Ombre et Plumes – 2


D’ombre et de plumes

2


Les quartiers est étaient principalement composés d’habitations et de résidences, ce qui avait pour effet d’attirer bien moins de touriste que le quartier centre ou les quartiers sud. L’agitation du débarquement laissée derrière lui, Thrista naviguait donc à présent dans des rues où seuls une poignée de passants se baladaient tranquillement. Il aperçut quelques locaux en train de décorer le bord des rues et les façades des bâtiments de draps et de fleurs multicolores. Ils profitaient de ce moment de répit et de calme pour se préparer à la tempête qui allait venir avec le début du festival deux jours plus tard. Lui même avait décidé de revenir quelques jours avant pour se donner le temps de flâner dans les rues alors que celles-ci étaient encore relativement peu en proie à l’agitation. Il pouvait cependant déjà sentir la tension qui montait à l’approche de la célébration du mariage princier, tous attendaient l’annonce du début des trois jours de célébration pour se laisser aller à la joie et à l’ivresse. Il passa par l’une des nombreuses rues secondaires, déjà peu fréquentées par les locaux et encore moins par les touristes, et se retrouva devant une petite bâtisse faite de bois et dont l’enseigne était usée par le temps mais toujours bien lisible : En Carménie.
Malgré sa taille peu imposante, encore réduite par les deux hautes résidences s’élevant de chaque côté, la réputation de l’établissement n’avait rien à envier aux autres auberges. Elle était réputée chez les connaisseurs comme l’une des meilleurs du coin, une des perles cachées d’Eneleïa grâce à la popularité de son plat spécial préparé par la patronne elle même. Un excellent minestrone de légumes de saison, de viandes hachées tendres, d’un peu de pâtes et d’épices fraîchement cueillies, dont la recette exacte était soumise au plus grand secret. Rien que d’y penser, Thrista en eut l’eau à la bouche. Cela faisait tellement longtemps qu’il n’avait pas goûté à la cuisine de Carmen. Il comptait y loger le temps de son séjour. Il connaissait bien la patronne, une petite bonne femme approchant de la cinquantaine et dont les cheveux couleur rouille commençaient tout juste à grisonner. C’était l’endroit où il avait séjourné à chaque passage dans la ville portuaire avec son père et il en gardait d’excellents souvenirs. C’était aussi là qu’il avait passé ses quelques jours avant de quitter le continent au début de son périple. Le jeune homme se dirigea donc droit vers l’enseigne au fougueux cheval noir, qui semblait avoir été repeinte depuis la dernière fois. Les rideaux étaient tirés aux fenêtres, signe que l’établissement ne rouvrirait qu’au prochain repas, mais il poussa tout de même la porte et entra. Il ne fut pas surpris de voir la pièce déserte, par une journée pareille et à ce moment de l’après midi il était tout à fait normal de n’y trouver personne : tout bon touriste s’était déjà éclipsé depuis un moment. Il salua tout de même dans le vide, plus pour signaler sa présence à quiconque serait dans l’arrière cuisine que pour se présenter réellement, mais fut surpris d’entendre une voix familière lui répondre du fond de la salle.
« Bienvenue. Entrez, entrez ! Je suis à vous tout de suite ! »
Thrista n’avait pas eu le temps de s’habituer à la pénombre mais dès qu’il entendit la voix il ne put s’empêcher de sourire. Nul besoin de voir pour savoir qui venait de lui répondre. Il s’avança et dut attendre d’être au milieu de la pièce avant que ses yeux ne se soient entièrement habitués à l’espèce de pénombre qui y régnait pour apercevoir la petite silhouette penchée au dessus d’une table.
« Bonjour ! s’exclama-t-il à nouveau, toujours en souriant. Je ne t’avais pas vu Carmen, cachée dans la pénombre comme tu l’es…

– Ah ! Oui, je suis désolée pour l’obscurité. Je profite de l’absence momentanée de tout le monde pour faire un peu de ménage et je ne supporte pas de le faire avec le soleil qui me tape dessus. En plus il fait une de ses chaleurs aujourd’hui ! On est bien mieux à l’intérieur, répondit la femme tout en continuant de s’affairer sur la table qu’elle s’efforçait de faire reluire. Mais, nous connaissons nous ?, demanda-t-elle enfin en relevant la tête en souriant, l’air satisfait.
– Tu ne te souviens pas de moi ? Remarque cela fait un moment que l’on ne s’est pas vu, concéda le jeune homme. »
La dénommée Carmen rangea son chiffon et s’approcha alors de plus près pour l’observer, elle resta ainsi à le regarder, les sourcils froncés par dessus ses yeux gris, pendant quelques secondes. Le sourire du jeune homme s’agrandit lentement alors qu’il attendait que la patronne de l’auberge le reconnaisse enfin. Il avait changé depuis la dernière fois, plus grand d’au moins dix bon centimètres, les épaules plus larges, ses cheveux sombres avaient poussé, ils lui recouvraient à présent la nuque alors qu’il les avait toujours gardé très courts auparavant. Le duvet qui lui recouvrait la mâchoire s’était également épaissit, transformant légèrement la forme de son visage. Il n’était pas méconnaissable, mais il n’était plus non plus le même qu’un peu plus de deux années auparavant. La femme fronça soudain les sourcils.
« Tes yeux…, murmura-t-elle, Thrista ! Mes dieux, je ne t’avais pas reconnu ! Comme tu as changé… Combien de temps cela fait-il ? Deux ans, trois peut-être ? », demanda-t-elle alors que son sourire, disparut au profit d’un froncement de sourcil un moment auparavant, refaisait surface.
– C’est bien moi, acquiesça le jeune homme, toujours le sourire aux lèvres.
– Mes dieux, cela fait longtemps…  », murmura Carmen avant de franchir la distance les séparant en quelques pas et de le prendre dans ses bras.
Malgré sa petite taille la quinquagénaire possédait une force surprenante, cela, couplé à un caractère et une volonté de fer, créait un mélange détonant. Thrista eut un instant le souffle coupé mais lui rendit ensuite son embrassade avec joie, heureux de la retrouver après tout ce temps. Dès sa première visite à Eneleïa avec son père, ce dernier lui avait présenté l’aubergiste, une vieille connaissance à lui, et le jeune homme s’était attaché à cette bonne femme au caractère bien trempé mais à la gentillesse sans pareille. L’attachement avait visiblement eu lieu dans les deux sens car Thrista vit une larme rouler sur la joue parsemée de taches de rousseur de l’aubergiste alors que celle-ci le relâchait enfin. Elle lui fit un sourire avant de se retourner pour se moucher légèrement.

