ailleurs jamais compris comment la princesse, qui se trouvait à quelques mètres en face de lui, baignée de lumière, pouvait supporter la chaleur intense qui prenait possession de la peau lorsque l’on s’exposait trop longtemps et encore moins comment elle pouvait l’apprécier. La jeune femme était en grande discussion avec la fille du seigneur Junon, dont Thrista apprit un peu plus tôt qu’elle s’appelait Melodie. A sa droite se trouvaient le roi et la reine, accompagnés d’Oscius, de Todd, du seigneur Junon et de Zani, ce dernier se trouvait juste sur la droite de Thrista. Le groupe discutait à présent des événements de la veille, tentant de comprendre pourquoi un assassin des Iles Karnines avait été envoyé pour tenter de tuer la princesse. Thrista avait dû relater ces deux derniers jours, et à plusieurs reprises, l’enchaînement rapide qui avait mené jusqu’en haut des murailles du port étant donné qu’Hannah, la seule autre témoin de l’entièreté des faits, n’avait pas encore totalement récupéré. Zani avait, grâce à l’aide de deux autres prêtres du temple de Sha’ana, qui avaient apporté une étrange malle remplie de fioles, d’ingrédients et d’outils étranges, réussi à stabiliser l’état de la jeune femme brune. Il était parvenu à extraire la majeure partie du poison, permettant à son organisme de mieux se défendre contre ce qu’il en restait.
« Cela devrait suffire. Je ne peux en faire plus, son sort est maintenant entre ses propres mains. Mais elle est forte, je suis étonné qu’elle ait résisté aussi longtemps aux premiers effets de la sève avant de perdre connaissance. Elle devrait s’en sortir, il lui faut du repos à présent, avait-il au bout d’un peu plus de trois heures de soins intensifs. »

Thrista avait vu le soulagement sur le visage de Todd qui était resté fermé depuis qu’ils étaient de retour au palais. Le vieil homme était resté au chevet de la jeune femme toute la nuit pour veiller sur elle, permettant aux deux adolescents de se reposer, mais le blond avait insisté pour rester avec elle. Thrista était donc retourné seul dans la salle du bal après avoir dit au garde du corps qu’il pouvait avoir confiance en Zani. A sa surprise lorsqu’il arriva dans la grande salle rien de l’agitation à laquelle il s’attendait ne transpirait. Seuls quelques gardes supplémentaires révélaient la tension sous-jacente qui régnait dans le palais. La reine et les autres chefs de la garde avaient fait un impressionant travail pour que la panique ne s’installe pas. Ce fût la princesse qui le rejoint la première.
« Thrista ! Mes dieux, tu vas bien !, s’écria-t-elle en s’approchant rapidement. »

Le jeune avait sourit.
« C’est plutôt à moi de te dire ça Siléna, ce n’est pas moi qu’on a essayé d’assassiner…, répondit-il mi-joueur mi-sérieux. »

La princesse se renfrogna légèrement mais reprit rapidement la parole.
« Oh ! Et Hannah ! Comment va-t-elle ? Ma mère m’a dit qu’elle avait été blessée et me protégeant !, questionna-t-elle au moment ou Thédric les rejoignaient. »

Il parut soulagé de trouver Siléna et salua Thrista d’un signe de tête.
« Elle ne va pas bien, elle a été gravement blessée par le poison sur la dague. Mais le prêtre Zani et Todd s’occupent d’elle, je leur fait confiance. Zani à réussi à empêcher le poison de prendre complètement effet et il en a extrait autant que possible de son corps. Elle n’a pas encore repris connaissance mais d’après lui, elle devrait s’en sortir. »

Cela parut rassurer la jeune femme qui s’autorisa enfin à sourire légèrement.
« Ouf, tant mieux… »

Puis vint la question que Thrista attendait.

« Et l’assassin, vous l’avez retrouvé ? »

Le jeune homme hésita un instant mais su que quoi qu’il arrive, la princesse aurait les réponses à ses questions d’une façon ou d’une autre.
« Non, nous ne l’avons pas eu. L’émissaire des Iles Karnines à réussi à nous échapper en se jetant dans la mer depuis le haut du mur.
– Cette grande femme rousse ?, s’exclama la princesse un peu trop fort, ce fit se retourner plusieurs personnes.
– Oui, acquiesça Thrista. Je ne sais pas pourquoi elle voulait ta mort, mais je l’ai reconnue de ce matin. »

La princesse allait lui poser d’autres questions lorsque la reine arriva et les interrompit sous l’expression agacée de Siléna, mais la jeune femme se détendit rapidement.
« Je suis désolé de vous interrompre mais ce n’est pas le moment de poser des questions Siléna, pour le moment nous ne connaissons pas tous les faits et nous ne pouvons que conjecturer. Mais, continua la reine alors que la princesse allait protester, tu pourras poser toutes les questions que tu voudras une fois que je saurais ce qu’il s’est réellement passé de la bouche de Thrista et des gardes présent. Pour le moment Marco a réussi à faire taire tout bruit sur l’incident et à faire continuer la soirée dans le calme, profitez en, nous en discuterons à nouveau demain. Et pas de mais jeune femme !, ajouta-t-elle en direction de sa fille. »

Elle se tourna ensuite vers Thrista.

« Lorsqu’Oscius sera de retour nous aurons à te poser à nouveau des questions mais, pour le moment tu peux rester aux côtés de Siléna, dit la reine avant de s’éloigner et de rejoindre son mari. »

Thrista acquiesça silencieusement. Cela ne le surprenait pas, malgré la confiance que les royaux avaient en lui, ils voudraient vérifier l’exactitude de son témoignage et la concordance avec ceux de Hannah et des autres garde pour obtenir le plus de faits possibles. Il comprit également le discret message de la rein lui demandant de veiller sur sa fille pour le moment.
« Je te raconterai tout ce que je sais, promis, dit Thrista à l’attention de la blonde. Mais pour le moment, ne spolions pas le travail de ton père et profitons de la soirée. Elle est en votre honneur, raison de plus !, s’exclama-t-il avec un sourire légèrement forcé. »

Il était encore fatigué de sa course pour rattraper la femme rousse et fut donc soulagé de voir la princesse accepter son conseil sans protester.
« Une dernière danse ?, proposa le prince à sa femme, ce que Siléna accepta volontiers.
– Je te tiens à ta parole Thrista, ajouta-t-elle alors qu’ils s’éloignaient vers la piste de danse. »

L’adolescent passa le reste de la soirée à flâner autour du buffet, picorant ici et là des fruit exotiques, des pâtisseries et des boissons rafraîchissantes. A un certain point Todd le rejoint, lui expliquant que l’état de santé d’Hannah était stable et qu’elle dormait à présent. Ils discutèrent ensuite de tout et de rien, faisant des petit commentaires sur les invités, certains vêtus de tenues excentriques, d’autres ne possédant plus une seule once de sobriété. Thrista ne parvint pas à se détendre complètement, toujours tendu à l’idée qu’une nouvelle tentative sur la vie de la princesse puisse avoir lieu, mais il parvint tout de même à profiter du moment qu’il passait en compagnie du blond. Il fut rassuré lorsque les premiers invités commencèrent à partir et étonné qu’autant de temps se soit écoulé sans qu’il ne le remarque. Le septième septime de Primaire débutait déjà lorsqu’il se retira enfin, acceptant volontiers l’offre du roi de passer le reste de la nuit dans l’une des chambres du palais qui servaient à accueillir les invités. Il ne se changea même pas, déposant simplement son pendentif sur la table de chevet, avant de se laisser tomber comme une pierre sur le lit et de sombrer.
« Je n’arrive toujours pas à croire que quelqu’un ait tenté d’assassiner la princesse…, commenta discrètement le garde du corps blond à l’attention de Thrista qui était assis à sa droite. Quel intérêt les îles Karnines auraient-elles à faire une chose pareil ? Tébor est le pays avec lequel elles font le plus de commerce… » Thrista secoua discrètement la tête.
« Je n’en sais pas plus que toi. La femme rousse n’a rien dit avant de sauter… » Répondit-il la mine sombre.
« Personne ne comprends son geste, intervint Zani en se penchant légèrement vers eux, les deux jeunes hommes se tournèrent vers lui. Le fait qu’on ait attenté à la vie de la princesse est grave mais ne pas en connaître les raisons l’est encore plus. Cela ne présage rien de bon… »

Il allait ajouter quelque chose lorsqu’un groupe de gardes s’approchèrent de l’assemblée et s’arrêtèrent devant les souverains et Oscius en les saluant. L’un d’eux s’avança, tenant un parchemin scellé entre les mains, et prit la parole.
« Mes salutations mon Roi, ma Reine, dit-il en s’inclinant.
– Des nouvelles ?, demanda alors le roi.
– Non messire, répondit le garde en secouant la tête. Nous avons fouillé les eaux tout autour du mur, les falaises et les rochers mais il n’y a aucune trace de corps. Nous poursuivons les recherches mais il y a peu d’espoir de le retrouver un jour, il a sûrement été emmené au large. »

Le roi hocha la tête l’air grave en se tournant vers sa femme.
« Très bien, continuez ainsi et prévenez nous s’il y a quelconque nouvelle, dit-elle alors, le soldat hocha la tête.
– Bien ma Dame, répondit-il, mais il ne fit aucun mouvement pour partir.
– Autre chose ?, demanda la souveraine.
– Oui ma Dame. Une missive des forces galadéennes, expliqua-t-il en tendant le parchemin scellé qu’il tenait en main. »

Le roi Marco le récupéra et l’ouvrit, sa femme se penchant par dessus son épaule pour le lire. Lorsqu’il eut fini il avait l’air légèrement surpris, il le tendit à Oscius qui le lu à son tour.
« Puis-je me permettre de vous demande ce que c’est ?, intervint Zani d’un air curieux.
– Un message du commandant De Guidre qui nous informe qu’il a assisté à l’incident lors du bal et qu’il a ordonné des recherches de son côté. Malheureusement il nous informe que lui non plus n’a rien trouvé pour le moment, expliqua le roi. Je dois avouer que cela me surprend un peu. Je ne m’attendais pas à ce que l’armada galadéenne se soucie de cela. L’intention est cependant bienvenue.
– Je me chargerai de le remercier pour son aide, annonça la reine. Merci, vous pouvez disposer si cela est tou. Passez vous rassasier en cuisine si vous avez faim, ajouta-t-elle à l’attention des gardes qui saluèrent à nouveau le groupe et repartirent du côté d’où ils étaient venu.
– Nous devons la vie de notre fille et celle du prince à votre courage, annonça le roi en se tournant vers Todd et Thrista. Votre amie également, elle n’a pas hésité à mettre sa vie en jeu pour protéger Siléna, et pour cela nous vous seront éternellement reconnaissant.
– En effet, confirma la reine. Sans Hannah, notre princesse ne serait peut être plus là aujourd’hui. Nous ne savons comment vous remercier, si vous désirez quoi que ce soit vous n’avez qu’à demander et ce sera vôtre. »

La surprise s’afficha sur le visage de Todd et il regarda les souverains avec de grand yeux un instant avant de répondre.
« Je suis honoré par votre générosité, mais Hannah et moi n’avons fait que ce pour quoi vous nous aviez engagé. A vrai dire je n’étais même pas apte à réagir à ce moment. Vous avez sauvé la vie de ma partenaire et vous nous avez déjà payé, nous ne pouvons rien demander de plus.
– Balivernes !, s’exclama le seigneur Junon, faisant sourire Marco. Ne soyez pas si modeste jeune homme ! Votre amie est sauve et vous avez empêché un meurtre certes, mais ne gâchez pas cette oportunité, vous n’en aurez pas beaucoup d’autres comme celles-là, croyez moi !
– Merci seigneur Junon. » Répondit Todd, légèrement mal à l’aise. Mais nous ne le méritons pas. J’en parlerais avec Hannah mais pour ma part il n’y à rien que je désire, ajouta-t-il. »

Le père du prince allait répliquer à nouveau mais le roi le coupa dans son élan.
« Allons Stanis, si Todd ne souhaite rien nous ne pouvons l’obliger. »

Stanis Junon soupira avant de lever les mains en signe de reddition.
« Je ne vous force à rien bien sur. Comprenez juste la valeur de la faveur que vous souhaitez refuser, répliqua-t-il, un léger sourire amical au visage. »

La reine proposa alors des rafraîchissements et une collation, on fit venir des boissons et des plats légers des cuisines et les souverains reprirent les discussions à propos de l’incident de la veille et des préparations futures pour le jeune couple. Zani quant à lui préféra discuter avec Thrista et Todd, ce dernier le remercia longuement d’avoir sauvé Hannah d’abord, puis ils discutèrent des connaissances de Zani en matière de poisons et ce dernier leur expliqua en quelles occasions il avait acquis son savoir, leur donnant à plusieurs reprises des conseils pour reconnaître tel ou tel substance. L’après midi avança à grand pas et alors que le soleil déclinait déjà depuis un moment dans le ciel Zani prit congé du groupe pour aller vérifier l’état de la garde du corps brune. Todd en fit autant et suivit le vieil homme jusqu’à la chambre ou la jeune femme se reposait. Thrista lui resta quelques temps pour profiter des rayons faiblissant du soleil avant de rentrer, se promettant de passer voir la jeune femme plus tard. Le prince vint s’asseoir à côté de lui, prenant place là où se trouvait le blond un peu plus tôt et ils discutèrent pendant le reste du temps, parlant principalement de la princesse et du mariage. Le ciel était sombre et la nuit tombait lorsque le jeune homme brun rentra enfin au château, prenant congé du couple royal, du seigneur Junon et d’Oscius, seuls personnes restantes sur la terrasse après que la princesse, son maris et sa sœur aient décidé d’aller se promener dans les jardins.

Il marchait à présent dans le dédale de couloirs en direction de la chambre où se trouvait la garde du corps, profitant de l’agréable lumière qui filtrait à travers les fenêtres. Lorsqu’il entra dans la pièce il aperçut la jeune femme assise sur un large lit près de la fenêtre, elle était étonnement pâle mais en dehors de cela semblait s’être remise et fixait le ciel bleu à travers les immenses fenêtres. Todd, lui, était debout sur une petite terrasse qui donnait sur la ville et admirait silencieusement le paysage illuminé par le soleil couchant. Hannah se tourna vers lui lorsqu’il referma la porte et le fixa un instant sans rien dire ce qui rendit le jeune homme un peu mal à l’aise.
« Bonjour, dit-il un avec un petit sourire nerveux. Je venais voir comment tu allais.
– Je vais mieux, répondit la jeune femme brune en détournant le regard. Je ne suis pas encore en pleine forme mais le prêtre qui m’a soigné à dit que je devrais être sur pieds dès demain. Pas de quoi s’inquiéter, j’ai vu pire, ajouta-t-elle l’air blasé.
– Pas beaucoup pire, je dois dire, intervint le blond en rentrant dans la pièce, il salua Thrista d’un signe de tête.
– Qu’est-ce qui te dis que tu sais tout de moi ?, rétorqua la jeune femme. »

Son ton était resté neutre mais le regard qu’elle lança au blond indiqua à Thrista qu’il avait dû se passer quelque chose avant qu’il n’arrive. Il ne voulait pas interférer dans leurs affaires et préféra tenter de changer de sujet pour calmer l’atmosphère.
« Je suis désolé que nous n’ayons pas pu l’attraper, tu t’es mise en danger plus que nécessaire pour ce résultat…, s’excusa-t-il. »

Cela sembla marcher car la jeune femme le fixa à nouveau un instant, ses traits se détendirent très légèrement et un semi sourire s’invita sur son visage avant de disparaître aussitôt.
« Je sais, Todd m’a expliqué. Ce n’est pas grave, je ne faisais que ce pourquoi nous sommes payés, répondit-elle.
– Tu aurais quand même être plus prudente et me laisser y aller, commenta le blond, l’air morose alors qu’il vint s’asseoir sur l’un des fauteuils en face du lit. »

Hannah le fixa un instant mais ne répondit pas et préféra se tourner de nouveau vers le paysage.
« Hannah, tu ne peux pas continuer comme ça !, s’exclama Todd en se levant à nouveau. Ce n’est pas la première fois que tu agis comme ça, tu te mets en danger sans raisons. Un jour cela va- »

Il n’eut pas le temps de finir sa phrase, la brune se tourna vers lui d’un coup, le regard noir et les jointures de ses poings serrés presque aussi blanche que les pierres du palais.
« Laisse moi tranquille, répondit-elle seulement d’une voix basse mais emplie de colère. »

Thrista cru voir une lueur violette dans son regard mais cela s’était passé si vite qu’il pensa avoir rêvé. Todd se leva lentement et soupira.
« Je vais faire un tour, annonça-t-il avant de se diriger vers la porte. Je suis juste inquiet pour toi, ajouta-t-il avant de la refermer derrière lui et de disparaître dans le couloir. »

Le jeune homme brun resta là un instant sans rien dire, observant la jeune femme qui fixait le mur du regard, le poings toujours serrés.
« En tout cas je suis content que tu ailles bien, dit-il au bout de quelques longues secondes de silence avant de se retourner lentement vers la porte lorsqu’il comprit qu’elle ne répondrait pas. »

Il s’arrêta un main sur la poignée, hésitant à donner voix à ses pensées mais renonça finalement.