« Je pensais que tu mettrais un peu plus de temps à me reconnaître, avoua-t-il alors, presque déçu. Il espérait pouvoir la faire marcher un peu plus longtemps..
– Je reconnaîtrais tes yeux entre mille, répondit-elle en se tournant à nouveau vers lui, tu as beau avoir grandi, tu as toujours le même regard que ton père quand il était jeune. Et encore plus maintenant. »
Thrista acquiesça avec un petit sourire. Elle n’était pas la première à noter sa ressemblance à son paternel.
« Tu sais, reprit Carmen avant qu’il n’ouvre la bouche, je pensais vraiment que tu courais à ta perte en voulant partir seul comme cela… Tu n’étais qu’un enfant, trop jeune pour ce genre de choses… Mais je suis heureuse de voir que je me trompais, puisque te voilà revenu en pleine forme ! »
Le jeune homme pu voir l’éclair d’inquiétude qui passa dans l’œil de la patronne de l’auberge et imagina aisément tout le souci qu’elle avait pu se faire pour lui, aussi lui fit-il un grand sourire. Ce périple n’avait en effet pas toujours été simple, au contraire, il avait fait face à des situations dangereuses plus d’une fois, mais il était revenu sain et sauf et, il l’espérait, plus fort. C’était tout ce qu’elle avait besoin de savoir.
« Oui. J’ai eu la chance de voyager en bonne compagnie, dit-il en posant sur l’épaule de l’aubergiste une main rassurante.
– Tant mieux alors. »
Carmen sursauta soudain, semblant se souvenir de quelque chose d’important.
« Que je suis bête ! Je ne t’ai toujours rien proposé ! Je reste là à discuter avec toi et je ne remplis même pas mon rôle d’hôtesse… s’exclama-t-elle en se donnant une légère tape sur la tête. Veux-tu t’asseoir ? Et quelque chose à manger ? Tu dois être affamé après ce long voyage…
– Ne t’inquiète pas, les repas étaient très bon à bord du Leikan ! répondit Thrista avec un petit sourire. Mais je t’avouerai que je ne suis pas contre une petite collation… Si tu as quelque chose de prêt ! ajouta-t-il immédiatement, ne voulant pas la faire se déplacer pour rien.
– Bien sur mon choux ! s’exclama Carmen en lui adressant un clin d’œil avant de se diriger vers la cuisine, j’ai toujours quelque chose pour toi. Assied toi où tu veux, j’en ai pour deux minutes. »
Thrista acquiesça et s’installa à une table non loin, posant sa besace et sa cape à ses pieds et profitant de l’absence de l’aubergiste pour jeter un regard à son établissement. L’auberge paraissait minuscule de l’extérieur mais une fois à l’intérieur elle dégageait, grâce à son aménagement intelligent et efficace, une impression d’immensité. Plusieurs chandeliers pendaient du plafond haut, loin au dessus de la tête, aucune cloison ne venait entraver la vue des clients, seules quelques énormes poutres en chêne massif soutenaient le tout de ci de là. On aurait dit l’intérieur d’une église faite de bois au lieu de pierre. Thrista entendit Carmen siffler depuis l’arrière cuisine et ne put empêcher un petit rire. Cela lui rappelait de nombreux et bons souvenirs. Peu avait changé depuis son dernier passage, la seule différence qu’il pouvait apercevoir était le nombre de tables qui avait légèrement augmenté et l’apparence de la salle, tout semblait comme neuf. L’adolescent savait cela dû à la grande attention que l’aubergiste prenait à astiquer, rénover et conserver son mobilier mais il ne pouvait s’empêcher d’être impressionné. Son ventre grommelait son insatisfaction lorsqu’il aperçut la petite femme revenir vers lui les bras chargés d’un large plat recouvert de nourriture.
« Ne t’inquiète pas, c’était sur le feu et le reste je l’ai pris dans les placards, rien de bien compliqué. Je comptais moi-même manger de toute façon, expliqua-t-elle avant que le jeune homme ne puisse protester. »
Thrista se contenta donc d’accepter silencieusement, préférant ne pas provoquer son hôte en protestant car il la savait extrêmement persuasive quand elle le voulait. Il se servit donc de la viande grillée dans une assiette. Il mangèrent un moment en silence, le jeune homme piquant dans tous les plats disposés devant lui, mangeant biscuits secs, légumes,viande, et fruits avec grand plaisir. Carmen elle dégustait une soupe à ce que Thrista pouvait dire et semblait grandement l’apprécier. Le jeune homme en déduisit que ce devait être le célèbre ragoût de poisson de Wlad, le cuisinier habituel de l’établissement.
« Comment se fait-il que tu sois déjà de retour ? Je croyais que tu n’avais prévu de revenir que pour le tournoi… s’enquit enfin la patronne avec un soupir de contentement en reposant son bol vide sur la table.
– A vrai dire j’ai changé d’avis, commença-t-il en prenant une dernière bouchée de son morceau de viande, au cours de mon voyage j’ai eu l’occasion de voir d’innombrables choses et de rencontrer de nombreuses personnes. J’ai appris énormément, seul mais aussi avec des compagnons de voyage que j’ai pu rencontrer. Mais je crois que lorsque j’ai appris pour le mariage j’ai réalisé qu’Ore me manquait et qu’il était temps de rentrer.
– Oh ! s’exclama Carmen avec un petit sourire en coin, ton retour n’est donc pas une simple coïncidence !
– Oui, répondit Thrista, se retenant pour ne pas sourire de trop. Je ne pouvais pas louper ça… »
Carmen le regarda un long moment avec attention, le fixant de ses prunelles vert-de-gris, avant de sourire en hochant la tête, comme si elle approuvait silencieusement ce qu’elle venait juste de penser.
« Eh bien en tout cas, tu as bien raison ! dit-elle en prenant une gorgée de son verre d’eau. Tu ne peux pas savoir à quel point ça me fait plaisir de te revoir ! Combien de temps comptes-tu rester cette fois ?, demanda-t-elle. Le temps du mariage j’imagine.
– Oui, le temps de la célébration, acquiesça Thrista.
– Eh bien mon humble auberge t’est ouverte autant de temps que tu le souhaites, tu es le bienvenu ! s’exclama-t-elle en désignant l’établissement de la main. »
Elle se leva ensuite et, une fois assurée que le jeune homme n’avait plus faim, ramena le plateau en cuisine avant de revenir presque immédiatement. Thrista s’était levé et regardait à nouveau autour de lui lorsqu’elle reparut à ses côtés.
« Viens, je vais te donner une chambre. Je dois en avoir une ou deux de libre au deuxième qui sont très calmes et très confortables si cela te convient.
– Tout ce que tu auras à me proposer, tu sais que je ne suis pas difficile. Et puis je me sens toujours bien ici. »
Il aperçut les joues de la femme rosir légèrement à son compliment alors qu’elle passait devant lui pour le guider jusqu’à ses quartiers le temps de son séjour. Elle attrapa au passage une clé sur un large tableau de bois fixé au mur. Ce dernier était presque vide, ce qui indiquait que l’établissement était quasiment complet, pourtant tout était silencieux et le jeune homme n’avait vu personne depuis son arrivée. Il en déduisit que les clients devaient soit être en train de faire la sieste soit en train de flâner dans les rues d’Eneleïa. De plus l’heure du repas n’étant pas encore arrivée, tout était et resterait calme un moment. Lorsqu’il eut fait le tour de la pièce et déposé ses affaires à côté de son lit le jeune homme redescendit dans la grande salle, fermant la porte à clé derrière lui. Il retrouva la patronne en train de nettoyer fenêtres au fond de la salle.
« Tu as eu le temps de t’installer ?, demanda-t-elle en lui adressant un sourire sans s’interrompre dans sa tâche.
– Oui, merci, répondit Thrista en hochant la tête. D’ailleurs, combien te dois-je pour la chambre ? »
Le jeune homme n’eut même pas le temps d’insister tant le refus de l’aubergiste fut immédiat et catégorique. Elle refusait de faire payer un ami de longue date qui logeait dans son établissement et il n’allait pas l’en dissuader. Thrista ne put que se résoudre à accepter la décision de la patronne avec un léger soupir, il savait qu’insister était peine perdue. Aussi préféra-t-il proposer son aide pour les tâches ménagères, ce que Carmen accepta avec plaisir après un court débat. Le jeune homme se mit donc immédiatement au travail, assistant la petite femme dans le nettoyage de la grande salle. Ils discutèrent ainsi pendant les quelques heures qui suivirent, astiquant les surfaces boisées, récurant le sol et disposant les couverts sur les tables pour le repas du soir. Le jeune homme en profita pour prendre des nouvelles d’Ore, et raconter à son hôte les découvertes et rencontres qu’il avait pu faire au cours de son périple, notamment sur Simériah, terre que Carmen n’avait jamais visitée jusqu’à présent.
Lorsqu’ils s’arrêtèrent enfin la nuit tombait déjà et, à travers les fenêtres dégagées pour laisser entrer la lumière affaiblie du soleil, on pouvait apercevoir les rues commençant s’illuminer et à se remplir de curieux. Les chars, en préparations pour le défilé depuis de longues semaines déjà, étaient sur le point d’être achevés et prenaient enfin véritablement forme. De nombreux badauds venaient en observer l’apparence. Quelques clients commencèrent à affluer et Thrista aperçu Wlad qui rentrait visiblement de sa pause de l’après-midi alors qu’il montait en direction de sa chambre. Le jeune homme se résolut à aller le saluer plus tard et prit sa cape avant de se diriger vers la porte. Une fois dehors il se dirigea vers le nord de la ville, il aurait tout le temps de visiter les quartiers sud et ouest ainsi que ceux du palais lors des prochains jours. Le jeune homme préféra la tranquillité du nord de la ville au vacarme croissant dont il savait faire preuve le sud dernièrement. Cela lui permit de réfléchir à ce qu’il allait bien pouvoir faire à partir de maintenant, par où il allait commencer son voyage et quels allaient être ses objectifs à présent. Il marcha ainsi, perdu dans ses pensées, se laissant guider par ses pas, jusqu’à ce que la nuit tombe définitivement, rencontrant ici et là bateaux, guerriers géants et autres dragons faits tout de bois qui attendaient patiemment leur heure de gloire lors du défilé débutant quelques jours plus tards. Lorsque les dernières lueurs du soleil s’éteignirent derrière l’horizon il se décida à rentrer à l’auberge, la journée avait été longue et il n’aspirait à rien d’autre qu’un bon repos avant d’entamer les prochains jours.
Le jeune homme observait les étoiles en marchant et remarqua que le Joyaux de la Rosace, la plus large et la plus complexe de constellations parsemant le ciel semblait briller plus intensément qu’à l’ordinaire. Elle sembla même, pendant un instant, prendre un éclat orangé. Il ne se souvenait pas d’avoir observé un tel phénomène lors des nombreuses soirées passées à admirer la voûte céleste avec son père lorsqu’il était plus jeune. Cette pensée fit remonter une foule de souvenirs en lui, les soirée à la belle étoile, sa découverte de l’éther, son désir ardent d’en savoir plus, la réaction de son père… Elle lui rappela aussi ce pourquoi il avait entamé ce voyage, et ce pourquoi il était revenu : bientôt le Tournoi allait commencer, et il devait être prêt. Le chemin à parcourir était encore long, mais il s’était juré de faire le meilleur usage de ce temps restant.