« Je te laisse tranquille, à plus tard, ajouta-t-il en jetant un dernier regard vers la jeune femme avant de sortir de la pièce. »

Il aurait juré qu’elle réprimait ses larmes mais, à nouveau, ne put en être sûr. Il marcha un certain temps, laissant ses pas le guider le long des colonnes de marbre blanc pendant que ses pensées volaient librement d’une idée à l’autre, et se retrouva dans la cours intérieure du palais. Il n’arrivait toujours pas à comprendre pourquoi la femme rousse avait tenté d’assassiner la princesse. Pourquoi le Îles Karnines auraient-elles intérêt à faire une chose pareille ? Plus frustrant encore, il avait l’étrange impression que les derniers mots de la femme rousse n’étaient pas destinés à Hannah mais annonçaient quelque chose d’autre, quelque chose de plus grave encore… Il soupira, sa rencontre avec Hannah et Todd quelques minutes plus tôt ne cessait de lui revenir en tête et il ne comprenait pas ce qui avait bien pu se passer pour les mettre en de si mauvais termes. Il n’eut pas le temps d’y songer davantage car, alors qu’il arrivait devant la large fontaine au centre de la cours, il aperçut le jeune homme blond et celui-ci l’aperçut également.
« Thrista !, s’exclama Todd en lui faisant signe de venir s’asseoir à ses côtés. »

Thrista se dirigea vers lui et s’installa sur sa gauche.
« Je suis désolé pour tout à l’heure, annonça le blond. Hannah et moi venions d’avoir une discussion qui l’horripile au plus haut point mais que je trouve nécessaire. Excuse nous si nous t’avons manqué de respect, c’est juste que…
– Tu es inquiet pour elle ?, finit le brun en hochant la tête.
– Oui, elle est toujours trop impulsive et prends trop de risques… J’ai peur qu’un jour cela finisse par finir mal. »

Le blond arborait un air sombre en disant cela.

« Et elle ne veut pas me l’entendre dire… Enfin, bref !, s’exclama-t-il en se forçant à sourire. Changeons de sujet veux-tu… Dis-moi, que compte tu faire maintenant ? »

Le brun lui lança un regard interrogateur.
« Je veux dire, maintenant que le mariage est passé. Tu disais que tu ne restais que le temps du mariage et qu’ensuite tu reprendrais la route.
– Ah oui !, acquiesça le brun. »

Il réfléchit un instant avant de répondre.

« Eh bien à vrai dire, je ne sais pas encore, je pensais repartir vers l’ouest, mais rien n’est fixé. Cela dépendra de mon humeur au moment de partir je pense. Et puis je vais peut-être rester quelques jours de plus, avec ce qu’il s’est passé…, répondit-il en portant son regard vers l’horizon. Il n’est pas encore temps de rentrer, je veux voyager, découvrir de nouvelles choses et apprendre encore plus. Pour être honnête je ne sais pas… »

Todd acquiesça et le regarda un instant, semblant réfléchir à ce qu’il allait dire, avant de sourire à nouveau, cette fois-ci sincère.
« Dans ce cas, que dirais-tu de voyager avec nous ? »


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Ombre & Plumes – 15 – Le vent se lève – I


D’ombre et de plumes

15

Le vent se lève – I


La jeune femme brune eu quelques ratés au début, les pieds de Thrista en souffrirent, mais le jeune homme fut impressionné de la rapidité avec laquelle la garde du corps parvint à suivre ses mouvements. Après seulement quelques minutes de danse elle pouvait suivre ses pas sans problèmes. Ils tournoyaient entre les autres couples de danseurs, allant et venant au rythme lent des cordes de l’orchestre, la pièce était à présent emplie de la mélodie gracieuse et seules quelques rares bribes des conversations parvenaient aux danseurs depuis les côtés de la salle. La valse continua ainsi encore pendant quelques temps, le jeune homme ne parvenant pas à savoir si sa partenaire appréciait ou non cette performance, elle ne laissait presque rien paraître. Lorsque les dernières notes retentirent enfin, résonnant plus longtemps que les autres à mesure qu’elles s’effaçaient pour laisser place au silence, la garde du corps tenta de retourner au bord de la piste afin de surveiller de nouveau la princesse mais Thrista lui attrapa le poignet alors qu’elle tentait de se dégager. Elle eut un mouvement de recul mais il ne la laissa pas se dégager le bras ce qui la força à se retourner.
« La musique est finie, mais pas la danse.»

Avant qu’elle ne puisse protester le jeune homme l’attira de nouveau vers lui, se remettant en position une main sur son épaule, l’autre sur sa hanche et fit un léger signe de la tête vers sa droite.

« Et apparemment Siléna n’est pas prête à te laisser t’en sortir comme ça, dit-il avec un sourire, mi-jovial mi-désolé. »

Hannah jeta un rapide regard dans la direction que lui indiquait Thrista et remarqua la princesse qui les fixait avec attention, un sourire satisfait au visage. Elle soupira en se retournant vers le jeune homme, se détendant lentement alors qu’une autre musique commençait sur un rythme plus rapide et cette fois-ci accompagnée d’un canteur.
« Dans ce cas finissons cette danse le plus vite possible…, répondit-elle, exaspérée.

– Nous ne pouvons pas aller plus vite que la musique, répliqua l’adolescent avec un sourire joueur alors qu’ils se mettaient de nouveau à tourbillonner. »

Ils commencèrent à tournoyer lentement, suivant le même rythme que pour la valse précédente, sans se préoccuper du décalage avec le morceau que l’orchestre jouait à présent. Au fur et à mesure que la musique progressait Thrista remarqua que la jeune femme brune accélérait, petit à petit elle augmentait la cadence de ses pas, sans même s’en rendre compte. Lorsqu’il s’en rendit compte il leva les yeux et la fixa un instant, tentant de déceler des bribes d’émotions qui lui passaient par la tête. La garde du corps regardait autour d’elle d’un air distrait et le jeune homme ne parvint pas à décoder l’expression qu’elle avait au visage mais il remarqua le subtil éclat que possédaient à présent ses yeux et cela le fit  sourire légèrement. Bien sur il détourna le regard dès qu’elle regarda de nouveau dans sa direction et fit de son mieux pour cacher le subtil mouvement de ses lèvres mais la voir montrer autre chose que du désintérêt pour la première fois de la soirée rendit Thrista un peu plus enthousiaste. Ils se mirent ainsi à tournoyer de plus en plus vite, allant même jusqu’à effectuer quelques mouvements un peu plus complexes, et alors que la musique changeait de nouveau, se retrouvant alors au stade ou le nouveau morceau se mélangeait avec l’ancien, les traits de la jeune femme s’étaient détendus. Cela eut pour effet d’agrandir le sourire de Thrista et alors que le rythme de la musique s’accéléra encore il profita d’un pas sur le côté pour s’incliner vers sa partenaire.
« Eh bien je dois dire que tu progresse vite !, s’exclama-t-il avec un sourire. »

Ils s’éloignèrent l’un de l’autre en faisant tous deux un pas en arrière, restant joint uniquement au niveau des mains, avant de se rapprocher de nouveau. Hannah ne répondit pas, aussi Thrista reprit.
« Cette valse commençait à m’ennuyer un peu, que dirais-tu d’accélérer un peu les choses ? »

Avant que la jeune femme n’ait le temps de protester il l’entraîna à sa suite dans une ronde rapide ou ils tournoyaient en un large cercle. Ils enchaînèrent ensuite des mouvements d’une danse en couple des régions du sud, le jeune homme brun guidait Hannah en la faisant alterner pas en avant, en arrière, de côté, un tour sur elle-même puis un autre. Tous deux effectuèrent ainsi une chorégraphie de plus en plus complexe et fluide, Thrista s’amusant à tester les limites de la jeune femme et Hannah faisant de son mieux pour suivre. A la constante surprise du jeune homme cette dernière parvenait à reproduire les mouvements qu’il lui montrait, mouvements qu’il avait mis des mois à apprendre et plusieurs années à perfectionner. A présent Thrista arborait un large sourire, cela faisait longtemps qu’il ne s’était autant défoulé et amusé en dansant, et le fait que la garde du corps de la princesse affiche aussi un sourire, bien que timide, rendait ce moment appréciable, presque agréable. Ils continuèrent à danser, exécutant de nouveaux mouvements à chaque note, chaque fois un peu plus complexe et plus travaillé, ne se préoccupant plus de ce qui les entouraient que la musique. Ce ne fut que lorsque la musique s’arrêta enfin et qu’ils achevèrent leur chorégraphie par un dernier tourbillon, qu’ils remarquèrent l’espace qui s’était ouvert autour d’eux. Haletant et sentant son sang battre dans chacune de ses veines, Thrista détourna les yeux de ceux aux reflets verts de sa partenaire pour regarder autour de lui et remarqua le silence qui régnait dans la grande salle de bal. Hannah elle aussi avait le souffle court, mais ce ne fut que lorsque le jeune homme brun se tourna et observa les alentours qu’elle remarqua l’atmosphère étrange qui planait autour d’eux. Ils étaient seuls au milieu de la piste de danse, tous les invités formaient à présent un cercle autour d’un espace d’une dizaine de mètres carrés à l’intérieur desquels il n’y avait plus qu’eux. Tous les autres couples de danseurs s’étaient arrêtés et rangés sur le côté pour les admirer, sans s’en rendre compte ils étaient devenus le centre de toute l’attention, captivant l’ensemble de la salle par la qualité de leur danse. Thrista jeta un regard rapide en direction d’Hannah après l’avoir passé sur le public qui les observait, la jeune femme venait tout juste de remarquer l’audience qu’ils avaient captivée et il vit son sourire vaciller. Il sentit sa main trembler légèrement dans la sienne, il se rendit alors compte qu’ils se tenaient toujours la main, mais avant qu’il ne puisse lui demander ce qui n’allait pas un tonnerre d’applaudissements retentit dans la salle. Nombre des invités souriaient et les félicitaient pour leur magnifique performance. Le jeune homme aperçut alors la princesse qui les regardait, le prince à ses côtés. Elle affichait un air plus que surpris mais celui-ci céda rapidement la place à un large sourire lorsqu’elle croisa son regard et elle applaudit également. Il sentit la garde du corps se raidir alors qu’on les félicitait et su qu’elle aurait préféré être n’importe où plutôt qu’à cet endroit en ce moment. Il lui serra discrètement la main pour attirer son attention.
« Fais comme moi, murmura-t-il avant de s’incliner pour saluer la foule. »

La jeune femme hésita un instant avant d’en faire de même, ils se relevèrent et s’inclinèrent de nouveau en faisant face à un côté différent avant de se relever une dernière fois et de se diriger vers l’un des buffets sur les côtés de la salle. L’orchestre, qui était resté silencieux jusqu’à présent, reprit sur une valse et les invités reprirent leurs conversations et leurs danses là où ils les avaient interrompues. Thrista entraîna la garde du corps près du buffet et ce ne fut que lorsqu’ils y parvinrent, après être passé en s’excusant entres de nombreux admirateurs qui souhaitaient les féliciter personnellement, qu’il lâcha enfin la main de celle-ci. Thrista regarda de nouveau Hannah et vit que son sourire forcé, qui avait prit la place du sourire naturel qu’elle avait arboré pendant qu’ils dansaient, avait également disparu au profit d’une expression fermée.
« Je suis désolé, je ne pensais pas qu’on attirerait autant l’attention… Je voulais juste…, commença-t-il mais il n’eut pas le temps de finir car un instant après la princesse arrivait, accompagnée du prince et de Todd.
– Eh bien je dois dire que je suis impressionné par vos talents de danseurs à tous les deux !, s’exclama Siléna avec un grand sourire satisfait.
– Je suis d’accord avec Siléna, cette danse était superbe !, ajouta le prince avec un signe de tête. »

Thrista lança de nouveau un regard vers la jeune femme brune avant de répondre et vit qu’elle le regardait également, dès que leurs regards se croisèrent elle détourna les yeux et s’éloigna sans dire un mot. Thrista hésita à la suivre mais finalement ne bougea pas et se retourna vers le couple royal.
« Eh bien disons que je cache bien mon jeu , s’exclama-t-il avec un sourire moqueur. Mais apparemment ton petit jeu n’a pas eu l’air de beaucoup plaire à ta garde du corps…, ajouta-t-il en faisant un signe de tête vers la brune qui s’éloignait.
– Je suis sûre qu’elle n’a pas tant détesté cette petite expérience que ça…, répondit la princesse en faisant la moue. »

Lorsqu’elle cligna des yeux Thrista aurait juré qu’elle lui avait adressé un imperceptible clin d’œil, il se raidit et sentit son visage rosir légèrement, mais elle ne fit rien pour confirmer cette impression et il tenta de ne plus y prêter attention. Le prince se tourna vers sa femme et, avec un sourire que Thrista trouva un peu trop enjoué, lui proposa une nouvelle danse. Cette dernière accepta avec plaisir et après avoir salué Thrista et Todd, ils se dirigèrent vers la piste de danse. Le brun aperçu la garde du corps de l’autre côté de la salle, surveillant discrètement la princesse, la mine renfrognée.
« Eh bien il à l’air d’apprécier la danse plus qu’on ne le pensait…, dit Todd, observant toujours le jeune couple royal qui se mettait en position pour la seconde fois. »

Thrista eu un léger gloussement, ce qui attira l’attention du blond.
« Non, je crois qu’il veut prendre sa revanche pour tout à l’heure, son sourire était un peu trop enjoué à mon goût si tu veux savoir…, répondit-il. »

Le garde du corps le regarda un instant avant de se tourner de nouveau vers  le couple, il remarqua le large sourire du prince et la soudaine hésitation de la princesse alors qu’ils se mettaient à danser. Un sourire apparut  alors également sur son visage.
« Effectivement, maintenant que tu le dis…, constata-t-il avec un petit rire. »

Un court silence s’installa ensuite entre eux pendant qu’ils observaient les danseurs effectuant des mouvements gracieux sur la piste avant que Todd ne reprenne la parole.
« Ne t’inquiète pas, elle n’aime pas être le centre de l’attention c’est tout. Je suis sur qu’elle a apprécié votre danse. Dit soudain Todd sans détourner le regard du couple royal. Elle souriait n’est-ce pas ? Malheureusement elle est trop fière pour l’avouer. »