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Ombre et Plumes – 1


D’ombre et de plumes

1

De retour


Le contraste fut ce qui le frappa le plus. Thrista sentit un frisson lui parcourir le corps lorsque l’ombre du gigantesque mur les avala tout entier. Ce n’était pas la première fois qu’il avait l’occasion d’admirer les portes du port d’Eneleïa et pourtant, malgré la taille imposante des trois navires de la flotte Galaedienne, l’immense mur de pierre blanche qui en gardait l’entrée n’avait d’égal. Cela faisait un peu plus de deux heures déjà qu’ils pouvaient apercevoir les côtes de Tébor et celles-ci n’avaient cessé de s’élever toujours plus loin au dessus des flots jusqu’à ce qu’ils en arrivent au pied. Le soleil de plomb qui régnait maître presque incontesté depuis le début de la traversée s’était alors momentanément éclipsé pour laisser place à une fraîcheur digne d’une nuit de printemps. Un silence profond s’était installé à l’avant du Leikan – celui des trois navires sur lequel avait embarqué Thrista – et le jeune homme était sûr qu’il devait en être de même à bord des deux autres : l’Illilda et l’Archéniss. Les passagers attendaient avec impatience le moment où les portes s’ouvriraient et laisseraient enfin la flotte pénétrer dans le port. La Cité des Deux Mondes, tel qu’aimaient à l’appeler les allochtones en raison de son statut de passerelle entre le continent d’Ore et les mers centrales, les attendait.

La Trinité avait fait route depuis le continent de Simériah, plus à l’est, afin de rallier Ore et Eneleïa à temps et après presque trois semaines en mer elle arrivait enfin à destination. Ou plutôt, elle se préparait à faire son antépénultième escale avant son retour à Port-Varenne, ville centrale du continent et capitale de l’archipel de Galaeda. Elle tenait son nom du nombre de navires qui la composaient, au nombre de trois, mais ne pouvait cependant être qualifiée de « petite flotte » car ses effectifs réduits étaient largement compensés par l’envergure de ceux-ci. Longs de presque trois cent mètres, pour plus d’une centaine de haut, ils étaient les joyaux du petit archipel. Leurs coques, du même blanc éclatant que la muraille, produisait l’effet totalement inverse à un contraste, semblant se fondre l’un dans l’autre pour ne plus faire qu’un. Enfin, chacun des trois navire arborait le pavillon Galaedien bleu marine sur lequel se superposaient trois oiseaux de mer respectivement de couleur noire, grise, et blanche.

La foule déjà présente sur le pont s’étoffa encore lorsque que le Leïkan vint s’arrêter complètement à une vingtaine de mètres seulement des portes de la cité. Thrista se doutait qu’il devait en être de même sur les ponts des deux autres navires, aucun des passagers de la Trinité ne voudrait louper ce spectacle. Après avoir navigué à travers les mers centrales pendant plus de trois semaines, ils arrivaient enfin à destination. Ce simple fait justifiait déjà un telle attente, mais assister à l’entrée de la Trinité dans le port d’Eneleïa depuis le pont de l’un de ses navires était une motivation suffisamment rare pour pousser la quasi totalité des passagers à y monter. Le jeune homme avait pris la décision de rentrer presque en hâte, lors de son séjour à Mellona – maintenant de l’autre côté de l’océan -, lorsqu’il avait eu vent de l’annonce du mariage imminent de la princesse de Tébor. Le départ presque fortuit de la Trinité au même moment avait achevé de le convaincre.

La vue était époustouflante. Les murs de granite gigantesques s’élevaient à plus de deux cent mètres au dessus des flots et avaient depuis toujours servi de fortifications naturelles à Eneleïa. Aucun des nombreux assauts au fil des siècles n’avait pu en venir à bout, ce qui avait donné la réputation de forteresse imprenable à la cité portuaire. Les immenses portes du port y étaient aussi pour quelque chose, presque aussi hautes que les falaises elles mêmes, elles avaient été construites un peu plus de huit cent ans auparavant, à peine un siècle et demi après la fondation de la cité elle même. L’esprit brillant qui avait imaginé et fait exécuter ce projet titanesque était resté inconnu mais la renommée des Portes d’Eneleïa, elle, rayonnait dans toute l’alliance. Elles trônaient au centre des falaises, un immense mur de pierre blanche qui dépassait ces dernières d’une douzaine de mètres en son point le plus haut. Sur chacune des trois parties était gravé un symbole différent, marquant chaque point d’accès au port. Les Portes s’ouvraient et se fermaient plus ou moins selon l’intensité du trafic qui y transitait.

La cité portuaire avait depuis bien longtemps obtenu le statut du plus important centre de commerce du royaume de Tébor, et se trouvait presque sans rival au niveau du continent lui-même. Les Portes avaient grandement contribué à cimenter sa réputation de passage sûr le long de la côte et comme point d’escale obligatoire pour qui voulait se rendre aux Îles Karnines ou en Simériah. Le gigantesque édifice permettait à tout type de navire et de flottes d’accoster et de reposer en toute sécurité dans son port, assurant le développement stable du commerce. Tout cela était possible grâce au mécanisme qui permettait de contrôler les portes, les relevant ou les abaissant ainsi au besoin grâce à un habile mélange d’ingénierie mécanique et d’éther. Cela permettait également de se prévenir contre tout assaut par la mer car, une fois les portes fermées, Eneleïa devenait virtuellement imprenable par voie maritime.

Le Leikan s’était arrêté en face de la porte centrale, et les deux autres navires de la flotte en face des deux autres entrées, un de chaque côté de ce dernier. Cette disposition exceptionnelle était nécessaire de part leur échelle. Les trois vaisseaux ne pouvait faire autrement que de se mettre à quai séparément afin de débarquer leur cargo et leurs passagers. Cette fois-ci la Trinité était tout particulièrement chargée du fait du nombre important de passagers qui se rendaient à Eneleïa pour célébrer le mariage princier. Nombreux aussi étaient les marchands qui avaient fait le voyage, préférant le tarif plus élevé de la flotte Galaedienne mais une réelle assurance de rapidité et de sécurité, pour eux et leur marchandise, par rapport au risques de l’affrètement d’un navire personnel.

Un silence solennel tomba sur chaque pont à mesure que la tension grandissait. Les moteurs avaient été mis en sommeil le temps que la Trinité reçoive l’autorisation finale d’entrer dans le port, ils reprendraient ensuite vie. Au bout de ce qui sembla durer une éternité à Thrista, l’air se mit à vibrer au son d’une puissante corne de brume située sur les hauteurs du mur. Puis une deuxième vint se joindre à la première et ce furent bientôt tous les remparts qui sonnèrent pour annoncer l’arrivée des trois gigantesques vaisseaux dans le port. Ce signal de bienvenue se prolongea pendant de longues secondes avant de s’éteindre petit à petit, s’effritant sur les flots et disparaissant au loin. Et alors que le silence fut complètement retombé, les cornes de brumes reprirent leur chant, suivant le même schéma deux autres fois avant de s’éteindre pour de bon. Un autre moment s’écoula alors, moment qui sembla encore plus long que le premier. Le jeune homme aperçut d’abord les remous de l’eau avant de voir les portes bouger. Il savait déjà ce qui allait se passer, mais lorsque les deux immenses battants commencèrent enfin à se séparer Thrista ne put que retenir son souffle; la vision gargantuesque qui s’offrait à lui le bouleversait autant que la première fois. On aurait dit que les falaises elles-mêmes s’ouvraient en deux pour révéler un passage vers un autre monde. En l’espace d’à peine un trentaine de battements, la voie fut complètement ouverte pour les trois navires et la Trinité put s’engager d’un seul mouvement dans les ouvertures. Il était peu commun d’être témoin de l’ouverture de plus d’une seule des trois portes à la fois – qui plus est au complet -, aussi chaque passager ne pouvait s’empêcher d’admirer ces trois béances prêtes à les dévorer. Tout se passa alors très vite : les moteurs se remirent à vrombir et l’Illilda, le Leikan et l’Archeniss s’ébranlèrent, glissant sans problème à travers les ouvertures, et se retrouvant bientôt à l’intérieur des remparts anciens.

D’où il était placé, Thrista avait une vue imprenable sur ce qui se déroulait devant lui. Le mur était au moins deux fois plus haut que les trois navires, ces derniers s’étaient donc retrouvés caché dans son ombre le temps que les portes s’ouvrent, mais une fois que ce fut le cas ils baignèrent à nouveau dans l’intense luminosité. La vie, qui semblait s’être momentanément interrompue, reprit son cours. Les passagers furent assaillis par l’intense brouhaha provenant d’un peu plus loin sur les quais. Seuls quelques centaines de mètres séparaient à présent la Trinité de sa destination mais, à mesure qu’elle avançait, Thrista eut l’impression qu’il vivait la partie la plus longue du voyage; il brûlait d’envie de débarquer enfin ! Le jeune homme dut cependant prendre son mal en patience car la flotte devait encore rejoindre les débarcadères prévus à son effet et s’y amarrer avant de pouvoir commencer à laisser descendre les passagers et faire débarquer son cargo. Il entendit les cris s’amplifier à mesure que le Leikan s’approchait des quais et put observer plus distinctement ce qui produisait ce bruit : une foule immense et compacte était massée sur toute la longueur de ceux ci et saluait chaleureusement les trois vaisseaux. La clameur s’amplifia encore lorsqu’elle obtint une réponse de la part de la Trinité : les navires firent tous trois simultanément sonner leurs cornes de brumes pour signaler leur arrivée.

Depuis le pont Thrista pouvait observer le port entier. Ce dernier était immense, à la mesure de ses portes, et ne pâlissait pas devant le Leikan, l’Illilda et l’Archéniss réunit. De nombreux autres navires, des plus grands aux plus petits, étaient amarrés ça et là, et une myriade de personnes fourmillaient, affairées à charger ou décharger les marchandises vers ou depuis de longs hangars. Le reste de la surface de pierre claire était couvert par la foule accueillant la flotte Galaedienne.