Thrista posa de nouveau son regard sur la garde du corps brune, elle regardait dans sa direction mais il ne pouvait dire si c’était lui ou le couple royal qu’elle observait.
« Si tu le dis, répondit-il en soupirant légèrement.
– Crois moi, je la connais bien, répliqua le blond avec un sourire narquois. Tiens ! Je crois que la reine vient vers nous !, s’exclama-t-il ensuite en désignant la souveraine qui s’approchait d’un petit coup de tête.
– Bonsoir jeunes gens, déclara la femme brune au teint mat en arrivant devant Todd et Thrista. Je suis contente de vous revoir Thrista, Todd, ajouta-t-elle en s’inclinant tout à tour devant l’un puis l’autre.
– Dame Léna. C’est un plaisir, répondirent les deux adolescents d’une même voix. » La souveraine leur sourit chaleureusement en retour avant de reprendre.
« Cette soirée est un grand bonheur pour nous tous et j’espère que vous prenez plaisir à y participer. Mais je ne suis pas venu pour vous surveiller, je voulais savoir si tu me ferais l’honneur d’une danse mon cher Thrista, expliqua-t-elle, toujours avec le même sourire chaleureux au visage. Je suis désolé de vous interrompre dans votre discussion. Mais cela fait si longtemps que nous n’avons pas eu l’occasion de discuter et il me tarde d’en savoir plus sur ces fameux voyages, s’excusa-t-elle auprès du garde du corps qui ne put cacher sa surprise. »

Thrista fut surpris un instant, ne s’attendant pas à ce que la reine elle-même vienne lui proposer une danse, mais il accepta sans hésiter après un court instant.
« Bien sur Dame Léna, cela serait un grand plaisir !, s’exclama-t-il en posant un verre qu’il avait fini de boire avant de lui tendre son bras. Je te dis à plus tard dans ce cas Todd, ajouta-t-il à l’attention du garde du corps qui le regardait toujours avec surprise.
– Euh… Oui, oui, à tout à l’heure, répondit le blond après un instant de latence en le regardant les yeux ronds. »

Alors qu’ils se dirigeaient vers la piste de danse la reine s’arrêta un instant auprès de la fille du seigneur Junon qui discutait avec deux jeunes femmes qui semblaient fascinées par sa présence. Elle glissa quelques mots à l’attention de la jeune femme, à la surprise et la grande joie des deux autres qui ne purent s’empêcher de lui faire des compliments, puis elle et Thrista se mirent en position sur la piste de danse et commencèrent à tournoyer. Todd regardait Thrista et la souveraine et ne remarqua pas la jeune femme aux cheveux châtains clairs, descendant en longues boucles le long de son dos, qui s’avançait vers lui d’un pas nonchalant.
« Bonsoir messire, m’accorderiez vous cette danse ?, demanda-t-elle avec un sourire timide. »

Le blond se tourna vers elle et fut surprit de se retrouver devant la fille du seigneur Junon, pendant un moment il ne sut que répondre et cela la fit rigoler légèrement. Son rire léger le sortit de son indécision et Todd sourit à son tour avant de s’incliner devant-elle.
« Bien sûr, ce serait un honneur de danser avec vous ma demoiselle, répondit-il. Mais, si je puis me permettre, les titres sont inutiles avec moi, je ne suis ni un noble ni un chevalier. Je ne suis qu’un humble garde du corps, appelez moi Todd, ajouta-t-il avant de se relever. »

Lorsqu’il croisa de nouveau le regard de la jeune femme celle-ci arborait un large sourire et eu à nouveau un rire, plus franc et plus joyeux.
« Ai-je dis quelque chose de drôle damoiselle Junon ?, demanda-t-il, incertain. »

Celle-ci se renfrogna un instant mais reprit quasiment immédiatement son air jovial et prit à nouveau la parole avant que le garde du corps ne puisse le faire.
« Non, non, bien au contraire. Je raffole un peu plus des conventions que mon cher frère, mais cela ne signifie pas que je les apprécie toutes. Il est beaucoup plus agréable de faire sans, hélas dans ce monde ce n’est pas si facile… Mais je ne suis pas ici pour débattre, s’exclama la jeune femme en attrapant le blond par le poignet avant de l’entraîner sur la piste de danse sans qu’il puisse protester. Oh, et ‘ma demoiselle’ ça ne le fera pas le moins du monde, mon nom est Melodie Junon. Si tu veux que je t’appelle Todd alors appelle moi Mel, ou au moins Melodie !, s’exclama-t-elle en plaçant sa main sur l’épaule du jeune homme et en prenant la sienne pour la placer sur sa hanche avant de l’entraîner à sa suite. »

Le garde du corps ne put ignorer la ressemblance de caractère avec la princesse, ce qui le fit sourire. Il hocha la tête, laissant de côté la surprise qu’il avait ressentie à l’apparition de cette étrange jeune femme.
« Bien ma d- Melodie, dans ce cas je serais honoré de te faire découvrir mes talents de danseur !, répliqua le jeune homme avec un sourire espiègle. »

Ils se mirent alors à tournoyer tous les deux, changeant de sens au gré des accords.

Thrista et Lena passèrent plusieurs fois devant le jeune couple royal alors qu’ils se mouvaient sur la piste de danse et à chaque fois Thrista pu voir le sourire du prince qui entraînait Siléna dans une danse complexe au grand damne de celle-ci. Il aperçut également la jeune femme aux cheveux de jais qui observait la princesse en retrait depuis les côtés de la piste de danse et eut un sourire en la voyant plus concentrée que jamais.
« Que penses-tu du prince ?, demanda la reine avec un sourire alors qu’ils tournaient l’un autour de l’autre, liés uniquement par les paumes de leurs mains.
– Eh bien ma première impression de lui à été très bonne. Thédric Junon est fils d’une ancienne famille noble et prestigieuse mais il reste humble. Je ne vante pas mes mérites en temps que juge de caractère, mais il me paraît être un homme bien. Je dois dire, cependant, que je n’ai pas été grandement surpris par lui, il était évident pour moi que Siléna n’accepterais jamais d’épouser quelqu’un qui voudrait lui marcher sur les pieds. Ils ont un caractère semblable et complémentaire ce qui est une bonne chose. »

La reine acquiesça silencieusement avant de répondre, un sourire s’étirant à nouveau sur son visage.
« Depuis toute petite elle ne supporte pas de faire ce qu’on lui demande, je dois avouer que cela m’a quelque peu surprise qu’elle accepte de se marier aussi facilement. »

Ce fut au tour de Thrista d’acquiescer.

« Je pensais qu’elle ferait de la résistance, qu’elle aurait imaginé un nouveau stratagème pour se défiler, mais c’était sans compter sur Thédric. Je ne l’avais jamais rencontré avant de lui présenter Siléna, aussi je ne savais à quoi m’attendre que ce que Marco m’en avait dit. Je dois dire que sa description était plutôt exacte, il m’avait promis qu’il ne marierait pas notre fille à un homme qu’elle n’apprécierait pas et il a tenu parole. Ils se sont entendu beaucoup plus rapidement que je ne le pensais. Et dire qu’aujourd’hui ils sont officiellement les futurs héritiers du royaume… »

La reine soupira et prit un instant un air mélancolique avant de retrouver son sourire.
« Les enfants grandissent si vite, je vous vois encore Siléna et toi en train de fuir Oscius dans les jardins du palais… Mais je ne dois pas être mélancolique en ce jour de fête ! Dis m’en donc plus sur ton périple Thrista, on me dit que tu reviens de Simériah.
– Oui, j’ai beaucoup voyagé ces deux dernières années. Je voulais voir de nouveaux types de magie et m’entrainer pour devenir meilleur. Cela fait un peu plus de deux ans à présent.
– Simériah est un continent ancien, la magie y est encore très puissante, je suis sûre que tu as dû trouver de nombreuses choses intéressantes. J’y suis moi-même déjà allé il y à longtemps, à l’occasion de la signature d’un traité commercial, et j’ai pu voir les temples d’Oriandre. On dit que ce sont les joyaux d’émeraude du monde connu, je n’ai compris pourquoi on les appelait comme ça qu’après les avoir vu. » Thrista acquiesça.
« J’ai eu la chance de pouvoir les admirer de mes propres yeux, répondit-il. »

L’image des hautes colonnes des temples dédiés à la déesse Oriandre, symbole de la sagesse et de la fertilité, taillées avec précision dans de l’émeraude lui revint en tête. Chacun des quatre temples possédait huit large colonnes toutes réalisées par des moines plus d’un millénaire auparavant, sur toute leur longueur on pouvait admirer de fines et précises gravures représentant la déesse lors de ses passages sur les terres simériennes. Nul ne pouvait contester la majesté de ces bâtiments millénaires tant les colonnes frappaient l’esprit et l’imagination. Thrista avait eu l’occasion de pénétrer dans l’un des quatre temples, dont l’accès était d’ordinaire restreint au public, lors d’une cérémonie annuelle en l’honneur de la déesse.
« Je ne peux contester leur beauté, mais elle est égalée à mon goût par la cascade du palais impérial d’Yso. »

La reine eut un petit rire.
« Eh bien mon cher, ce sont là des propos dangereux, remettre en question la suprémacie d’Oriandre sur de simples seigneurs ?, répliqua-t-elle. Mais je dois avouer que, malgré la controverse qui l’entoure, le palais impérial est magnifique en bien des aspects. Tu t’y connais donc, à ce que je vois, tu n’as donc pas passé ton temps à t’entrainer… »

Thrista sourit et fit non de la tête.
« J’ai voyagé une partie du temps avec un ami qui était fasciné par tout ce qui nous entourait, nous avons donc étudié l’histoire des lieux ou nous nous trouvions, expliqua-t-il alors qu’ils entamaient une nouvelle ronde mais cette fois-ci leurs autres paumes collées.
– Quelqu’un que tu as rencontré au cours de ton voyage ?, demanda la souveraine, l’air curieuse.
– Oui, on peut dire cela, répondit Thrista avec un sourire. »

Il allait continuer mais une sensation de froid le saisit soudain, comme si on lui passait la lame gelée d’une épée le long de la colonne vertébrale. Il frissonna et fut immédiatement sur ses gardes. Ce n’était pas la première fois qu’il ressentait une telle chose, et d’habitude cela ne présageait rien de bon. Le jeune homme avait pris l’habitude de laisser son énergie s’étendre autour de lui, créant une fine toile de magie lui permettant de ressentir l’utilisation du mana dans les alentours. La sensation qu’il avait perçue était très faible, quasiment trop faible pour être d’une quelconque importance, mais il préférait rester sur ses gardes. Thrista regarda autour de lui, observant chaque personne qui dansait sur la piste ou regardait depuis le bord, tentant de déchiffrer chaque expression. Il ne remarqua rien au premier abord, tout semblait normal, les invités dansaient, riaient, buvaient et discutaient en toute tranquillité, mais alors qu’il allait détourner le regard il la vit. Un infime flash de chevelure rousse passant entre un groupe d’invités. Il se concentra et alors que l’éclair roux disparaissait de nouveau il y eut un éclat lumineux, un reflet de lumière sur… une lame ! Tous ses sens furent en alerte dès qu’il aperçut l’arme. Il jura silencieusement et se concentra sur la silhouette furtive, celle-ci semblait savoir ce qu’elle faisait, elle se mouvait discrètement parmi les invités sans attirer l’attention. Le jeune homme devina immédiatement ce qu’il allait se passer, aux vues de là où elle se dirigeait.
« Thrista ? Tout va bien ?, demanda la reine, le faisant soudain sursauter. »

Il remarqua alors qu’ils avaient arrêté de danser et qu’il se tenait immobile, il tenta de se détendre afin de ne pas inquiéter la reine d’avantage avant de se rappeler qui elle était. Il croisa le regard de la souveraine et redevint aussitôt sérieux.
« Je suis désolé dame Léna, mais je crois que non, dit-il simplement avant de se tourner à nouveau, la silhouette s’éloignait en direction de la jeune héritière du royaume. Je crois que Siléna est en danger…, s’exclama Thrista avant de partir en direction de la princesse avant que la reine ne puisse protester. »

Espérons que j’arrive à temps !, pensa-t-il en se précipitant entre les invités, des perles de sueur froide recouvrant sa nuque. Il arrivait au bord de la piste lorsqu’il perdit de vue l’éclair roux. Le jeune homme regarda autour de lui, cherchant frénétiquement la silhouette des yeux mais ne parvenant pas à la trouver. Il avança donc en direction de la princesse, tentant de calmer son cœur qui battait de plus en plus fort, et fit de son mieux pour ne pas sembler alarmé. L’adolescent n’était plus qu’à quelques mètres de Siléna lorsqu’il la vit enfin. Une grande femme rousse au visage fin qui se tenait droite et regardait fixement la princesse, elle tenait discrètement une étrange dague dans sa main et fit un mouvement pour affermir sa prise qui n’échappa pas au jeune homme. Il regarda à nouveau la princesse, apercevant Hannah non loin de là, et sut tout de suite qu’il n’arriverait jamais à temps. Il avait reconnu ce style, ce n’était pas une simple dague, c’était une dague de lancer et elle était prête à faire son office. Il s’élança en direction de la femme rousse au moment où celle-ci tendait les muscles de son bras pour lancer son arme. Tout sembla ensuite se passer au ralenti. Thrista savait qu’il n’aurait jamais le temps d’intercepter l’arme et encore moins de sauver la princesse.
« Hannah !, s’écria-t-il par réflexe, alors que la dague allait quitter la main de la femme rousse, avant de se diriger vers l’assassin. »

La garde du corps se tourna vers lui, puis vers la femme et enfin vers la princesse, analysant la situation en un éclair. Sans perdre un instant elle s’élança vers la princesse, la bousculant elle et le prince afin de les mettre hors de portée du projectile. La femme rousse ne prit même pas le temps de vérifier si son coup avait touché, dès que son projectile eut quitté sa main elle tourna les talons et se précipita vers la sortie sans accorder un seul regard aux alentours. A l’instar de celle qu’il poursuivait, Thrista bouscula un bon nombre d’invités alors qu’il tentait de la rattraper, ne s’arrêtant pas pour s’excuser de peur de la perdre de vue. Alors qu’il arrivait près de l’une des sorties il vit la chevelure rousse et le bout d’une robe noire disparaître à l’angle du couloir, aucun des gardes ne l’avaient apparemment remarquée. Il aperçut également sur sa droite le ministre des arts affalé sur sa chaise, ronflant bruyamment et l’image de l’émissaire des Iles Karnines lui revint en mémoire. Le jeune homme s’arrêta une fraction de seconde sur le pas de la grande porte menant sur le couloir pour regarder derrière lui, il vit un attroupement autour de la princesse et Hannah se relever et lui faire un bref signe de tête. Il jeta un regard dans la direction de Todd, suivit de près par la reine, qui se dirigeait déjà vers sa partenaire. Il hésita un instant à l’appeler avant de se mettre à courir dans la direction empruntée quelques secondes plus tôt par la femme rousse, sachant qu’il n’y avait pas de temps à perdre faisant confiance à Hannah pour le mettre au courant. Le jeune homme ne se préoccupa pas des regards étonnés que les gardes lui lancèrent alors qu’il passait devant eux et traversa le couloir en trombe. Il en traversa plusieurs de suite, sans regarder derrière lui pour savoir s’il était suivi par les gardes du château, avant d’arriver enfin sur la terrasse menant aux jardins du palais. Il aperçut la silhouette agile courant déjà sur le mur du palais en direction du port et jura à voix basse avant de se remettre à sprinter. Il concentra son énergie dans ses jambes pour leur donner plus de puissance et parcouru l’allée boisée en quelques enjambées avant de sauter par dessus le haut mur, malheureusement l’assassin semblait également maîtriser la magie car elle se trouvait déjà quasiment hors de vue. Il retomba sur les pavés au milieu d’une foule d’hommes, de femmes et d’enfant célébrant le mariage par des chants joyeux. Il se fraya ensuite un chemin parmis la foule et jeta un regard en face, apercevant celle qu’il poursuivait, elle semblait toujours se diriger vers le port mais Thrista savait qu’il ne pouvait la perdre de vue au risque de la laisser s’échapper. Le jeune homme prit appuis sur un mur pour sauter sur le toit de l’un des larges bâtiments bordant la longue avenue, cela lui permit d’apercevoir plus distinctement la femme qui s’enfuyait. Il atterrit sur le toit au moment où une voix l’interpella, il se retourna et aperçu Hannah qui fonçait à travers l’allée du jardin. Le jeune homme lui fit signe de le suivre et reprit sa course, manquant de déraper sur les tuiles recouvrant les habitations. La garde du corps le rattrapa alors qu’il sautait sur le second toit, atterrissant avec souplesse sur sa droite.
« La princesse va bien !, glissa-t-elle alors qu’ils reprenaient leur course, ce à quoi Thrista acquiesça.
« Elle est là bas, expliqua-t-il en pointant le doigt vers la silhouette qui se glissait dans une rue secondaire. Je n’ai pas pu bien l’apercevoir mais je crois que c’est l’émissaire des Karnines, la femme rousse, ajouta-t-il. »

La jeune femme hocha la tête à son tour et ils accélérèrent l’allure, ne ralentissant même plus pour se réceptionner en passant d’un toit à l’autre. Ils commençaient à rattraper la femme lorsqu’ils arrivèrent en bordure du port. L’assassin sauta par dessus le toit et se dirigea vers le haut mur, ne ralentissant pas une seconde. Elle escalada ensuite un haut bâtiment et pris appuis sur une cheminée pour sauter sur l’un des passages longeant la falaise et menant sur les hauteurs de la ville. Thrista et Hannah suivirent le même passage quelques secondes plus tard, maudissant les larges marches pavées qui les obligeaient à ralentir légèrement l’allure. Lorsqu’ils arrivèrent enfin sur le haut de la falaise ils furent quelque peu surpris de voir la silhouette de la femme s’éloigner vers les remparts protégeant l’entrée du port. Thrista allait formuler sa surprise à haute voix lorsqu’il fut frappé par une forte bourrasque de vent et failli trébucher, il se reprit à temps mais fut ralenti. Hannah elle, au contraire, sembla accélérer et alors qu’ils passaient devant l’un des large postes de garde postés le long du mur, elle sortit une lame de sa manche. Thrista se rendit compte qu’elle portait encore la robe de bal et se demanda un instant si elle cachait toujours des armes sur elle. La jeune femme brune tendit son bras et projeta la lame droit devant elle avec force, le brun pensa qu’elle allait toucher sa cible lorsque la femme se retourna d’un coup et dévia la lame sur la droite à l’aide d’un long couteau ressemblant étrangement à celui qu’elle avait utilisé un peu plus tôt. Cela eu pour effet de la faire ralentir, elle aussi devait lutter contre les fortes bourrasques de vent qui soufflaient à cette hauteur. Ce ralentissement, aussi léger soit-il, sembla donner l’avantage à Hannah qui en profita pour se lancer en avant et en un éclair elle se retrouva devant la femme rousse, lui barrant le chemin.
« Halte ou cette fois je ne louperais pas !, s’écria-t-elle en sortant une seconde lame de sa manche alors que l’assassin se précipitait toujours en avant. »

La femme rousse sembla hésiter un instant puis fit immédiatement demi-tour avant de se retrouver face à face avec Thrista. Le jeune homme s’arrêta de courir à son tour et s’exclama.
« Vous ne pouvez plus fuir, rendez-vous ! »

Il n’était pas sur que sa voix ai portée jusqu’à la femme par dessus ce vent mais il fut rassuré lorsque la femme hésita de nouveau, se retournant vers Hannah puis de nouveau vers lui. Il la reconnut immédiatement, c’était bien l’intrigante femme rousse qu’il avait vu au bras du ministre quelques heures plus tôt, mais pourquoi l’émissaire des Iles Karnines voulait-elle assassiner la princesse de Tébor ? Il retournait la question dans tous les sens dans sa tête pendant que la femme se tournait alternativement vers lui puis vers Hannah, elle semblait réfléchir à la meilleure solution pour s’échapper. Se battre ne semblait pas exclu réalisa alors le jeune homme, aussi se prépara-t-il à lui faire face. Il y eut une autre forte bourrasque de vent et Thrista failli de nouveau se laisser emporter, manquant de passer par dessus le bord du mur et de sombrer dans l’océan plusieurs dizaines de mètres plus bas. Il entendit Hannah de nouveau.
« Ce n’est même pas la peine d’y penser, vous ne faites pas le poids !, s’exclama la jeune femme. »

La rousse se tourna un instant vers elle puis, après quelques secondes lâcha son arme et leva les bras en signe de résignation. Thrista soupira de soulagement avant qu’il ne remarque qu’elle s’était mise à rire. Même s’il ne parvenait pas à l’entendre il voyait ses épaules tressauter à la faible lumière du ciel étoilé et il aperçut la surprise sur le visage de la garde du corps.
« Vous êtes trop tard !, s’exclama-t-elle, toujours en riant, avant de reculer d’un pas vers le bord. »

Thrista comprit ce qu’elle allait faire un instant avant que cela ne se produise mais il était déjà trop tard. Apparemment Hannah avait compris elle aussi car il l’entendit crier, ses mots cependant furent absorbés par le vent qui envoyât soudain une forte bourrasque, faisant basculer la femme dans le vide et la projetant vers les vagues déchaînées tout en bas.


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Ombre & Plumes – 14 – Bal d’honneur