Un observateur suffisamment averti pouvait également déjà apercevoir des traces de décorations, des draps colorés et des ensembles floraux qui avaient commencé à apparaître en préparation du mariage. Cela rendait la ville encore plus vivante aux yeux de Thrista, lui rappelant sa première visite, plus d’une dizaine d’années plus tôt. Il avait six ans à l’époque et la cité célébrait alors le dixième anniversaire de la princesse. Il y était venu avec son père, qui voulait lui montrer Eneleïa sous son plus beau jour.

« Ne t’éloigne pas trop !, lui avait-il dit alors qu’ils entraient dans l’enceinte de la cité.

Où allons nous ?, avait demandé le jeune garçon, les yeux ébahis.

Tu verras très bientôt ! Mais peut-être aurons nous la chance d’apercevoir la princesse de près…, avait répondu son père avec un clin d’oeil »

A l’époque, il n’avait pas été capable de dire si son père plaisantait ou non mais il n’avait pu retenir l’excitation qui montait en lui à l’idée de visiter la citée Téboréenne. Le souvenir se dissipa lorsque Thrista sentit les secousses familières indiquant que le navire s’arrêtait enfin. La foule en contrebas acclamait toujours chaleureusement la Trinité et ses passagers répondaient avec de larges sourires et des saluts énergiques. Thrista jeta un regard autour de lui, tous commençaient déjà à se diriger vers les passerelles de débarquement ou bien vers leurs cabines pour récupérer leurs affaires. Il hésita un instant avant de se diriger d’un pas lent vers le point le plus avant du bateau, ne s’arrêtant que lorsqu’il fut tout au bout de la proue. Il observa alors le va-et-vient plus bas sur les quais. Le jeune homme préférait attendre avant de débarquer lui même afin d’éviter la foule impatiente de passagers désirant mettre pied à terre ainsi que celle qui attendait une fois en bas.

Le jeune homme dirigea alors le regard au loin vers le palais royal, le bâtiment imposant et d’un blanc pur trônait au dessus des nombreuses autres constructions alentour et était clairement visible malgré la distance. Il laissa échapper un léger soupir avant de laisser son regard se balader sur le reste de la ville, elle ne lui semblait pas avoir changé tant que ça depuis son départ et pourtant elle lui semblait différente. Plus grande peut-être ? L’architecture élégante qui lui était propre était composée de myriades de couleurs contrastant avec la blancheur pure des murs des bâtiments, mêlant élégamment bois et pierre, petitesse et grandeur, droiture et arrondis. La cité était un savant mélange de cultures diverses et de styles nombreux, autant au niveau de sa population et de son histoire, que de son architecture ou de son économie. C’était précisément cela qui la rendait si attractive auprès des ses habitants comme auprès des étrangers qui venaient y séjourner.

Lorsqu’il ne resta plus qu’une poignée de passagers sur le pont Thrista se décida enfin à débarquer. Il se dirigea vers sa cabine – une petite chambre avec un lit simple et une fenêtre – pour y récupérer ses affaires. Il enfila une cape légère et remonta la capuche de celle-ci au dessus de sa tête pour se protéger du soleil avant de passer son sac par dessus son épaule. Il vérifia une dernière fois que rien ne restait avant de sortir. Alors qu’il se dirigeait vers l’un des ponts de débarquement, recouvert d’une toile bleue pour le garder à l’ombre, il remarqua le capitaine du Leikan et son second qui se tenaient sur la terrasse du pont supérieur. Le premier était une jeune femme brune de taille moyenne au regard azuré assuré tandis que son second était un homme d’âge équivalent, fin et à la tignasse rougeoyante. L’homme sembla remarquer Thrista et tourna la tête dans sa direction, lui adressant un discret salut de la tête accompagné d’un léger sourire avant de recentrer son attention sur le débarquement des marchandises plus bas sur les quais. Le jeune homme les avait vu en action tous les deux ; à première vue aucun ne semblait taillé pour la fonction qu’il occupait et pourtant Thrista avait vu les marins obéir immédiatement à leurs ordres et ce sans répliquer. Le capitaine, bien que de plus petite taille que la majorité de son équipage et une femme, et son second, pâle et presque maigre, ne faisaient pas forte impression au premier abord. Tous deux semblaient néanmoins se métamorphoser lorsqu’ils étaient à leur poste et savaient maintenir leur autorité tout en gardant le complet dévouement de leur équipage sans jamais être questionné ou désobéi.

Thrista cligna des yeux à plusieurs reprises alors qu’il mit enfin pied à terre sur le quai d’Eneleïa. Le contraste soudain entre l’ombre agréable de la passerelle et la clarté du ciel était presque douloureux. Lorsqu’il se fut réhabitué à la luminosité ambiante, le jeune homme put réellement mesurer l’agitation qui prenait place sur les quais et dans le port entier : des marins couraient, criaient et transportaient des marchandises de part et d’autre, les passagers se bousculaient et les habitants et touristes venus pour assister à l’arrivée de la Trinité étaient toujours aussi nombreux et bruyants. Il attendit quelques instants que le flot de personnes diminue légèrement pour pouvoir quitter le quai mais se rendit vite compte que cela n’arriverait pas de si tôt. Les membres de l’équipage du Leikan qui aidaient au débarquement des passagers lui souhaitèrent un bon séjour lorsqu’il se décida enfin à braver la cohue. Il n’eut le temps de répondre qu’un simple merci avant de se faire happer par le mouvement de la foule. Lentement, à force de patience et d’obstination, Thrista finit par se frayer un chemin vers l’extérieur du port et à pénétrer dans le district est. Le passage obligatoire par la douane pour quitter le port prit beaucoup moins de temps qu’il ne l’avait imaginé, le fait que ce ne soit pas sa première visite aida grandement, et il se retrouva bientôt dans Eneleïa même. Les rues des quartiers est étaient quasiment aussi peuplées que le port mais petit à petit il parvint à naviguer à travers cet océan vivant et à traverser les vagues de passants qui allaient et venaient dans toutes les directions.

Le jeune homme trouvait cependant sa progression trop lente, il aurait préféré pouvoir atteindre les rues moins bondées plus vite. Son allure réduite, toutefois, lui permit de profiter de la belle architecture de la ville. Les couleurs dansaient tout autour de lui, autant sur les murs des bâtiments et les colonnes que sur les habitants et les touristes qui formaient la foule compacte. Le brouhaha ambiant se mélangeait au centaines de bruits de pas, aux cliquetis des sabots et aux quelques notes de musiques jouées un peu plus loins par un groupe de musiciens ambulants l’accompagnant dans leur valse folle. De petits étals étaient visibles ici et là – les marchands hélant la foule pour essayer de vendre leurs biens – et même les odeurs semblaient s’amuser à se jouer de lui puis à le prendre par surprise. Du romarin, de l’aigre-doux, du pimenté, une rose entêtante et une touche de sel flottaient ici et là. Il aperçut également des constructions en bois placées sur le bord des rues. Ces chariots encore en construction allaient bientôt se mettre en branle et parader dans la ville pour célébrer le mariage de la princesse. La ville était un mélange de myriades de couleurs, de sons et d’odeurs, animée par la musique ambiante et ses habitants. Thrista ne put réprimer un sourire nostalgique. Nombre de souvenirs semblaient vouloir à présent remonter en lui, mais il prit sur lui pour les réprimer et rester vigilant.