D’ombre et de plumes

14

Bal d’honneur


Les serviteurs s’affairaient dans toute la grande salle du palais, finissant la préparation des tables, plaçant les invités qui arrivaient et proposant des distractions sous forme de musique. Thrista et Todd entrèrent par l’une des portes secondaires sur la droite. Des tables sur lesquelles reposaient toutes sortes de plats occupaient les bords de l’immense pièce tandis que le centre avait été laissé libre afin de permettre aux invités de danser. De nombreuses personnes étaient déjà présentes, occupant les tables et se rassemblant en petit groupes afin de discuter et d’échanger les dernières nouvelles du royaume. Des éclats de rire pouvaient être entendus sporadiquement un peu partout. Thrista aperçut la famille royale au niveau de l’emplacement des trônes. Le roi, la reine ainsi que le seigneur Junon semblaient en pleine discussion avec plusieurs de leurs ministres, le prince et la princesse eux n’étaient pas visibles et Thrista se douta qu’ils devaient être parmi la foule d’invités en train de recevoir les vœux de chacun.
« Tiens, voilà Hannah !, annonça soudain le blond en désignant l’autre côté de la salle. »
Thrista regarda dans la direction que lui indiquait et aperçu effectivement la jeune femme brune. Il ne lui fallut que très peu de temps pour apercevoir la princesse à son tour, elle ne se trouvait pas à plus de cinq mètres de sa garde du corps.
« Le contraire m’aurait étonné, remarqua le blond avec un petit sourire en coin. »
Ils allèrent tous deux s’installer près d’une table peu peuplée et se servirent chacun dans les différents plats qui étaient disposés sur la table. Chacun pouvait trouver nourriture à son goût parmi la variété extraordinaire des mets disposés sur la table. Des plats de légumes, de fruits, de viande, de fruits de mer, de nourritures locales et exotiques de toutes les couleurs. Les odeurs se dégageant de chaque plat se mélangeaient et formaient un fumet appétissant, Thrista ne pu que se laisser tenter par cette variété de goûts qui lui était présentée. Tout en dégustant les différents plats ils observaient les invités qui arrivaient par l’entrée principale de la grande salle. Des femmes aux robes et aux parures frisant l’excentricité entraient aux bras d’hommes aux costumes et aux coupes de cheveux impeccables.
– Chacun essaye de faire son impression sur le nouveau couple royal, remarqua le jeune homme blond.
– Oui, c’est le seul but de cette soirée pour eux je le crains. Pourtant ce n’est absolument pas la bonne façon de s’y prendre avec la princesse…, acquiesça Thrista avec un sourire moqueur.
– Effectivement, ils devraient avoir compris depuis le temps que la princesse n’apprécie pas ce genre de chose…, ajouta une voix sur sa droite. »
Thrista se tourna et reconnu le jeune prince qui se tenait à côté de lui.
« Votre majesté, le salua Todd, rapidement suivit par Thrista
– Inutile de recourir à toutes ces formalités, j’en suis aussi fan que la Siléna… Vous devez être Todd, l’autre garde du corps de la princesse je présume, répondit-il avec un sourire franc en tendant la main alors que le blond hochait la tête. Et vous devez être Thrista, l’ami de Siléna. Elle m’a beaucoup parlé de vous, ajouta-t-il en se tournant vers le jeune homme brun. Apparemment vous vous connaissez depuis un certain temps déjà. »
Il fixa Thrista de ses yeux verts et le jeune homme sut tout de suite qu’il n’était là que par obligation et que s’il n’avait tenu qu’à lui il aurait passé cette soirée, à l’instar de la princesse, dans un lieu plus tranquille. Il n’avait aucune arrière pensé en venant à sa rencontre, simplement une envie de se distraire.
« Oui, répondit Thrista avec un sourire. Nous nous connaissons depuis que j’ai six ans, mon père m’amenait avec lui lorsqu’il travaillait pour le roi et je restais au palais le temps qu’il passait à son service. Nous avons passé beaucoup de temps ensemble au fil des années.
– C’est bien ce que je me disais, acquiesça le prince. Eh bien je suis ravi de vous rencontrer tous les deux, ajouta-t-il avec un petit hochement de tête.
– Siléna m’a aussi parlé de vous, cher prince, dit Thrista.
– Appelez moi Thédric, je vous en prie. Et puis tutoyons nous, Siléna vous l’a sûrement dit et je ne le répète jamais assez, mais je préfère que mes amis me tutoient. Et les amis de Siléna sont les miens, le coupa- le prince avec un sourire gêné.
– Très bien, ce sera Thédric dans ce cas, répondit Thrista en acquiesçant à nouveau. Je vois pourquoi Siléna a accepté de t’épouser. Vous avez des caractères très similaires, ajouta-t-il en plaisantant.
– Accepté de m’épouser ? Elle n’a pu résister à mon charme depuis qu’elle à posé les yeux sur moi ! Et au passage la princesse de Tébor est bien plus têtue que moi, elle fait honneur à sa réputation, rétorqua le prince en riant. »
Les deux jeunes gens rirent avec lui. Thrista aurait donné beaucoup pour assister aux moments où les deux jeunes gens se retrouvaient seuls, il devait y avoir des étincelles.
« Soit, je concède le fait qu’elle est la personne la plus têtue que j’ai rencontré jusqu’à présent, approuva le jeune homme brun avec un large sourire. Mais elle a aussi ses charmes, on ne peut le nier.
– Ce n’est pas faux, dit Thédric en hochant la tête. Mais je crois que peu de gens ont eu l’occasion de les remarquer réellement, ajouta-t-il avec un clin d’œil en direction du blond. »
Todd acquiesça, préférant ne pas répondre de peur de s’étrangler avec la boisson qu’il venait d’avaler car il avait du mal à se retenir de rire.
« Tout à fait votre maj- je veux dire, prince Thédric, articula-t-il lorsqu’il eut avalé.
– Juste Thédric, j’insiste, répéta le prince à l’attention du blond. Quoique, prince Thédric peut aller, ajouta-t-il en voyant l’air mal à l’aise du garde du corps.
– Merci, répondit ce dernier, visiblement un peu moins à l’aise que Thrista. »
Le prince hocha la tête et se tourna ensuite vers le brun au moment où il lui posait une question.
« La princesse ne m’a pas raconté comment vous vous êtes rencontrés. Je suis curieux de le savoir, si je puis me permettre, demanda Thrista au prince. »
Celui-ci le regarda instant tout en réfléchissant avant de répondre.
« Bien sur, dit-il enfin. Nous nous sommes rencontrés la première fois il y a un peu plus d’un an. Mon père m’avait annoncé mon mariage avec la princesse quelques jours plus tôt et nous nous étions préparés à accueillir la famille royale chez nous pour qu’ils fassent escale sur leur chemin vers Rouge-Val. C’est là que nous nous sommes rencontrés la première fois, ce sont nos parents qui nous ont présentés. C’était la rencontre la plus embarrassante de ma vie, la princesse avait un air tellement formel qu’elle en était raide comme un piquet, commenta-t-il avec un sourire à la fois moqueur et quelque peu gêné. Bien sûr je ne pourrais pas dire que j’étais très à l’aise moi-même, j’ai passé tout l’après midi sans lui adresser un seul mot. Ce n’est que le soir venu qu’elle m’a motivé à lui parler si je puis dire.
– Qu’entendez-vous- Mes excuses, qu’entends-tu par motivation ?, demanda Thrista en se reprenant immédiatement.
– Il n’y a pas de mal, l’excusa le prince en inclinant légèrement la tête. Je supporte mal que l’on me vouvoie et je les fuis les titres comme la peste autant que je le peux mais je puis faire un effort pour ce soir s’il le faut absolument, dit-il avec un soupir faussement abattu. Mais pourquoi cette question ?, demanda-t-il à son tour. »
Thrista sourit à cette question.
« Eh bien parce que ‘motivation’ n’a pas la même signification avec la princesse qu’avec tout le monde…, répondit-il, une lueur amusée dans le regard. »
Le prince sembla comprendre l’insinuation et eu un petit sourire complice. Todd lui aussi comprit ce que le jeune homme voulait dire mais se retint d’afficher toute expression, restant de marbre au prix d’un certain effort. Il savait pouvoir se permettre ce genre de chose aux côtés des deux autres jeunes hommes mais préférait garder un certain professionnalisme.
« Disons que j’ai cru comprendre être, et ce sont ses mots, ‘une poule mouillée pour ne pas voir le cran de causer à une jeune femme’, expliqua Thédric. »
Thrista parvenait sans grand mal à s’imaginer ces mots sortant de la bouche de Siléna. Le prince continua.
« J’ai fait ce que tout homme mur aurait fait dans ma situation : je lui ai répondu que je n’étais pas une poule mouillée et que c’était en partie sa faute si on n’avait pas échangé un seul mot de la journée, le jeune prince grimaça à ce souvenir. Ce n’était pas la décision la plus intelligente de ma vie je dois l’avouer, j’ai tenté de m’excuser mais elle est partie sans dire un mot. Ce n’est que le lendemain lorsqu’elle est venu s’excuser, à contrecœur j’en garde la certitude même si elle le dément, et j’ai pu lui présenter mes excuses à mon tour. Croyez le ou non après cet évènement nous avons passé les trois jours suivant à nous disputer, on peut dire que nous nous sommes détesté dès le début. Thédric se mit à rire. Nos parents croyaient ne jamais pouvoir mener cette alliance à bien. Et puis finalement nous avons trouvé un terrain d’entente en ce qui est du conformisme et des traditions. La Princesse tenait en horreur le fait de devoir faire bonne figure devant la cours et moi je tenais à avoir une certaine liberté vis-à-vis de mon titre. Le fait que nous détestions devoir respecter le code de bonne conduite à tout instant nous à rapproché, à notre surprise et à celle de nos parents, et finalement nous en sommes arrivé sans grand problème à ce compromis de mariage, conclu Thédric.
– Je n’en suis pas étonné, remarqua le jeune homme brun. Siléna n’aurait pas supporté quelqu’un qui aime jouer son rôle. »
Le prince hocha la tête d’un air approbateur avec un sourire.
« La princesse m’a parlé de vous, enfin de toi, si tu acceptes que nous nous tutoyions.
– Bien sûr, répondit le jeune homme brun. Excuse moi si je semble mal à l’aise, les habitudes sont difficiles à perdre… »
Thédric acquiesça silencieusement avant de continuer.
« Siléna m’a donc parlé de toi en quelques occasions mais depuis la semaine dernière nous n’avons eu le temps que d’échanger les mots sacrés de notre union. Elle ne m’a pas encore parlé de la raison de ta présence ici. Est-ce uniquement pour le mariage que tu as fait le déplacement ?
– Disons que oui et non, répondit Thrista. Cela fait bientôt deux ans que je voyage sur des terres lointaines et j’ai décidé il y a peu de revenir à la maison. Je compte participer au Tournois des Sages dans deux ans mais en attendant il me reste du chemin à parcourir et je souhaitais revenir en terre d’Ore pour m’entrainer jusqu’au tournois. Et qui sait, pourquoi pas même trouver des camarades de route. Et lorsque j’ai eu vent du mariage de Siléna je me suis finalement décidé à revenir. »
Le prince allait ajouter quelque chose lorsque Siléna s’approcha de lui un verre à la main et le salua d’une révérence.
« Mon Prince, dit-elle en s’inclinant devant-elle.
– Ma Dame. Ce dernier s’inclina à son tour, le visage souriant. »
ais il s’effaça bien vite alors que la princesse ne se relevait pas. Thrista remarqua que la princesse faisait exprès de prolonger ce moment et se douta qu’elle n’avait pas du apprécier d’être laissé seule au milieu des invités. Elle faisait à présent payer son nouveau mari. Formuler cette pensée comme cela parut bizarre au jeune homme, il avait du mal à se faire à l’idée que la jeune femme rebelle avec qui il avait joué il y avait si longtemps était mariée. Il eut un petit sourire moqueur en voyant Thédric mal à l’aise de devoir rester dans la position inconfortable où il était et celui-ci grandit encore lorsqu’il aperçut le clin d’œil que lui adressa la princesse en se relevant enfin. Elle se tourna ensuite vers lui et le salua brièvement à son tour.
« Cher Thrista, dit-elle en se baissant. Cher Todd, ajouta-t-elle en se tournant vers son garde du corps.
– Votre majesté, répondirent le garde du corps et le jeune homme brun en cœur en terminant leur révérence. »
Thrista aperçut alors la jeune femme brune non loin qui ne quittait pas la princesse des yeux, elle était vêtue d’une robe bleu marine (à son grand dam, au vue de l’expression qu’elle arborait) et le jeune homme ne détourna les yeux que lorsque Siléna parla de nouveau.
« De quoi discutiez vous avez tant d’intérêt ?, demanda-t-elle en se tournant de nouveau vers le prince. »
Ce dernier jeta un regard furtif au brun avant de répondre.
« Je demandais simplement à Thrista ce qu’il comptait faire maintenant qu’il est revenu. Il m’expliquait qu’il comptait participer au Tournoi des Sages et qu’il cherchait des compagnons de voyage. »
Il avait omis de mentionner son récit de sa rencontre avec la jeune femme et Thrista se doutait de la raison aux vues de ses expériences du tempérament de feu de la jeune femme.
« Ah oui !, s’exclama-t-elle. Nous en parlions hier. Lui aussi en est un grand fan, ajouta Siléna en se tournant vers Thrista tout en désignant le prince. »
Elle allait enchaîner avant qu’il ne puisse faire de réflexion à ce sujet lorsque le silence se fit dans la salle. Tous se tournèrent vers les souverains de la ville qui se tenaient debout devant leurs trônes. Le roi s’avança d’un pas et s’éclaircit la gorge pour prendre la parole.
« Chers amis, je suis heureux de pouvoir vous accueillir ce soir dans ce magnifique hall. Notre grande ville, fondée il y a huit cent ans par un simple pêcheur et sa famille, est aujourd’hui l’un de joyaux de ce continent et la fierté de notre pays. Elle est la preuve que qui que nous soyons, que d’où que nous puissions venir tout est possible avec persévérance et entraide. Aujourd’hui nous célébrons le mariage de notre bien-aimée princesse, ma fille Siléna, et de l’héritier de la famille Junon, Thédric, fils du seigneur Stanis. »
A ces mots la foule applaudit avec joie.
« Je souhaite donc leur souhaiter, de ma part et, j’en suis sur, de la vôtre, la meilleure chose possible pour leur futur : le bonheur, ajouta-t-il avec un sourire en levant un verre en direction du jeune couple. »
Tout le monde s’écarta pour les mettre en valeur, Thrista suivit le mouvement, suivi de près par Todd et Hannah, que ce dernier dut tirer par le bras pour lui faire comprendre qu’ils devaient se ranger. Les deux récent époux saluèrent la foule en levant leurs verres à leur tour avec un sourire chaleureux. Puis le roi reprit.
« Je souhaite également profiter de cette occasion rare que j’ai de m’exprimer sans être interrompu, commença-t-il avec un sourire malicieux, ce qui déclencha plusieurs rires et fit sourire les autres, pour ouvrir officiellement le bal en l’honneur de nos deux jeunes époux. »
Il tappa trois fois des mains et une musique plutôt lente mais joviale retentit. Il fit signe aux jeunes époux de les rejoindre de les rejoindre lui et sa femme avant de se diriger vers le centre de l’immense pièce, qui se trouvait à présent dépourvu d’invités, suivit de près par le seigneur Junon et d’une jeune femme brune que Thrista reconnu comme étant sa fille et la soeur du nouveau prince. Le jeune homme brun, qui se tenait sur le côté, vit un sourire moqueur apparaître furtivement sur les lèvres de la princesse alors qu’elle entraînait son maris sur la piste de danse. Il comprit pourquoi lorsqu’il vit le regard désespéré que le prince lançait à la piste de danse.
« Je crois qu’il n’aime pas ça…, lui lança discrètement Todd, recevant un regard noir de sa collègue aux cheveux de jais. »
Thrista sourit.
« Oui, c’est mon impression aussi. Mais je crois que Siléna prend un malin plaisir à le faire danser, ironisa-t-il en voyant le couple se mettre à danser à la suite du roi et de la reine ainsi que du seigneur Junon et de sa fille. »
La valse lente dura un peu plus de dix minutes, ce qui dût paraître une éternité au jeune prince pensa Thrista. Chaque cavalier fit danser sa partenaire en rond, tournoyant autour des autres couples puis les croisant et changeant de sens, faisant virevolter le tissu léger des robes et les amples rajouts de tissus des costumes. A la fin du premier temps, cavalier et cavalières changèrent, la princesse dansa avec le seigneur Junon, le roi avec la fille de ce dernier et la reine avec le prince puis au seconds temps ils changèrent ensuite et la princesse se retrouva avec son père, la reine avec le seigneur Junon et le prince avec sa sœur. Tous étaient d’excellents danseurs, même le prince qui semblait ne pas apprécier cet exercice autant que sa femme et sa sœur, démontrait son habileté de jeu de jambe et la qualité de ses mouvements précis. Ils finirent tous d’exécuter les derniers pas en complète synchronisation alors que les dernières notes retentissaient. Il y eu un petit silence puis ce fut un tonnerre d’applaudissements de la part des spectateurs qui souhaitaient exprimer leur appréciation pour ce spectacle. Le roi Marco, Siléna toujours à son bras, se tourna vers l’impressionnante assemblée en face de lui et sourit avant de parler à nouveau.
« Chers amis, j’espère de tout cœur que cette danse vous à plu. Je vous enjoins à présent à apprécier vous même les charmes de cet art délicat et fort à la fois. J’annonce que le grand bal est officiellement ouvert !, s’exclama-t-il un large sourire aux lèvres en désignant de son bras libre l’orchestre qui recommença à jouer sous les applaudissements des invités. »
Ceux-ci se pressèrent ensuite sur la piste pour danser à leur tour. Thrista aperçu la fille du seigneur Junon se diriger vers son frère et l’entraîner à nouveau sur la piste de danse, malgré ses protestations, et ce visiblement pour le plus grand plaisir de la princesse. Cette dernière se dirigeait droit vers le trio et s’arrêta devant Thrista.
« M’accorderiez-vous cette danse cher ami ?, demanda-t-elle avec un sourire.
– Bien sur Princesse, répondit Thrista avec une brève révérence et un clin d’oeil avant de lui offrir son bras et d’emmener Siléna sur la piste qu’elle venait de quitter. »
Todd se tourna vers Hannah mais à peine avait-il ouvert la bouche qu’elle s’était détournée pour observer la princesse.
« N’y pense même pas, le coupa-t-elle. »
Le blond soupira et eut un petit rire nerveux avant de lever légèrement les bras.
« Bien, bien ! Mais tu ne pourras pas fuir les conventions éternellement tu sais… Je n’insisterai pas plus car le devoir m’appelle mais il va bien falloir t’y plier un jour…, répliqua-t-il avant de se diriger vers une jeune femme aux cheveux châtains vêtue d’une élégante robe pourpre qui lui faisait signe quelques mètres plus loin sans même laisser le temps à sa partenaire de lui répondre. »
La jeune femme brune, dont les sourcils étaient à présent froncés, le vit s’élancer sur la piste et détourna quasiment aussitôt son attention pour se concentrer à nouveau sur la princesse avec un soupir agacé. Le jeune homme brun et la princesse tournaient lentement sur la piste depuis un moment avant que celle-ci ne prenne enfin la parole.
« Alors, que penses-tu de mon époux ?, demanda-t-elle avec un sourire.
– Eh bien il me semble fort sympathique et intéressant d’après le peu de temps où j’ai pu lui parler. Je comprends pourquoi tu l’apprécie, il a également l’air de ne pas apprécier plus que toi les conventions aristocratiques, ajouta-t-il avec un sourire moqueur. »
La princesse ne répondit pas mais lui écrasa discrètement le pied et il dût se retenir pour ne pas donner voix à sa douleur.
« Eh !, s’exclama-t-il à demi-voix lorsqu’il se fut repris, ça fait mal tu sais ! »
Thrista n’eut pour toute réponse qu’un sourire faussement compatissant de la part de sa partenaire.
« Il est évident aussi qu’il doit t’apprécier beaucoup pour accepter de danser avec toi… Alors qu’il n’aime pas du tout cela !, s’exclama-t-il à nouveau avant que la princesse ne puisse à nouveau lui écraser le pied. »
Siléna le regarda un instant, surprise, puis un sourire machiavélique se dessina sur ses lèvres.
« J’ai failli être surprise que tu le remarques mais après tout c’est plutôt évident et tu étais juste à côté de lui avant que l’on ne danse. J’ai deviné qu’il détestait ça depuis le début mais jamais il n’a osé me le dire, alors je continue à faire comme si de rien était et je le fais danser aussi souvent que possible…, répondit-elle en gloussant légèrement. »
Ils continuèrent à danser en silence pendant quelques secondes avant que la jeune femme ne parle à nouveau.
« D’ailleurs si je crois bien me souvenir, toi non plus tu n’es pas un grand amateur de danse…, lança-t-elle avec un sourire en coin alors qu’ils tournoyaient lentement entre les autres couples. »
Thrista rit légèrement avant de répondre.
– Oui, c’est vrai que je n’aimais absolument pas de danser auparavant, mais j’ai appris à l’apprécier assez récemment, grâce à un excellent professeur…, répondit le jeune homme brun, un léger sourire mystérieux au visage.
– Ah oui ?, demanda la princesse, curieuse.
– Oui. J’ai eu l’occasion de voir des danses magnifiques et la possibilité d’y participer et je dois dire que cela a entièrement changé mon point de vue. Je te le raconterai peut-être un jour…, ajouta-t-il avec un clin d’œil joueur. »
La princesse soupira et donna une légère tape sur l’épaule de Thrista, elle allait donner voix à ses protestations lorsqu’elle aperçut sa garde du corps, sur l’un des côtés de la piste, dont le regard restait fixé sur elle. Elle soupira de nouveau.
« J’en connais une qui aurait bien besoin d’une illumination aussi…, dit-elle en baissant légèrement la voix et en faisant un discret signe de la tête vers Hannah. Elle prend son travail beaucoup trop au sérieux et ne connais pas la demi mesure… »
Thrista glissa un regard vers la garde du corps et un léger sourire se dessina sur ses lèvres alors qu’il tentait d’imaginer la jeune femme brune au visage sévère en train de s’amuser.
« J’ai du mal à me l’imaginer en train de sourire, je dois l’avouer…, répliqua-t-il. Mais, ajouta-t-il après un léger temps de réflexion, si tu tiens tellement à ce qu’elle se détende, pourquoi ne pas utiliser ce sérieux contre elle ? »
La princesse le regarda un instant avant de lui demander de continuer, l’air très intéressée.
« Eh bien, elle fait ce qu’elle à été payée pour faire, non ? Protéger la princesse et lui obéir ?, ajouta-t-il, un sourire entendu sur les lèvres. »
Siléna continua de le fixer un instant sans réagir avant de comprendre ce qu’il insinuait et qu’un sourire machiavélique vienne relever les coins de ses lèvres. Toute personne passant à côté à ce moment aurait pu prendre ce sourire pour un simple sourire heureux et enjoué mais Thrista, qui avait longtemps participé aux machinations de la jeune femme, su immédiatement qu’il ne signifiait rien de bon. Avait qu’il n’ait pu réagir ou dire quoi que ce soit cependant, la princesse s’arrêta de danser et fit signe à la jeune femme brune de s’approcher d’eux. La garde du corps s’avança rapidement à travers la foule dès qu’elle comprit que la princesse lui demandait de les rejoindre. Thrista allait demander à la jeune femme blonde ce qu’elle préparait mais il fut pris de cours par la rapide arrivée de la dénommée Hannah.
« Vous avez besoin de moi, princesse Siléna ?, demanda la brune. »
Malgré tout ce que la princesse avait pu dire ou faire, sa garde du corps n’avait pas démordu du titre qu’elle ajoutait devant son nom, refusant toute forme d’informalité avec elle, contrairement à son partenaire blond qui lui n’avait pas eu de mal à s’y habituer.
« Oui, j’ai un service à te demander, répondit Siléna en hochant la tête.
– Tout ce que vous voudrez ma Dame.
– Bien. Avant je souhaitais juste te demander une chose. La garde du corps attendit en silence que la princesse pose sa question. Pourquoi ne fais-tu pas comme Todd ? Ce soir est un soir de réjouissance, pourquoi n’es-tu pas en train de le fêter comme il se doit ?, demanda-t-elle. »
Hannah la regarda un instant avant de répondre.
« Mon devoir ce soir est avant tout de vous servir et de vous protéger, je ne fais que ce qui est attendu de moi. Toute autre activité se ferait au détriment de votre sécurité princesse, et je ne souhaite vous mettre en danger, aussi préférais-je rester en retrait. Si toutefois vous souhaitez de moi que je me mêle plus discrètement aux autres invités alors je ferais ainsi…, dit-elle en ne quittant pas la jeune femme blonde des yeux. »
Siléna acquiesça, son sourire devenant plus large lorsqu’elle eut fini. Elle lança un regard amusé à Thrista, ce fut à ce moment que le brun comprit ce que la princesse avait derrière la tête exactement.
« Siléna, attends-, commença le jeune homme. »
Mais il fut interrompu par la blonde avant de pouvoir protester.
« Très bien. Dans ce cas je veux en effet que tu danse. »
Un court instant, le visage de la jeune femme brune trahit sa surprise, mais elle se ressaisit rapidement. Elle s’apprêtait à protester lorsque Siléna continua.
« Tu vas danser la prochaine danse avec mon partenaire, Thrista ici présent, pendant que moi je vous regarderai depuis le bord de la piste. Je serai en vue durant tout ce temps, si c’est ce que tu comptais utiliser comme argument pour protester !, s’exclama la princesse alors qu’Hannah ouvrait la bouche pour répliquer. Je ne serai pas loin, et tu ne peux me désobéir, c’est un ordre, ajouta-t-elle. »
Avant qu’aucun des deux autres ne puisse protester elle s’éloigna ensuite d’un pas décidé vers le bord de la piste. La jeune femme brune était sur le point de se retourner et de la suivre lorsque Siléna la prit de court en se retournant d’abord, Hannah se figea sur place. La princesse était déjà à plusieurs mètres de distance et elle forma plusieurs mots en silence à l’adresse de sa garde du corps. Allez, danse, c’est un ordre. Hannah se retourna vers Thrista qui haussa les épaules puis lui tendit son bras, résigné. La jeune femme soupira, exaspérée, et le suivit sur la piste. Ils se mirent en position. Aucun des deux ne remarqua le sourire satisfait et victorieux sur le visage de la princesse alors qu’elle se rapprochait du bord de la piste.
« Je ne sais pas danser, annonça simplement la garde du corps en fixant, les sourcils froncés, un point invisible au-delà de Thrista. »
Le jeune homme mit un certain temps à comprendre qu’elle s’adressait à lui.
« Concentre-toi sur mes pas et ça ira tout seul, répondit-il avec un sourire avant de se mettre à bouger en rythme avec la musique lente qui venait à présent de reprendre. »


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Ombre & Plumes – 13 – Le mariage