L’agitation s’était presque complètement dissipée lorsqu’il arriva dans la partie nord des quartiers est, les rues s’étaient petit à petit vidées de la foule. Seuls quelques passants croisaient à présent le chemin du jeune homme. Thrista laissa échapper un soupir de soulagement, toute cette agitation l’avait exténué plus qu’il ne s’y était attendu. Ce n’était pas la première fois qu’il venait à Eneleïa ou qu’il se frayait un chemin dans une ville bondée, contrairement à de nombreux touristes. Garder l’œil ouvert et l’esprit alerte était absolument crucial, un seul moment de distraction et on pouvait se retrouver dépossédé de tous ses biens. Il s’arrêta un instant pour regarder les indications autour de lui, s’assurant qu’il était dans la bonne direction, avant de poursuivre son chemin. Le palais était toujours sur sa gauche, blanc et imposant malgré la distance. Mais la destination du jeune homme était tout autre : une petite taverne un peu plus au nord.

Thrista marchait le long de la grande rue, jetant des coups d’œil aux alentours à mesure qu’il reconnaissait les bâtiments. Le soleil avait bien entamé sa descente dans le ciel lorsqu’il aperçut enfin sa destination. Il ressentit une vague de joie à l’idée d’être enfin de retour dans la cité portuaire dont il gardait tant de souvenirs. Eneleïa était à la fois telle qu’il se la rappelait dans ses souvenirs les plus lointains, et bien différente : elle était vivante et joyeuse mais, après si longtemps, lui semblait aussi avoir recouvré son air légèrement mystérieux qui l’avait séduit la première fois. Oui, il était décidément temps qu’il revienne. Le jeune homme passa une main dans sa tignasse sombre et ne put que laisser son sourire s’élargir tant l’excitation le gagnait. C’était ici qu’avait commencé son périple et c’était ici qu’à nouveau il faisait escale avant de repartir à l’aventure.

Il était enfin de retour.


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Writing Prompt #1


“It was blue, it had always been blue. So why not?”


So, here is something I have never done, at least not from this side of the game. I love participating to story prompts like this, most of the time it’s motivating and brings inspiration, and the rest of the time it’s just interesting to go and read what others have imagined.

For some time now I have been toying with the idea of doing one myself, to see if I could manage to motivate some people to try playing with me and also to see how different our imaginations work. As I just said I don’t have much experience with this kind of exercise, except for those I have participated to so I apologize in advance if anything is unclear or not well-organized, this is my first. I’ll try to do better next time, because indeed, I hope there will be a next time!

After thinking about it for the last few days here is the prompt I have come up with. Imagine the sentence I offer you at the beginning is the beginning of a novel, a poem, a short story or anything that you might want to write. The goal is simple, you have to answer this single question: what comes next?

Your writing is absolutely not limited in any way, it can be in the form you want, go on for the length you want, be about the subjects you want and end or be destined to be continued later.The only restriction I would apply is that it has to contain the prompt as its first sentence, or in its first line(s) if you decide to go for a poem or something of the sort. That’s all, apart from that you are free. You choose, you decide, you write.

If you want me to give it a go and read it (to give you a bit of feedback on my impressions), you can send it to me via comments on this blog or through my social contacts on my Contact page (there’s a form to send me an email at the bottom of the page). Make sure you add a way for me to contact you and I’ll try to give you my thoughts on what you have to offer.

I will also (try to) participate to this prompt and (try to) give you my version of the inspiration I get from this sentence (if and when I have time). I’ll (try to) post it as soon as I can but it will be uploaded at the latest by next weekend, around the 27th or 28th of August so y’all have about one week to get to work and produce a masterpiece!

I really hope you’ll find this motivating and have fun trying it out!

All right, set your watches on me, grab your pens (or keyboards, as you prefer) and get ready… set… imagine!


My text for this prompt : Paint me like one of your french girls

Or another prompt I am offering!

Stanley – 33


 STANLEY

Season 2

Part 33

Rated M for mature content.

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“Uh oh…”, she said.

Michel looked up at her, his eyebrows frowned. he appeared not to have noticed anything.

“Trouble…”, she simply added, discreetly pointing to the three men.

As hard as she may have been thinking he would, the bearded man did not turn his head immediately, instead he stared at the window, looking at the reflection of the restaurant to see what she meant. Wow, he’s not as thick as I imagined, she thought. Well, not up there at least, she added with a smirk which, unfortunately, quickly disappeared as she remembered what was going on. The three strangers had entered the restaurant like cowboys entering a saloon, completely confident and proud of themselves, and they had reasons to be so! They were tall, buffed and all seemed extremely intimidating with their black suits, their black glasses and their neatly combed short hair. A normal person would have done everything they could to avoid even having eye contact with them, one could feel the strength of their gaze even through the tinted glass. They took a look around, slowly scanning the perimeter, as if they were looking for something. Or someone.

Stephanie had almost hoped that they weren’t there for Michel and her. Perhaps they are just coming here for a simple meal, she thought as she took a sip of her soda, still discreetly looking at them. Unfortunately she was wrong, they were there for the two of them, for as soon as they took a look at the whole room, making sure the way was clear, they approached their table without even a hint of hesitation. Damn it…, cursed the young woman. How did they know we were here so fast? How did they even know it was us? We made sure to cover our faces when we escaped and the cops following us weren’t able to see us clearly, I’m sure of it. Plus we were careful not to leave any DNA on the scene. So how?! She couldn’t explain this. Somehow the government -because these guys were clearly not cops or private goons, they belonged to the government, probably a well hidden branch too- had already heard of them and was tracking them.

“Do you think we should try to run?”, Michel asked quietly.

Stephanie shook her head.

“No,” she replied as discreetly, “we still aren’t sure they are here for us, plus I’m sure they’re armed. Let’s wait a bit more. But be ready to act when I give you the signal…”

“Le signal? Quel signal?”, Michel asked, confused.

The young woman did not reply, moving slightly to get in a more comfortable sitting position as the government agents closed in on them. She was racking her brain to try to find an explanation to their presence so soon and a plan to get out of there if things went awry. Was it possible they were from… No, she thought, impossible. Or is it? She couldn’t say. She had heard things, rumors, about a special branch of the government, a very very very VERY secret agency that took care of… special cases. Cases involving events that weren’t really explainable with normal logic, mysterious disappearances, etc. But these were all heresays, and bad hearsays at that, nothing more. She had no assurance that it was linked to them. They couldn’t… they couldn’t have known about her, could they? No, it had been so long… She had the urge to get up and run away immediately, she didn’t want to see if what she had heard was true, but she couldn’t. If she did they’d surely catch her. She had to wait and take them by surprise if she wanted to make it out… But how?, she thought as the three men stopped besides her and Michel’s table. She didn’t know yet, she’d have to improvise… In the meantime she turned her head towards them and smiled.

“Hello! Is something wrong?”, she asked as innocently as possible.