D’ombre et de plumes

13

Le mariage


La procession avançait lentement au milieu de la foule nombreuse. Des gardes délimitaient un passage de chaque côté, maintenant le public à une certaine distance du convoi. La princesse était installée sur un carrosse en bois ouvert tiré par deux étalons noir et pouvait ainsi saluer le peuple de la cité en passant. Le roi et la reine eux se trouvaient un peu en avant et avançaient eux aussi à cheval. De nombreux nobles suivaient leur exemple entre eux et la princesse et derrière le carrosse de la jeune femme, soit à cheval soit à pied. Venaient ensuite à la fin du cortège les prêtres d’Eneleïa, chargés de transporter le coffre renfermant les joyaux de la couronne. En théorie ce devait être le cas, en pratique seuls deux diadèmes se trouvaient dans le coffre, un pour la princesse et l’autre pour son époux. Les deux diadèmes étaient quasiment identiques, forgés en ivoire blanc ils possédaient chacun une gemme en leur centre l’une une émeraude pour le prince et l’autre un saphir pour la princesse. Six prêtres étaient présent à l’arrière de la procession, chacun représentait l’un des six temples de la ville, ils formaient le conseil religieux d’Eneleïa, composé uniquement des hauts prêtres de chaque temple. Chacun était vêtu d’un habit cérémonial respectif à l’ordre auquel il appartenait. Quatre d’entre eux portaient le coffre en fer forgé, les deux autres menaient la marche avec un brûleur d’encens, qui expulsait une légère traînée de fumée derrière eux, et un rameau d’olivier sacré afin de bénir l’union des deux jeunes gens. Des pétales de fleurs tombaient de tous côtés, jetés par les passants en l’honneur de la princesse et de son mariage.
Thrista se trouvait derrière le carrosse de Siléna un peu en retrait, il marchait à côté du garde du corps blond. Todd, qui avait tout d’abord décidé de suivre Hannah et de rester le plus proche possible de la princesse, avait rapidement abandonné l’idée devant l’absence de réaction de sa partenaire lorsqu’il avait tenté d’entamer une conversation.
« Elle ne se rend pas compte à quel point elle est frustrante à vouloir trop bien faire…, se plaignait-il en soupirant à un Thrista amusé. Au moins le courant passe plutôt bien avec la princesse… Encore heureux… »

La veille ils avaient passé le reste de l’après midi en compagnie de la princesse alors que celle-ci parcourait le palais afin de veiller au bon déroulement des derniers préparatifs. Thristé ne s’était retiré que lorsque la nuit était tombée, après avoir salué le roi et la reine une nouvelle fois, et était rentré afin de se reposer pour la journée à venir. En effet, il devait se réveiller suffisamment tôt pour se rendre au palais sans être importuné par la foule de visiteurs qui se masserait devant afin de retrouver la princesse avant la procession. Il s’était revêtu de ses plus beaux habits pour l’occasion, à la surprise de Siléna visiblement puisque celle-ci ne sembla pas le reconnaître immédiatement. Il avait ensuite suivit celle-ci ainsi que Hannah et Todd jusqu’à l’entrée du palais d’où devait commencer le trajet jusqu’à la cathédrale.

Le convoi arriva par l’entrée sud de la grande place. Celle-ci était bondée, les citoyens de la ville comme les touristes s’étaient regroupés autour du centre de la place où se trouvait un piédestal de plusieurs dizaines de mètres carrés qui était surélevé d’un bon mètre cinquante par rapport à la place. C’est habituellement là que se plaçaient les commerçants les plus influant de la ville lors du marché, aujourd’hui cependant cet espace était totalement recouvert d’une foule compacte qui attendait patiemment l’arrivée du convoi. Au centre se trouvait une immense statue en bronze représentant les deux frères fondateurs de la ville. A son entrée la procession fut acclamée par des milliers de voix, la rumeur se propagea rapidement et bientôt toute la place retentit d’acclamations et de cris de joie à l’intention de la princesse qui était tout sourire en saluant la foule en retour. Le carrosse passa à côté du centre de la place et le contourna pour s’arrêter devant la grande arche à l’entrée du temple d’Esselia, la divinité du soleil. Toute la procession s’arrêta à son tour. Seuls les prêtres continuèrent d’avancer, passant parmi les nobles et les invités présents dans la procession qui s’étaient regroupés en deux rangs sur chacun des côtés, ils montèrent les marches du temple et disparurent à l’intérieur. Le roi et la reine descendirent de leurs montures et allèrent rejoindre leur fille, ils montèrent alors tous les marches du temple. Le roi Marco et sa fille disparurent à l’intérieur à la suite des prêtres tandis que la reine attendait dehors l’arrivée du prince en saluant la foule. Celui-ci arriva quelques secondes plus tard accompagné de son père, ils chevauchaient tous deux des chevaux blanc. Le prince était habillé de noir et de rouge et portait une longue cape sur le dos. Lorsqu’il passa devant Thrista et Todd, les deux jeunes hommes en profitèrent pour l’étudier de plus près. Il était de taille moyenne, brun, les cheveux mi-longs et bien coiffés, mais Thrista se doutait qu’il devait les avoir en bataille habituellement car il semblait faire extrêmement attention à ne pas les ébouriffer. Il avait une courte barbe, les sourcils légèrement plus foncés et en bataille ainsi que les yeux d’un vert sombre. Ses traits étaient à la fois déterminés et jovial, il souriait chaleureusement à la foule en la saluant mais semblait un peu stressé. Son père au contraire restait droit et fier en saluant la foule, il ne regardait rien d’autre que devant lui à mesure qu’il avançait.

« Je comprends mieux à présent pourquoi elle n’a pas trop protesté…, glissa Thrista au blond avec un clin d’œil. »

Ce dernier répondit par un sourire.
« Plutôt charmant n’est-ce pas ?, acquiesça Todd avec un petit sourire en coin. »
L’ensemble de la procession repartit pour suivre le prince et son père à mesure qu’ils approchaient du temple. Ils descendirent de leurs montures et parcoururent les marches menant à l’entrée avant de s’arrêter au niveau de la reine et de s’incliner. Lena les salua à son tour puis ils firent un dernier signe au public avant de pénétrer dans l’imposant bâtiment de pierre taillée. Les membres de la procession firent alors de même et pénétrèrent dans le temple, ils furent suivis par de nombreux citoyens et visiteurs qui se trouvaient sur la place. Tous ne purent rentrer mais plusieurs centaines de personnes se trouvaient déjà dans le bâtiment lorsque Todd et Thrista aperçurent de nouveau Hannah. Ils s’étaient placés sur la droite, un peu en retrait, de l’autel en l’honneur de la déesse où la cérémonie allait réellement avoir lieu. Le prince se tenait debout à côté de la reine Lena et en face de son père. Les six prêtres étaient debout devant l’autel, l’un d’entre eux se tenait  en avant et semblait être celui en charge de la cérémonie. Thrista observait chacun d’entre eux tour à tour lorsque l’un d’eux se tourna discrètement vers lui. Le jeune homme reconnu Zani, le Maître Ancien du temple de Sha’ana. Celui-ci lui fit un clin d’œil rapide avant de se tourner de nouveau vers la salle. Thrista repensa aux mots du vieil homme la veille. Evidemment ! Il n’était pas juste l’un des trois Maîtres Anciens du temple mais le Haut Prêtre de Sha’ana…  Thrista sourit à cette pensée. Il ne s’en serait pas douté, le vieil homme ne se comportait pas du tout comme les autres prêtres qu’il avait pu croiser. Il regarda autour de lui et aperçut soudain la jeune femme brune qui s’approchait discrètement de l’autel du côté opposé. Elle l’aperçut mais ne lui fit aucun signe et se tourna simplement vers l’entrée.
« La cérémonie va bientôt commencer je crois, annonça alors Todd en faisant un signe de tête vers la jeune femme qu’il avait également aperçu.
– Oui, la princesse de devrait plus tarder maintenant, acquiesça Thrista. »

Le brouhaha qui s’était installé dans l’immense espace de la salle du temple se dissipa peu à peu pour laisser place au silence. Plus un bruit ne vint perturber ce silence pendant de longues secondes jusqu’à ce que les cloches de la ville sonnent annonçant maxima. Des trompettes se firent alors entendre, le prince se redressa. Tous se levèrent dans la salle et se tournèrent vers l’entrée du temple. Siléna se tenait debout au bras de son père, souriante. Les trompettes raisonnèrent de nouveau et cette fois des cœurs se firent entendre de chaque côtés de chaque côté des immenses colonnes qui bordaient la salle. La princesse et le roi avancèrent lentement le long des rangs, à mesure qu’ils se rapprochaient de l’autel les sujets présents dans la salle saluaient leurs souverains. Ils s’arrêtèrent uniquement une fois arrivé en face du jeune prince. Marco lâcha la main de sa fille avec un sourire et alla se placer à côté de Stanis Junon. Siléna et Thédric se tournèrent alors vers le haut prêtre qui se trouvait en face d’eux. Ce dernier les observa un instant, demandant silencieusement s’ils étaient prêts, ils hochèrent imperceptiblement la tête et il s’avança vers eux un grand livre à la main.
« Mes Seigneurs, mes Dames. Nous sommes aujourd’hui réunis dans la maison d’Esselia pour célébrer l’union de deux jeunes gens. Notre bien aimée héritière, la princesse Siléna Daastan va aujourd’hui épouser l’estimé Thédric Junon, dernier fils de la noble maison des Junons. C’est pour nous tous une grande fierté que de voir ces deux familles s’unir dans notre belle cité et c’est sous l’auspice favorable de la déesse que nous allons célébrer cette union. »

Il ouvrit alors l’imposant tome et commença à réciter une prière en ancien langage. C’était un long éloge à la déesse Esselia, divinité du soleil et bienfaitrice de cette cité qui jadis avait donné aux fondateurs de la cité la larme de lumière. Selon la légende cette larme avait coulé de la joue même de la déesse lorsqu’elle avait assisté impuissante à l’exécution de son fils. Cette larme avait été gardée par Esselia et donnée en signe de bénédiction à l’aube des temps. Perdue pendant un temps elle fut retrouvée par le père des fondateurs de la cité et serait soit disant gardée en lieu sûr depuis ce jour, attendant patiemment le moment de sa libération. Car la légende ajoute qu’elle ne sera libérée que par le cœur le plus bon et le plus courageux lorsque tout semblera perdu et que l’espoir aura quitté ce monde. A mesure que le prêtre récitait ces lignes, les autres les chantaient en cœur et elles étaient reprises en canon par les chœurs sur les côtés. Lorsqu’il arriva enfin à la fin et qu’il se tut seul la respiration des centaines de personnes présentes dans la salle pouvait être entendue. Il fit alors signe au prêtre qui se trouvait le plus à droite, ce dernier approcha avec le brûleur à encens. Le premier prêtre posa le livre sur l’autel et le second se plaça devant les futurs mariés. Il entama un chant tout en balançant lentement le brûleur de droite à gauche, il fit alors le tour du couple par la droite puis par la gauche et revint se placer devant eux. Le premier prêtre s’approcha de nouveau.
« Jurez vous de vous de rester fidèle à la promesse sacrée jusqu’à la fin, Thédric Junon fils de Stanis Junon ?, demanda-t-il alors en regardant le jeune homme dans les yeux.
– Oui, je le jure, répondit le jeune homme d’une voix assurée après un instant de silence. Thrista fut surpris par la voix grave du jeune homme lorsqu’il répondit. Le prêtre hocha simplement la tête et se tourna vers Siléna.
– Et vous, Siléna Daastan, fille de Marco Daastan et de Lena Daastan, jurez vous de rester fidèle à la promesse sacrée jusqu’à la fin ?
– Oui, je le jure, répondit la jeune femme quasi-immédiatement. »

Le premier prêtre hocha de nouveau la tête. Thrista aurait juré qu’à ce moment la pièce s’était éclaircie. Le prêtre au brûleur se retira et reprit sa place. Un troisième prêtre s’approcha alors avec un calice en bronze rempli d’un mélange d’eau et d’huile. Le premier fit signe au roi et à la reine ainsi qu’au seigneur Junon de s’approcher.
« Que la bénédiction de vos aînés et de leurs ancêtres scelle cette promesse, ajouta-t-il alors. »

Chacun leur tour le roi, la reine et Stanis Junon tempèrent leur pouce dans le calice et marquèrent la princesse et le futur prince. Puis, les prenant par la tête, ils les embrassèrent sur le front en signe de bénédiction. Le troisième prêtre se retira alors également, laissant cette fois-ci la place à Zani. Ce dernier s’avança avec une longue bande de tissus blanc. Il prit les mains des jeunes gens et tendit celle du prince en avant, paume vers le bas puis, posant celle de la princesse par-dessus, il les enroula délicatement dans le tissus. Il se recula ensuite légèrement avant de parler d’une voix forte pour que tous entendent.
« Cette étoffe symbolise le lien unique et sacré qui vous unit à présent devant les dieux. C’est un lien fragile et précieux, il sera de votre devoir de le préserver et de le renforcer pour le faire devenir indestructible et éternel. »

Zani s’inclina alors respectueusement devant les futurs mariés avant de reprendre sa place sa place. Ce fût enfin au tour des deux derniers prêtres de s’avancer, ils portaient tous deux le lourd coffre en bois d’ébène recouvert de feuilles d’or. Ils le posèrent devant le couple et se reculèrent à l’instar de Zani quelques secondes plus tôt. Le haut prêtre en charge de la cérémonie s’avança vers le coffre et l’ouvrit. Il en sortit une première couronne en ivoire qu’il déposa délicatement sur un coussin bleu marine que lui présentait l’un des deux prêtres porteurs du coffre. Il sortit ensuite une seconde couronne qu’il déposa sur un second coussin tenu par le second prêtre. Refermant le coffre il s’approcha du prince et de la princesse. Il se tourna vers la couronne au saphir et la prit entre quatre doigts, il la déposa délicatement sur la tête de la jeune femme blonde. Il fit de même avec la seconde couronne pour le jeune homme brun.
« Vous êtes les héritiers de la volonté d’Esselia. Vous devrez vivre par ses principes et faire en sorte que chaque âme de ce royaume puisse en faire de même, telle est votre mission en tant que souverains. Il marqua une courte pause pendant laquelle il observa l’audience. A présent, de part les pouvoirs qui me sont conférés par le conseil des six hauts prêtres, et selon la volonté des dieux : dans le sanctuaire sacré qu’est la maison d’Esselia, je vous proclame mari et femme !, acheva-t-il en plaçant sa main au dessus de celles des deux jeunes gens. »

Pendant plusieurs longues secondes il ne se passa rien. Puis une lumière aveuglante envahit le temple, illuminant chaque recoin, faisant entièrement disparaître l’ombre du monde l’espace d’un instant. Lorsqu’elle se dissipa le tissus avait disparu et aux doigts des héritiers on pouvait apercevoir deux bagues d’or, d’argent et de bronze forgés ensembles. Thrista observa ces dernières un moment. De là ou il se trouvait il ne pouvait pas voir tous les détails mais il devinait une excellente finition, une union parfaite de ces trois métaux en un seul anneau. Il aperçut brièvement Hannah en train de ranger sa dague et de se redresser lorsque le blond lui donna un coup de coude pour attirer son attention.
« Je ne sais pas ce qu’il s’est passé mais en tout cas Hannah était prête à agir…, soupira ce dernier en chuchotant. »

Le prêtre alors les mains des mariés dans les siennes et les leva de nouveau bien haut.
« La déesse à béni cette union sacrée. Vive les héritiers, vive les mariés !, s’exclama-t-il. »

Toute l’assistance reprit alors ces mots en cœur en se levant et en applaudissant joyeusement. Les nouveaux mariés et leurs parents se dirigèrent lentement vers l’extérieur du temple, suivis de près par Hannah, Thrista et Todd ainsi que les prêtres et toutes les personnes venues assister à la cérémonie. Lorsqu’ils furent enfin à l’extérieur Siléna et Thédric saluèrent le peuple de la cité qui attendait impatiemment la fin de la cérémonie. Celui-ci n’attendait que cela pour démarrer les festivités et c’est dans une explosion de cris, de sifflements de joie et de nuages de couleur que la célébration du mariage débuta.