To be continued…

Stanley – 32


 STANLEY

Season 2

Part 32

Rated M for mature content.

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She had the impression they had been running for hours as they finally slowed down to a normal walking pace. They entered the fast food, trying to act as normal as possible despite their heavy breathing and the fact that both of them were drenched in sweat. They sat down at a table after ordering something to eat; Michel had insisted he “fill his belly with the sweet delight of fast cuisine” and she hadn’t had the heart to say no, her stomach rumbling at the smell of those delicious fries. Her partner started devouring his meal immediately and she followed in turn, both famished after having to run away from that horde of cops.

They had been halfway through the second rooftop when they had heard the shouts of police officers telling them to stop coming from the stairway behind them. How they had managed to get up there so fast was something Stephanie couldn’t explain but they had managed it. Of course neither of them had hesitated even a single second before starting to run faster, she couldn’t get caught, especially not after what she had done. She didn’t manage to stop herself from cringing at the thought, it had all been for naught… Plus she didn’t have a very fond memory of prison cells. Apparently Michel wasn’t too keen on letting himself get caught either because he lead the way without slowing down.

Where the shouts of the police officers had not even fazed her a bit, the first gunshots had almost made her freeze on the spot, almost. It had been surprising, she had never heard a gunshot from such little distance and the whizzing of the bullets as they rushed past both of them was quite surprising too but, since Michel didn’t skip a beat in his run, she didn’t stop and kept running. They had cut it close, very close even, she had to admit that. Even with all her good will and the energy she put into moving her legs one in front of the other at the highest speed possible she couldn’t help but being a little scare, or, more precisely, a bit apprehensive. Being on a rooftop wasn’t that dangerous in itself if one knew how to keep one’s balance and not to do anything stupid. The problem is that they were doing all the stupid possible at that moment: running at full speed, not caring where they stepped, running away from cops and being shot at. Not the most clever thing she had done in her life…

She had barely felt anything as the bullet had grazed her on the right side of her chest, making a hole in her jacket, it had been the feeling of wetness and the dizziness that had come after that had alerted her that something was wrong. She hadn’t said anything though, not before they had managed to get back down to the street. Then, and only then, as the cries of the police officers on the rooftops could still be heard, she had told Michel.

“Let’s get to the car first , we’ll see that then,” she had replied as he had advised to check her wound.

They had driven off as quickly as possible, somehow evading all the police cars on the way and had finally ended up in the commercial zone. Michel had parked the car near a mall and had bought a few supplies to treat her wound while she was evaluating the damage. In the end it hadn’t been to serious, a gash on her side and nothing more. Still hurting but with a clean wound and a reassured mind, they had walked in the nearest fast food to grab a quick bite. And here they were, unsure of what to do next, if they had been tracked by the police or if they were now fugitives. After all, the cops hadn’t been close enough to get a look at their faces so they most likely were safe, but one never knew. Stephanie was starting to relax, thinking back to the apartment and the clues they had found as she ate her chicken burger, when she saw the three men in black suits walk in the room.

To be continued…

Stanley – 31


 STANLEY

Season 2

Part 31

Rated M for mature content.

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The dark-haired young woman and her more-light-colored-hair friend were about to move out of the apartment towards the staircase when they suddenly heard the police sirens that had been in the background since a few minutes ago ring out much closer and tires screeching as cars came to a halt in front of the building. They both stopped in their tracks as they were about to walk towards the elevator and looked at each other.

“Do you think we should go check it out très chère?” Asked Michel after a few seconds spent trying to figure out what was indeed happening.

Stephanie simply nodded before rushing back into the apartment and looking out the window. She immediately froze as she saw almost a dozen policemen in uniforms rush out of their cars and enter by the front door. The young woman somehow immediately knew they were coming exactly where they were, how she knew that would remain a mystery but somehow she did.

“Damn it!” She swore as she backed away and looked at Michel who had looked out the window too.

“What do we do maintenant?” He asked with a tense expression.

“I don’t know…” Replied the young woman as her brain fumed, trying to come up for a solution to get out of the hellhole they were trapped in.

They couldn’t leave by the front entrance, it would seem to suspicious but they couldn’t very well stay there either because it would almost certainly insure their capture and their prosecution as The Duck’s murderers. No one would believe them if they tried to explain what they were doing here, especially not her. Plus everything would come to light, everything she had had to do. The young woman shivered at the thought. No, it couldn’t happen, they had to get out.

“This way?”

She turned towards the bearded man as she heard his voice, he was pointing towards the window. As her eyes followed his well muscled and tanned arm she imagined herself being wrapped in it and relishing the moment as her mind went back to the previous night. Then she saw the staircase and it all became clear, the fog clouding her mind seemed to go away and she let a smile spread across her face as she understood what he meant. Of course! She thought. The emergency staircase! 

“Yes, you’re a genius!” She exclaimed as she gave him a kiss on the cheek before rushing towards the red metallic structure outside the window.

Michel followed her closely after closing the window as best as he could behind him. They ran as fast as they could up the stairs, hearing the sounds of policemen entering the apartment soon after they had exited it. The young woman thanked the upcoming summer and all those sessions at the gym for her cardiovascular system’s good shape. They finally arrived on the roof after a few seconds of silent effort and she didn’t have time to catch her breath as they started moving again.

To be continued…


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Thus comes the end

Rain is pouring down as I sit down on the couch. The fire is slowly dying in the hearth of the chimney.

I place the tray on my legs and put some music on. I’m still wearing my pyjamas at six in the evening but who cares, the world is about to end…

I’m glad the oven still worked despite all the power outages we’ve had. Those damn floods and earthquakes, they never seem to end. A heavy wind in blowing outside, the raindrops are getting bigger and heavier, i can hear them hit the roof with much more power than before.

I take a bite of my freshly cooked lasagna. I love lasagna. I pour some orange soda in my glass and take a sip. As I do the sky lights up.

So it begins… I change the song, put on some Adele, Rolling in the deep. I don’t know why but this music seems fitting to me.

I gulp down a handful of salty popcorn and a bit of salami on a toast. This is truly the best. I can hear an explosion, somewhere, far away. I turn the volume up a bit and sit back comfortably, staring at the window.

Another handful of popcorn, some chips. I empty my glass of soda. I sigh in delight as the sky takes on a bright red color. Something big is falling from the sky, it burns through the atmosphere. It’s a matter of seconds now.

As I take a last bite from my lasagna I turn up the volume up, the song now blasting as loud as possible, and taste for the last time the delights of eating my favorite junk food. I take a huge bite of the chocolate cake I bought yesterday. It was supposed to be for my niece but I’ll never get to offer it to her now so, whatever, I might as well enjoy it!

I close my eyes and start singing as the shockwave gets closer, the low rumbling and the heat of the blazing inferno is coming straight at me but I smile. It’s time, I think. And I let myself go. Where? I have no idea but I don’t care, as the bright light surrounds me my belly is full and I’m contempt…


http://dailypost.wordpress.com/2013/11/01/daily-prompt-dinner-2/

The rider in the storm

Image source unknown


Night. The darkest hour. When all hope disappears. Thunder is rumbling, the wind is howling madly. The grass on the hills is bending under the power of the storm. Rain is falling hard on the ground, plundering the earth. A dark shadow is moving. A horse is running, a rider on its back. Running as fast as it can, as if its life depended on it. Running as quick as the wind. He rides, never looking back, hoping they are okay. Praying to reach them in time. The world seems against him; as if the gods were mad at him. As if they had unleashed Hell on Earth. Droplets of water, as cold and hard as ice hits him in the face, rendering him unable to see more than a few meters in front of him.

Lightning strikes, once, twice, giving shape to the shadow of a ghost. A ghost from the past that is catching up on him. He knows he should run away but he can’t. He has to cope with that growing unease growing inside him. They need him! He has to get there at all cost! He has to make it, his steed knows it also. The mighty stallion gains speed, outrunning the heavy gusts of wind. Its mane buzzing frantically as it gains more speed, sparks forming around its legs. Getting bigger and more frequent with each new step. Suddenly it lights up in a thunderous boom, thousands of tiny lighting bolts coming out of its mane and its tail, covering its entire body. It gains even more speed, running so fast it outruns even the heavenly flashes. Cutting through the mad rain, leaving a burnt trail behind it. He runs an impossible race. A race for his friends. A race against time, against himself. A race against death…


Here is a text I wrote some time ago, a scene from one of my stories that I have had in mind for some time.

Over the edge

Here you finally are, on the edge. Not of glory -oh no, silly- you’re on the edge of the world, frightening isn’t it? From here you can contemplate the vast unknown, the dark emptiness, the infinite abyss. From here on it’s just nothing, on and on, for thousands upon thousands of leagues. Out there is the cold reality, the source of the fear that has been crippling your kind since the beginning of time, out there is the void. No light, no sound, no life. Nothing. From this point on to eternity. Few have reached this place -oh many tried but so many didn’t make it this far- and fewer yet have tried to continue further, to go… beyond. But -hear me well when I say this- none has ever come back. Once you jump over the edge there is no coming back. There is not going forward either. Heck! There is not even a forward to go to. Are you scared? Of course you are. But, my dear adventurer, my sweet sweet brave one, the question is: are you willing to take the leap? This is not a leap of faith, if anything it is a leap of foolishness -of complete and utter stupidity if you ask me-. This is a simple choice. No arguments, no pondering, no reward for your bravery, no prize for your achievement, just a simple act of will. A simple decision: whether to take the plunge or not. It is simple but of course it is not easy, is it, my friend?

Hahaha. I can feel your fear, your indecision. I know. But will you be man enough to make a decision, will you be foolish -or brave, whatever you prefer- enough to choose? Or will you just cower away like so many other before you? Don’t kid yourself, if you do this you will never come back. But if you don’t do it how will you ever know? Aha! There it is, the greatest weakness of your kind: curiosity. I can see its fire burning in your soul, the flames may waver at time but it is there, always burning, waiting to devour more and more. Whatever you choose, whatever you do, is entirely up to you. I will not stop you either way. But will you be able to live with the consequences of your decision? In any case, never will you come back here again. Oh…! Interesting. You have made your choice. So it’s gonna be like that huh? I’ll admit, I couldn’t be sure but I really hoped it would happen this way. The fear in your eyes, the crippling doubt eating at you, are always so much fun to watch, I can’t get enough of it! Well, not that it matters anymore, you’ve made your decision, now you will have to live with it, forever. But don’t worry, you’re not the first to make this choice and, if I may say, certainly not the last one. Leave your regrets behind you, no need to go crazy over this. Anyways, adieu my dear adventurer!, for we will never meet again. Know, however, that it has truly been a great pleasure meeting you and I thank you for this. … Oh come on now! You have chosen, no more hesitation, no more stalling, off you go now! The first step is always the hardest but don’t forget: your new journey awaits! Hahahahaha…

The Last Unicorn

So recently, well a few days ago actually, I have found myself being completely captivated by a single sentence that popped into my head at some point… I don’t know exactly when or why but it just did. And I couldn’t not think about it…

I have this small notebook you see, to write my ideas whenever I have something that comes to mind so that I don’t forget it and can get back to it later. Well in the middle of a class it sort of came to me and I kept repeating it to myself, over and over, and trying to voice my idea as well as I could, to put the perfect ensemble of words onto what was in my mind. Because you see, what I thought about wasn’t exactly a sentence, it was more like a concept, a feeling, the spark of a great idea that I immediately had to work on.

And it didn’t stop ’til the end of class and even then, I kept repeating it, trying to formulate it as best as I could. I started writing it, saying it out loud at the same time, working on it, re-writing, changing words, changing the order, and for almost and hour I was working on this lone sentence. I couldn’t explain why now but at the time it was evident, I had to do it, I felt this wonderful feeling of imagination, the rush of creation that sometimes takes over when I am working on my stories. So yeah. I just couldn’t help it.

Somehow this single sentence was comprised of an entire universe, it had its own deep meaning, its own complex story, it was a whole new world in and of itself. That is the best way I’ve found to try to describe what was going on it my mind at that time… You know, one of my teachers, who does a class on J.R.R. Tolkien and his whole work, told us that apparently the whole universe he created come from a single word he read in a poem at one point. Well, if you’ve ever heard of that or experienced something of the sort, or if you have felt a strange but exhilarating rush while writing or creating things (the ‘creative rush’ perhaps?) you know what I’m talking about.

So in the end I ended up working almost two hours on that sentence that time and then, for the next few days, kept it in the back of my mind all the time and still tried to make it perfect, I kept repeating it as often as I could to see how it felt. And finally I believe I’ve come up with a somewhat satisfying version of what I had in mind at that time. I can’t be sure because I still keep repeating it to myself now and then, but I feel like it got to a point where I can be proud of it. So here it is, I’m sharing with you the object of most of my creative thoughts of the past few days/weeks :

.

‘For in time you will learn to know the wonders of life…’

 .

Yep. That’s all. I don’t know what t makes you feel or think but this is it. A simple, single, sentence. I don’t know why it came to me, or where from, but I’m glad it did because it somehow inspires me a lot and I feel that someday it might become so much more than just a sentence. Anyways, read it as many times as you want and enjoy! Or not. You choose. I just wanted to share my thoughts on this…

Also! Before you go! There is this video which I HAVE to share with you guys! I don’t know why but it’s a bit like that sentence, I can’t get it out of my mind and keep listening and watching it over and over. It’s so beautiful and moving. I can’t explain why exactly but right now, to me, it is. I don’t know why but some times, I have these things which I obsess over (a song, a video, a poem, …) and for a period I can’t think about/listen to anything else and it sort of becomes part of me and it inspires me and I find this feeling so great that I just have to try to share it! I can only hope that it will perhaps touch you too…

This is happening to me right now with the song The Last Unicorn by Passenger and more specifically the video clip that Nanalew (a Youtuber) made for it. I find it so amazing that I can’t help but share it with you so here you go, enjoy! :) :

And we’ll sit on our single beds
Nothing on our hearts and tears on our threads
For we know the last unicorn is dead