—–

Des musiciens, des danseurs, des jongleurs, des cracheurs de feu, des funambules et une myriade d’autres artistes paradaient dans les rues aux côtés des chars que les habitants avaient passé les semaines précédentes à construire, produisant ainsi un festival de son, de couleurs et d’odeurs. Chacun chantait ou dansait, courrait ou riait en voyant passer le défilé en l’honneur des mariés. De gigantesques chevaux, oiseaux, lions et dragons avançaient lentement le long de rues de la ville en crachant des flammes ou battant des ailes. Tous se rejoignaient ensuite sur la grande place et en faisaient le tour en passant devant le jeune couple royal avant de disparaître à nouveau dans les rues de la ville. Du ciel la ville ressemblait à présent à une fourmilière géante qui se serait réveillée de son hibernation. La cérémonie du mariage en elle-même n’avait pas duré plus d’une heure et demi mais à présent venait la grande parade. C’était un rituel et une tradition pour tout mariage royal dans la cité portuaire, la ville organisait un immense défilé de chars et les souverains se devaient d’y participer. Le roi Marco et la reine Lena, accompagnés du seigneur Junon avaient déjà embarqué sur le leur, c’était un char en forme de grand étalon noir. Mais tout le monde attendait impatiemment que le jeune couple donne le départ de la parade en embarquant sur leur char. Lorsqu’un hippogriffe de bois géant coloré de rouge et d’or apparu sur la place la jeune femme blonde se leva et avec l’aide du prince elle embarqua dessus suivie de près par sa garde du corps et de Thrista et Todd. Le couple s’installa sur les deux trônes sur la tête de l’animal, saluant le peuple d’Eneleïa alors que le char démarrait, tandis que Thrista et les deux gardes du corps se tenaient debout un peu en retrait. L’hippogriffe fut accueilli par de nombreux cris de joie lorsqu’il arriva à l’entrée est de la place, Siléna et Thédric se levèrent et saluèrent la foule à mesure qu’ils s’enfonçaient sur la grande avenue. L’étalon noir venait ensuite avec à son bord les deux souverains souriant, puis venait un lion, un gigantesque goéland, un éléphant, un renard et un dragon. Sur chacun d’entre eux se trouvaient des gens, que ce soient des nobles de la cour, de riche marchands ou de simple citoyens de la ville, tous participaient à ce défilé et suivaient les deux chars royaux. En se retournant Thrista pu apercevoir deux des capitaines des vaisseaux Galaediens sur le goéland, il cru aussi reconnaître la femme rousse en grande discussion avec le propriétaire de l’immense renard qui n’était autre que le ministre Horace Vilnius.
Le défilé s’étendait sur plusieurs kilomètres, des dizaines de chars s’étaient à présent joints à celui de la princesse et de son époux à mesure qu’ils parcouraient les rues de la ville. Certains étaient tirés par des bêtes, d’autres poussés par des gens, certains mêmes avançaient grâce à de la magie. Thrista pouvait ressentir la puissance qui émanait du bois et qui l’animait en se concentrant un peu. La file immense parcourait ainsi toutes les grandes avenues de la ville pour annoncer au peuple la bonne nouvelle et marquer le début officiel des festivités qui allaient durer quasiment trois jours. Les chars passèrent successivement par les quartiers est, là où étaient regroupés de nombreux marchands, par les quartiers nord, où se trouvaient les casernes militaires et deux des trois hôpitaux de la ville. Puis enfin par le quartier ouest, quartier d’habitations, où Thrista pu apercevoir l’auberge de Carmen, avant de rejoindre les quartiers en passant par les immenses docks du port alors que le soleil commençait à disparaître à l’horizon. Lorsque l’hippogriffe géant revint enfin à son point de départ le soleil avait déjà à moitié disparu et le ciel s’était assombri, l’après midi était terminé. Le couple descendit et partit en direction du palais après avoir salué la foule une dernière fois, accompagné du roi et de la reine, pour finir les préparations du repas et du bal organisés le soir même. Le seigneur Junon lui repartit de son côté pour régler une affaire urgente d’après ce que Thrista pu comprendre en le voyant s’excuser auprès du couple royal. Il descendit du char avec Todd et Hannah à la suite de Siléna et du prince Thédric et les suivit jusqu’au palais avant de s’excuser à son tour. Le jeune homme ne souhaitais pas attendre au palais l’ouverture du banquet et préféra plutôt aller se promener sur les quais du port en attendant la tombée de la nuit. Il fut rejoint par le jeune homme blond qui avait laissé le soin de protéger la princesse à sa partenaire.
« Je n’en peux plus d’être confiné à devoir suivre la princesse en permanence, non pas que je ne l’apprécie pas, elle est très sympathique, mais le métier de garde du corps n’est pas fait pour moi…, expliqua-t-il à Thrista lorsque celui-ci s’étonna de voir le blond le suivre. Il est temps que ça soit fini, deux semaines c’est bien suffisant à mon goût… »

Todd soupira ce qui fit rire Thrista.
« Je te comprends, je ne pourrais pas faire ça je pense, je tiens trop à ma liberté…, commenta le jeune homme brun alors qu’ils marchaient le long de l’un des docks de chargement des marchandises en partance pour les autres continents.
– J’ai été fou d’accepter ça…, ajouta Todd. »

Les deux jeunes hommes saluèrent alors des marins qui passaient dans le sens opposé au leur.

« Mais bon, il faut bien se nourrir…
– Dis-toi que c’est bientôt fini, le taquina Thrista avec un sourire moqueur. »

Le blond eut un petit soupir amusé mais ne répondit pas à la provocation. Ils passèrent non loin des vaisseaux de la Trinité qui étaient stationnés dans une partie réservée et inaccessible au public du port et remontèrent en direction du palais par une route parallèle à la grande avenue sud. Les étoiles étaient déjà bien visibles dans le ciel, la constellation d’Ystos était étonnamment claire pour une journée de printemps remarqua le jeune homme brun. Elle n’apparaissait en général que lors des plus douces nuits d’été.
« Que comptes-tu faire ensuite ?, demanda soudain Todd alors qu’ils passaient devant le dernier entrepôt marquant la fin de la zone portuaire et le début du vrai quartier sud de la ville.
– Après ce soir ?, demanda Thrista. »

Le blond hocha la tête en signe d’approbation.

« Eh bien je ne sais pas trop encore, je ne compte pas rester très longtemps, deux ou trois jours tout au plus, le temps des festivités, ensuite je pense repartir, voyager vers l’ouest ou le sud, c’est à voir. J’ai encore beaucoup d’endroits à découvrir et de mages à rencontrer pour m’entraîner avant le tournoi, répondit-il. »

Todd hocha de nouveau la tête, l’air pensif.
« Cela fait longtemps que tu voyages ?, demanda-t-il. »

Thrista regarda le ciel un instant avant de répondre.
« Oui, pratiquement deux ans maintenant, répondit-il sans quitter le ciel des yeux. »

Il n’avait plus pensé à Asselia et à la ferme depuis un long moment. Soudain l’image de son père le jour où il était parti lui revint, il l’avait laissé partir sans même un regard derrière lui. Ces souvenirs en rappelaient d’autres plus ancien encore et plus douloureux aussi, des souvenirs qu’il aurait préféré oublier mais qu’il ne pouvait se résoudre à laisser tomber dans l’oubli. Le jeune homme ne put se départir d’une certaine mélancolie durant tout le trajet depuis le port jusqu’au palais, et si le blond remarqua quoi que ce soit il ne posa pas de question, au grand soulagement de Thrista. Il appréciait Todd mais ne se sentait pas du tout apte à répondre à des questions trop personnelles. Ils marchèrent ainsi, discutant de leurs projets, des grandes nouvelles qui circulaient dans le royaume et qui venaient de toute l’alliance. Lorsqu’ils atteignirent enfin le palais ils comparaient les caractères similaires de la princesse et de Hannah à coups de petites moqueries et d’anecdotes dont-ils gardaient tous deux de mauvais souvenirs. Ils montèrent les marches du palais et à mesure qu’ils se rapprochaient de la grande salle ils pouvaient entendre la clameur et le son de la musique qui émanaient de l’intérieur.


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Ombre & Plumes – 12 – Essayage royal

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D’ombre et de plumes

12

Essayage royal


Alors qu’il arrivait près de la jeune femme blonde et de l’homme aux cheveux blanc Thrista salua discrètement Todd et Hannah de la tête. Cette dernière lui lança un bref regard mais Thrista décela la noirceur qui s’y cachait encore. Il ne l’aurait pas avoué si on lui avait posé la question mais il réalisait qu’il prenait un certain plaisir à énerver la jeune femme brune. Il n’y avait aucune raison particulière à cela sinon qu’il trouvait cela étrangement satisfaisant de tester les limites de sa patience. Il s’arrêta à quelques pas de la princesse, sur la gauche de l’homme et attendit qu’elle le salue avant de la saluer à son tour. Siléna et son interlocuteur se retournèrent tous deux vers Thrista presque immédiatement.

« Ah Thrista ! Je suis contente de te voir !, s’exclama la princesse, gratifiant le jeune homme d’un léger hochement de tête auquel ce dernier répondit en s’inclinant.

– Moi de même chère princesse, répondit le jeune homme.

– Je ne crois pas que tu connaisse messire De Guidre, il est capitaine de l’un des trois vaisseaux de l’armada Galadéenne. »

L’homme aux cheveux blanc s’inclina alors à son tour et tendit une main que Thrista serra.

« Messire De Guidre, j’ai l’honneur de vous présenter Thrista Daener. C’est l’un de mes plus ancien et fidèle ami. Il est aussi le fils d’Ellias Daener, l’un des plus illustres gardiens du royaume. »

Thrista sourit légèrement, il était reconnaissant envers la princesse de le présenter ainsi. Il n’aimait pas se vanter de ses origines mais dès qu’il donnait son nom on voulait savoir s’il avait un lien de parenté avec « le grand » Ellias Daener. Cela avait eu pour effet de le décourager de se présenter complètement, il préférait en général ne donner que son nom, surtout aux militaires car ceux-ci ressortaient alors des tréfonds de leur mémoire tous les détails qu’ils connaissaient de la vie de son père. La princesse avait su comment s’y prendre, le présenter comme son ami avant d’annoncer sa parenté avec Ellias Daener permettait d’atténuer grandement le nombre de questions, recentrant la conversation sur l’amitié du jeune homme et de Siléna plutôt que sur son lien de parenté avec son père. Au grand soulagement de Thrista le vieil homme sourit simplement à la mention de son père et ne posa pas de question.

« Ah oui ! Je le connaissais peu mais, bien que cela ne fasse pas toujours plaisir à entendre, je vois la ressemblance. Vous avez une présence très similaire, remarqua De Guidre ce qui fit sourire les deux jeunes gens.

– Oui, je m’entends souvent dire que je lui ressemble. Cela ne me déplait pas mais il est vrai que ce n’est pas toujours réjouissant. Et vous maître De Guidre êtes donc l’un des capitaines de la flotte de Galaeda ?

– Tout à fait, je suis le capitaine de l’Archéniss, le meilleur des trois vaisseaux de l’armada !, répondit l’homme aux cheveux blanc en rigolant.

– Je ne crois pas que le capitaine du Leïkan soit du même avis, rétorqua Thrista un sourire aux lèvres. »

Le vieil homme eut un petit sourire à cette remarque.

« Non, en effet, acquiesça-t-il. Vous avez donc pu rencontrer Irina ?

– Non, je n’ai pas eu l’honneur de la rencontrer directement, mais j’ai eu la chance de croiser son second lors de la traversée et d’après ce qu’il m’a dit j’en ai déduis qu’elle est très fière de son vaisseau.

– Ah, ce cher Jacob, il à la vie dure le pauvre ! Oui, Irina Evinsky est la première femme à être devenue capitaine de l’un des trois bateaux de la flotte, elle en est très fière. Mais elle a aussi de quoi, c’est une très bonne capitaine et navigatrice !, expliqua le capitaine de l’Archéniss souriant toujours.

– La première seulement ?, s’étonna Siléna. Aucune autre femme n’y était parvenue avant elle ? »

De Guidre se tourna vers la princesse.

– Non, malheureusement aucune avant elle n’avait réussi à obtenir ce poste. Mais le capitaine Evinsky a du caractère et elle a passé toutes les épreuves qui se dressaient devant elle avec brio. Elle fait une très bonne addition à notre flotte.

– Evidemment, une femme apporte toujours du positif !, avança Siléna avec ferveur. »

Le vieil homme rit de bon cœur et approuva la jeune princesse.

« Tout fait chère princesse, ou du moins sa présence nous empêche de dire le contraire, répondit-il avec un clin d’œil. »

Ce fut au tour de Thrista et de la princesse de sourire à cette remarque.

« Attention à ce que vous dites messire De Guidre, l’une d’entre elles pourrait vous entendre…, le mit en garde Siléna. »

Le capitaine rit à nouveau avant de s’excuser.

« Veuillez m’excuser à présent mais, malgré tout le plaisir que j’ai a discuter avec vous chère princesse, le devoir m’appelle et je me dois de retourner à mon navire pour surveiller l’avancement des préparatifs. Je vous souhaite tout le bonheur du monde, à votre famille et au peuple de cette magnifique cité. A une prochaine fois peut-être. »

Il s’inclina devant la princesse puis devant Thrista.

« Et vous jeune homme bonne chance, même si le chemin n’est pas de tout repos il faut continuer à aller de l’avant. Passez le bonjour à votre père de ma part lorsque vous le verrez. »

La princesse le salua de la tête et le jeune homme s’inclina légèrement à son tour avant que le vieux capitaine ne fasse demi tour et se retire.

« Au revoir messire De Guidre, au plaisir de vous revoir !, s’exclama Siléna alors que l’homme s’éloignait. Elle se tourna ensuite vers Thrista. Tu n’imagine même pas le nombre de personnes ennuyeuses que j’ai dû saluer et auxquelles j’ai dû sourire et faire des courbettes ce matin…, soupira-t-elle.

– Tu n’avais pas l’air de t’ennuyer avec le capitaine De Guidre pourtant, la taquina Thrista. Mais heureusement que j’arrive alors, ajouta-t-il avec un sourire narquois.

– Ne te crois pas aussi intéressant que cela cher ami, tu vas prendre la grosse tête ! Mais je dois dire que ça fait du bien, la salle du trône était pleine à craquer au lever du jour. Je vais enfin pouvoir prendre une pause, la première de toute la matinée, et me reposer. Viens avec moi, marchons un peu, ajouta-t-elle avant d’entraîner Thrista à l’écart dans l’un des couloirs secondaires. »

Elle fit signe à ses deux gardes du corps avant de disparaître.

« Je leur indique qu’on sort, Père a menacé de me m’interdire toute sortie du château pour les dix prochaines années si je sortais encore sans être accompagnée avant le mariage…, expliqua la jeune femme devant le regard interrogateur de son ami. »

Ce dernier sourit à cette remarque en imaginant très bien le roi essayant de raisonner sa fille et devant en venir à des menaces pour se faire écouter.

« Je vois, dit-il simplement. Et où allons nous alors ?

– Me préparer pour mon mariage évidemment !, s’exclama la jeune femme. Mon futur époux est sûrement déjà en train de se préparer, il est temps que moi aussi je m’y mette. J’ai quelques derniers essayages à faire pour ma tenue.

-Très bien, je te suis alors, acquiesça Thrista. Mais, d’ailleurs, pourquoi n’était-il pas là ce matin, ton cher futur mari ?

– Mon cher Thrista, après tout ce temps passé à courir dans les couloirs du palais n’as-tu rien appris des traditions de Tébor ? Aujourd’hui est un hommage à l’héritière du royaume en honneur de son mariage, c’est-à-dire à moi. C’est seulement demain soir, après la cérémonie, que les hommages en l’honneur des mariés auront lieux. Et je vais encore devoir faire des courbettes à de nombreux hypocrites… Siléna soupira. Au moins je serais avec Thédric, ça devrait faciliter ces longues heures. Peut-être que je m’amuserais même un peu, qui sait ?, ajouta-t-elle avec ironie.

– C’est ton mariage Siléna, essaye d’en profiter, ça n’arrive qu’une seule fois. Enfin ça dépend pour qui…, dit Thrista. Et si ton prince est aussi charmant que cela il saura quoi faire. Sinon, je suis désolé de te le dire, mais c’est un imbécile…

– Eh !, s’exclama la princesse en donnant un coup de coude au jeune homme qui se mit à rire.

– Excusez-moi princesse…, répondit Thrista en s’inclinant jusqu’au niveau du sol. Cette réflexion était tout à fait inappropriée de ma part et j’en suis désolé. Mais c’est tellement drôle de te voir défendre ton âme sœur avec autant de passion !, ajouta-t-il avant de s’écarter précipitamment en riant lorsque que la jeune femme tenta de lui asséner un second coup.

– C’est ça ! Cours parce que si je t’attrape… !, alors que le jeune homme s’éloignait en parcourant le couloir à grandes enjambées.

– Si je puis me permettre, ce n’est pas digne d’une princesse de se comporter ainsi en public !, s’écria le brun alors qu’il disparaissait dans la cours intérieure du palais. »

Celle-ci était construite sur le modèle d’un cloître mais de taille bien plus grande et était ornées d’arbres, de statues et d’une fontaine en son centre, sur le même principe que les jardins. Le jeune homme avait juste eu le temps de voir le regard amusé de Todd, qui les suivait en retrait accompagné de son binôme, avant de se retrouver à l’extérieur. Lorsqu’il vit enfin arriver la princesse et ses deux gardes du corps il était assis sur le rebord de la fontaine et admirait la statue d’un des premiers rois de Tébor accompagné d’un oiseau de proie. La jeune femme blonde était rouge et lui lança un regard meurtrier qui signifiait sûrement « Tu ne paie rien pour attendre ! », mais qu’il préféra interpréter comme « On ne s’assoit pas sur le rebord de la fontaine ! ». Il se leva donc et alla rejoindre Siléna qui se dirigeait déjà vers l’autre côté de la cours.

« J’ai comme l’impression que j’ai provoqué le courroux de sa majesté…, chuchota Thrista au blond avec un sourire complice alors que celui-ci arrivait à son niveau. Pourtant je ne vois pas ce que j’ai bien pu faire… »

Celui-ci lui répondit par un haussement d’épaules et un petit sourire amusé avant de lui emboîter le pas à la suite de la princesse. Thrista croisa brièvement le regard plus sombre et désapprobateur d’Hannah à l’intention du blond et de lui-même et ne put s’empêcher de sourire, ce à quoi cette dernière soupira et détourna le regard. Le jeune homme rattrapa la princesse et marcha en silence à ses côté pendant un moment le long des immenses couloirs du palais avant de reprendre la conversation.

« Où allons-nous alors ?, demanda-t-il enfin en évitant de nouveau un coup de coude de la jeune femme. Mais je n’ai rien dit cette fois !, s’exclama-t-il.

– Mesures préventives, répondit simplement la blonde avec un sourire sarcastique. »

Elle s’arrêta devant une grande double porte pour répondre au jeune homme avant de les ouvrir d’un mouvement sec.

« Et pour ton information, nous allons dans les ateliers du palais, je dois aller me changer. Je te rappelle, au cas où tu l’aurais déjà oublié, cher ami, qu’aujourd’hui est le dernier jour de préparatifs avant mon mariage… »

Ils entrèrent dans une large salle où une dizaine de femmes s’affairaient autour de nombreux tissus et étoffes. Des coffrets de bijoux occupaient chaque centimètre carré restant des trois tables disposées dans la pièce. Seule une ou deux d’entre elles se retournèrent à l’entrée de la princesse et la saluèrent avant de se focaliser sur les étoffes à nouveau, ce qui ne sembla pas déranger cette dernière et ce qui n’étonna pas Thrista. Depuis le temps qu’elles la côtoyaient, les couturières avaient dû s’habituer à ses exigences familières en matière d’interactions, de gré ou de force.

« En parlant de mariage…, le jeune homme fouilla dans sa sacoche et en sortit une boite en bois rectangulaire, j’ai oublié de te donner ça tout à l’heure. »

La jeune femme le regarda un instant, la curiosité pouvant se lire dans son regard, puis pris la boite et la posa sur une petite table basse qui était dépourvue de tout objet.

« Merci, dit-elle avec un sourire avant de se diriger vers l’une des femmes se trouvant dans le fond de la pièce. Je le mets ton cadeau de côté, je l’ouvrirai plus tard si cela ne te dérange pas. On dit qu’il n’est pas bon de trop vouloir se précipiter dans ce genre d’événements. »

Elle lui tira la langue puis se tourna vers une femme âgée habillée d’une tunique pourpre.

« Madame Angelis, on m’a dit que vous aviez besoin de ma présence. Dites moi où vous en êtes. »

La femme se retourna et salua la princesse avant de la conduire vers l’une des trois tables se trouvant derrière elles.

« Mes hommages princesse. Votre robe est prête, il ne vous reste plus qu’à la porter pour que nous puissions faires les derniers ajustements nécessaires. »

Elle désigna une large pièce d’étoffe blanche et bleu marine reposant au centre de la table.

« Bien, allons-y alors, je préfèrerais que cela soit terminé au plus vite… Je n’aime pas les essayages…, répondit la princesse avant de se diriger vers un grand rideau beige dressé au centre de la pièce.

« Ma dame, ne voulez vous pas faire sortir ces jeunes gens d’abord ?, demanda la femme en désignant Thrista, Todd et Hannah.

– Non, ce sont mes gardes du corps personnels et un ami d’enfance, ils peuvent rester s’il ils le désirent. Je leur fais confiance pour qu’ils se tiennent correctement.

– Bien Ma Dame, elle s’inclina puis se tourna vers les autres femmes. Bien, nous avons peu de temps alors mettons nous au travail !, s’exclama-t-elle en frappant dans ses mains. »

Chacune des femmes présente connaissait son rôle parfaitement, pas une n’hésita avant de se mettre au travail, choisissant les étoffes et les bijoux nécessaires avant de disparaître derrière le rideau. Hannah alla se poster près de la porte d’entrée, s’appuyant contre le mur. Todd lui alla s’asseoir sur l’un des bancs en bordure de la pièce et Thrista vint le rejoindre. On pouvait entendre les courtières s’affairer derrière le rideau, la voix de la femme âgée donnant des ordres, prodiguant des conseils et s’informant des préférences de la jeune femme pour sa tenue.

« On dirait qu’elle me fait la tête, elle n’a même pas regardé mon cadeau plus de quelques secondes avant de le mettre de côté, dit-il après s’être assis sur la gauche du jeune homme blond. »

Celui-ci sourit à nouveau à cette réflexion.

« C’est le moins que l’on puisse dire. Mais cela ne devrait pas durer, elle à bien d’autre choses à penser en ce moment qu’une simple querelle avec un ami… Et puis, si je peux me permetre, au vu de son attitude depuis hier, je ne pense pas qu’elle t’en veuille beaucoup, elle te fais marcher.

– Je n’en suis pas si sûr, soupira Thrista. Même dans les pires situations elle sait se rappeler des choses les plus insignifiantes. Elle saura me le faire payer en temps voulu.

– Espérons que le futur prince saura la raisonner et tempérer son caractère…

– Il est vrai qu’elle a beaucoup changé depuis la dernière fois que je l’ai vue mais ça m’étonnerait… Enfin bon, je survivrai. Il faut juste que je trouve un moyen de me faire pardonner. »

Thrista lança un regard en direction du rideau, se rappelant les quatre cent coups que lui et la princesse avaient fait plusieurs années plus tôt, avant de reprendre la parole.

« D’après ce que j’ai cru comprendre ce Thédric Junon à l’air d’avoir un caractère plus calme et réfléchi que la princesse. Je n’ai pas grand espoir que cela la fasse changer radicalement mais qui sait… Peut-être qu’elle en oubliera mon affront de ce matin…, dit-il avec un petit rire amusé. En tout cas, Siléna à l’air de beaucoup l’apprécier. C’est plutôt bon signe.

– Vous vous connaissez depuis combien de temps ? Si je puis me permettre, demanda Todd.

– Je l’ai rencontrée pour la première fois alors que j’avais à peine sept ans. Mon père a été chargé de plusieurs missions pour le roi au cours des années et, lorsqu’il était parti en voyage, je séjournais ici, au palais. Ça a pris quelques temps mais nous sommes devenu de bons amis Siléna et moi. C’était elle la plus casse cou de nous deux, toujours à vouloir aller plus loin et elle refusait d’écouter qui que ce soit excepté elle-même. Cela fit sourire Todd. Elle est restée très indépendante très longtemps, toujours à s’éclipser du château et à mener la vie dure à ce pauvre Oscius. Même depuis tout à l’heure, depuis que je l’ai vue discuter avec Messire De Guidre, je ne peux m’empêcher de le remarquer. C’est subtil mais le changement est bien là. Bien sûr elle ne se laissera jamais dompter, la preuve avec son escapade d’hier qui, vu votre réaction, ne devait pas être tout à fait prévue ni organisée, mais j’ai l’impression qu’elle mesure plus le poids de ses actions. Je me demande si ça à un lien avec sa rencontre avec le futur prince…, ajouta Thrista, pensif.

– C’est possible, acquiesça Todd.Heureusement que j’ai l’habitude de faire avec les personnes têtues, chuchota-t-il en faisant un signe imperceptible de la tête vers sa coéquipière.

Le brun se contenta, pour toute réponse, d’afficher un sourire amusé hochant la tête. Todd et lui se mirent à rire silencieusement. Ils attirèrent les regards noirs de la Dame Angelis, par derrière le rideau, et d’Hannah, dont ils sentirent le froid dans leur dos.

« Et vous, comment en êtes vous arrivé à être gardes du corps de Siléna ?, demanda alors Thrista.

– Hannah et moi voyageons ensemble depuis un certain temps déjà. Pour découvrir le monde et nous entraîner à l’art de l’empirium. »

Thrista acquiesça.

« Oui, c’est bien ce que je pensais. J’ai senti son énergie magique quand Hannah m’a surpris dans les jardins du palais, dit-il.

– Oui. Excuse là pour ça, elle à tendance à prendre ses missions trop au sérieux…, répondit le blond en souriant l’air gêné.

– Aucun problème, elle ne faisait que ce qui lui était demandé. Thrista écarta l’incident d’un geste de la main. Et vous voyagez dans toute l’alliance ?, demanda-t-il.

«  Oui, nous parcourons l’Alliance à la recherche d’autres mages pour s’entraîner et de temps en temps nous offrons nos services en échange d’argent ou de nourriture.  Nous sommes arrivés en ville il y a trois semaines et nous avons appris que le roi cherchait des gardes du corps pour la princesse. Il a été convaincu lorsqu’on lui à montré ce qu’on pouvait faire.

– Il pensait sûrement qu’avec vous et vos capacités la princesse serait plus en sécurité.

– Sûrement oui. Nous sommes censé la protéger jusqu’à la fin de la semaine, après le mariage. Ensuite, eh bien, nous partirons sûrement vers le sud. Il y a quelqu’un à qui je dois aller rendre visite là bas.

– Et vous allez participer au prochain Tournoi ? Thrista vit Todd froncer imperceptiblement les sourcils à la mention du Tournoi des Sages mais ne releva pas.

– Je ne sais pas encore, commença le jeune homme blond. Hannah aimerait bien y aller, moi aussi, mais de là à y participer rien n’est décidé. Et puis, avec toi comme adversaire, ce ne sera pas simple…, ajouta-t-il alors que son sourire revint. »

Le brun sourit également à cette remarque.

« Oh je n’en suis pas encore là !, s’exclama-t-il. J’ai encore beaucoup de choses à apprendre. Mais j’espère vous y croiser tous les deux si j’y arrive moi-même. »

Todd hocha la tête.

« Alors je vais y réfléchir, répondit-il. »

Les deux jeunes hommes discutèrent pendant l’heure qui suivit, partageant leurs expériences de voyages et leurs impressions de la princesse. Thrista remarqua que la jeune femme blonde et la dénommée Hannah se ressemblaient sur plusieurs points. D’ailleurs, elle n’avait pas bougé depuis tout ce temps, remarqua-t-il en jetant un coup d’œil vers la jeune femme brune. Elle était toujours adossée au mur dans la même position, les yeux fermés. Quelqu’un de non initié à la magie aurait pu penser qu’elle se reposait ou même dormait mais Thrista remarqua qu’elle méditait, son esprit était replié sur lui-même et elle semblait ne pas être dérangée par les bruits provenant de la préparation de la princesse. Ni le bruit des outils de couture, ni les réflexions des femmes ou les jurons de la princesse ne semblaient la déconcentrer. Au bout de trois quarts d’heure de discussion vieille femme émergea enfin de derrière le rideau. Elle se dirigea vers Thrista et Todd et ces derniers relevèrent la tête.

« Je suis désolée messires, mais cette fois je vais devoir vous demander de bien vouloir sortir. La princesse doit essayer sa nouvelle robe et, comme le veut la tradition, personne autre que nous ne doit la voir avant la cérémonie. »

Todd se leva et se dirigea vers sa coéquipière mais Thrista s’adressa à la princesse.

« Es-tu sûre ?

– Certaine !, lui répondit la voix de la princesse depuis l’autre côté du rideau. »

Il sourit, sachant pertinemment que la princesse ne les congédiait que pour en finir avec les préparatifs, il s’inclina alors vers femme âgée.

« Dans ce cas Dame Angelis je me retire. Merci de nous avoir autorisés à rester. » Ce à quoi la femme le salua de la tête avant de se retourner et de se diriger vers le rideau. Il s’adressa ensuite de nouveau à la princesse avant de se diriger vers la sortie.

« A tout de suite votre altesse. »

Thrista rejoint Todd et Hannah au niveau de la porte et fit signe au jeune homme de le suivre.

« Ne vous inquiétez pas, tout va bien. Il ne faut pas contredire les ordres de la princesse.

– La tradition veut qu’aucun homme ne voie la princesse avant le début de la cérémonie. Je ne suis pas un homme, je reste au cas où, déclara la jeune femme brune.

– Hannah !, commença Todd, mais Thrista intervint avant qu’il ne puisse contredire sa coéquipière.

– Non, c’est bon. Elle peut rester si elle le souhaite. Après tout il est vrai que la tradition n’impose pas aux femmes se retirer. »

Todd regarda Hannah pendant un cours instant, le regard de cette dernière ne vacilla pas, puis levant les mains en signe de défaite il soupira.

« Bien, alors allons y. »

Ils se dirigèrent donc tous deux de nouveau vers la cours intérieure après avoir refermé les doubles portes derrière eux.

« Je n’y crois pas !, s’exclama le blond une fois qu’ils furent arrivés au niveau de la fontaine. Elle n’en fait qu’à sa tête…  C’est vrai que notre mission est de protéger la princesse mais quand même, elle prend tout trop au sérieux je trouve… »

Thrista sourit à ces mots.

« Ne t’inquiète pas, tant qu’elle ne ralentit pas la bonne marche de l’essayage en organisant une fouille de dernière minute, ce qui lui vaudrait les foudres de la princesse, tout devrait bien se passer.

– Elle en est bien capable malheureusement…, s’esclaffa le blond. »

Ils marchèrent alors dans les allées du petit jardin intérieur, profitant de la fraîcheur de l’ombre que projetaient les arbres et discutant de leurs différents projets pour la suite. Ils aperçurent parfois quelques servants et gardes qui s’affairaient aux préparatifs mais dans l’ensemble cette partie du palais était calme. Tout le personnel devait déjà être à son poste en train de veiller à ce que tout se passe bien bien lendemain. Une autre heure s’était écoulée lorsqu’ils virent enfin la princesse, suivie de près par Hannah, ressortir de l’atelier en soupirant bruyamment.

« Je sature ! Il est vraiment temps que la cérémonie commence ! Plus vite ce sera passé, mieux ce sera…, s’exclama-t la blonde en les rejoignant. »

Thrista ne put s’empêcher de pouffer légèrement de rire, ce qui eut pour effet de lui valoir un autre regard noir de la part de celle-ci.


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